La première tempête – 3ème partie

Le grand partage.

Val d’Or 1937, elles avaient de drôles de surnoms : P’tit-Ours, la petite Robie ou la grosse Robie, c’étaient les plus connues. Il y avait un coin du camp minier, près de la rivière Thompson, qu’on appelait Monte-Carlo, un autre, Paris la nuit ou même, Hollywood. La prostitution a accompagné les débuts de l’Abitibi minière. Ce fut le cas dans les débuts de Val-d’Or. La crise économique qui sévissait dans les grandes villes a incité les prostituées de Montréal à se rendre à Val-d’Or lors des jours de paye des mineurs, c’est-à-dire tous les quinze jours. Elles s’appelaient elles-mêmes filles d’affaires, mais les mineurs les appelaient filles du sport. Elles partaient en mission et arrivaient par train à Amos, ensuite par bateau vapeur jusqu’aux sentiers qui menaient au camp minier de Val-d’Or. En 1937, il y avait au moins 10 bordels dans le camp minier de Val-d’Or. C’était au vu et au su de tout le monde. On racontait que dans tout Val-d’Or, il n’y avait que trois femmes respectables, les autres étaient des filles de joie. L’histoire passe très vite sur l’importance qu’ont eu ces femmes dans la colonisation, elles rendaient tolérable le dur labeur demandé aux hommes dans le contexte de la colonisation et du pénible travail sous la terre. Plusieurs de ces femmes ont finalement trouvé leur parti et sont restées. Elles ont certes contribué à aplanir la rugosité de la vie à cette époque et quoiqu’en pensent les virtueux, leurs oeuvres de chair ont certainement dû laisser s’échapper un peu de leur sang chaud dans l’ADN abitibien.

Jacques Auger avait construit son chalet de ses propres mains au bord d’une petite baie dans la partie est du lac Preissac, la baie de Kewagama. En algonquin, cela signifie lac retournant, petit lac qui semble vouloir s’en retourner. Dans la pop-philosophie quelque peu délirante des kabalariens, ce nom est aussi donné aux personnes qui ne vivent qu’à leur propre rythme selon leur propres règles, des êtres intelligents d’une infinie patience mais excessifs dans les détails ce qui les fait généralement exceller dans leur domaine et qui les rendent du même souffle quelque peu imperméables aux idées et aux paroles d’autrui. C’était Jacques Auger tout chié et un peu moi quand j’y repense, pas surprenant qu’on s’appréciait malgré la différence d’âge importante. Thérèse, sa femme mystérieusement disparue à l’esprit, je ne pouvais m’empêcher de penser que c’était là également le profil idéal pour commettre le meurtre parfait si quelqu’un lui avait cassé les oreilles, l’avait poussé à bout de patience. La minute où il foulait le sol de son chalet, l’homme se métamorphosait, retourné sur lui-même comme on retourne une paire de bas sur elle-même et il se présentait dès lors tel qu’il était vraiment, profondément imbu d’elle et enfoui jouissivement dans sa solitude, à l’abri du tumulte de la vie trépidante des hommes. Un homme tendrement amoureux du calme naturel de la forêt abitibienne et de son silence, de la petite sourdine du vent, de l’onde et des bêtes, dans la vraie paix du christ, pour ne pas dire comme lui dans la vrà criss de pà. Nous nous entendions à merveille dans cette grande communion où l’usage de la parole était considéré comme essentiellement nuisible à la pêche et réservé généralement aux choses banales et utiles, le reste du message passait dans l’économie des mots et la complicité du silence. Lorsque j’étais allé le voir pour lui annoncer que l’hôtel me libérait enfin pour quelques jours et que je pourrais maintenant accepter son invitation, il m’avait juste dit: “Greille ton stock, je pars à 5h30 demain matin. Il t’en restes-tu un peu de ton drôle de petit tabac?”

Madame Laplante, notre maître d’hôtel, paniquée à l’idée qu’elle perdrait soudainement tous ses étudiants à la veille de son meilleur contrat de l’été, avait tâté le terrain à savoir si je serais intéressé de rester, quelques jours seulement, après la fête du travail. Toute la grande aile de l’hôtel avait été reservée par la communauté crie pour un congrès de 4 jours avec des convives des deux gouvernements et de plusieurs représentants de d’autres nations autochtones. Elle m’avait promis que je ferais plus d’argent dans ces quatre jours que dans tout mon été probablement, ces gens-là savaient vivre affirmait-elle. Elle avait besoin de ses meilleurs, avait-elle aussi argumenté, titillant mon égo de presque quinze ans maintenant. Elle m’avait promis, vu le programme chargé et les longues heures demandées, qu’elle me logerait dans une des chambres du sous-sol, nourri aux frais de l’hôtel de surcroit. Et pour dorer la pilule encore un peu, elle m’avait offert de prendre trois jours de congé avant le congrès. J’avais presque deux ans d’avance sur mes camarades, ce n’était pas cinq ou six jours d’école de plus ou de moins qui allaient faire la moindre différence dans ma vie, je pourrais partir pêcher au lac Preissac avec Jacques Auger enfin. J’acceptai l’offre de l’hôtel évidemment sans même consulter mon père.

