Chronique douleur

(Pour de meilleurs résultats, n’espérez pas de résultats.)

Suggestions pour soulager les attaques du sciatique et toute cette sorte de douleurs insupportables

  • Narcotiques. Utilisez la dose indiquée par le fabricant pour une blessure sévère, telle que prescrite par un médecin qui sait ce que c’est la vraie douleur et qui est prêt à vous prescrire un dosage tout à fait efficace. (On jase, là, ceci ne se produira jamais)
  • Un flacon complet d’Advil Extra-Fort. Retirez la petite ouate, refermez le contenant et remuez vigoureusement tout près de votre oreille jusqu’à ce que le son vous devienne tellement insupportable que vous oublierez votre douleur pour un bref instant. Répétez. Répétez. Répétez. Répétez. Répétez.
  • Lidocaïne en patches. Collez-en une directement sur votre front, là où elle sera aussi inutile que lorsqu’appliquée en tout autre endroit incluant directement sur le (les) site(s) douloureux mais soulevant la risée de tout un chacun lorsque vous déambulerez atriqué ainsi provoquant la gêne ou une honte sans nom susceptible de vous distraire des douleurs dans vos membres inférieurs.
  • Gel Voltaren. Appliquez directement sur un dinosaure en caoutchouc mou de votre petit-fils, préférablement un gentil stégosaure souriant, de façon telle que le gel semblera soulager au moins la pauvre bête.
  • Le Tiger Balm. Utilisant une de ces petites cuillères de collection héritée d’une lointaine tante, mangez tout le contenu d’un pot de Tiger Balm et le pompage d’estomac urgent et nécessaire administré sous anesthésie générale vous procurera des heures d’inconscience tout à fait indolore.
  • Onguent d’Arnica. Tout à fait inutile lorsqu’appliqué à soi-même. MAIS appliquez généreusement sur le bras d’une personne devant vous en ligne à la pharmacie, choisissez un type costaud et marabout qui vous frappera spontanément et agressivement au visage ce qui vous distraira de toute autre douleur vive.
  • La physiothérapie. Abandonnez-vous momentanément sur la table du physio et laissez monter la rage en vous à l’idée qu’il faille croire que les étirements avec les jambes prises dans des élastiques réduiront l’inflammation des fesses/cuisses/mollets/pieds. Lorsqu’un geyser de douleurs horribles giclera dans vos pauvres membres inférieurs coincés dans les élastiques, canalisez votre rage en les précipitant prestement sur le physio assis tranquille sur son tabouret près de vous, visez la tête si possible. L’arrestation et la violence policière vous distrairont de la douleur pour un moment.
  • Le régime alimentaire anti-inflammatoire. Cessez immédiatement toute ingestion de sucre, de chocolat, de pain, de desserts, d’alcool et de caféine. Après une séquence significative de cette diète, constatez toute l’insignifiance de l’existence sans ces apports alimentaires essentiels, l’état dépressif induit et les pensées sombres ci-associées diminueront de façon significative la conscience des rages de douleur lancinante dans vos membres inférieurs.
  • Groupes de soutien. Assistez-y assidument jusqu’à en venir à ébaucher des plans d’évasion de toutes ces lectures mielleuses, ces conversations insipides et ces séances de câlins spontanés et interminables. Passez à l’acte en vous précipitant vers l’ascenseur ou préférablement l’escalier le plus proche et fuyez dans les rues comme si le diable vous poursuivait. Une soudaine production d’endorphines s’occupera momentanément de la douleur aux membres inférieurs.
  • CD de relaxation. À mesure qu’une voix chaude et suave vous instruira sur la voie à suivre pour abandonner toutes vos tensions sur un fond de petite musique plate, construisez en vous le fantasme de retracer la personne derrière la voix insupportable et de l’étouffer en lui appliquant plusieurs couches de patches de lidocaïne sur le nez et la bouche en la tenant bien immobilisée en vous assoyant à cheval sur son torse agité. La planification et la mise en application d’un plan homicidaire est un anti-inflammatoire 100% naturel.
  • Le ballon d’exercice. Trouvez un endroit propice à la bonne concentration et aux exercices, préférablement au grand air comme le toit d’un immeuble de 40 étages ou davantage. Serrez le ballon entre les deux membres inférieurs et sautez sur place un moment en tournant sur vous-même jusqu’à étourdissement complet et chute éventuelle vers votre perte 40 étages plus bas. Fin de toute douleur garantie.

 

Flying Bum

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Sur le même sujet:

https://leretourduflyingbum.com/2018/05/16/amphigouri-dune-nuit-dete/

 

Une balle dans le dos

On racontait au petit Albert Plouffe que son père avait été un joueur de baseball dans une obscure ligue de la côte est américaine. C’est pour cela qu’il était rarement à la maison. En réalité, le père d’Albert était un petit mafieux de peu d’envergure et lorsqu’il fut abattu d’une balle dans le dos, sa mère lui avait simplement dit que le pauvre homme s’était suicidé. D’une balle dans le dos.

Première manche :

Albert savait très bien qu’il n’irait jamais bien loin dans le baseball avec un nom pareil. Albert Plouffe. Il se faisait donc appeler Burt, comme Burt Reynolds, fais-moi peur shérif.  Burt rêvait de ce moment depuis sa tendre enfance. Toute sa vie ne tenait qu’à son rêve. Un rêve ambitieux pour un petit québécois francophone, orphelin qui plus est.

