Mottons à vendre

Pour mes lecteurs d’outre-atlantique, le motton est un mot tout québécois qui comme bien d’autres peut prendre différentes significations selon l’usage ou le contexte. Le motton typique est une agglutination, un précipité, un grumau en quelque sorte. S’il se retrouve à un endroit spécifique, un motton dans la gorge par exemple, cela signifie qu’on est le sur bord d’éclater en sanglots. Avoir le motton tout court peut signifier avoir plein de fric, être riche. Le motton sur le coeur signifie être envahi d’une profonde mélancolie, d’une grande tristesse. Dans un monde plus intime, mon oncle Aurèle qui n’aimait pas le traditionnel gâteau aux fruits de Noël appelait cela du gâteau aux mottons. Et voilà un exemple typique de l’origine de bien des mottons sur le coeur. Noël, un être cher disparu ou simplement inaccessible et le tour est joué, ça pogne en mottons partout sur le coeur.

Bien peu d’entre nous ont vécu ces Noël idylliques, une joyeuse promenade en carriole tirée par des chevaux sur une nature blanche de neige immaculée au son des grelots, bien emmitoufflés dans de belles peaux d’ours qui finissait en réunion au pied du sapin. Un père fonctionnel, une mère aimante, une fratrie à la vie à la mort, des beaux petits pyjamas et une pile de cadeaux. Alors on en achète. On se paie des mottons. Les lancinantes chansons de Noël nous en vendent tant qu’on en veut, ad nauseam. À prendre à notre compte tous ces souvenirs artificiels bien léchés et se prendre à y croire nous révèle notre propre bêtise et nous fout les mottons à tout coup.

D’ailleurs à ce chapitre, nous savons maintenant que le père Noël tel que nous le connaissons est une pure invention des génies de la mise en marché chez Coca-Cola. Le pétillant breuvage avait le fâcheux défaut de moins bien se vendre en hiver lorsque le besoin de se désaltérer diminue considérablement. En 1860, un illustrateur new-yorkais invente un personnage qui viendrait distribuer des cadeaux aux enfants, en se basant sur la légende de Saint Nicolas. Ce personnage est alors bedonnant, il fume, et il porte une grande barbe blanche avec un costume. Mais dès les premières illustrations colorées qui suivirent les années suivantes, le Père Noël arborait déjà un costume rouge !

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En 1931, la firme s’apporte le soutien du personnage mondialement connu. Durant sa longue nuit de livraison de jouets, le Père Noël, il doit avoir soif ? Quoi de mieux qu’un Coca-Cola pour se donner des forces ? Et en plus, il porte déjà la couleur de la marque, idéal pour associer facilement deux icônes mondialement connues… !

Jusqu’en 1964, c’est l’illustrateur Haddon Sundblom qui va créer les publicités de Noël pour Coca-Cola, mettant en scène le Père Noël en train de distribuer ses cadeaux, de se détendre avec les enfants ou encore de faire une pause Coca-Cola. Et les américains ont acheté. Rien de surprenant d’un peuple hétéroclite aux origines variées et sans réelles valeurs communes qui trouvaient là un rare point de ralliement. Même peuple sans commune culture auquel une dénommée Martha Stewart a fabriqué de toutes pièces un folklore national qu’ils ont tout acheté d’un bloc. Et Martha qui riait jusqu’à la banque. On peut dire ici que les américains ont avalé le motton tout rond.

Il y a cependant de ces mottons qu’on ne réussit jamais à faire passer. Les statistiques démentent la croyance populaire qui laisse croire que le temps des fêtes est la saison de prédilection du suicide. Il n’y a pas plus ni moins de suicides en décembre que dans les autres mois. J’ai lu un truc qui racontait que les suicides de Noël sont cependant les plus romantiques, les plus tristes évidemment. La solitude en ces temps festifs est lourde à porter mais on y lisait que les suicidés de Noël utilisaient leur propre mort pour lancer des flèches empoisonnées à un amour perdu, des messages amers à une famille dysfonctionnelle, règlements de compte familiaux extrêmes.

