Pas gai, le hockey

Pièce en un acte.

Match d’ouverture. Une chambre dans un hôtel semi-chic de la proche banlieue de Winnipeg. Deux lits doubles, deux porte-bagages. Une table de nuit avec une lampe, un téléphone. C’est le soir, on frappe à la porte. Après un moment, la porte s’ouvre et Alexis “Si-si” Sicotte pénètre dans la chambre, homme de forte stature dans la trentaine, complet noir impeccable, valise à la main. Il dépose sa valise sur le porte-bagages, enlève son veston et le dépose sur le lit. Regard bref et furtif sur l’autre lit, desserre sa cravate.

On frappe de nouveau à la porte et avant même que “Si-si” Sicotte n’ait le temps de s’y rendre, elle s’ouvre laissant apparaître Robert “Butch” Laforce, mi-vingtaine, complet 3 pièces impeccable mais beaucoup plus costaud que Sicotte.

BUTCH

Salut.

(Entre, regarde alentour, dépose sa valise et tend la main à Si-Si)

Butch, Robert Butch Laforce, j’ai joué à Boston l’année passée.

SI-SI

(Serre la main)

Alexis Sicotte, choix de première ronde, j’ai toujours joué avec les glorieux.

BUTCH

Bon, ça a l’air qu’ils nous ont matchés ensemble pour chambrer.

 SI-SI

Ouin.

(Place sa valise sur le porte-bagages et l’ouvre)

Ouin, deux par chambre. On est chanceux pareil, y’en a qui sont trois.

(Lance avec nonchalance son veston sur sa valise ouverte et desserre sa cravate)

 BUTCH

Ça me dérange pas de partager ma chambre, on se sent moins seuls de même, surtout ici à Winnipeg.

SI-SI

(Regard furtif et hypocrite sur Butch)

Ouin, mais moi ça m’achale. J’avais demandé une chambre privée si possible. Ça fait moins baraquement d’armée de même, tu comprends?

BUTCH

(Même regard furtif et hypocrite sur Si-Si)

Trompe-toi pas, j’ai dit que ça me dérangeait pas de partager ma chambre avec toi, je ne voulais pas dire avec un homme nécessairement, comprends-moi bien.

(Pause malaisante)

Je veux dire, je te connais pas personnellement, t’as l’air d’un bon jack.

(Pause, rire nerveux)

Je veux dire, christ, t’as pas l’air d’une tapette.

(Les deux rient nerveusement. Pause)

À Boston, ils disent qu’il y a plein de tapettes qui jouent pour les glorieux.

SI-SI

(Contrarié)

Ouin, j’en ai pas connu personnellement. Ça a l’air qu’il y en a déjà eu mais y’ont pas fait long feu.

(Les deux rient)

On raconte qu’à Toronto par exemple, là y’en a toute une chiée.

BUTCH

(Soudainement se jette par terre, se tape dix push-ups, se retourne et se tape dix sit-up rapides, se relève, s’époussette à grandes claques. Un peu à court de souffle)

Je fais ça à peu près vingt fois par jour, juste pour garder la forme. Je fais ça tous les jours depuis le primaire. Push-ups et sit-ups dans le jour, corde à danser et course sur place le soir. Un peu de tennis et de piscine la fin de semaine, une petite partie de handball ou de squash si je rentre tôt à la maison.

(Pause)

Toi, tu t’exerces-tu un peu?

SI-SI

Ouin, mais pas tant que ça. Un peu de golf la fin de semaine et des fois je m’invite dans des parties de baseball improvisées par les ti-gars de mon quartier. On peut facilement se brûler dans le sport professionnel, faut se ménager un peu.

BUTCH

Personnellement, je n’ai jamais fait de poids et haltères. Moi les gars qui courent toujours au gym pour lever du métal et toutes sortes de machines de même. . .  toujours à se gonfler les biceps, se graisser le body et se regarder dans le miroir. Pfffff. Si tu veux mon opinion ces maniaques du gym sont des plus grandes folles que ceux qui portent des sous-vêtements de femme en-dessous de leur complet trois-pièces.

SI-SI

Ouin, tu me paierais cher pour faire des haltères.

BUTCH

Moi aussi tu me paierais cher.

(Pause)

Pas que je serais pas capable si je voulais, comprends-moi bien. Moi ma musculation, elle se fait tout seul quand je joue au football . . .

(Examine Si-Si pour voir s’il approuve du regard)

… basketball … volleybal …

SI-SI

C’est pas un sport de filles, ça, le volleyball?

BUTCH

(Rapidement)

Euh, je voulais dire soccer, j’aime beaucoup le soccer.

SI-SI

C’est pas à ça que toutes les grandes tapettes british jouent, le soccer?

BUTCH

(Mal à l’aise et rapidement)

Et la lutte, y’a rien comme crisser une volée à un gars baraqué comme une armoire à glace, le jeter au sol et l’immobiliser jusqu’à temps qu’il crie chute. Quel sport! Je crois bien qu’à part le hockey, c’est mon sport favori.