Il y était maintenant, après des tribizillions d’heures de pratique, dehors l’été dans les mouches, en gymnase l’hiver, des parties jouées sous le soleil brûlant, sous le vent cinglant, des camps d’entraînement, des écoles spécialisées, des sacrifices sans nom, des muscles endoloris, des os brisés. Un joueur régulier blessé au jeu lui avait valu de monter dans le grand club, sa première présence au bâton dans les séries mondiales enfin! Il était plus que prêt, il connaissait chaque lancer de son adversaire par cœur, avait tout étudié, mémorisé, toutes ses balles, ses tactiques, comme une chanson à son oreille, une douce musique.

Deuxième manche :

Score nul, deux retraits, trois hommes sur les coussins, si cette balle était frappée, cela pourrait bien être la balle de sa vie. Première sensation, une bête féroce et bien équipée côté dentition venait de le mordre sournoisement dans le bas du dos. Il n’avait eu que le temps d’exécuter une rotation rapide du bassin en légitime défense. Il tentait de se tordre le cou suffisamment pour voir là où dans son dos la balle l’avait frappé. En se retournant, il avait aperçu l’arbitre maniéré qui lui indiquait le chemin du premier coussin d’un grand geste qui ressemblait à celui de son père qui jadis l’envoyait réfléchir au petit coin. La foule n’avait guère applaudi, Burt était dans le camp visiteurs. Il se disait qu’il aurait bien d’autres chances de s’essayer sur la redoutable balle rapide du lanceur. Marcher gratis au premier coussin c’était quand même bon pour lui, utile dans le calcul de sa moyenne au bâton. Les buts déjà bien pleins, le coureur au troisième avait donc ramené un point au marbre avec lui. Ce point qui s’avéra être le point victorieux. Son point produit à lui, se disait Burt, lui et son dos souffrant.

Troisième manche :

Il ne l’avait appris que le printemps suivant, comme tout le monde, au bulletin télévisé. Le jeu avait été arrangé par des preneurs aux livres mafieux acoquinés à quelques joueurs avides et sans scrupules. Son équipe n’avait pas vraiment remporté les séries mondiales, on leur avait donné en cadeau. En lui servant une balle dans le dos, à lui.

Burt ne savait pas par quel bout absorber l’information après avoir ressenti les grands frissons de la victoire. Tous les joueurs de son équipe l’avaient soulevé dans les airs et longuement exhibé à une foule littéralement emportée par la joie. La cuite qui s’ensuivit dura des jours et des jours. Les filles de son bled natal s’étaient jetées à ses pieds, et pas que les moches. Comment serait-ce possible de dé-ressentir, effacer de son esprit ces sensations enivrantes, d’admettre l’inadmissible?

Quatrième manche :

La saison qui suivit, Burt avait accumulé les contre-performances. On l’avait retourné dans les mineures pour un temps, ensuite dans une ligue AA sur la côte ouest, puis plus rien. Il ne se présenterait plus jamais au bâton en séries mondiales. Il ne connaîtrait jamais plus la sensation que procure le statut de jouer avec les meilleurs, d’être le meilleur joueur au monde.

Cinquième manche :

Burt était rentré à St-Henri, le seul endroit au monde qui voulait un peu dire maison pour lui. Il avait ouvert un petit magasin d’articles sportifs. Il y vendait des gants de baseball à des ribambelles de petits garçons avec des flammèches dans les yeux, la carte de baseball de sa seule saison en séries mondiales laminée au comptoir.

– C’est tu vous ça, monsieur? demandaient les petits garçons.  Il leur disait oui, oui c’est bien moi. – Vous êtes allés aux séries mondiales pour vrai?  Il leur disait oui, oui, j’y suis allé pour de vrai.

– Avez-vous gagné?

Il leur disait non.

Sixième manche :

Burt avait toujours la pince à cravate. La stupide pince à cravate. Il avait été tellement excité de la tenir dans sa main à l’époque. Il l’avait portée une fois au mariage d’un ami et l’avait ensuite laissée traîner négligemment sur le manteau de la cheminée. Maintenant, ce sont des bagues qu’on offre aux vainqueurs. C’est une bonne chose pensait Burt. Une bague, ça se porte bien tous les jours. Pas qu’il la porterait, lui. Il en avait presque honte. Il avait finalement eu la trouille que le commissaire du baseball majeur ne leur demande de retourner les épingles à cravate, il avait déposé la sienne dans un coffret de sûreté, paniqué.

Pause sixième.

All I need is just one chance
I could hit a home run
There isn’t anyone else like me
Maybe I’ll go down in history
And it’s root, root, root
For the home team
Here comes fortune and fame
‘Cause I know
That
I’ll be the star
At the old
Ball
Game

 

Septième manche :

Ce qui ravivait ses meilleurs souvenirs hormis la pince à cravate, des insupportables douleurs chroniques au dos qu’il traînait depuis cette fameuse série mondiale et qui avaient probablement gâché son jeu, sa carrière. La douleur s’amplifiait d’année en année. Comme une douleur articulaire vive et brûlante qu’il éprouvait par-dessus celles d’avoir monté et descendu sur ses genoux au moins 100,000 fois dans sa courte carrière de receveur. La douleur logeait exactement là où la balle l’avait frappé. La douleur le suivait partout comme si des fantômes sadiques s’amusaient à lui tirer des balles dans le dos, toujours à ce même maudit endroit. Comme si un esprit pervers le narguait tout le temps sans relâche.

