Trois petites vite

On ne peut pas tous être Michel Pagliaro

Rémi Doré capotait sur Michel Pagliaro. Il disait à qui voulait l’entendre qu’on ne l’avait pas baptisé avec quatre notes de musique pour rien. On avait juste à le regarder aller. Les filles lui arracheraient sa chemise sur le corps. Quand il s’était laissé allonger les cheveux et s’était mis à porter des lunettes de soleil vingt-quatre heures par jour à l’intérieur comme à l’extérieur, comme Corey Hart, tout le monde s’était mis à rire de lui. Il disait qu’il n’avait pas le choix, qu’il avait des yeux roses. On était alors en neuvième année. C’est en dixième année qu’il avait dit au professeur d’éducation physique qu’il ne pouvait pas aller dans la piscine parce qu’il n’avait pas de maillot ni de serviette. Il ne voulait juste pas enlever ses lunettes fumées. Ou montrer son corps maigrichon. Le professeur l’avait poussé tout habillé dans la piscine et ses épais pantalons en corduroy étaient restés collés après ses minces pattes tout le long du cours d’algèbre, de culture religieuse aussi. Et puis, Sylvie DeLaCouture nous a raconté après une danse de gymnase d’école que Rémi Doré lui avait confessé, un soir qu’il était paqueté raide, que quelquefois il se tartinait les deux couilles avec du beurre d’arachides et qu’il laissait au bichon maltais de sa mère le soin de les nettoyer pendant qu’il se branlait gaiment. Le plus drôle c’est que tout le monde savait que Rémi Doré n’avait qu’une seule couille. Une sale chute en bas d’un arbre. Après son déménagement, l’été avant le collégial, quelqu’un m’a raconté qu’il avait triché avec son âge et qu’il était serveur à la taverne Dagenais, bien qu’Adrienne Portugais m’ait raconté que Pélo lui avait dit l’avoir vu à l’Iroquois vendre de l’acide pour le clan Dubois et sa meilleure amie Carmen Picard  avait confirmé le fait mais en rajoutant qu’il était maintenant en-dedans mais Pélo avait ajouté qu’Adrienne Portugais l’avait vu opérer les tasses rouges de Beauce Carnaval à la foire agricole de Saint-Hyacinthe pas plus tard que la semaine passée, enfin, elle jurait que c’était lui. Ce que je sais c’est qu’il s’était fait déclarer mineur émancipé pour échapper à son trou-de-cul de père et qu’il était déménagé quelque part en région, assez loin pour ne jamais plus tomber par hasard sur lui. C’était mon ami malgré tout. Alors j’ai dit à tout le monde qu’aux dernières nouvelles que je tenais de source sûre, Rémi Doré se tapait maintenant dans les deux-cent-mille piastres par année à opérer un bateau de pêche en Alaska. Même chose que j’ai entendu quand plus tard j’ai revu Sylvie DeLaCouture qui m’a dit que Pélo lui avait raconté la même histoire, sauf que c’était aux Bahamas.


Laver laver

Enfin deux minutes seule pour aller niaiser sur internet. Elle dépose son verre sur le bureau de façon plutôt brusque, le jus a tout éclaboussé.

–“Merde”, se dit-elle examinant le dégât tout en se léchant goulument le bout des doigts. Elle court à la cuisine chercher des serviettes de papier mais il n’y en a plus, plus d’essuie-tout dans la salle de lavage non plus, elle attrape un t-shirt sale dans le panier.

–“Laver, laver…” qu’elle se met à chantonner tout haut.

Une voix grave d’outre-tombe répond : –“Savez-vous savonner?”

Penchée à nettoyer, elle se redresse droite comme une barre, sa colonne vertébrale pisse la sueur comme une rivière. La raie de ses fesses, on se garde une petite gêne. Les petits poils folichons sur la base de son cou se dressent raides comme des clous de six pouces. Ses oreilles brûlent. Flabergastée, elle se risque timidement du bout de la gueule, craintive.

