L’agenda ironique de décembre, le sort en est jeté.

Et voilà. On a fait le tour de l’annus horribilis. Un autre agenda ironique se conclut de belle façon. Je remercie toutes les plumes coupables et les yeux ravis pour leur participation à cet agenda.

C’est Photonanie qui a gagné « haut la main » qu’on peut aller relire ici: https://photonanie.com/2020/12/20/lagenda-ironique-de-decembre/, et Carnets Paresseux qui est pressenti pour l’organisation de celui de janvier 2021.

En attendant les nouvelles consignes, j’en profite pour vous souhaiter une annus magnificus.

On se retrouve tous au prochain agenda.

Flying Bum

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Bonus!

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Annus (avec deux “n”) Horribilis

Contribution de votre humble serviteur à l’Agenda Ironique de décembre 2020 – Les régionalismes, sous le thème Annus Horribilis.

Cessez de vous plaindre immédiatement, foule accablée par le confinement et toute cette sorte de choses. Comment ne pas décerner la palme de la plus-plus Annus Horribilis 2020 à la pauvre Britnée Spire qui en colle une treizième de suite! Voyez par vous-mêmes.

En février, elle fracassait le record de la grande Liza Minelli en amorçant rien de moins qu’une vingt-deuxième descente aux enfers. Un peu distraite dans la descente, Britnée rate la première marche et déboule l’escalier sur les fesses jusqu’à un Lucifer ébaubi par tant de chairs flasques. Les premiers secouristes ont témoigné à l’effet qu’après s’être rasée à nu le “paradis perdu” devant le pauvre diable, Britnée aurait tenté d’éteindre la passion vive de Lucifer en aspergeant généreusement sa bizoune enflammée avec un extincteur chimique. On ne rapporte que quelques oedèmes dans la zone fessier de la chanteuse et des brûlures légères autour de sa noune et de sa bouche. Les témoins ignorent totalement si la vedette déchue avait tiré le diable par la queue. Il faudra attendre les tests d’urine pour confirmer ou infirmer la venue éventuelle d’un neuvième poupon de père différent pour la charmante Britnée.

–“Tabarnak!”, aurait été le seul commentaire de Britnée.

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En avril, elle apprend qu’elle se voit retirer la garde légale de son huitième fils issu d’un coït qu’elle a toujours considéré comme accidentel avec un illustre inconnu. L’individu de race louche l’aurait en effet prise en levrette par surprise dans une cabine d’essayage du rayon des cache-mamelons en paillettes du Walmart de Las Vegas. L’homme réclame aujourd’hui la coquette somme de 10,000$ US par mois à titre de pension alimentaire pour le poupon. Ceci s’ajoute à une liste déjà longue de pensions que la pauvre Britnée verse aux pères connus et inconnus de sa vaste progéniture. Toujours sous la tutelle légale de son père le barbarissime Jamie Spire, dit le père Spire, la pauvre Britnée voit fondre sa fortune comme neige au soleil sans pouvoir intervenir. –“Je me sens comme une truite sur l’asphalte”, aurait-elle déclaré aux journalistes rajoutant : –“Pour combien de ces petits cons Spire vais-je devoir payer?”

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En mai, Britnée se voit refuser l’accord de son père pour son mariage avec un certain Sam Pick qu’elle a rencontré sur le tournage du clip de son dernier hit : “Merde je me suis encore pissé dessus”. Sam est le premier témoin du combat mené par sa chérie pour s’extirper de la tutelle de son père amorcée en 2008 lors de la sortie de Britnée de l’hôpital psychiatrique. Sam Pick, commentant les capacités mentales de son futur beau-père, déclarait dans un late-show à la télé américaine : –“C’est sûrement pas lui qui a fait le trou dans la pissette des brulots”, ce à quoi Britnée aurait spontanément rajouté : –“Y sort pas de colombes du cul d’une corneille.” En fin d’entrevue, sympathisant avec l’animateur qui avouait revenir tout juste d’une cure de désintoxication, elle aurait déclaré : –“Ah bon, je suis sobre moé-si, ah moé-si, ah moé-si, ah moé-si, ah moé-si . . .