Septième manche qui s’étire et qui s’étire :

Le reste de sa vie, Burt avait porté fièrement des uniformes pourtant insignifiants, rouges, bleus, blancs, jaunes, verts, dans toutes les palettes, avec comme logo une abeille, une otarie, un moineau quelconque, un bretzel, une face d’indien, un nom de brasserie ou de débosseur de char. Ces froques avaient été toute sa vie, la seule substance dont il était fait.

Huitième manche :

Quand Burt pensait à cette chose-là, et il y pensait souvent, il préférait ne pas y penser comme on pense à un vrai suicide.

Ce ne sera pas un suicide, pas exactement, se disait-il à lui-même, un pistolet dormant à ses côtés, chargé, tout le temps. Ce serait davantage comme frapper la balle de sa vie. Et Burt savait très bien ce que c’était d’avoir ne serait-ce qu’une toute petite chance de frapper la balle de sa vie.

Lorsque que ça fait mal de partout et que tu tires la balle de ta vie et que tu ne perds pas vraiment. Parce que personne ne gagne à la fin non plus.

Neuvième manche :

 

 

 

 

 

 

Flying Bum

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Tuer des chouchous

Quelle belle façon d’amorcer l’année. Lire sur l’écriture, rien de tel pour la motivation de janvier. C’est fou tout ce qui s’écrit sur l’écriture. On n’en chante jamais autant sur l’art de la chanson.

Sur le style d’écriture notamment et les règles, Stephen King écrivait (bien qu’on attribue la règle à plusieurs auteurs avant lui) :

 “Kill your darlings, kill your darlings, even when it breaks your egocentric little scribbler’s heart, kill your darlings.”

(Tuez vos chouchous, tuez vos chouchous, au risque de briser votre égocentrique petit coeur d’écriveux, tuez vos chouchous. –  traduction de moi)

Évidemment, on ne parle pas ici de tuer nos êtres chers ou nos chouchous; en littérature, tuer nos chouchous veut essentiellement dire se débarrasser des mots, expressions, personnages, situations fétiches auxquels un auteur s’attache maladivement, s’accroche avec une affection exagérée et qui n’apportent pas toujours une contribution utile au texte.

Oh oh!, une rétrospection s’impose. J’en ai plein de ces chouchous qui poppent icitte et là dans mes écrits, “icitte et là” en est déjà un que j’ai emprunté à une chanson de Plume – Chambre à louer (…mais des chambres y’en a icitte et là mais pas pour moé.). Mais j’en ai plein d’autres. Des chouchous, pas des chambres à louer. Le verbe ébaubir que je pousse jusqu’à l’ébaubissement, Olivette une bag lady que j’hébergerais sous ma calotte crânienne et qui serait la bibliothécaire de mes souvenirs enfouis dans un paquet de vieux sacs de grocerie, ces fameux chinois (comme disent les chinois) que je prends à témoin chaque fois que j’utilise la langue de Shakespeare ou les plus vils anglicismes, Allah que j’invoque à tout propos ou le visage de mes émois premiers, Miss Saint-François-Solano (soupirs).

Je m’insurge contre la règle évidemment. Bien étrange consigne que de tuer mes chouchous. J’ai de la misère à tuer les souris qui viennent passer l’hiver en-dedans dans le douillet tout-compris de la gamelle d’une chatte rendue trop vieille pour les chasser à ma place. Quoi de neuf au pays des vieux résidus des années soixante-dix comme moi? Je DOIS m’insurger. Comme dirait mon fils Emmanuel, les règueul’ments c’est faite pour être suis pis les ceuzes qui voulent pas les suire, ben qu’y s’en vont!

Alors, c’est ça, j’men vas. Je m’en vas vous proposer des alternatives à l’éradication cruelle des chouchous littéraires.

Alternative no.1 – Au lieu de tuer vos chouchous, torturez-les jusqu’à ce qu’ils complimentent sans fin votre style littéraire.

Alternative no. 2 – Utilisez vos chouchous comme prénoms pour vos enfants. Voici ma fille Olivette, je vous présente Marie-Ébaubie et Kévin-Allah qui traverse actuellement son terrible two comme disent les chinois.

Alternative no.3 – Quand les dieux Incas reviendront régner sur le monde, lancez vos chouchous dans la gueule d’un volcan pour vous assurer de bonnes récoltes. Les dieux Incas comprendront que vous êtes fuck’n désespérés pour les sacrifier ainsi et votre blé montera jusqu’à dix pieds de haut.

Alternative no.4 – Faites-vous accompagner à une noce par un de vos chouchous et laissez-le porter le toast de circonstance qui incidemment sera verbeux au possible et n’en finira plus de finir. Mais notez bien que se présenter à une noce accompagné d’un chouchou n’implique aucunement que vous êtes romantiquement ou sexuellement impliqué avec vos chouchous. Mais théoriquement la probabilité existe.

