Comme une erreur de pensée

Flying Bum (Ti-Lou, le) est une créature imaginaire née dans mon esprit adolescent des années soixante-dix, à une époque où tous les poètes avaient des “nicks”. Peu se rappellent que Robert Charlebois, à cette époque, c’était lui et lui seul Garou. L’autre est né en 1972.

Patrick Straram Le bison ravi et Pierre Léger Pierrot le fou étaient parmi mes poètes favoris de cette période. Plusieurs extraits de leurs textes meublaient les pages du magazine underground Mainmise qui fût la petite bible d’une certaine génération dont j’étais. J’avais d’ailleurs adapté en mini-pièce de théâtre des segments de “Embarke mon amour c’pas une joke” de Léger devant les yeux ébaubis et la mâchoire pendante de Rosine Latiff, mon professeur de français en dixième année et ce dans la plus totale incompréhension de mes camarades de classe qui eux reprenaient les sketches des Tannants.

Ma personnalité de secours a été pensée comme un petit ange de nos cahiers d’école mais portant ses ailes aux pieds. Pour troquer les boulets d’acier qu’une chute brutale et précipitée dans la vie adulte à treize ans m’avait solidement vissés là. Et comme le petit bum avait en quelque sorte avorté son éducation formelle (drop-out par dépit) et qu’il voulait quand même se faire aller les crayons, je considérais mes écrits et autres actes créatifs comme excusables, de simples erreurs de pensée, comme tout un chacun peut légitimement avoir des bulles au cerveau sans détenir le moindre diplôme.

Hermès, le dieu grec qui guide les héros et les voleurs et conduit les âmes aux enfers avait une paire d’ailes aux pieds et une aux épaules et ça n’a pas empêché la cruelle histoire et quelque malhabile brandigneux (du mot branding) de faire de lui aujourd’hui une marque de parfum haut de gamme. Avec une seule paire d’ailes fixée aux pieds, Flying Bum peut difficilement prévoir l’issue de sa propre histoire ni rester tout à fait ancré au sol. Il ne peut jamais voler aussi haut qu’il ne l’aurait voulu non plus. Je ne me souviens pas d’avoir porté à terre pendant de très longues périodes ni, en contrepartie, d’avoir volé bien plus haut que le trou sombre où se terrent toutes les misères de la terre. Suis-je en état d’entre-deux, d’apesanteur, en état d’errance, en état de grâce, bref, comme le dit mon frère, dans quelle sorte d’état j’erre?

Je ne le sais mais j’erre. Au début, j’ai erré au-dessus de Bourlamaque, P.Q., tout petit loulou, passant à travers les fenêtres de l’école St-Joseph, survolant nonchalamment mes terrains de joie, mes verts peinturages, mon crique à marde. Aucune institutrice si dévouée fût-elle n’a eu assez de matière pour m’empêcher de me désubstancier et de passer à travers les châssis doubles de ma classe, de partir en courant d’air destination lune. Ensuite et toujours l’esprit vagabond ou l’hostie de vague à l’âme m’ont amené par monts et par vaux parmi les pairs et les parias et par là les amis et partout tout autour.

Et j’ai eu des vies, des racines et déraciné, vies d’amis, vies d’amours, de femmes, d’enfants, de petits-enfants, et des vies sans frères, d’enfants sans mère, de père sans père, vies successives, superposées, vies de voyages et vies bien assis, de grands chemins, de petits jardins, vies tristes à mourir, vies à pleurer de joie. Et toujours par en-avant, tout le temps, tout le temps, tout le temps.

En route j’ai tout bêtement oublié de prendre des notes. Je n’ai pas remis ma copie sur le bureau de la maîtresse en sortant, j’ai oublié de semer ces fameux petits cailloux et j’ai oublié d’enterrer des pinottes au cas où. Je n’ai jamais eu le canif pour immortaliser mes amours sur le tronc des arbres et les bancs des parcs. Et plusieurs sont mortes aujourd’hui sans épitaphe digne de ce nom.

Et le Flying Bum revient donc pour laisser quelques indices, des pistes et des traces. Je vais commencer à délester, ici, sur les inter-nettes, des humeurs diverses et pas toujours proprettes. J’ouvre mon canal langue sale et je vous convie à le synthoniser. Pratiquez gaiement cette nouvelle religion médiasociale, aimez et partagez tous.

Car ceci est mon corps livré pour vous.

Flying Bum.

pieds-ailes

(crédit photo couverture : Jean-Paul Giard – figurant : moi à 17 ans – infographie : moi)

14 réflexions sur “Comme une erreur de pensée

  1. Ayant le privilège d’avoir l’oreille musicale absolue plutôt que docile, et l’ouïe sélective, faire partie du cercle des favoris de certain, est un choix délibéré, et un véritable plaisir. Une camarade de pouponnière admirative.
    P.S. J’ai jeûné, hier soir.

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  2. Testin, testin, onéreux twooooo testin. Et voilà que mon mon vieux cerveau abrasé par le temps et bien d’autres choses , allume quelques lumières du passé. Je t’accompagne Flying bum 👌

    Aimé par 1 personne

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