–“Laver, laver.”

–“Savez-vous savonner?” répond encore la voix.

Les pupilles en proie à des vibrations incontrôlables, les lèvres tremblantes, sa tête à la peau maintenant blanche tourne lentement scannant la pièce scrupuleusement. Elle perçoit un bruissement, comme un froissement de tissu. Ses mains parcourent son visage puis son torse. Ses mains sentent à travers ses côtes son coeur s’affoler là-dedans. Pou-poum, pou-poum.

–“Lav…” entreprend-elle sans être capable de finir les mots.

Dehors, tout est noir. Elle regarde partout et nulle part en même temps. Elle fixe le dégât de son verre de jus.

–“Laver, laver, savez-vous savonner,” reprend la voix mais plus douce cette fois.

Ne sachant plus comment réagir, quoi faire, où aller. Crier ou se taire. D’où ce bruit vient-il. Pourquoi mes jambes veulent plier. Ses yeux roulent au fond de leurs orbites, ses grandes mains viennent se rejoindre une sur l’autre sur sa bouche aux grandes lèvres maintenant violettes.

–“C’est moi,” reprend la voix, “c’est moi, maman.”


Musique à bouche

En deux tours de tête et trois pas de trois, Adéline avait déjà fait le tour du Musée de l’Insignifiance de Tiblemont. Ses mots à elle, plate, plate, plate. La dérision est un mystère pour Adéline.

J’essaie toujours de voir le beau côté de toutes choses. Mes mots à moi, au moins la visite est gratuite.

On était plantés devant une vielle boîte de poivre McCormick en tôle, montée sur un socle avec un petit descriptif drôlatique sur un carton plié en deux, comme si ça avait pu donner de l’intérêt à la chose. Le seul intérêt qu’elle aurait pu y voir c’est un vague souvenir de Chez Mémaine où on allait jadis manger un spécial du jour à trois piastres et vingt-cinq et qu’il traînait toujours une boîte de poivre McCormick en tôle sur la table. Les jours heureux. Ou ça l’allumait de savoir que le Musée de l’Insignifiance de Tiblemont était le dernier arrêt de notre long périple avant Lebel-sur-Quévillon et c’est là que j’ai allumé pour la première fois. Pour Adéline, nos vacances étaient essentiellement à propos de tourner une page.

Ses mots à elle. Ça ne fonctionne plus. Nous deux.

Pour moi, nos vacances n’étaient pas à propos de tourner une page. Mes mots à moi.

Alors nous sommes là à Tiblemont, Québec, Musée de l’Insignifiance. Mon idée à moi. Dès qu’Adéline avait démontré des signes avant-coureurs que je devrais bientôt me préparer à une transformation personnelle (nouveau statut, nouvelle garde-robe, nouvelle coupe de cheveux, nouveau compte “Cœurs à prendre”), j’avais aussitôt donné un dépôt sur ce magnifique motorisé pour l’emmener faire son voyage de rêve à Lebel-sur-Quévillon. Je lui avais promis de réaliser son rêve, sur la tête de ma mère pis toute. Une opportunité exceptionnelle. Une aubaine. Un Ford Éconoline adroitement pimpé en confortable baise-o-drôme, avec seulement 300,000 kilomètres au compteur!

Juste ça, ça valait le voyage, disait-elle le visage soudainement radieux, en me pointant du doigt une touchante pieuvre-jouet en douce peluche à peine usée. Pas cher. Trois piastres. Ça vaut même pas la peine de pas l’acheter, ses mots à elle.

Mes mots à moi. Vraiment? Je tente toujours de voir le bon côté des choses, dans ma tête je tourne les choses dans tous les sens et là, je ne trouve rien.

Une pieuvre, ça possède trois cœurs, savais-tu ça?, mes mots à moi. Ça fait beaucoup de cœurs à briser dans une seule journée, non?

Elle marinait sur place dans son propre silence ébaubi.