Alternative no.5 – Lors d’une attaque apocalyptique de morts-vivants, détournez l’attention des zombies avec la beauté incommensurable de vos chouchous. Lorsqu’un zombie entreprendra de se sustenter en croquant goulument un de vos chouchous et que vous verrez les organes de votre chouchou frapper le sol en répandant tristes lambeaux déchirés et humeurs sanguinolentes, pleurez.

Alternative no.6 – Au lieu de bêtement tuer vos chouchous, laissez-les simplement mourir de froid par eux-mêmes en les laissant s’accrocher désespérément à une vielle porte de bois sur laquelle vous aurez préalablement planifié de dériver sur l’océan arctique.

Alternative no.7 –  Pour compenser les chagrins d’une rupture ou vous consoler d’un autre rejet d’éditeur, offrez-vous une gerboise. Attachante petite bête. Créez un bel alignement rectiligne en plaçant la cage de la gerboise le long d’une sélection des chouchous que votre éditeur a raturés, bien collés au mur avec du gaffer tape et appelez ceci de l’art.

Alternative no.8 – Inscrivez vos chouchous sur Tinder et laissez-les compléter leur formulaire d’inscription et leurs bios qui seront naturellement poétiques à l’excès mais encore redondantes et remplies de clichés et de lieux-communs.

Alternative no.9 – Laissez s’échapper un chouchou dans un supermarché près de chez vous et faites semblant de le rencontrer par hasard au rayon des marinades. Passez à côté incognito, détournez le regard, ne lui dites même pas bonjour. Regardez-le s’éloigner ébaubi pendant d’interminables et douloureuses minutes, versez des larmes brûlantes. Passez à la caisse, payez vos articles. N’achetez qu’un rouleau de papier-cul en cas.

Alternative no.10 –  Finalement, merde, allez-y gaiment, obéissez servilement, tuez tous vos chouchous pour ensuite réaliser ébaubi que vous n’avez plus rien ni personne. Vous êtes seul au monde comme tous les Ovide Plouffe du monde entier. Tout seul comme un chien pas de médaille. Désabusé. Détruit.

Calvaire, c’était la pire des idées celle-là, oubliez ça.

 

Flying Bum

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Pas gai, le hockey

Pièce en un acte.

Match d’ouverture. Une chambre dans un hôtel semi-chic de la proche banlieue de Winnipeg. Deux lits doubles, deux porte-bagages. Une table de nuit avec une lampe, un téléphone. C’est le soir, on frappe à la porte. Après un moment, la porte s’ouvre et Alexis “Si-si” Sicotte pénètre dans la chambre, homme de forte stature dans la trentaine, complet noir impeccable, valise à la main. Il dépose sa valise sur le porte-bagages, enlève son veston et le dépose sur le lit. Regard bref et furtif sur l’autre lit, desserre sa cravate.

On frappe de nouveau à la porte et avant même que “Si-si” Sicotte n’ait le temps de s’y rendre, elle s’ouvre laissant apparaître Robert “Butch” Laforce, mi-vingtaine, complet 3 pièces impeccable mais beaucoup plus costaud que Sicotte.

BUTCH

Salut.

(Entre, regarde alentour, dépose sa valise et tend la main à Si-Si)

Butch, Robert Butch Laforce, j’ai joué à Boston l’année passée.

SI-SI

(Serre la main)

Alexis Sicotte, choix de première ronde, j’ai toujours joué avec les glorieux.

BUTCH

Bon, ça a l’air qu’ils nous ont matchés ensemble pour chambrer.

 SI-SI

Ouin.

(Place sa valise sur le porte-bagages et l’ouvre)

Ouin, deux par chambre. On est chanceux pareil, y’en a qui sont trois.

(Lance avec nonchalance son veston sur sa valise ouverte et desserre sa cravate)

 BUTCH

Ça me dérange pas de partager ma chambre, on se sent moins seuls de même, surtout ici à Winnipeg.

SI-SI

(Regard furtif et hypocrite sur Butch)

Ouin, mais moi ça m’achale. J’avais demandé une chambre privée si possible. Ça fait moins baraquement d’armée de même, tu comprends?

BUTCH

(Même regard furtif et hypocrite sur Si-Si)

Trompe-toi pas, j’ai dit que ça me dérangeait pas de partager ma chambre avec toi, je ne voulais pas dire avec un homme nécessairement, comprends-moi bien.

(Pause malaisante)

Je veux dire, je te connais pas personnellement, t’as l’air d’un bon jack.

(Pause, rire nerveux)

Je veux dire, christ, t’as pas l’air d’une tapette.

(Les deux rient nerveusement. Pause)

À Boston, ils disent qu’il y a plein de tapettes qui jouent pour les glorieux.

SI-SI

(Contrarié)

Ouin, j’en ai pas connu personnellement. Ça a l’air qu’il y en a déjà eu mais y’ont pas fait long feu.

(Les deux rient)

On raconte qu’à Toronto par exemple, là y’en a toute une chiée.

BUTCH

(Soudainement se jette par terre, se tape dix push-ups, se retourne et se tape dix sit-up rapides, se relève, s’époussette à grandes claques. Un peu à court de souffle)

Je fais ça à peu près vingt fois par jour, juste pour garder la forme. Je fais ça tous les jours depuis le primaire. Push-ups et sit-ups dans le jour, corde à danser et course sur place le soir. Un peu de tennis et de piscine la fin de semaine, une petite partie de handball ou de squash si je rentre tôt à la maison.