J’étais installé confortablement dans une grande chaise que Jacques avait fabriquée lui-même, commodément installée au bout du quai pour les rêveurs et les contemplatifs. De son quai, on pouvait regarder le soleil descendre sur des petites îles éparpillées droit devant. À cette heure-là, mon compagnon de pêche était généralement couché et ronflait comme un ours, d’autant que dès la vaisselle du souper débarassée on avait fumé le calumet de paix accompagné d’un bon thé du Labrador frais séché. Le lac n’était plus qu’une balottante feuille de bronze, le ciel un chamoirage hallucinant de bleus, de jaunes et d’orangés et tout ce qui retroussait de l’horizon avait comme plongé la tête première dans le lac en un double identique, symétrique et d’une vertigineuse profondeur, les îles retournées sur elles-mêmes, des galettes de mousse vert sombre défiant toute gravité flottant nonchallamment entre ces deux mondes. Un tout petit vent d’août encore chaud soufflait sur moi et la faune batracienne avait entamé son long concerto de nuit appelant désespérément l’amour, l’amour, toujours l’amour. L’heure n’était plus qu’aux songes.

Août s’était presqu’entièrement enfui et aucune tempête digne de ce nom n’était venue bardasser mon triste radeau. J’étais allé sur les chemins de pénétration avec l’oncle Aurèle et tante Colombe, faire avec eux et les ours provision de framboises pour l’hiver et avec les oncles David et Raphaël taquiner la toute petite truite dans une dam de castor derrière la bleuètière de Val Senneville. J’avais aussi renoué avec mon ami Louis Baribeau maintenant déménagé à Sullivan. Louis était maintenant aussi déraciné que moi dans ce trou perdu comme il l’appelait, lui qui au surplus était maintenant envoyé en pensionnaire au collège de Papineauville dans l’Outaouais pendant toute l’année scolaire. Il ne savait plus comme moi retrouver les anciens repères de sa jeune vie et tremblait d’effroi à la seule idée de finir bijoutier comme son père. J’étais quelquefois parti le rejoindre sur le pouce et nous partions sur son mini-trail, espèce de toute petite moto qui s’apparentait davantage à un suppositoire pour Harley-Davidson, faire les fous sur la slam de la mine Sullivan et même piquer des pointes jusque chez mon frère Doris à Vassan, se baigner dans la petite rivière au bout de sa terre histoire de calmer le feu qui nous prenait aux fesses d’être restés assis trop longtemps sur sa ridicule moto dessinée pour les nains. Trop jeunes pour sortir dans les hôtels, nous buvions quelques bières chez Doris ou icitte et là en faisant semblant d’être des hommes et en se racontant des sornettes. Louis n’était pas la plus modeste des personnes. En terme de modestie, aurait-il pu dire, nul ne lui arrivait à la cheville, et il était aussi quelque peu mégalomane. Probablement rendu au même point que moi dans sa condition de jeune mâle, il m’inventait des histoires abracadabrantes avec toutes sortes de filles de Val d’Or qui empestaient le sexe à plein nez mais qui étaient toutes comme par hasard parties ailleurs ou impossibles à rejoindre pour le moment. Et moi je respectais le serment de silence fait à la pauvre Marie-Lise et je n’avais rien de bien excitant à raconter à ce chapitre-là alors je créais moi aussi quelques histoires sans beaucoup de conviction cependant.

L’été m’avait fait le plus grand bien. J’avais vécu une poussée de croissance exceptionnelle me forçant même à racheter vêtements et chaussures pour aller travailler à l’Escale et aussi pour la vie de tous les jours. En un été, j’avais quasiment atteint ma taille adulte, un bond de quatre ou cinq pouces, et le grand air m’avait gratifié d’une mine radieuse, une peau basanée à souhait, et pendant tout ce temps j’avais aussi laissé pousser une longue chevelure blonde et bouclée, ce qui était le nec plus ultra à l’époque bien qu’encore interdit à l’école. Ma tante Colombe disait que j’avais finalement perdu toute ma graisse de bébé. Habituellement j’étais très critique par rapport à ma personne et pourtant j’avoue que je me trouvais soudainement pas si pire dans ma forme nouvelle et améliorée. Miss Saint-François-Solano ne perdait rien pour attendre mon retour.