Elle est demeurée comme ça jusqu’à Lebel-sur-Quévillon. Puis jusqu’à Montréal tout le long du trajet de retour. Dans mon livre à moi, c’était la chose la plus gentille qu’elle pouvait faire dans les circonstances. La plus belle chose qu’elle n’avait jamais faite pour moi. Ces deux longues journées de silence m’ont laissé amplement le temps de penser . . . à la note d’harmonica.

Au Musée de l’Insignifiance de Tiblemont, j’avais lu devant l’exhibit en question qu’un type, après avoir travaillé trente ans sous la terre à Lebel-sur-Quévillon, s’en retournait seul dans son bled natal en Beauce. Pas aussi riche qu’il ne l’avait cru au départ. Une petite patrie qu’il ne reconnaîtrait probablement même plus. Une place qu’il n’avait pas revue en trente ans. Mais il devait abandonner sa vie, son logement de mineur à un plus jeune. Il avait pris l’harmonica –le même harmonica qui trônait encore sur son socle– et aussitôt qu’il avait poussé une note, il l’avait redéposé sur le socle avant de tourner les talons. Le pauvre homme avait tout de suite su que c’était là la note la plus triste au monde. Et le petit carton sur le socle près de la musique à bouche abondait : Cet harmonica émet la note la plus triste au monde.

J’ai pensé à cette note d’harmonica tout le long du voyage de retour.

D’une certaine façon, j’y pense toujours.


Flying Bum

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Éclairs de grille-pain (2)

C’est ce qui se produit si on échappe une rôtie enduite de confitures sur les deux côtés. Vous l’aurez appris ici.


Comme un salmigondis, tutti-frutti. Vendredi. Ici, de tout et de rien, ce qui vient à l’esprit lorsque le nez totalement séduit par l’odeur de pain grillé, debout devant le grille-pain, on attend. Temps mort. Craque dans l’espace-temps. L’esprit s’éparpille en tout sens. Et on attend. Et l’esprit déraille. Un moment traverse le cortex. Et dès que, ô joie, sautent les deux belles tranches bien grillées, toutes ces pensées ébouriffées fuient vers les limbes désennuyer les petits bébés pas baptisés. En voici encore une fois, interceptées à temps juste pour vous, fidèles lecteurs. Vous me remercierez lundi.


Orgasme : C’est lorsque les circonstances nous empêchent de l’atteindre que l’on peut réaliser totalement toute l’ampleur de la nécessité de l’orgasme.


Idiobiographie : Choses que vous ne voulez probablement pas savoir de moi. On a déjà traité celui qui écrit sur lui de suiloque. Je sui-suiloque.


Parlant de suiloque, Rousseau : (Jean-Jacques, pas Stéphane) Si pour égayer sa vieillesse J.J. avait besoin de se rappeler le souvenir de ses premières années, ne pouvait-il pas se procurer cette satisfaction sans importuner les lecteurs de bagatelles qui n’ont pour eux aucun intérêt? Ne pouvait-il pas rire tout à son aise du tour qu’il a joué à la vieille Clot, en pissant dans sa marmite, sans informer le public d’une pareille circonstance? Et où en serions-nous si chacun s’arrogeait le droit d’écrire et de faire imprimer tous les faits qui l’intéressent personnellement, et qu’il aime à se rappeler? (Critique de l’Année Littéraire sur Les Confessions de Rousseau)


Terreur : je ne connais pas l’origine de mon mal et je ne me rappelle plus lorsque cela a commencé. J’ai peur du courrier. Tout se passe au niveau de l’abdomen, une pression monstre. Je crie, j’implore une anesthésie générale lorsque la palette rouge se dresse au-dessus de la boîte aux lettres. La vie est fuck’n cruelle parfois. Ignorez toutes ces enveloppes qui vous réclament toutes votre pécule chèrement gagné. Ne jamais ouvrir ces enveloppes. Ces idiotes ne font que tenter de vous effrayer en changeant de couleur de mois en mois.