(Pause)

Toi, tu t’exerces-tu un peu?

SI-SI

Ouin, mais pas tant que ça. Un peu de golf la fin de semaine et des fois je m’invite dans des parties de baseball improvisées par les ti-gars de mon quartier. On peut facilement se brûler dans le sport professionnel, faut se ménager un peu.

BUTCH

Personnellement, je n’ai jamais fait de poids et haltères. Moi les gars qui courent toujours au gym pour lever du métal et toutes sortes de machines de même. . .  toujours à se gonfler les biceps, se graisser le body et se regarder dans le miroir. Pfffff. Si tu veux mon opinion ces maniaques du gym sont des plus grandes folles que ceux qui portent des sous-vêtements de femme en-dessous de leur complet trois-pièces.

SI-SI

Ouin, tu me paierais cher pour faire des haltères.

BUTCH

Moi aussi tu me paierais cher.

(Pause)

Pas que je serais pas capable si je voulais, comprends-moi bien. Moi ma musculation, elle se fait tout seul quand je joue au football . . .

(Examine Si-Si pour voir s’il approuve du regard)

… basketball … volleybal …

SI-SI

C’est pas un sport de filles, ça, le volleyball?

BUTCH

(Rapidement)

Euh, je voulais dire soccer, j’aime beaucoup le soccer.

SI-SI

C’est pas à ça que toutes les grandes tapettes british jouent, le soccer?

BUTCH

(Mal à l’aise et rapidement)

Et la lutte, y’a rien comme crisser une volée à un gars baraqué comme une armoire à glace, le jeter au sol et l’immobiliser jusqu’à temps qu’il crie chute. Quel sport! Je crois bien qu’à part le hockey, c’est mon sport favori.

SI-SI

Ah woin? Pas sûr, moi. Tous ces enlacements et ces contacts entre deux corps d’homme en sueur couchés sur des petits matelas, ishhhhhh. Si tu veux mon avis, les lutteurs sont encore plus gais que les culturistes. Je les haïs les petits bâtards. Je les reconnaitrais à un mille, je les sens.

BUTCH

Moé-si, un vrai poison, on dirait qu’il y en a de plus en plus, comment tu fais pour les spotter?

SI-SI

À part les cas évidents comme les danseurs, les acteurs, les artistes-peintres, les coiffeurs ou ceux qui capotent un peu trop sur les chats pas de poil ou les bichons maltais ou ceux qui savent cuisiner, qui sont toujours minces et bien propres, tu peux savoir juste à regarder comment ils marchent, la petite façon un peu fruitée qu’ils ont de faire tous leurs gestes.

BUTCH

Je vois. Comme quoi les petites façons fruitées?

SI-SI

Ben, tsé, comme la manière qu’ils s’assoient.

BUTCH

Ils s’assoient comment?

SI-SI

Ou de la seule manière qu’ils se croisent les jambes. Assis-toé.

 BUTCH

Quoi?

SI-SI

Assis-toé.

BUTCH

Pourquoi?

SI-SI

Assis-toé, tu vas voir.

BUTCH

(S’asseoit très prudemment sur son lit)

SI-SI

Croise tes jambes.

BUTCH

Croiser mes jambes?

SI-SI

Oui oui croise tes jambes tu vas voir.

(Butch croise ses jambes en ramenant sa cheville droite directement sur son genou gauche)

Tu vois? Tu l’as fait de la bonne manière. Si tu avais été gai tu aurais fait comme ça.

(S-Si s’asseoit sur son lit et dépose son genou droit directement sur son genou gauche et dépose ses deux mains gracieusement sur le bout de son genou)

 BUTCH

Oh!

(Sourire de soulagement, se relève)

 SI-SI

Hein? T’as vu hein?

(Si-Si fouille sa valise et en ressort un paquet de Montecristo et en offre un à Butch)

 BUTCH

Oh, merci!

(Se plante directement le cigarillo sur le côté de bouche)

 SI-SI

As-tu du feu?

BUTCH

(Va vers son lit, fouille la poche de son veston, trouve un carton d’allumettes, en allume une de façon exagérément virile, s’allume puis éteint l’allumette en l’agitant avec force dans un va-et-vient de la main)

 SI-SI

Tu vois? Encore? Un gai aurait éteint l’allumette en soufflant dessus du bout de la gueule.

BUTCH

(Ravi)

Je le sais. Je sais comment on étreint, en homme. Qu’on éteint, qu’on éteint je veux dire.

(Longue pause)

SI-SI

Écoute, Butch, tu penses-tu qu’on a le temps?

BUTCH

Le temps? . . . le temps pour quoi? Il est minuit passé.

SI-SI

(Regarde sa montre)

Je le sais. Shit.

BUTCH

Shit quoi?

SI-SI

Fuck’n shit.

BUTCH

Fuck’n shit quoi?

SI-SI

Je viens juste de réaliser que j’ai pas sauté une femme depuis plus de deux heures.

BUTCH

(Impressionné)

Deux heures?

SI-SI

Ben oui, deux heures, j’me peux plus, moi là.

(Marche nerveusement de long en large dans la chambre)

BUTCH

T’as fait ça avec qui, il y a deux heures?

SI-SI

La fille de la réception en bas.

(Donne un grand coup de poing dans le mur)

Je me peux juste pus.