Il faut garder l’oeil bien ouvert. Tous ces gens que la misère emporte sont autour de chacun de nous, jamais bien loin. Une amie m’a déjà raconté que deux jeunes garçons issus d’une famille aisée et conservatrice ont organisé leur coming-out homosexuel en se pendant de façon parfaitement symétrique de chaque côté d’une couronne de Noël allumée dans une immense baie vitrée devant le chalet de ski familial de façon à ce que la famille les voie de loin en se présentant au chalet pour festoyer. J’ai toujours une pensée pour mon pauvre oncle Bobby qui s’est gazé dans son garage à quelques jours de Noël, à une superbe jeune fille d’à peine dix-huit printemps que mon fils fréquentait et qui un soir s’est enfuie entre le dessert et le digestif. On l’a retrouvée trois jours plus tard, à quelques heures de Noël, pendue dans une chambre anonyme du Ritz-Carlton. Nous avions été les dernières personnes à l’avoir vue bien en vie. La petite a déposé une sérieuse couche de mottons sur mon coeur et sur bien d’autres. Venus joindre tous ces mottons qui remontent encore et toujours en ces jours joyeux. Prenez bien soin les uns des autres, gardez l’oeil et votre coeur ouverts, toujours.

Ma tante Colombe préparait son gâteau aux fruits à travers toute la boustifaille qui l’occupait avant les fêtes. Mais on ne le mangeait pas. Pas tout de suite du moins, pas celui-là. Elle l’emmitouflait dans du papier ciré et le calait bien serré dans sa boîte de métal pour le ressortir de temps en temps pour le badigeonner de rhum. À Noël elle servait celui de l’année d’avant. Comme j’ai eu un automne très occupé et que j’aurais bien aimé écrire un nouveau conte de Noël, je vais vous re-servir celui de l’année dernière. Je l’ai ressorti de temps en temps pour le badigeonner de quelques nouvelles tournures, corrigé quelques fautes, et je vous invite à le découvrir ou à le redécouvrir, c’est selon.

Je vous souhaite des beaux mottons de Noël, soyez heureux.

Cliquez ici pour accéder au Blanc Noël de Noël Leblanc.

Flying Bum

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Ah la vache.

Très généralement je dirais, je me couche je m’endors et pas toujours dans cet ordre-là.

Mais là, j’écris un scénario de film au complet, j’apprends les textes, je le tourne, je joue dedans, je fais le montage, j’organise la distribution, vous voyez le genre. J’essaie de voir combien de mes humeurs humides peuvent absorber mes draps-santé avant d’être malades. Et je tourne un petit tour à gauche, un petit tour à droite. Zéro dodo.

Toutes ces bêtes qui errent dans la nuit, j’aurais dû m’habituer à leur présence depuis le temps. Je n’entends plus que ça. Old MacDonald had a farm hi-han-hi-han-yo. Évidemment, passer de la basse-cour la poche sous le bras à la cour de l’état le lendemain matin les poches sous les yeux, ça porte à l’insomnie quelque peu. On est toujours moins beau avec des grosses poches sous les yeux. Le juge jugera, on le paie pour ça. And a kwak kwak here and a kwak kwak there. Comment je me suis ramassé là?

Qui aurait pu prévoir le terrible coup d’état, toutes ses conséquences sur nos vies? Ces gens avaient l’air tellement “flower power” pis toute. Des méditators en transe et en sandales. On ne fait pas bobo aux bozanimos, on les aime on les mange pas, on ne mange pas leurs oeufs, on ne boit pas leur lait, on ne tricote pas leur laine, on ne se fait pas de linge avec, rien. Quelques vitrines de boucheries peinturées tout au plus. Personne n’a pu voir venir, même pas eux finalement.

Mon sub-pœna sur le chevet est on ne peut plus clair, en lettres mauves à l’encre de betterave sur papier de soya, j’ai terrorisé un individu volatile en le pourchassant cruellement dans toute la cour, séquestration sous une chaudière de plastique avec un orifice pour ne passer que la tête, homicide volontaire et prémédité par décapitation à la machette, outrage à un cadavre déplumé, dépossession de viscères et grillé sans pitié au piment d’espelette. Et finalement, jouissive ingestion par la bouche du corps démembré d’une de nos soeurs les poules. Qu’est-ce qui m’a pris?