Anatomie : Mon coeur héberge quelques passagères éternelles ramassées au passage sur mes parcours amoureux. J’ai un drôle de pressentiment. Je crois que je vais me trancher les chairs du torse, scier les côtes et gratter chaque couche de viande de mon organe cardiaque jusqu’à ce que je les atteigne. J’ai besoin de savoir si elles se sont mises à comploter contre moi là-dedans.


Carpe diem : Si votre œil est incapable de percevoir toute la beauté dans l’insignifiance de l’existence, la plupart de vous jours sombreront définitivement dans l’oubli. Prenez des notes.


Intermède théâtral.

UNE HISTOIRE D’AMOUR

Pièce en un seul acte.

Dans la chambre à coucher d’Évelyne

Lumière

2050 après Jésus-Christ, le sexe se pratique maintenant sans contact. Évelyne est au lit. Entrée de Lothaire – il s’asseoit près d’Évelyne sur le lit. Évelyne et Lothaire bipent une fois chacun. La transaction est complète. Ils vapotent. Évelyne se demande ce que goûte Lothaire. Elle s’imagine que son goût doit s’apparenter à l’odeur d’une savonnette à l’avocat qu’elle a déjà utilisée. Lothaire songe au climat éternellement changeant, inquiet.

Sortie de Lothaire.

Évelyne publie un long billet à propos de Lothaire sur son blogue. Lothaire ne lit jamais le blogue d’Évelyne.

Lumière

Rideau.


Cornichons dans le vinaigre : J’ai récemment réalisé que je ne détestais plus les cornichons dans le vinaigre. Comme la vie est espiègle. Je me suis surpris à ne pas les enlever s’ils faisaient déjà partie de la recette d’un burger du commerce mais je ne crois pas avoir atteint le point où j’en croquerais un frais sorti de son bocal, la ressemblance à un aquarium surpeuplé de batraciens étranges probablement, ou de demander spécifiquement à un grand chef d’en rajouter à un plat quelconque, à l’exception peut-être des jours qui nécessitent un geste particulier pour s’extraire de l’insignifiance de l’existence et qui demandent à se démarquer des hiers et des lendemains en tout point semblables, cette différence fût-elle si mince, verte, marinée et tranchée finement.


La baffe: Arrivé dans la grande ville en septième, mon père m’avait inscrit dans une école des frères maristes. Totalement inconnu du frère Côté, premier jour de classe. Lui non plus je ne le connaissais pas. À la prise des présences, par ordre alphabétique, un Saint-Amant, un Saint-Onge et moi un Saint-Pierre. Une passe sur la palette. Abandonner un gigot au chien, c’est pareil.

Ah oui, ânonnons!

Saint-Amant . . . présent.

Saint-Onge . . . présent.

Saint-Pierre . . . priez pour nous.

Réception du gag, nada. Le frère s’avance calmement dans le rang jusqu’à moi, stoïque. La baffe est partie, vous ne croiriez même pas la force que l’ecclésiastique y a mise. Pas tous des amateurs de petits câlins, les frères maristes, je vous jure.


Paternel : J’ai longtemps pensé que mon père était pathétiquement égocentrique, absent à ses fonctions d’éducateur et sans aucune espèce d’affection pour ses enfants (moi), depuis j’ai réalisé qu’il était un humain, et par définition, les humains n’ont généralement aucune espèce d’idée de ce qu’ils font.


Une pour monsieur Freud : Tant qu’à être dans la famille et les blessures profondes de l’âme, ma mère avait un chaudron en aluminium mince, cabossé et noirci à l’usure, l’usure étant due à la préparation d’une quantité impressionnante de batch de popcorn au beurre. Ma mère, pour des raisons intimes restée inconnues à ce jour et qui l’ont suivi dans la tombe, ne partageait JAMAIS son popcorn avec ses propres enfants, marâtre. C’est même passé dans les gênes de la famille. Lorsque quelqu’un pige dans MON bol de popcorn, mon ADN en entier s’excite, mes yeux s’exorbitent, j’ai le goût de tuer.