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En septembre, ses avocats du cabinet Bobette, Éclair et Sans-Génie obtenaient une injonction interlocutoire pour faire cesser les activités de sa sœur Alex Spire et son frère Alain Spire qui la gardaient captive dans le sous-sol d’un bungalow d’Apache Jonction, Arizona. Les malfaisants lui laissaient cruellement pousser les ongles d’orteils pendant des semaines, puis les coupaient en multiples rognures et en faisaient le commerce sur le Dark Web. Pour un peu plus de 1,000 euros, les clients du site Fétichissizismezes recevaient quelques rognures d’ongles de la célèbre chanteuse, une photographie des pieds de Britney et un flacon de 50 mL du fameux lubrifiant intime commercialisé par elle dans sa collection de cosmétiques Trans Spire. Au moment de sa libération par les forces policières, Britnée répondait à une question de la presse locale qui l’interrogeait sur les sévices qu’on lui aurait fait subir : “Quand ils me coupaient l’ongle de la petite orteil trop court, ça faisait tellement mal,  j’avais l’impression que le cœur me battait  dans l’trou d’cul.”

La sœur et le frère de la chanteuse ont été libérés avec promesse de comparaître et on peut certainement se demander à cause que des individus peuvent faire simple de même. Britnée a décrit en long et en large ses souffrances atroces pour le plus grand plaisir de ses fans sur le plateau d’Hélène Dégénérée.

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En octobre, après que la police de Los Angeles eut découvert pas moins de neuf corps de paparazzis l’abdomen transpercé par des parapluies, la célèbre chanteuse a été arrêtée et interrogée longuement sans le moindre mandat. Des témoins auraient aperçu sur au moins trois des scènes de crime, une femme sans cheveux fuyant les lieux à bicyclette SANS MÊME TENIR LES GUIDONS avec un bambin sur les épaules, mettant délibérément la vie du petit en péril. Toujours emprisonnée et en proie à une sévère dépression, des armées de supporteurs ont organisé des manifestations de solidarité pour leur idole partout dans le monde scandant : LIBÉREZ BRITNÉE! La police a officiellement déclaré que son dossier d’enquête n’était pas vargeux avant de libérer inconditionnellement la pauvre Britnée qui braillait sa vie devant la presse locale. Yinke à wouèr on woé ben qu’elle est innocente.

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Finalement en décembre, Britnée fêtait son trente-neuvième anniversaire en toute intimité avec son amoureux Sam Pick et quelques dizaines de piques-assiettes à peine, confinement oblige. La star se disait plus qu’attristée de vivre la dernière année de sa jeune trentaine et à l’aube de devenir quarantenaire, elle avouait planifier une décennie sabbatique et disait vouloir retourner dans le corps de sa jeune vingtaine avec l’accord de ses médecins qui planifient une série d’interventions pour 2021. Comble de malheur, elle frappait un os dans le baloney et accouchait prématurément du fils de Lucifer, son neuvième, quel enfer! Voulant absolument offrir son dixième fils à son actuel amoureux Sam Pick, Britnée doit d’abord obtenir l’accord de son père pour concevoir son dixième enfant. On se rappelle que la chanteuse sous le joug de la tutelle légale est tenue par un décret de la cour à s’en tenir à la fellation et à la sodomie. À propos du juge qui a signé le décret, Britnée affirmait : –“C’est sûrement pas lui qui a mis le spring aux sauterelles.” Avant de rajouter : –“Y’a des coups de pieds dans le cul qui se perdent.”

Après que ses avocats du cabinet Bobette, Éclair et Sans-Génie aient réussi devant le tribunal à faire lever l’interdit de coït normal en invoquant la possibilité que son anus farme pu étanche éventuellement, la dixième grossesse était alors déjà enclenchée depuis un moment “on sait pas trop comment” aux dires d’une Britnée resplendissante qui déclarait à sa sortie de la cour : –“Y est trop tard pour serrer les fesses quand la crotte est passée.”

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Aujourd’hui, l’artiste de 39 ans semble aller beaucoup mieux malgré une repousse foncée relativement prononcée qu’elle camoufle fort habilement. Elle se bat d’ailleurs pour retrouver sa liberté et se débarrasser de la tutelle de son père ainsi que d’une cellulite pour le moins tenace. Mais le combat semble loin d’être gagné et pour nous, la moyenne des ours, dans le fond, ça ne nous fait pas un pli sur la poche.

Flying Bum

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L’Agenda ironique de décembre 2020

Annus Horibilis

Décembre viendra clore cette année pour le moins horrible à plusieurs égards, je vous propose donc un retour sur le célèbre Annus Horibilis de la reine britannique comme thème pour l’agenda de décembre. Mais ne vous sentez pas obligés de vous confiner dans le thème, trop de confinement c’est comme pas assez. Allez-y gaiment dans tout ce qu’une année particulièrement horrible peut représenter pour vous, vous inspirer.

Comme votre hôte pour ce mois-ci est campé dans une ancienne colonie française dont la langue a survécu aux incessantes tentatives d’assimilation du conquérant, les régionalismes dans la langue française seront au programme. Particularité du thème, il faudra obligatoirement utiliser au moins un régionalisme (mot), au moins une expression ou locution régionale et un juron régional.