La divine Évelyne

Outre mon ordinaire, on m’avait mis en charge de la salle de conférence au sous-sol et ce travail consistait à garder les lieux propres, le café bien frais et les cendriers propres et vides. On fumait encore partout dans ce temps-là. Ça impliquait évidemment de courrir en fou pendant les pauses pour fournir à la tâche sans nuire aux débats. Je devais également faire la plonge des tasses et des verres qu’on servait en bas ou dans la grande salle à manger en haut, le soir venu quand la salle se transformait pour accueillir des musiciens et toutes sortes d’animations pour les congressistes. Et on y buvait allègrement jusqu’aux heures interdites et même bien au-delà. Et les réjouissances avaient aussi gagné les dortoirs. Le soir venu, le service aux chambres ne dérougissait jamais, on y revoyait souvent les mêmes figures prises des mêmes appétits dans des lieux nouveaux, de nouveaux complices d’une nuit ou des filles qu’on faisait venir de Val d’Or comme de vulgaires pizzas. La table mise et la bouteille ouverte, en tendant poliment la main, plus le péché devenait gênant plus la discrétion se transigeait tacitement à prix d’or. Je devais également m’assurer que le bar était continuellement ravitaillé en verrerie propre et étincelante, les stocks de bière renouvelés à même ceux de l’énorme frigo de la cuisine et veiller à ce que la barmaid ne manque jamais de tous les fruits bien parés dont elle avait besoin pour pratiquer son art. L’occasion était belle pour tout le monde de faire un maximum d’argent et c’est pour cela qu’on faisait appel aux meilleurs. La divine Évelyne était toujours la première à se présenter quand il y avait de l’argent à faire, une fille taillée sur mesure pour les grandes occasions. Les mardis soirs de pluie ou les réunions du club Optimiste, très peu pour elle. On lui abandonnait volontiers le bar les grands soirs parce qu’elle savait le transformer en véritable machine à imprimer de l’argent. Elle avait le sourire et la façon qu’il fallait et un corps remarquable qu’elle savait mettre en valeur par une tenue savamment étudiée pour détrousser sans pitié les buveurs. Toute cette beauté animale, cette grâce féline, un entregent hors du commun, constituaient parmi les plus impressionnants arguments de vente sous pression qu’il m’avait été donnés de voir. Cette vraie femme était conçue pour les vrais hommes, elle n’avait qu’à pointer du doigt et dire “Toi!”, tous seraient lamentablement tombés sur leurs genoux, misérables et suppliants. Elle devait être au début de sa trentaine mais une nature exceptionnelle la maintenait au sommet parmi les plus désirables créatures que j’avais pu voir et sentir de près à ce jour. Mais il est de ces guerres que même le meilleur guerrier n’entreprend jamais tellement la cruauté de la défaite est prévisible, il nous reste essentiellement le rêve pour toute stratégie. Je devais tout de même demeurer efficace et en mode charme continuellement parce qu’à la fin de la soirée, une partie de la manne qu’elle accumulait dans un vieux sceau à glace sous le comptoir finissait dans mes poches. Et c’est elle qui calculait le partage à son gré, au mérite, à l’humeur. Et n’en doutez point, demeurer en mode charme avec elle ne demandait pas la moindre parcelle d’énergie de ma part.

Les choses s’étaient amorcées lentement me donnant amplement le temps de voir venir. Les premières journées, les congressistes toujours sérieusement appliqués, avaient encore généralement les idées à leurs affaires. Les longues périodes de réunion me laissaient le temps de rattrapper les tâches laissées en plan. Puis le rythme s’est accéléré. Les dernières soirées étaient vivement animées, la grande salle présentait des musiciens, des spectacles traditionnels autochtones, certains dansaient, la plupart buvaient allègrement, hauts-fonctionnaires, sous-ministres ou chefs de clan confondus dans la joie. Comme convenu, on m’avait donné les clés d’une petite chambre à l’abri du tumulte, au sous-sol, généralement louée bon marché seulement quand l’hôtel était complet. L’ameublement était minimal. Une petite salle de bain à droite en entrant, à gauche un garde-robe ouvert, au fond un grand lit avec une table au bout sur laquelle reposait un téléviseur, deux tables de chevet, une seule chaise, une seule petite fenêtre en hauteur, givrée et munie d’un grillage et voilà à peu près tout le portrait. Après avoir fermé les festivités aux petites heures du matin, je me réfugiais là le temps d’un somme. Je devais me lever vers six heures pour aller installer le déjeuner de type buffet dans la grande salle à manger dès six heures trente et y veiller jusqu’à neuf heures; puis l’entretien de la salle de conférence recommençait, le dîner, le souper, la soirée reprenait. Le samedi était finalement venu, dernière véritable journée de l’aventure, le lendemain tout s’arrêterait avec le déjeuner. Je pensais que j’avais tout vu, mais le pire restait à venir. Les congressistes ayant complété leurs savants travaux, toutes propositions bien secondées et approuvées monsieur le président, les beaux discours perforés de trois trous retournés dans leurs cartables y rejoindre les nouveaux comités ad hoc et les belles promesses, il était temps maintenant pour eux de passer aux choses sérieuses: le plaisir. Le déjeuner englouti, ils avaient à peu près tous quitté vers l’île Siscoe pour y jouer au golf ou bambocher dans le clubhouse tout l’après-midi nous laissant le temps de respirer avant la tempête du soir.