Mon avocat informé de mes pépins et vert d’inquiétude m’invective de ses paroles acides acétiques, qu’ai-je fait au ciel pour mériter cet avocat-vinaigrette? Ma pire sentence pour l’heure c’est l’éveil. Vais-je seulement y parvenir? Dormir, dormir, est-ce que je peux juste dormir un peu?

Sur le patio un couple de coyotes dévore goulûment une pauvre chèvre ou est-ce qu’ils la sautent? Rien n’est moins sûr juste au son. Je me masturbe un p’tit coup en plissant fort les yeux et en me jouant les images fantasmatiques d’une boule de cretons à l’ail enroulée dans une tranche de bacon frite dans la graisse de rôti. Je viens et vite de surcroît, j’en reviens pas. Mais rien à faire, l’homme comblé dégonflé et repu ne tombe toujours pas endormi.

Il y aura bientôt quatre ans, le 15 novembre 2026, cinquante ans bien sonnés après l’élection du gouvernement Lévesque, le groupe révolutionnaire anti-spécisme, le GRAS, jusque là à peu près inconnu, a pris le contrôle du gouvernement dans un spectaculaire coup d’état armé qui a pris tout le pays par surprise, les véganes comme les méchants carnassiers. Les Landry, les Leblanc et tous les autres producteurs laitiers dans le rang chez nous, pris de peur ont libéré toutes les bêtes et ont fui demander l’asile politique en Suisse.

Les vachères parties les vaches errent partout, broutent mes pelouses, mon jardin, mes plates-bandes fleuries. Les écuyers écoeurés les écuries évacuées, les moutons blancs au diable vert, and a oink oink here and a oink oink there les porcs courent partout, chez eux comme autrui. Et ça se reproduit à une vitesse folle toutes ces bêtes maintenant libres et sans aucune contrainte, les prédateurs du coup se multiplient comme les petits pains aux noces de Cana. Et le gros rouge, à grandes gueules dans le buffet. On s’enfarge dans les carcasses, partout on frappe un os.

Hier, les sirènes des troupes du général DeMontigny ont retenti dans la nuit. Plus loin vers l’Épiphanie, l’ancienne porcherie Au Porc Sain a été prise d’assaut au bélier. Une quarantaine de sales spécistes cachés là y avaient installé un méchoui et grillaient tranquillement trois fesses de porc bien rondes salivant sans bon sens. Un massacre sans nom s’ensuivit et les sales spécistes empalés sur de longues broches ont été exposés dans le parking du supermarché pour faire peur aux autres.

J’ai du sable dans les yeux mais rien à faire, le sommeil ne vient pas. J’entends les loups qui piaffent et hurlent en encerclant les quelques vaches et leurs beus à l’heure bleue qui pacageaient tranquillement entre la piscine et le cabanon. Leurs beuglements désespérés percent dans la nuit au-dessus des cris de toutes les autres bêtes hébétées. En panique totale elles coupent de leurs sabots le cordon de loup et se précipitent directement sur la fenêtre de ma chambre qui vole en éclats.

Les ruminants sont partout, immenses et malodorants, les yeux exorbités. Je saute de panique hors du lit sauver mon cul vite encerclé de grosses langues roses et blanches aux relents fétides qui s’agitent partout sur mon corps nu. Impossible de rejoindre la machette que je garde toujours sous mon lit, le Manitoba ne répond plus. La lutte serait vaine et ennuyeuse. Je me fraye la fuite rampant à travers la forêt des minces pattes de bovidés et je cours à la cuisine, mais rien à faire elles m’y suivent des babines.

D’effroi et sans y ruminer davantage, je vide et me cache dans une armoire à Tupperware. Un gros mâle m’a senti, mal m’en prît, il frappe et frappe de ses cornes sur la frêle porte d’armoire qui part en morceaux pas plus gros que des cure-dents. Il se recule pour mieux revenir, tête basse et cornes devant.

Je me réveille à côté du lit carrément encastré dans ma table de chevet. Jamais plus les boules de cretons à l’ail enroulées dans le bacon et frites dans la graisse de rôti avant d’aller me coucher.