Ici au Québec, tout ce qui se trouve dans une église devient un juron dans la langue parlée. Le plus célèbre étant notre Tabarnak! national sous toutes ses variantes et qui nous vaut le surnom de los tabarnakos dans les Antilles hispanophones et au Mexique. À titre d’exemple, les mots tabernacle, hostie et calice se combinent et deviennent ici :

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Cette expression est tout à fait indiquée pour les moments de colère ou de grande exaspération. Les expressions régionales abondent aussi de ce côté-ci de l’Atlantique. Je vous laisse vous amuser à comprendre le sens de celles-ci, pas toujours évident :

 «Avoir le trou d’cul en-dessous du bras»; «J’me su’ levé avec la tête dans l’cul»; «Ça faisait tellement mal, j’avais l’impression que le cœur me battait dans l’trou d’cul»;  «Y est trop tard pour serrer les fesses quand la crotte est passée»; «Y fait noir comme dans l’cul d’un ours»; «C’est pas lui qui a faite le trou dans’ pissette des brulots»;  «C’est pas lui qui a mis le spring aux sauterelles»; «Ça farme pas étanche»; «Y sort pas d’colombes du cul d’une corneille».

Alors à vos plumes, camarades de la francophonie, qu’on en finisse une fois pour toutes avec cette Annus Horibilis!

Déposez vos oeuvres en copiant un lien vers votre article dans la section Votre commentaires plus bas.

Le Flying Bum

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Exceptionnellement, la tombée pour l’agenda de décembre a été fixée au 20 décembre. Le vote s’étendra du 21 décembre 2020 au 1er janvier 2021.

Un temps pour chaque chose

L’Agenda Ironique, défi littéraire, édition de novembre. Voici mon petit grain de sable – le sel ne durcit-il pas les artères? – sur un thème imposé : Un temps pour chaque chose. Autres défis, utiliser le patois du célèbre concombre masqué : Bretzel liquide! et inclure un ou plusieurs anapodotons, je vous laisse le défi de chercher. Et dans mon cas, essayer d’arrêter de faire trop québécois et d’utiliser un français à la portée de toute la francophonie. Voilà.

***

Bien installés sur les rayures vives aux couleurs primaires de leurs serviettes de plage envahies par les seaux, les petites pelles et les moules de tourelles, Adéline soudainement distraite de son portable passait doucement la main dans les cheveux du petit garçon. Blond comme le sable, pensait-elle, qu’il est beau cet enfant – à vérifier, usage du démonstratif cet dans le cas de son propre fils – , pensait-elle les yeux dans le vide.

“Ce n’est pas du tout ce que nous avions convenu,” avait dit Léon, “tes foutues révisions, un temps pour chaque chose, t’as oublié déjà?”.  Son visage était demeuré sans expression, seules ses lèvres avaient bougé. Par-dessus son épaule, Léon fixait Adéline derrière lui directement dans les yeux, leurs deux enfants bien concentrés devant eux sculptant des fenêtres dans un énorme château de sable.

“Pas maintenant, pas tout de suite,” avait-elle répondu. Elle avait soulevé son portable et balayé le sable du revers de sa main avant de le redéposer à sa place devant elle. Elle avait relevé l’écran et s’était replongée dans ses travaux de révision.

Léon avait pris une lente et profonde respiration comme un long soupir de frustration. Il s’était levé et avait agrippé un seau. S’adressant aux enfants il avait crié : “Chasse au verre de mer, chaussettes à clous! Premier qui en trouve un rouge, bretzel liquide!” Les enfants avaient bondi, piétinant sans façon les tourelles du château dans leur précipitation impétueuse et joyeuse vers la grève.

Adéline avait momentanément cessé de grignoter la peau de son pouce et observait Léon et les enfants se lancer à la chasse au trésor. Elle se rappelait leur premier voyage ici, il devait bien y avoir 15 ans de cela. Elle et Léon, seuls, marchant lentement sur la plage en se tenant par la main dans les dernières chaleurs du mois d’août, à regarder le soleil descendre sur le lac. Bien loin, pensait-elle, le temps où la seule idée de vivre avec quelqu’un – n’importe qui, mais aussi lui en particulier – avec qui tout semblait calme et normal, réconfortant, sexy même. Combien tout cela lui semblait étrange maintenant.

“Maman!” criait la fillette en brandissant bien haut une pièce de verre polie chamoirée bleue de la taille d’un franc, “Regarde!”

“Superbe,” avait répondu Adéline du bout de la gueule avant de replonger le visage dans son portable et son pouce entre ses dents, “vraiment belle.”