 BUTCH

Tu veux qu’on fasse quoi? Ça se fait pas venir comme une pizza une fille.

SI-SI

Bonne idée, on s’en call une drette-là.

BUTCH

On fait ça comment?

SI-SI

On est à Winnipeg, pas de trouble, regarde-moi aller.

(Marche à la table de chevet et décroche le combiné)

Allo, service aux chambres? Chambre 146, on veut une femme.

(Pause)

Oui, une femme.

(Pause)

Un instant, je lui demande.

(À Butch)

Une blonde, brunette, une rousse?

BUTCH

Blonde.

SI-SI

(Au téléphone)

Oui, une blonde.

(Pause)

Yeah.

Un instant, je lui demande.

(À Butch)

Des petits seins, des gros seins, des grosses fesses?

BUTCH

Blonde, gros seins, grosses fesses.

SI-SI

(Au téléphone)

Blonde, gros seins, grosses fesses.

 (Pause)

Un instant, je lui demande.

(À Butch)

Catholique, juive, presbytérienne?

BUTCH

Demande-lui si elle a une culturiste hétéro sinon je prendrais une adventiste du septième jour.

SI-SI

(Au téléphone)

Good, on va en prendre une de même, et envoyez-là le plus vite possible.

(Raccroche le téléphone)

Elle s’en vient drette-là.

BUTCH

Tout un service, tout un choix qu’ils ont à Winnipeg, hein?

SI-SI

Winnipeg c’est le best! Les nuits sont longues ici, c’est pas pour rien qu’ils ont du choix.

BUTCH

Je suis content que tu aies suggéré ça, je m’en venais un petit peu horny moi aussi.

SI-SI

Sais-tu quoi? T’es correct finalement, je t’aime bien Butch, sérieux.

BUTCH

Merci.

SI-SI

Quand je t’ai vu tantôt, j’étais certain que tu étais gai, mon gai-dar sonnait à pleine épouvante. Je vais être obligé d’aller le faire checker, t’es straight comme une barre finalement.

BUTCH

Merci, Si-Si.

SI-SI

Avec certains gars, on sait jamais, même des gars que tu connais depuis des années. Ils ont l’air OK, ils agissent même de façon OK mais au moment où tu t’en attends le moins, pouf, coming-out.

BUTCH

Je l’sais, une vrai peste.

 SI-SI

J’avais un bon ami, un moment donné, je le connaissais depuis des années, on a joué pee-wee ensemble. Je ne me suis jamais douté de rien. Un bon jour, on était à la chasse ensemble loin dans le bois et il m’a touché le bras! Le bras, tabarnak!

BUTCH

Tu me niaises? Le bras? C’est épeurant des affaires de même, les petits bâtards.

SI-SI

On peut se fier sur qui quand un gars que tu connais depuis ton pee-wee te fait une affaire de même!

BUTCH

Fuck’n vrai.

(Pause)

Qu’est-ce tu lui as dit à ton ami?

SI-SI

Qu’est-ce que je lui ai dit? Je l’ai gelé rien que d’un coup, assomé d’un coup de poing. Je l’ai jamais revu depuis.

BUTCH

J’aurais fait pareil, je ne te blâme pas.

(Pause)

Je commence à avoir hâte que notre petite blonde arrive.

SI-SI

Moi aussi, j’ai hâte. Cou’donc y’é quelle heure, là?

BUTCH

Minuit et vingt.

(Pause)

Calvaire minuit et vingt.

(Pause)

Minuit et vingt, ciboire!

(Si-Si à bout de patience décroche le combiné. Ça frappe à la porte en même temps)

C’est elle, raccroche!

SI-SI

Mais entrez donc!

(La porte s’ouvre, la plantureuse blonde s’avance voluptueusement dans la chambre)

 BUTCH

(Ironique)

Bon matin.

CALL-GIRL

J’ai fait aussi vite que j’ai pu, désolée.

(Si-Si examine la fille de la tête au pied, fronce les sourcils, semble contrarié)

 BUTCH

Je m’appelle Robert Laforce, mais on m’appelle Butch. Voici Alexis Sicotte, lui on l’appelle Si-Si.

 CALL-GIRL

Plaisir.

(D’un gracieux mouvement des bras, la robe s’élève dans les airs puis elle la lance négligemment sur une des valises)

Moi, c’est Brenda. Qui passe le premier?

BUTCH

Ben, je sais pas trop, là.

(Se retourne vers Si-Si)

Qui qui y va le premier, Si-Si? Toi ou moi?

SI-SI

(Semble encore contrarié, inquiet, fronce toujours les sourcils)

Écoute, Butch, vas-y donc pis fais donc ce que tu veux! Je pense que je vais passer mon tour de toutes façons à soir.

(La plantureuse blonde et Butch le regardent surpris, voire ébaubis)

 BUTCH

Tu la baiseras pas? Même pas une tite pipe? What the fuck?

SI-SI

Je viens d’avoir un flash, je viens juste d’allumer sur quec’chose. Je viens de réaliser quelque chose de profond. Très très profond.

BUTCH

Ah woin? De quoi?

SI-SI

Que c’est juste un autre moyen que “certains” gars utilisent pour essayer de démontrer qu’ils sont des vrais hommes, p’tits hypocrites, tous pareils.