La cadence avait grimpé de quelques coches et frôlait maintenant la limite de ce que je pouvais tenir. Le rush du souper était passé, les tables nettoyées et redisposées version salle de spectacle, tamisées les lumières, et en avant la musique la boisson coulait à flots et les pièces sonnantes pleuvaient dru dans la petite chaudière de la divine Évelyne. Ces gens-là fêtaient comme si c’était la dernière fête de leur vie. J’avais de la broue dans le toupet et je courais de la cuisine au bar, du bar à la salle en bas où les plus grandes gueules se réfugiaient pour étirer les discussions à l’abri de l’orchestre, une charge de vaisselle par-ci, un voyage de glace par là, un peu de service aux chambres entre ça, du réfrigérateur au bar avec des voyages de bière à reclasser dans les petits réfrigérateurs sous le comptoir du bar. Moments de grâce, cependant, lorsque descendu sur mes genoux pour y pousser les bières, j’étais aux loges pour apprécier les deux longues et gracieuses jambes de la divine Évelyne en jupe très courte qui allaient et venaient allègrement dans un frisson de nylon devant mon regard hypocrite mais ravi. Et dans l’étroitesse des lieux, quand nous nous croisions, impossible de ne pas frôler un peu ce divin corps et elle parait en me signalant la voie d’un subtil toucher sur mes hanches ou sur mes épaules. Si bien qu’il me vint de sérieuses rougeurs aux joues que la divine Évelyne prit pour une poussée de fatigue. “Assis-toi un peu, mon Loulou, t’as l’air vanné, prendrais-tu un Coke, quelque chose?”, me dit-t-elle en me poussant son tabouret de bois. “Tu sais que je ne t’avais même pas reconnu mercredi en te voyant”, dit-elle ensuite, en versant mon verre. Nous n’avions sérieusement travaillé ensemble qu’une fois au début de l’été quand un magnat du diamond drill de Val d’Or avait marié sa fille en grandes pompes. “L’été en Abitibi t’a fait du bien, mon Loulou, t’es rendu pas mal beau bonhomme, j’te l’dis, je ne t’avais même pas reconnu. Sont beaux tes cheveux de même.”, fit-elle en passant un peu ses doigts dans mes boucles et en m’offrant son plus beau sourire. Il ne m’en fallait pas énormément pour partir à rêvasser de l’impossible conquête et la machine s’emballait, prête à décoller à pleins gaz. Jusqu’à ce qu’elle finisse son baratin en me pinçant la joue comme une vieille maîtresse d’école condescendante ou une matante un peu chaudasse. J’étais aussitôt redescendu à l’état de la limace repartant à la conquête de l’Everest dans le bas de la côte et qui en bavait déjà. La pause finie, j’ai vite remballé mes brèves illusions et amorcé courageusement le dernier sprint de cette interminable et épuisante soirée, prélude à la vraie tombée de rideau, mon retour en ville inévitable maintenant.

En eaux troubles

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Le ciel s’obscurcit d’une seule traite sans prévenir, un craquement sec du tonnerre ramena la lumière pour un bref moment et le lac Preissac se gonfla d’un coup telle la pire des pires mers enflées par les grandes bourrasques, et l’enfer nous prit totalement par surprise. Le temps d’absorber le choc, de voir s’envoler toutes choses et de reprendre mes esprits, je flottais seul sur un radeau de billots de cèdre savamment liés les uns aux autres par un tressage de vieux cordage de lin. Emporté dans une danse folle, je m’accrochais désespérément sous les grondements qui déchiraient la nuit. À moitié aveuglé par la pluie battante, je la vis émerger vivement des eaux devant moi bien droite la tête par en haut les bras en croix faisant monter avec elle un blanc bouillon d’eau. Morte ou vivante?, les peaux blanches, vertes et enflées, sa noire chevelure n’était qu’une lugubre plantation de sangsues agitant toutes leur baveuse queue et s’étirant dans toutes les directions. Pour toute robe un enchevêtrement de cordages verdis par l’eau et entremêlés d’algues pendantes et de lambeaux de chair morte. Une main pourrie s’accrochant au cordage de mon radeau et l’autre tenant une machette rouge de rouille frappant violemment les billots et le cordage de mon bancal esquif manquant mes doigts de peu. Les yeux exhorbités sans couleur, énormes billes blanches sans vie, ses lèvres grises et bleues, gonflées et à moitié grignotées par les bestioles du fond de l’eau se mirent à s’entrouvrir tout lentement comme une longue grimace pour laisser sortir langoureusement une anguille de quatre pieds qui faillit se rendre à moi puis dévia disparaître dans les blanches écumes du lac en furie. Et Thérèse Auger pourtant morte, du plus profond de sa gorge dans un grave son de basson marqué du roulis de l’eau dans sa pipe inondée qui râlait: Hhhhâââââââââââââââââques, Hhhhâââââââââââââââââques, qu’est-ce tu fais Hhhhââââââââââââââââques?”, en frappant et en frappant sur le pont de sa machette rouillée cherchant toujours mes doigts agrippés fermement aux cordages. Et elle frappait . . . frappait . . . frappait . . .