Pointillisme (Qué Seurat, Seurat) : Je crois que la scène de Ferris Bueller’s Day Off où le personnage Cameron souffre d’une puissante et intense angoisse existentielle à admirer la mâchoire pendante une toile pointilliste, a été placée dans le long-métrage seulement pour que le cinéphile dont le cerveau accroche maladivement à cette scène, procède à sa propre angoisse existentielle devant la scène, se sente comme s’il était la seule personne au monde qui ait vu ce film et qui s’émeuve spécifiquement de cette scène. Vous me suivez?


Parler de soi, quelle vilaine chose : Pourquoi Rousseau parlait-il si longuement de lui, ses motifs comme les miens ne sont pas aussi clairs à moi-même que je ne me l’étais figuré avant lui. Victor Hugo, par contre, dans ces dernière paroles de Gavroche, parlait assurément de moi.

On est laid à Nanterre,

C’est la faute à Voltaire,

Et bête à Palaiseau,

C’est la faute à Rousseau.

Je ne suis pas notaire,

C’est la faute à Voltaire,

Je suis petit oiseau,

C’est la faute à Rousseau.

Joie est mon caractère,

C’est la faute à Voltaire,

Misère est mon trousseau,

C’est la faute à Rousseau.

Je suis tombé par terre,

C’est la faute à Voltaire,

Le nez dans le ruisseau,

C’est la faute à… (Gavroche meurt)


Je ne crois pas avoir entendu le petit craquement caractéristique du sceau de sécurité qui doit se rompre à l’ouverture de mon flacon d’antihistaminique. Ceci pourrait fort bien être mon dernier texte.


Flying Bum

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Éparpillé

Des choses qui étaient éparpillées ici et là, que je regroupe ici pour ne pas les perdre.


“Mais quelquefois tout ce que j’écris à travers la lucarne de mes yeux râpés ressemble à un instantané, sinistre, rapide, criard, intensifié par sa propre vie, paralysé dans sa triste vérité. Tout est mésalliance. Mais encore, pourquoi ne pas dire ce qui s’est passé?”

Robert Lowell, Day by Day, (traduction de moi)


En équilibre, étourdi.

Fildefériste mal chaussé, mal barré, un câble tendu sur la vallée noire des sombres desseins qui m’attendent en bas.

Personne ne sauvera plus personne, c’est la raison pour laquelle j’écris, le crayon bien serré dans mes doigts exsangues.

Comme on serre un tronc d’arbre dans nos bras, qu’on s’accroche à sa force immuable; qu’on entend se lever les gémissements, les cris, la tempête.

Que le plomb craque au bout du crayon.

Qu’on veut retourner se crisser dans la neige d’hiver.

Sur le dos faire des anges.

Descendre dans la glaise d’été douce et chaude, se laisser gober par elle.

Je prenais quatre, six, huit bains le même jour avec des feuilles mortes, des sels et des cailloux magiques pour la retrouver.

Tenter la réunion comme un enfant pousse de ses petits doigts l’Amérique du Sud sur l’Afrique convaincu que ça va encore et toujours ensemble.

Tu avales finalement deux petites jaunes en cachette, tu cesses lentement de parler tout le temps, toujours trop vite, de rien qui vaille.

Elle part toute belle danser en ville. Tu l’aimes tellement, tu n’as plus si froid.

Tout va bien.

Un enfant chaud, ton fils, collé au corps.

Tu dors.

F.B.