Montre-moi un homme au septième ciel qui saute une superbe blonde avec des gros seins et des belles grosses fesses et je te montrerai un homme gai à tout coup.

(Rideau)

 

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Flying Bum

Éclairs de grille-pain

Estomac creux n’a point d’oreilles, dit le dicton. Entre autres, rajouterais-je, et qu’en est-il du génie? Lui en reste-t-il un peu dans un de ces moments futiles, inutiles, hors-nos-vies, hors-nos-corps et insignifiants au possible qui s’amorce dès qu’affamés nous appuyons sur la manette du grille-pain? Le multi-tâches tôt le matin très peu pour moi, je tombe alors dans le gouffre-néant de l’attente, l’esprit dopé par l’odeur montante du bon pain. Instant merveilleux toutefois pour la pensée en goguette, pour cogiter, rêvasser, l’homme du matin court-vêtu allant même jusqu’à se gratter béatement côté couilles, sa soeur sous la mamelle.

Ensuite, couteau à la main tout s’embrouille comme un oeuf, part en des confitures, moment que l’esprit errant qui a une sainte horreur du vide s’empresse de meubler d’incongru, de voguer tout azimuts. Puis l’ancre qui accroche le fond brusquement dès lors que dans le chant du ressort qui exulte sautent vers le ciel deux belles tranches de pain bien dorées. Le supplice est fini. Se rallume graduellement l’intelligence de l’homo-sapiens et de sa soeur. Les songes singuliers mais brefs, concentrés mais à la fois évaporés, partent se perdre, triste gaspillage. Éclairs de sans-génie engourdi, éclairs de grille-pain vite refroidis dans l’oubli.

En voici récupérés au vol, nouvelle rubrique ramasse-miettes. 

L’art qu’on texte

Prière de noter que j’en sors tout juste et que je serai maintenant hors contexte pour une période indéterminée. Pas que j’y ai séjourné trop longtemps et que j’aurais décidé sur un coup de tête que ça suffisait. Je n’ai pas été tiré hors d’un contexte précis ni n’en ai été extirpé de force. Je quitte le contexte volontairement sans contraintes. Le contexte m’apparaît trop limitatif en ce qui attrait à la signification des choses perçue à travers un alignement beaucoup trop rigoureux de mots. Autant laisser tout un chacun piger dans le tas ceux qu’ils préfèrent et qui feront très bien leur affaire de toutes façons. Prenez bonne note que j’ai quitté définitivement le contexte à onze heures onze, heure avancée de l’est, et ne me citez plus que de là. (J’ai laissé la clef sous la carpette)

ToasterWonder

Transe en dentelles

Selon le deuxième dieu de la trinité Hindoue, Vishnu lui-même en personne de soies et de dentelles vêtu, l’âme humaine traversera sept cycles vie-mort-renaissance avant de reposer pour l’éternité sur une fleur de lotus dans le grand jardin spirituel des dieux et ainsi l’âme humaine pourra se reposer et cesser définitivement d’attendre en vain un médecin de famille.

ToasterWonder

Guère épais

Les plus grandes stratégies militaires finissent inévitablement par consister à traverser les rivières par les ponts et les montagnes par les cols. Je citerai ici Winston Churchill que l’histoire a retenu comme ayant été un fin stratège militaire :

“Inutile de discuter avec le petit singe si le tourneur d’orgue est dans la pièce.”

La question qui me démange le derrière des rotules sans réel espoir de soulagement : pourquoi donc Winston Churchill cherchait-t-il à définir un moment propice pour discuter avec le petit singe?

La question est à vendre pas cher à qui se chercherait un sujet de thèse.

ToasterWonder

Mort aura

Je VEUX mourir.

C’est une phrase qu’on entend souvent dans toutes sortes de circonstances. Mais tu VAS mourir, innocent. La volonté n’a rien à voir là-dedans. La mort est une fatalité, à chacun sa chacune. Le suicide lui-même devient la fatalité de celui qui s’y commet. Penser s’en sortir en se tuant soi-même n’évite en rien la fatalité, tu VAS mourir pareil. Au mieux, on peut espérer que la vie après la mort n’existe pas, un peu comme la vie passé Normétal, ça existe peut-être mais personne à ce jour n’en est revenu pour nous dire où s’y cachent les plus belles talles de bleuet.

Quiconque a lu la définition du mot fatalité doit bien se douter que même au bout de la vie après la mort s’il en est une, on VA mourir encore et toujours.

Shit.

ToasterWonder

Cou cou que tchou, missiz Robine-sonne

Bonjour, vous avez bien rejoint la boîte vocale de monsieur Robinson. Je serai dans l’impossibilité de recevoir vos messages durant toute la journée de mardi, journée que je passerai au complet dans l’indifférence la plus totale. Ni mercredi où je ferai un séjour tout compris dans le déni. Jeudi je serai échoué malencontreusement sur une île du Pacifique sud une bonne partie de l’après-midi. S’il s’agit d’une urgence, merci de rappeler Vendredi.

ToasterWonder

Même en songes, mes mensonges

“On ne va pas se mentir…”  On l’entend souventes fois dans le discours et lorsque l’énoncé commence de même, je ne suis pas convaincu que la suite nous garantisse un accès direct à la vérité malgré la prétention du préambule. J’entends là plutôt comme une alerte qui annonce que l’on va subtilement procéder à quelques arrangements avec elle, délibérés ou inconscients. La triturer, pauvre vérité. On ne va pas se mentir mais je n’oserais jamais, ô grand jamais, triturer la vérité, même en songes.