La porte. C’était à ma porte qu’on frappait. Comment pouvait-il être six heures déjà, avais-je passé tout droit pour le déjeuner? Je me précipitai en bas du radeau, du lit devrais-je dire, tout le bozarlo aux quatre vents oublié là dans l’ébaubissement, je bondis en trois enjambées vers la porte que j’ouvris d’un coup sec. Elle se tenait là, debout dans le corridor, la chevelure encore mouillée et superbement belle même démaquillée, une bouteille dans une main, dans l’autre deux coupes, un long tricot de coton blanc qui lui descendait juste sous le paradis perdu et qui la moulait juste assez pour laisser deviner que pas grand-chose d’autre ne recouvrait ce corps divin, et la nuit avait encore quelques heures à contribuer, et un agaçant sourire accompagnait son regard espiègle fixé directement sur ma pauvre dignité complètement envolée bien que misérablement pendante devant ses yeux. “Est-ce que je peux entrer?” fût sa question. Non, salope, sèche dans le corridor. Question idiote s’il en fût une, idiote, mais idiote et heureusement que ces mots sont restés coincés quelque part dans mon effarement et ne sont jamais sortis de ma bouche. Ici s’arrêtait étrangement le rêve, brutalement. Tout ceci était maintenant aussi réel qu’improbable et je la fis entrer refermant la porte derrière elle en gentleman. J’avais grand peine à croire que je fermais la marche derrière cette créature des dieux qui s’en allait tout droit vers ma couche. Le plus naturellement du monde elle me dit: “C’est pareil comme le trou qu’ils m’ont prêté, t’as rien qu’une chaise toi aussi, ça te déranges-tu si on s’installe tous les deux sur ton lit?” J’allais le proposer, je l’avais bravement pensé dans ma tête du moins pendant qu’elle versait déjà le rouge dans les deux coupes et que je me demandais bien quoi faire de ma gênante nudité. Je me suis donc assis tel quel sur le lit défait cherchant nerveusement la bonne pose. Les coupes pleines, elle me tendit gentiment la mienne. Mais avant de venir s’asseoir près de moi, elle fit disparaître le blanc tricot dans une gracieuse ondulation du corps ne laissant derrière aucune trace du moindre tissu comme je l’avais soupçonné. Puis elle laissa négligemment tomber le vêtement sur le pied du lit en me disant tout simplement: “Tiens, mon beau Loulou, ça va être moins gênant de même pour toi.”, reprenant son sourire espiègle déjà vu et en prenant grand soin d’observer l’effet que sa nudité soudaine produisait sur moi. Son fabuleux corps maintenant dans son plus élémentaire costume de chair tenait absolument toutes les promesses faites à mon imagination prolifique. Tout ceci était cependant tellement surréel, on aurait dit deux potes de chantier prenant la pause et placotant le plus simplement du monde, il ne manquait que les boîtes à lunch. “T’as-tu des cigarettes?, il ne m’en reste plus.” me demanda-t-elle. Et je sortis mes Sweet Caporal toutes faites, lui en offris une, et nous entreprîmes la conversation en boucannant tout bonnement, on aurait pu être à un arrêt d’autobus, ça aurait été pareil. Surréaliste soit, mais je sentais que la guerre était tout de même sournoisement appelée et que toute cette désinvolture n’était que stratégie de reconnaissance, ruse de sioux. Elle s’efforçait de bien tenir sa place et d’éviter tout contact qui aurait pu faire virer le vent et venir enflammer le débat prématurément.

Jusqu’à la fin de sa clope.