À propos de Robert Lowell – Robert Traill Spence Lowell est né le 1er mars 1917 à Boston, fils d’un officier de marine et appartenant à une éminente famille dont les racines plongent jusqu’aux Pilgrim Fathers. Objecteur de conscience pendant la Seconde guerre mondiale, il sert plusieurs mois dans une prison du Connecticut. Par la suite, il sera un virulent opposant à la guerre contre le Vietnam. En 1940, il épouse la romancière Jean Stafford (1915-1979), dont il divorce en 1948, et épouse l’année suivante la romancière et critique Elizabeth Hardwick (1916-2007), dont il aura une fille, Harriet, née en 1957. Maniacodépressif, il effectue de nombreux séjours en hôpital psychiatrique. Il est l’auteur d’une douzaine de recueils, dont Lord Weary’s Castle, qui lui vaut le prix Pulitzer de poésie en 1947 et The Dolphin, qui lui vaut un second prix Pulitzer en 1974.


La mort nique

Pas de longue robe noire

De cagoule, de faux bien aiguisée

Garrochées au bout de ses bras

Son char est parké

Sur le bord du chemin

Dans le gros soleil

Un désert de sable

Des running shoes sales dans les pieds

Pas de bas

Pas de brassière

Assise les fesses sur le top du char

Brûlant

Des grandes jambes

Des belles cuisses cuivrées

Mollets à faire suer

Les running accotés sur les poignées de porte

Pas de pantalon

Une bobette minuscule

Blanche avec des étoiles bleues

Un t-shirt trop petit

Blanc sale

Pas mal en haut du nombril

Pas de manche

Pas de col

Seins libres

Le dos bien droit

Ses seins, cibole

Ses deux mains pendent entre ses deux jambes

Des grosses barniques de soleil roses

La tresse française à moitié défaite

Trahit la direction du vent chaud

Rousse

Brûlante

Un grain de beauté sur la babine d’en haut

Une grosse chiquée de gomme

Une grosse balloune qui s’enfle lentement

Sort de ses lèvres comme un sexe

Sur sa face nonchalante

Touche son nez

Explose

Elle bave le paysage

Regarde droit en avant

La terre entière

Grimace méprisante

La mort nique

Une salope

Sur un top de char

Dans le fond du coffre

Pas de bagage

Aucun jack

Pas de spare

Aucun remord

J’espère

Juste…

un corps mort.


Dans mes recherches pour trouver les fondements incontestables de complots célèbres, je suis tombé sur ceci. La seule photographie connue à ce jour de Pet et Répète avant le triste événement.

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Pensées matinales ramassées dans la rosée des petites choses.

L’originalité n’existe pas, disait un critique d’art que j’ai bien connu, ce n’est qu’un manque de référence ou un abus de prétention.

Les créateurs pêchent tous dans les eaux du même néant et peuvent donc, pourquoi pas, en ramener de semblables prises parfois. Les idées flottent toutes comme des volutes gazeuses dans l’atmosphère de la planète pensée. Si on pense être l’auteur d’une seule idée, on nage dans la prétention, un océan de prétention, tant qu’on n’aura pas vu, lu ou écouté tout ce qui est consigné sur le sujet depuis les aurores de l’intelligence humaine.

Modestie, de grâce.

Humilité pour ceux qui aiment mieux souffrir.

La bonne disposition pour entreprendre la soixantaine, oublier la notion d’originalité, se foutre carrément d’être ou ne pas être comme tout le monde, comme personne ou con comme pas un. Voilà.

En abandonnant les prétentions de singularité, d’originalité, je découvre un territoire inconnu comme un explorateur, un Christophe Colomb de pacotille et comme lui je découvre en croyant me rendre complètement ailleurs que là où les cartes me prédestinaient. Là où les parfums d’épice obnubilent la pensée comme parfums de femmes.

Sur le long du chemin, je ramasse en bonus des souvenirs intacts comme si le temps n’avait eu aucune prise sur eux, nettoyés par l’abandon des illusions, polis par un regard nouveau.


Alma m’atterre

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Elle était timide, toute candide, dix-douze ans et belle enfant. Ma première visite à vie à Alma pour voir un mort, des funérailles. Elle avait tout de suite senti que je n’étais pas de la région, un étranger, le vague cousin d’on-ne-sait-qui, nouveau conjoint d’une ancienne matante, quoi d’autre encore, les hypothèses défilaient dans sa tête. Assurément quelqu’un de Montréal, de la grande ville avait-elle jugé. À l’accent.