ToasterWonder

Antigone with the wind

Pièce rhumatismale en un seul et bref acte

ANTICORPS

Tiens ma bière, Ismène ma soeur, je pars en mission tuer en toi ce vil virus et toute son armée.

ISMÈNE

Va, je cède à ta force, je n’ai rien à gagner à me rebeller.

ANTICORPS

Il y a une chose qui m’importe avant tout ma soeur : sauver ta peau. Et souishhh et souishhh. (bruits d’épée)

ISMÈNE

Ayoye, ciboire, c’est mon coude que tu attaques !

ANTICORPS

Corps étranger, créature dégoûtante, j’en appelle à la guerre, la mort est ton seul destin.

ISMÈNE

Ben voyons donc, c’est mon articulation que tu picoches, ça fait mal, tabarnak!

ANTICORPS

Je tuerai pour toi ce virus sans la moindre pitié.

ISMÈNE (à boutte)

Ouch, CALVAIRE, mon coude . . . ARRÊTE !

ANTICORPS (plus emballé que jamais)

Oui ma soeur, regarde-moi bien aller, j’annihilerai la bête sans pitié et souishhh et souishhh (bruits d’épée).

ISMÈNE (qui n’en mène pas large)

. . . ishhh

Rideau.

ToasterWonder

Grosse annonce petite réponse

Il y a petite et petite tout de même. Lue pour vrai dans un vrai journal en vrai papier (vrai comme chu là) :

10,000 pipinnes de pain, toutes sortes de couleurs, toutes sortes de dates d’expiration, à vendre, donner, échanger ou si quelqu’un peut me dire quoi faire avec

Tout à fait mon opinion de la profondeur que peut atteindre la détresse humaine. Comment peut-on en arriver à accumuler bêtement 10,000 de ces petites choses avant même de se poser la question? La première réponse qui me vient en tête impliquerait que l’annonceur s’insère des tas de ces petites choses colorées aux coins piquants dans des endroits pas très propres ni vraiment appropriés.

Affaire classée, bien que des images étranges subsistent dans mon esprit.

ToasterWonder

Pour qui sonne l’anglais

Autre vraie petite annonce qui révèle la beauté de la langue française même cachée dans la plume d’un anglophone aux sentiments éminemment plus nobles que sa grammaire.

Annonce tuque verte … je sais pas que te rajouter…

ToasterWonder

Longitude l’attitude platitude

On ne lance pas de platitude aux gens. (règle no. 9, Manuel du savoir-vivre et de la bienséance de ma tante Colombe). Dire aux grosses madames en pleine face qu’elles sont rondes, là sont de bien discourtoises platitudes à lancer comme ça aux madames à brûle pour point. C’est pourtant la vérité toute chiée. La vérité ne devient-elle une platitude que lorsqu’elle est déclamée sans gêne haut et fort? Et le mensonge, lui? Classerait-t-on dans le domaine des platitudes le fait de déclamer haut et fort que la terre n’est pas ronde, elle? Si la terre était vraiment si plate que ça, on ne rirait plus personne. Ça se serait su.

Ça aurait fait le tour du globe.

ToasterWonder

Russe, uranus, ananus et toute cette sorte de choses

Une erreur originale vaut mieux qu’une vérité banale écrivait Fiodor Dostoïevski. Alors comment s’explique le titre de son ouvrage Les carnets du sous-sol ? Titre banal s’il en est un. Moi qui haïs les sous-sols. Comme Dostoïevski prenait continuellement des notes sur une multitude de calepins dans un sous-sol pour composer cette oeuvre, n’aurait-il pas dû plutôt appeler cet ouvrage Les carnets du calepin ?

Pou poum tishhhhh.

N’est-ce pas lui qui avait dit : Tout est bon quand il est excessif ? Si le célèbre marquis de Sade avait compilé sous un seul titre tous ses écrits concernant de près ou de loin la sodomie, le titre aurait fort bien pu être Les annales de l’anal.

Pou poum tishhhhh.

ToasterWonder

Alma m’atterre

Elle était toute timide, candide, dix-douze ans et belle enfant. Ma première visite à vie à Arvida pour voir un mort, des funérailles. Elle avait tout de suite senti que je n’étais pas de la région, un étranger, le vague cousin d’on-ne-sait-qui, nouveau conjoint d’une ancienne matante, quoi d’autre encore, les hypothèses défilaient. Elle m’avait comme choisi dans la foule bigarrée. Elle n’avait probablement pas vu de malice en moi, avait décidé de prendre une chance avec son intuition. La chose la chicotait depuis trop longtemps. Elle attend que je sois coincé entre nulle part et personne, s’approche direct et me demande du tac au tac, toute gênée:

À cause de quoi que ça se dit pas à cause?

Son regard à lui seul valait un poème. J’observe encore un petit moment ses yeux d’enfant implorer, j’étais ébaubi mais charmé.

Mais je ne sais trop quoi répondre. À cause que je sais pas pourquoi.

 

Flying Bum

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À surveiller : d’autres miettes du genre bientôt dans un grille-pain près de chez vous.