Je vire végane, moé s’tie.

Flying Bum

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Vendredi de rire

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Le clown en en-tête est une photographie originale de Pavel Krivtsov (a sad holiday new year in a psychiatric hospital). J’avoue qu’elle n’est pas drôle.

Marina, aqua Marina!

J’en ai déjà eu une pareille. Pareille pareille.

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Même couleur, toute. Une fois le radiateur a sauté sur Bellechasse et j’ai été obligé d’arrêter en face de la polyvalente Père-Marquette et naturellement tous les ados en récré se payaient ma gueule. Je leur ai dit qu’elle s’ennuyait de son Angleterre natale et qu’elle se faisait une petite brume londonienne nostalgique tout simplement, le temps que je grille une clope. P’tits morveux.  Je vous raconte cela maintenant parce que dans ce temps-là, Facebook n’existait pas. Vous l’auriez jamais su.

Je n’ai jamais rasé votre femme

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J’ai toujours adoré les pastiches, ma belle-mère en portait des sublimes comme Jinny  mon fantasme adolescent sans nombril. (On lui dissimulait avec de la putty et du maquillage pour ne pas trop exciter les petits garçons. Ce fut, croyez-moi, peine perdue).

Si vous voulez voir d’autres pastiches de votre super-héros sous la plume de Kerry Allen, il y en a plein ici: Super Antics by Kerry Allen

Nostalgie quand tu nous tiens

(lâche-nous pas trop vite, avertis)

MissLSD

Je me souviens comme si c’était hier, hier je n’avais rien à faire. Une longue marche sur une plage sauvage et déserte des Seychelles, main dans la main avec une femme merveilleuse et presque nue, à l’heure bleue du petit matin qui laisse naître les rêves les plus fous malade-mental. Les papillons dans le ventre, les Sweet Caporal qui retroussent du Speedo. Nous avons tant et tant marché au soleil levant sur un sable blanc de plus en plus chaud jusqu’à ce que les pieds me brûlent, l’acide redescende et que je réalise que je traînais un mannequin volé, en plein jour au gros soleil dans le parking en asphalte d’un Zeller’s.

Bien loin tout ça. Aujourd’hui le LSD ne m’est plus d’aucune utilité. Je n’ai qu’à me lever un peu vite et je vois des mouches en masse.

Je l’avais dit. Tout petit tout petit.

Flying Bum

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L’underground est mort, vive l’underground!

Pour ceux qui me connaissent bien, c’est devenu un lancinant running gag lorsqu’on parle de consommation de cannabis. J’affirme tout de go que je n’en ai fumé que deux fois dans toute ma vie. Puis je rajoute : quinze ans chaque fois.

Journée historique au Canada, le 17 octobre 2018, la vente et la consommation du cannabis sont maintenant légales tant soit-il qu’on assimile et qu’on respecte une bordélique série de réglementations fédérales, provinciales, municipales, syndicales, locales, régionales, cataméniales, bicipitales, bilatérales, cérébrospinales et abysalles. On jurerait que le père de la légalisation, fils du tristement célèbre rapatrieur de constitution qui n’appréciait guère les chiens chauds, en a fumé du bon en écrivant sa loi, pissant de joie entre deux Kit Kat en pensant à ceux qui auraient à l’administrer. Je le soupçonne d’avoir concocté sa loi uniquement pour s’affranchir lui-même de ses plaisirs coupables exception faite de l’idée d’enrichir la famille libérale soudainement éprise de vertes cultures et d’une soudaine averse de verts billets.

Je me rappelle de la lointaine époque où j’avais encore des genoux (pour marcher vers un Québec libre) et que je devais me lever la nuit pour pouvoir détester Trudeau le père suffisamment à mon goût, je ne fumerai certainement pas un gros spliff à la gloire de son fils. Après que le père ait à toutes fins pratiques enterré le Québec libre, son fils prodigue et innocent (innocent dans la définition de ma tante Colombe) vient d’envahir et de brûler toutes les terres du pays aujourd’hui imaginaire qu’ont habité tous les vieux hippies et les grisonnants freaks de mon âge : l’underground.