Un matin encore récent, elle avait bien dit à Léon que ses week-ends leur appartenaient. Les ententes avec les éditeurs appartiennent aux jours de semaine, elle était d’accord. Avant le dîner, encore, elle était d’accord. Puis les échéanciers approchant, une soirée ou deux venaient d’y passer. Son petit déjeuner du samedi se prenait seule dans son bureau à l’étage. Les après-midis au parc avec les enfants sacrifiés dans les allers-retours sans fin de courriels avec les éditeurs. Éventuellement, sa présence se faisait rare. Elle se déplaçait comme une ombre gênée dans la maison après le coucher du soleil. Léon savait qu’elle vivait toujours là à observer ici et là un pommeau de douche qui dégoulinait, une brosse à dent encore humide, une banane de moins dans le régime.

Deux jours avant de partir en week-end, Léon lui avait dit : “Encore une fois, et je me trouve un appartement.” De longues et larmoyantes conversations avaient déjà eu lieu mais cette fois-ci, les yeux de Léon étaient bien secs. Adéline l’avait regardé dans les yeux pour se faire une opinion par elle-même, ils exprimaient toute la fatigue de Léon mais affichaient également toute la clarté et la limpidité de la détermination. Elle avait pris un temps puis avait fini par promettre.

Mais, assise là sur sa longue serviette colorée, tout semblait la distraire et ralentir son travail de révision. Le sable, l’eau, les bouées, les mouettes. Ce chapitre qu’elle ne cessait de relire et de réécrire – peut-être avait-il à voir avec toutes ces choses, sable, chaud, doré, granuleux, granulaire – elle cherchait des mots déterminant le sable. Elle avait même pensé à demander l’opinion de Léon, dans le choix des déterminants, écouter ce qu’il en pensait. Elle avait ultimement senti l’odieux de son idée, heureusement.

Léon l’avait hypocritement observée à distance, à quelques reprises, les deux chevilles caressées par le va-et-vient de l’eau. Il n’avait pas l’air outré ni enragé. Ni même si préoccupé que ça, finalement. Il tendait les mains pour recueillir les trouvailles des enfants ravis de s’amuser avec leur père.

Elle le voyait là, les deux mains tendues devant les enfants radieux de joie. Il avait l’air tout jeune dans son maillot aux couleurs impossibles, jeune et beau. Il semblait constituer le centre de l’image, tout le reste du décor en orbite autour de lui. S’appuyait sur lui. Un appui fiable, solide. Lui, il avait toujours tenu ses promesses, se disait-elle. Elle pensait à ses propres engagements à la fiabilité plutôt variable. Les cheveux de Léon brillaient dans la clarté d’été, sa silhouette dansante dans la lumière aveuglante. Il était déjà midi et le temps filait. Elle s’imaginait se lever, marcher vers eux et se sentir entière et heureuse, l’image d’eux-quatre ensemble, immobilisée dans un superbe instantané enluminé de soleil et d’amour.

Mais l’image aurait pu être plus forte encore.

“Je retourne au chalet, ma pile est à plat, on se rejoint plus tard.”, leur avait-elle lancé en levant les voiles sans se retourner.

Le Flying Bum

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Le retour de Susanna

J’ai eu la chance de ne jamais en avoir, une chance que Susanna n’en espérait pas moins.

Trop jeune, elle aimait beaucoup trop les hommes. Elle fumait beaucoup trop de thaï stick. Voulant se jeter sur les rails, elle avait tout confondu et à marée basse s’était échouée à deux pieds du quai dans six pouces de vase.

Trois rêveurs partis conquérir le monde stoppés brutalement par l’immensité du Pacifique se trouvaient là.

Nous l’avions ramené dans la cabane que nous prêtait un riche villégiateur en échange de nos bras. Elle avait troqué son corps maigrichon contre une pleine barge d’illusions dompée sur elle par un beau touriste de passage et elle portait maintenant son enfant.

Nous l’avions nourri, dorloté. Après un temps, elle nous avait pondu un garçon minuscule qu’on avait tendrement baptisé l’échalote. Elle lui avait donné nos trois prénoms en signe d’affection. Puis un jour un bel hindou nous l’avait volée.

Quelques nouvelles de Susanna étaient venues sporadiquement puis plus rien. Les rêveurs étaient maintenant rentrés chacun chez eux.

Sauf un.

Pauvre Tristan, resté là, tous les soirs sur le quai à attendre le retour de Susanna.

Flying Bum

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Texte publié sur À 190 mots de distance : défi littéraire collectif, contraintes: le thème qui doit être Le retour, la première phrase doit commencer par J’ai eu la chance de ne jamais en avoir, nombre de mots maximum 190.