La cigarette aussitôt écrasée, sans qu’elle ne prononce un mot de plus, je sentis sa chaleur s’approcher de moi, ses mains tracer leurs routes avec assurance le long de mes cuisses et ses yeux pénétrer ardemment les miens pendant que son corps se retournait gracieusement sur ses genoux. J’étais paralysé sur place par le poison venim de son regard. “Laisse-toi aller, mon Loulou, laisse-moi faire.” dit-elle tout gentiment. Et mes ambitions gonflées à bloc s’élevèrent vers le ciel demandant grâce à coups de timides petits soubresauts. Et avant de lentement disparaître vers mon bonheur, ses beaux grands yeux me firent un ultime sourire rempli des promesses du plus beau des voyages. La nuit était toute douce et j’arrivais tout droit d’Angleterre bercé par les grands cargos sur une mer radieuse, un vent chaud balayait mon corps qu’on sortait de sa petite boîte de métal ouvragé et qu’on déballait soigneusement sur un grand quai drapé de blanc. J’étais devenu ce dur bonbon rose importé d’Angleterre de madame Rutkowsi qu’on se glissait suavement à la bouche et qu’on caressait longuement de la langue, qu’on lèchait délicatement les papilles excitées par cette douce saveur qu’on savait n’être que le prélude à l’explosion du merveilleux liquide aux fruits caché dans son coeur, et on accélérait les mouvements de la langue et on pressait le dur bonbon entre le palais et la langue et on l’y roulait, roulait, et crevant d’impatience, on finissait inévitablement par croquer délicatement ce qui restait d’obstacle au plaisir ultime et la joie se répandait enfin dans nos bouches gourmandes, puis on regrettait de n’avoir pas su faire durer ce plaisir béni des dieux et on maudissait tous les saints pour notre crasse impatience. Mais la divine Évelyne savait ce qu’elle faisait, elle opérait sur mon corps d’homme-chérubin en chirurgienne expérimentée, calme et sûre de ses gestes. Il est de ces guerres où on ne saurait que faire d’une arme chargée à bloc, trop prompte, on devait délester et sacrifier des munitions en aval pour être en mesure de livrer en amont un meilleur combat. La nuit était encore jeune, son plus doux sourire était venu me confirmer que tout allait encore bien et nous avons retrouvé nos coupes, l’un contre l’autre cette fois-ci, et je lui ai proposé de fumer le calumet de paix histoire d’apprécier le moment. Et nous nous sommes abandonnés à l’herbe enivrante qui a eu raison des dernières gênes, de délicats touchers tendrement initiés pour finir de faire les douces présentations entre nos corps inconnus. J’observais d’un oeil amusé la petite fenêtre grillagée dans le haut du mur et je me disais que je ne saurais jamais fuir par là. Dans l’heure complètement bleue de la nuit, avec le givre dans les petits carreaux et le mauvais angle, j’ignorais complètement ce qui se tramait dehors, de l’autre côté. Les feuilles se viraient déjà de stupeur pour ne rien y voir, la colère de Thor grondait en sourdine au loin. Le vent d’ouest avait soufflé les derniers grains de sable de mes carrés d’enfance et l’option de fuir n’existait plus, n’était certes plus envisageable pas même désirable. Les rares silences devenus un saisissant choral romanesque qui résonnait dans mon oreille comme le chant du chérubin abandonné à sa muse, la longue plainte heureuse du sacrifié soudainement sanctifié.

Avant le lever du soleil, j’aurais transpercé la muraille des gardiens de l’innocence pour traverser définitivement dans le camp des hommes.

À son corps défendant, entre l’heure bleue du soleil qui se perd sous l’horizon et les roses de l’aurore qui nous le ramène, la pauvre déesse Évelyne rejoignait craintive ses quartiers au bord du Léthé, ruisseau de l’oubli et affluent du Styx, grand fleuve qui entourait l’enfer de ses eaux. Elle tentait désespérément d’y dissimuler du regard et d’y faire oublier comme elle le pouvait cet encombrant habit de chair qui faisait sur elle baver d’envie tous les chiens de l’enfer et rager les courtisanes, ses adversaires emportées dans la pire des jalousies mesquines. Cette beauté qu’on attribue d’emblée aux grands dieux du ciel se faisait plutôt cadeau des grecs. Aux mauvaises nuits de la lune, son habit de chair devenait un insupportable manteau de viande odorante excitant le museau des bêtes et elle devait le porter comme une prison d’effroi. Même les trois énormes gueules dentues de Cerbère, gardien du Styx, ne pouvaient contenir tous les chiens de l’enfer et les empêcher de traverser le fleuve et de partir à sa chasse, de s’entretuer pour l’éphémère bonheur de baver dans son cou et la gloire d’y enfoncer leurs crocs le temps d’un bref et sauvage emportement. Elle suppliait alors sur ses genoux descendue Phlégyas de la prendre à bord de sa gondole et de la faire traverser chez les Innocents, ces chérubins aux corps d’homme que l’innocence gratifiait d’une auréole de protection divine, promesse de douces et suaves étreintes et elle les instruisait une fois de ses plaisirs qui les enjôleraient pour un moment mais leur feraient perdre à jamais leur chemin de retour.