Sera-t-il toujours aussi jouissif pour les jeunes générations montantes de fumer l’herbe enivrante dès lors qu’elle n’est plus qu’un objet de consommation taxé comme tous les autres sous le contrôle du “pouvoir” et que même un quidam bien cravaté peut maintenant se procurer dans un légal petit magasin ayant pignon sur rue sans être suspecté d’être un nark? Ne vont-ils pas tout simplement passer à autre chose tellement la chose sera devenue banale et à la portée de tous les mononcles et toutes les matantes en goguette?

Mes sangs s’échauffent encore juste à me remémorer les frousses qu’on éprouvait à aller faire nos petites emplettes, nos deals, dans tous ces clubs louches aux serveuses court-vêtues, tous les JJ Pub et les Chez Roger de ce monde. Ces rendez-vous noirs dans des recoins malfamés et peu fréquentés où chaque fois on se demandait si ce n’était pas plutôt la police qui viendrait nous surprendre. La totale paranoïa qui envahissait mon petit deux-et-demi et ses quarante-deux occupants pas toute là du samedi soir pendant que je laissais Tarzan venir y diviser ses livres en beaux quart-d’onces ou caper sa mescaline. Notre bohème à nous un peu tout cela, salut Charles, snif snif !

Qui voudrait mettre au chômage son fidèle pusher vieillissant après tant d’années de bons services. Dans les bons jours comme les mauvais, de la bonne dope et de la moins bonne, il est devenu pour plusieurs au fil du temps un ami, un membre de la famille qui sert aujourd’hui avec le même zèle nos enfants devenus des hommes. Le pauvre homme va se ramasser à la rue, qu’est-ce que le gouvernement va faire pour lui?

Trudeau le fils prive les générations futures de bien grands frissons et sa loi, par la bande, de toute la culture underground qui venait avec. Comme la publicité sur l’alcool et le tabac, l’image de la feuille de cannabis elle-même est maintenant bannie et soustraite à l’oeil public. Il n’y a qu’un pas avant que les grands apôtres de la contre-culture soient mis à l’index, retirés des rayons pour toujours.

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On ne le réalise peut-être pas encore mais Freewheelin Frank, Phineas et Fat Freddy, les Fabulous Freak Brothers, sont maintenant persona non grata au Canada. Comme on a échangé la clope de Lucky Luke pour un brin d’herbe dans la foulée de la mise au ban de la publicité sur le tabac, qu’adviendra-t-il des Freak Brothers? Si on retire de leurs albums tout ce qui fait l’étalage ou l’éloge de la dope, il ne restera plus qu’une grosse touffe de poils au bas de chaque page de leurs péripéties illustrées.

Phineas, le grand poète des trois frères, a laissé pour la postérité un bijou de la poésie contre-culturelle que je cite ici :

“La dope va vous faire traverser les mauvais jours sans argent beaucoup mieux que l’argent les jours sans dope.”   – Phineas

Mettre cette citation sur une enseigne aujourd’hui au Canada dans une pub pour la dope vous mènerait directement en prison. Que dire de cette autre célèbre citation de Fat Freddy celle-là, un avertissement à ceux qui seraient tentés par les drogues dures :

“Keed spills! . . . Pill skeeds! . . . Skill peeds! . . . ? . . .”   – Fat Freddy

. . . direct l’asile.

Il subsiste tout de même une lueur d’espoir pour l’underground. Le serpent finit toujours par croquer sa propre queue un jour ou l’autre. La loi, en interdisant la diffusion des images de la contre-culture associée à la consommation de cannabis, la fera renaître de ses cendres comme le phényx, fera reprendre le feu de plus belle comme une énorme lampée d’huile jetée sur un papier à rouler.

Pour les nostalgiques, avant que ma collection ne soit saisie ou que mes fils en déclinent l’héritage par peur de la répression, je vous laisse sur quelques images que je suspecte être devenues totalement illégales aujourd’hui. Tant qu’à être dans l’ambiance, écoutez celle-là en même temps:

Frissonnez, voyeurs hors-la-loi.