Comme si elle m’avait choisi dans la foule bigarrée. Elle n’avait probablement vu aucune malice en moi, avait décidé de prendre une chance avec son intuition. La chose la chicotait depuis trop longtemps. Il fallait qu’elle demande à quelqu’un qui venait de loin. Elle attend que je sois coincé entre nulle part et personne, s’approche direct et me demande du tac au tac, toute gênée:

-À cause que ça se dit pas “à cause”, là, tu l’sais-tu, toé?

Son regard à lui seul valait un poème. J’observe encore un petit moment ses yeux d’enfant qui imploraient, j’étais un peu ébaubi mais tombé sous son charme, totalement.

Mais je ne sais trop quoi lui répondre.

À cause que je sais pas pourquoi.


Antigone with the wind

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Pièce déconfinante en un seul acte

ANTICORPS

Tiens ma bière, Ismène ma soeur, je pars en mission tuer en toi ce vil virus et toute son armée dans tous les confins de ton pauvre corps.

ISMÈNE

Va, je cède à ta force, je n’ai rien à gagner à me rebeller.

ANTICORPS

Il y a une chose qui m’importe avant tout ma soeur : sauver ta peau. Et souishhh et souishhh. (bruits d’épée)

ISMÈNE

Ayoye, ciboire, c’est mon poumon que tu attaques !

ANTICORPS

Corps étranger, créature dégoûtante, j’en appelle à la guerre, la mort est ton seul destin.

ISMÈNE

Ben voyons donc, c’est mon poumon que tu picoches, ça fait mal, tabarnak!

ANTICORPS

Je tuerai pour toi ce virus, je le découronnerai sans la moindre pitié.

ISMÈNE (à boutte)

Ouch, mon poumon . . . ARRÊTE ! . . . j’étouffe

ANTICORPS (plus emballé que jamais)

Oui ma soeur, regarde-moi bien aller, j’annihilerai la bête partout dans tous les confins de ton corps frêle et chétif et souishhh et souishhh (bruits d’épée).

ISMÈNE (qui n’en mène pas large)

Ayoye, ça suffit!

Slack dans mes confins pis déconfine d’icitte, innocent!

Rideau.


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La dernière vague

Capture d’écran, le 2020-11-18 à 12.20.30

Après la dernière vague de brumes vertes, le nain de jardin de madame Cooper avait été la première victime. Lorsque monsieur Cooper lui avait offert, elle en était tellement fière. Elle le montrait à tout le monde. Puis elle l’avait lentement oublié, négligé. La mousse avait lentement envahi ses replis. Ce matin-là, une épaisse couche de coquillages était apparue dessus, comme des moules miniatures, rigides et soudées les unes sur les autres formant une carapace épaisse et indestructible sur le pauvre nain.

Un coquillage est apparu sur mon mollet, je l’ai arraché.

Les gens parlaient d’une nature vengeresse. Portes, tiroirs pris d’assaut qui n’ouvraient plus. Des heures, tous les jours, à débarrasser au ciseau à froid les objets usuels qui perdaient définitivement leur bel aspect d’origine, blessés par les coups et tachés par les résidus. Les maisons toujours sombres, les vitres envahies.

Il en repoussait toujours d’autres là où mon mollet avait été frappé. Ça saignait quand je les arrachais.

Et l’odeur, forte odeur de cuisine lorsqu’on vient de frire du poisson, comme une demi-tonne de poisson pas frais.

Impossible maintenant de m’en débarrasser, mes doigts prennent en pain, le crayon prisonnier dedans incapable d’écr


Chaque bonne nouvelle est un roman gaspillé. – F.B.

Flying Bum

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Tharèse, je t’aime!

Tharèse, c’est toé mon beubé,

J’t’oublierai jama.