Et la divine Évelyne me fit ainsi l’école de la nuit. Elle ouvrit bien grand son cahier, écartant en petits gestes délicats ses tendres pages de chaque côté de l’épine profonde, elle m’invita à embrasser du regard les douces connaissances que ses doigts révélaient ainsi à mes yeux, délivraient pour mes lèvres soudain prises de la soif d’apprendre, mes doigts pressés d’y écrire des douceurs. Dans son merveileux conte, une poupée géante et bien vivante laissait découvrir à sa jeune classe la clef magique par laquelle l’élève bien instruit sur les façons de tirer la ficelle pouvait à gré la faire rire, la faire danser, lui faire chanter les plus beaux cantiques, la faire vibrer jusqu’à la mort de toute souffrance, lui offrir la joie ultime tant que faire se pût tolérer. Et la joie menant à la joie, elle offrit ensuite de bonne grâce sa croupe divine comme monture à son élève pour une grande calvacade sur les vertes prairies du bonheur. Du petit trot au grand galop, au bout de cette nuit qui achevait, le jeune chevalier rejoignit bientôt la ligne du grand partage, celle où on laisse les enfants derrière et où on rejoint la race des hommes dans un cri guerrier qui nous tue et nous fait naître d’un même souffle. Moultes vaines appréhensions s’évanouissaient, aucun gardien ni aucune muraille ne se dressaient ultimement devant le passage qui se traversait bien aise, le sauf-conduit pour la félicité en son fourreau bien emmagasiné le plus profondément et le plus jouissivement du monde. Puis, sitôt traversée la ligne de partage, délestées toutes les charges, son délicieux sourire bienvaillant et lumineux dès lors qu’elle entreprît de m’accueillir d’un long et goulu baiser parmi les hommes nouveaux-nés.

Mais encore la détresse infinie que son regard sombre et honteux ne pouvait maintenant plus dissimuler faisant déjà ses coupables adieux à l’enfant qui mourait du même souffle étendu sur elle.

Rentrer à Montréal était toujours pour moi la chose la plus sinistre au monde, spécialement après cet été 1972 marqué au fer rouge dans mes souvenirs. En ville, je devais reprendre ma place dans le tout petit casier déterminé comme étant le mien par mon sexe, la langue que je parlais, le quartier que j’habitais, l’école que je fréquentais, le niveau scolaire où j’en étais, dans les réguliers ou les enrichis, la musique que j’aimais, les vêtements que je portais, la longueur de mes cheveux, la dôpe que je fumais et quoi d’autre encore. Tous les gens dans cette ville étaient rigoureusement classés comme des lettres à la poste et la vie se passait en groupes d’intérêt, comme des petits troupeaux homogènes. Je ne résiderais plus à la poste restante pour un temps avec tous les parias comme moi flottant sur leur radeau sans pavillon. Elle était bien finie la liberté dans l’aventure, mon âme en dérive devait vite nager jusqu’à la grève, retrouver ses habits et reprendre sa route. Être nulle part possèdait toujours l’avantage énorme qu’on pouvait y être nimporte qui et n’y faire que ce que nous dictaient nos désirs.

Ma tante Colombe me préparait toujours gentiment un lunch pour la route. “Garde ton argent dans tes poches.”, me disait-elle tout le temps comme quand elle me chicanait d’acheter des cigarettes toutes faites. La grande dépression, la crise comme elle disait, l’avait profondément marquée, toutes les choses pouvaient venir qu’à manquer dans sa philosophie et elle n’avait pas totalement tort, la vie me le ferait bien savoir en son temps. C’était toujours le coeur en-dessous du bras qu’elle et mon oncle Aurèle me regardaient partir et j’allais toujours à pied vers le vieux terminus d’autobus histoire de remettre aussi le mien un peu à sa place avant d’embarquer. Je les aimais profondément et j’avais toujours peur que l’un d’eux n’y soit plus à mon retour. En piquant par la cour en arrière, j’ai eu un pincement en voyant se dresser dans la pénombre le tambour qui descendait chez la pauvre Marie-Lise avec sa porte d’en haut bien fermée, les rideaux tirés, toutes lumières éteintes. Elle savait que je partais ce soir-là. Marche, mon homme, l’autobus ne t’attendra pas.

Aux retours vers la ville, j’avais toujours cruellement besoin de revoir et traverser les jardins de mon asile vivant pour vraiment marquer la fin d’un tome, le début d’un autre, et cette fois plus que jamais. L’autocar était presque vide, abandonné par les voyageurs de l’été. La grosse lune de septembre meublait un ciel sans plafond. De timides aurores commençaient à répéter au loin pour le grand solstice d’hiver, leur danse entre les arbres laissant deviner la profondeur des forêts. À cette hauteur de pays, la fraîcheur des nuits avait déjà eu raison des verts feuillus qui lançaient maintenant, comme autant de Riopelle, des taches vives et chaudes icitte et là sur la toile de fond, reprises en autant de reflets dans le bleu des lacs brillant des tribillions de diamants que la lune dessinait sur la crête de leurs eaux. Pas tellement loin après Louvicourt, la dernière veilleuse éteinte je me suis replongé dans le bienfaisant jardin mouvant qu’on abandonnait encore une fois à mon seul bonheur, mon corps inerte quittait à la faveur de ma seule conscience ouverte aux quatre vents.