Flying Bum

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De tout et de rien

Des choses qui n’aboutissent pas, des amorces, des notes. De temps en temps, il faut laisser aller. Descendre beaucoup d’entre elles vers la petite poubelle dans le coin droit en bas, donner une dernière chance aux autres de se faire voir. En voici un petit paquet.

de la créativité…

Il n’existe rien de quantifiable dans cette chose dite créativité. Des indices, l’évidence sous la forme d’objets laissés derrière elle, témoignant que l’acte a bel et bien eu lieu, d’étranges pulsions et des successions de gestes comme autant de prédispositions à leur venue. Pensées et actions qui nous mènent sur un mode exploratoire, nous interrogent et ouvrent en nous la voie vers les réponses, les prochaines questions, les inspirations qui allument la mèche, provoquent la joie par secousses et donnent à la main pour un bref instant le pouvoir d’y plonger et de tirer des choses du néant.

de la science et de la politique…

Les milieux scientifiques et agronomiques affirment qu’ils peuvent maintenant modifier génétiquement le popcorn pour en faire du momcorn. Les avant-garde politiques restent muettes pour le moment sur la question.

de la planification et de la restauration rapide…

Les experts-planificateurs s’entendent pour dire que si on avait planifié la dimension du Mac correctement, on aurait jamais dû revenir avec le Big Mac.

des vessies et des lanternes…

On célébrait récemment la venue de plats-santés sous forme de wraps et de salades chez MacDonald. Se rendre au MacDonald pour manger une salade santé, n’est-ce pas un peu comme aller aux putes pour avoir un petit calin?

de l’urgence d’attendre…

J’avais pourtant un rendez-vous formel mais je ne sais plus depuis combien de temps j’étais dans la salle d’attente de mon ophtalmologiste. À la blague, je demande à un monsieur qui y était déjà quand je suis arrivé: “Quel âge aviez-vous lorsque vous êtes arrivé?” Le monsieur me répondit le plus naturellement du monde: “Je ne sais pas exactement mais Jacques Parizeau était encore au pouvoir.” La dérision se répand.

de la surdité et des poils aux mains…

Tabou s’il en est un, la masturbation est pourtant facile. Et répandue partout (rire gras). Comme bien des activités du samedi soir, toute la difficulté réside dans le choix du bon film. Si le nord-américain moyen obtenait un dollar pour chaque fois qu’il s’est masturbé, de quelle couleur serait votre Lamborghini?

des façons de parler à son manger…

Soyez rassuré, je ne parle plus avec mon manger. Avec le temps, j’en suis venu à trouver cela déconcertant de parler à quelque chose que je m’apprête à dévorer. Le manger me parle encore cependant, pas toujours très à-propos, pas toujours très poliment. Il m’arrive d’entendre au loin un quart-de-livre-fromage me supplier de venir le manger, une tarte au sucre me dire envoye-donc. J’ai appris à vivre avec ça. Récemment, le manger s’est mis à me répondre de façon très impolie et mal élevée. Je ne sais pas pourquoi. Je ne lui ai rien fait à part de le manger éventuellement. Je ne l’ai jamais provoqué. Je jure que même dans mes jeunes années je n’ai jamais pris part à un “food fight” de cafétéria et je n’ai jamais déblatéré contre une vulgaire salade aux oeufs surtout quand il s’en trouve une dans la même pièce que moi. J’ai donc choisi d’éviter les arguments malodorants et de me tenir loin des mal engueulés. Comme les légumineuses qui s’expriment par la voie la moins noble, généralement dans un ascenseur, rien de moins. J’ai appris à fuir les enchiladas con chile colorado et leur maléfique pouvoir de forcer l’évacuation d’un étage complet d’une tour à bureaux. Le brocoli, les fraises, les salades aux patates, les meatballs douteux de DaGiovanni, le borscht, la choucroûte avec de la bière, toutes choses qui ont délibérément manqué de délicatesse avec moi et m’ont forcé à me tenir loin des magasins grande surface de la taille de terrains de football où les salles de bain sont inévitablement à l’extrémité opposée. Désormais, lorsque je me retrouve dans un lieu mal ventilé je me replie systématiquement sur le thé vert et les biscuits Petit Beurre. Des gens très polis.

des fraudes ordinaires…

Je ne peux pas le prouver mais je le sais. Quelqu’un insère de la vulgaire eau de robinet dans mes dispendieuses bouteilles d’eau-santé designer à base d’eau d’eskers nordiques scientifiquement reminéralisée à osmose inversée cliniquement. Je le sais, je le goûte. Et ce n’est pas le manufacturier. Ils sont ISO tout ce que vous voulez et audités sans avertissement à toute heure du jour et de la nuit. Je soupçonne qu’on détourne les 53 pieds vers des granges reculées où une gang de p’tits gros mal rasés en camisoles sales avec des bretelles sur leurs grosse bedaines, des bandanas sur leurs crânes chauves et pissant la sueur, chiquant sans fin du coin de la gueule un botch de cigare, armés de seringues pour siphonner la moitié des bouteilles du précieux liquide et le remplacer par de l’eau de champlure avant de refermer le trou avec une simple goutte de Crazy Glue. Les mêmes probablement qui mettent des pelletées de poussière sale mélangée dans du vulgaire sable dans mes sacs de terreau de plantation magique spécialement conçu pour les rhododendrons à travers lesquels sortent maintenant des mauvaises herbes variées et dans lesquels les floraisons sont désormais blafardes. Probablement une organisation internationale dont les tentacules touchent à bien d’autres sphères. Ils sont habiles, pas comme ces stupides imitations de produits bon marché du Dollorama où l’odeur de l’arnaque est aussi subtile qu’un trailer de fumier. C’est comme prendre une boîte de ces détergents à lessive premium spécialement formulés, éco-responsables, energétiquement performants même en eau froide et hors de prix et en substituer un important pourcentage par une poudre insipide de sweat shop du tiers-monde, qui va vraiment s’en apercevoir? Ça m’a tenté d’officiellement déposer une plainte au bureau de lutte au crime organisé et des fraudes internationales d’Interpol.

Mais après réflexion, je me suis dit qu’ils avaient probablement déjà un dossier ouvert là-dessus. Après tout ce sont des experts.

Si moi j’ai vu clair là-dedans . . .

 

Flying Bum

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Cochon qui s’en dédit

Je boirais bien un petit porto avec cette époustouflante pyramide de biscuits secs nappés de ces merveilleux cretons bien gras et salés, gorgés d’ail, recette héritée de ma tante Colombe. Je me demande comment toutes ces biscottes peuvent tenir en équilibre dans un si petite assiette. Je ramasse tout cela et je vais m’asseoir dans mon adirondak dehors sur le prolongement de la slab de béton, face au sud, et je dépose la tour de Babel sur la petite table. La bouteille de porto au complet avec.

Je me sens si bien dans la douceur de cette nuit d’été, comme le marin qui rentre au port après une mer particulièrement houleuse et inhospitalière et qui lève son verre à la terre ferme retrouvée, à la vie, bien installé sur la terrasse d’un bar de port de mer. Le porto valse dans sa bouteille et l’empilade de biscottes vascille le temps que la dalle se soulève lentement, élevant avec elle la maison de pierres jusqu’à la hauteur de la cime des arbres. Petite singularité qui tranche avec l’ordinaire de ces soirées d’été. Mais le lent mouvement de l’édifice n’a pas réveillé la douce qui ronfle à l’intérieur, alors tout baigne.

D’un verre à l’autre, le goût du porto semble se dénaturer. Les cretons, assurément les cretons à l’ail. Pas le meilleur agencement vin-mets de ma carrière. Étrange, tout de même, le goût varie vraiment beaucoup. De l’excellent tawny au ridicule goût de Grapette de mon enfance, suspect tout ça.