D’autres hommes étaient venus bien avant moi, des plus jeunes et des plus vieux, dans la quête de leur vie, de leur survie, à la recherche d’une bonne fortune. Ils avaient dû travailler fort de l’aube au crépuscule dans ce pays encore vierge et farouche. Et ces femmes débarquaient les jours de paye, des ponts de la Belle de Kénogami ou de d’autres steamboats descendus d’Amos sur l’Harricana, la rivière Thompson et les pimps les menaient par les sentiers boueux jusqu’aux backshacks, troquant leurs belles godasses en cuir verni pour la botte de rubber qu’on appelle encore aujourd’hui à Val d’Or la botte de pimp. Et là les hommes épuisés retrouvaient toute leur énergie vitale que ces filles d’affaires savaient transformer en pure joie et elles faisaient de leur douce oeuvre de chair passer aussi les plus jeunes, les innocents, dans le camp des hommes. La chaleur de ces femmes réchauffe toujours un peu le fond de l’air de ce pays et le sang chaud de leurs oeuvres de chair se mêle encore assurément à son ADN.

Ma terre natale venait tout juste encore de répondre à une de ces quêtes d’homme, celle que j’étais venue faire sur son sol, lui demander de tenir des promesses que je lui avais un peu forcées dans la gorge. Un enfant avec tout un bagage d’angoisse dans son packsack, le mal sincère de son pays et une quête singulière dans le coeur, était venu de la ville et aujourd’hui c’était un homme qui en revenait toutes ses missions accomplies. La terre d’Abitibi avait gracieusement contribué de deux de ses femmes. La beauté ingrate de la pauvre Pauvre Marie-Lise et la divine Évelyne dans sa prison de chair, toutes deux profondément meurtries par la méchanceté des hommes, sont maintenant et pour toujours des passagères de mon coeur et je chéris toujours leur douce mémoire.

Une lucidité nouvelle me disait que mon pays pouvait très bien vivre sans moi désormais, lui qui effaçait une à une les traces de mon passage, redessinait les lieux à sa guise et fermait sans vergogne les sentiers de mes pélerinages, enterrait un à un mes aïeux. C’était là ma dernière traversée du parc, seul en autocar dans l’express de nuit, et j’ai laissé les bienvaillants esprits de la nuit emporter cette souffrance du déraciné avec eux. En échange, j’ai offert pour toujours toute ma tendresse à ce pays qui m’a vu naître et qui garde avec lui mes plus beaux souvenirs d’enfant, qui accueille dans sa terre ma toute petite soeur, ma mère, mon père et beaucoup d’autres que j’ai aimés profondément mais je me devais maintenant de construire ma patrie à même le sol sous mes bottes, peu importe où leurs pas me mèneraient. Je laisse Doris le grand résistant qui a toujours tenu tête aux courants d’exil tenir bravement le phare allumé, brandir bien haut notre gros “S” en aluminium et jeter une bûche dans le poêle de temps en temps histoire de garder mon froid pays au chaud pour les fois où d’aventure je retournerai l’aimer en personne.

Passé Mont-Laurier je me sentais déjà ailleurs que là. À partir d’ici, tout n’était plus pour moi que l’expansion tentaculaire du cancer de Montréal et au contraire des autres passagers, c’est là que je laissais le sommeil m’emporter pour souvent ne me réveiller qu’à l’arrêt des moteurs dans le vieux terminus de la rue Berri. Le matin était radieux, la ville s’éveillait lentement, j’avais faim et le goût m’a pris d’aller manger des bons steamés au Montreal Pool Room avec les puckés en fin de brosse et pour la première fois, il y avait comme une place fraîchement libérée dans mon coeur pour aimer d’un tout petit peu d’amour cette foutue ville. C’était l’heure étrange que j’adore lorsque les fêtards de la nuit sont partis se coucher, le peuple du jour fait son dernier tournis dans son lit et les fous promènent leurs chiens imaginaires en parlant à leurs reflets dans les vitrines éteintes. En marchant paisiblement sur cette tranquille Catherine, j’ai eu soudainement un flash, un stress aussi vif que soudain comme un pénible serrement de gosse. L’image du sourire enjôleur de la belle Nancy Dever, la reine de beauté de Saint-François-Solano qui revenait, sautant à pieds joints dans mon esprit distrait. Merde.

Flying Bum

pieds-ailes

Crédit photographique: Richard Pelletier, la flèche.

Une réflexion sur “La première tempête – 3ème partie

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