Le dessus de la forêt lanaudoise s’étend à l’infini sous la maison qui tangue mais très doucement au rythme de la brise d’été. La cime des arbres danse avec le vent comme une mer tranquille à mes pieds. Les îles de l’Épiphanie, Saint-Alexis, Saint-Jacques, toutes portées disparues, nouvelles Atlantides de Lanaudière. Parties avec ma raison? Suis-je embarqué pour voguer à la rencontre de ma propre folie? Moi, éternel rêveur, est-ce la façon que le destin a choisi pour venir me cueillir? Autrement, un phénomène paranormal sans précédent se produit-il devant mes yeux ébaubis et soudainement aveuglés? Droit devant, un phare sorti de nulle part lance sa lumière crue formant une brume théâtrale avec la rosée qui tombe. Vais-je perdre la raison entre un verre de porto et une poignées de biscottes aux cretons à l’ail?

Ciboire.

On dirait que l’écurie voisine a attelé dix chevaux derrière une diligence à la Lucky Luke. Elle est apparue suspendue dans les airs devant moi dans une éclaircie de la brume, ne touche même pas à l’eau . . . aux arbres? Les pattes des chevaux piétinent sur place dans le vide, timidement. Le cocher, un clown moyenâgeux, en descend et s’approche de moi, un sourire débile sur sa longue face blanche. Mais sur quoi tient-il? On dirait qu’il me connaît. Il agit tout comme. Je me retiens de toutes mes forces aux bras de l’adirondak de peur de chier dans mon froque, une teinte verdâtre au visage trahit mon angoisse profonde, un désir irrépressible de Pepto Bismol m’envahit.

“Et bien, mon Flying Bum, ça n’a pas l’air d’aller ton affaire à souère, t’es vert.”

En réalisant que la slab n’est plus là, la maison non plus, que seul l’adirondak m’empêche de sombrer au fond des bois, je lui dis qu’effectivement je ne suis pas tout à fait dans mon assiette tout d’un coup. Puis je vois du coin de l’oeil la petite table qui flotte près de moi, la bouteille de porto, et une pile improbable de biscottes aux cretons de deux-trois pieds de haut qui ondule désespérément pour garder son équilibre.

“J’te comprends, me dit l’étrange troubadour, je suis passé par là aussi.”

“Voulez-vous bien me dire ce qui se passe icitte à souère? Par où ça que vous êtes passé?”

“Mais . . . par la mort, cher ami, par la mort. Tu viens juste de mourir à l’instant. Monte, les chevaux s’impatientent.”

En descendant de l’adirondak, docile et résigné, mes pieds ont rencontré le vide et j’ai pris une méchante débarque en bas . . . de mon lit.

Ma douce s’est réveillée en hurlant.

C’est la dernière fois de ma vie que je mange des cretons à l’ail avant de me coucher!

Cochon qui s’en dédit.

 

Flying Bum

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À la douce mémoire du dessinateur dont on ne sait toujours pas s’il est canadien ou américain Winsor McCay, auteur des Cauchemars de l’amateur de fondue au Chester, une série de comic strips parue à l’origine dans l’Evening Telegram à partir de 1904 sous le titre Dreams of the Rarebit Fiend, en même temps que Little Nemo in Slumberland, autre série de l’auteur, plus célèbre celle-là. Dans chaque strip, l’homme qui ne peut se retenir d’abuser de la fondue au Chester avant d’aller au lit se réveille inévitablement au terme de cauchemars tous plus dantesques les uns que les autres.

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Les mouches du temps

Time flyes, disent les chinois. Et moi, je ne fais que passer.

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Je ne fais que passer le temps de vous dire qu’entre les mandats à finir, la canicule qui rend vache et un petit aller-retour au fabuleux royaume du Saguenay, le temps d’écrire perd hélas son tour et je vous laisse avec pas grand-chose de nouveau pour vous mettre sous la dent. Ou sous les yeux. Ou les lunettes, c’est selon.

Pour vous permettre de garder la bonne habitude de lire ce blogue, je ne saurais trop vous recommander une mignonne petite lecture d’été toute “quioûte”, ou re-lecture pour les mordus, qui vous transportera dans l’Abitibi des années soixante. Je vous garantis personnellement que les mouches noires ne viennent pas avec l’histoire, juste le tout petit moi en culottes courtes et une riche petite fille russe de Toronto à laquelle j’ai dû servir de jouet l’espace d’un été mémorable.

Cliquer ici: Va pour Loretka!

Et bonne lecture en attendant que je m’y remette.

Flying Bum

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