SI-SI

Ah woin? Pas sûr, moi. Tous ces enlacements et ces contacts entre deux corps d’homme en sueur couchés sur des petits matelas, ishhhhhh. Si tu veux mon avis, les lutteurs sont encore plus gais que les culturistes. Je les haïs les petits bâtards. Je les reconnaitrais à un mille, je les sens.

BUTCH

Moé-si, un vrai poison, on dirait qu’il y en a de plus en plus, comment tu fais pour les spotter?

SI-SI

À part les cas évidents comme les danseurs, les acteurs, les artistes-peintres, les coiffeurs ou ceux qui capotent un peu trop sur les chats pas de poil ou les bichons maltais ou ceux qui savent cuisiner, qui sont toujours minces et bien propres, tu peux savoir juste à regarder comment ils marchent, la petite façon un peu fruitée qu’ils ont de faire tous leurs gestes.

BUTCH

Je vois. Comme quoi les petites façons fruitées?

SI-SI

Ben, tsé, comme la manière qu’ils s’assoient.

BUTCH

Ils s’assoient comment?

SI-SI

Ou de la seule manière qu’ils se croisent les jambes. Assis-toé.

 BUTCH

Quoi?

SI-SI

Assis-toé.

BUTCH

Pourquoi?

SI-SI

Assis-toé, tu vas voir.

BUTCH

(S’asseoit très prudemment sur son lit)

SI-SI

Croise tes jambes.

BUTCH

Croiser mes jambes?

SI-SI

Oui oui croise tes jambes tu vas voir.

(Butch croise ses jambes en ramenant sa cheville droite directement sur son genou gauche)

Tu vois? Tu l’as fait de la bonne manière. Si tu avais été gai tu aurais fait comme ça.

(S-Si s’asseoit sur son lit et dépose son genou droit directement sur son genou gauche et dépose ses deux mains gracieusement sur le bout de son genou)

 BUTCH

Oh!

(Sourire de soulagement, se relève)

 SI-SI

Hein? T’as vu hein?

(Si-Si fouille sa valise et en ressort un paquet de Montecristo et en offre un à Butch)

 BUTCH

Oh, merci!

(Se plante directement le cigarillo sur le côté de bouche)

 SI-SI

As-tu du feu?

BUTCH

(Va vers son lit, fouille la poche de son veston, trouve un carton d’allumettes, en allume une de façon exagérément virile, s’allume puis éteint l’allumette en l’agitant avec force dans un va-et-vient de la main)

 SI-SI

Tu vois? Encore? Un gai aurait éteint l’allumette en soufflant dessus du bout de la gueule.

BUTCH

(Ravi)

Je le sais. Je sais comment on étreint, en homme. Qu’on éteint, qu’on éteint je veux dire.

(Longue pause)

SI-SI

Écoute, Butch, tu penses-tu qu’on a le temps?

BUTCH

Le temps? . . . le temps pour quoi? Il est minuit passé.

SI-SI

(Regarde sa montre)

Je le sais. Shit.

BUTCH

Shit quoi?

SI-SI

Fuck’n shit.

BUTCH

Fuck’n shit quoi?

SI-SI

Je viens juste de réaliser que j’ai pas sauté une femme depuis plus de deux heures.

BUTCH

(Impressionné)

Deux heures?

SI-SI

Ben oui, deux heures, j’me peux plus, moi là.

(Marche nerveusement de long en large dans la chambre)

BUTCH

T’as fait ça avec qui, il y a deux heures?

SI-SI

La fille de la réception en bas.

(Donne un grand coup de poing dans le mur)

Je me peux juste pus.

 BUTCH

Tu veux qu’on fasse quoi? Ça se fait pas venir comme une pizza une fille.

SI-SI

Bonne idée, on s’en call une drette-là.

BUTCH

On fait ça comment?

SI-SI

On est à Winnipeg, pas de trouble, regarde-moi aller.

(Marche à la table de chevet et décroche le combiné)

Allo, service aux chambres? Chambre 146, on veut une femme.

(Pause)

Oui, une femme.

(Pause)

Un instant, je lui demande.

(À Butch)

Une blonde, brunette, une rousse?

BUTCH

Blonde.

SI-SI

(Au téléphone)

Oui, une blonde.

(Pause)

Yeah.

Un instant, je lui demande.

(À Butch)

Des petits seins, des gros seins, des grosses fesses?

BUTCH

Blonde, gros seins, grosses fesses.

SI-SI

(Au téléphone)

Blonde, gros seins, grosses fesses.

 (Pause)

Un instant, je lui demande.

(À Butch)

Catholique, juive, presbytérienne?

BUTCH

Demande-lui si elle a une culturiste hétéro sinon je prendrais une adventiste du septième jour.

SI-SI

(Au téléphone)

Good, on va en prendre une de même, et envoyez-là le plus vite possible.

(Raccroche le téléphone)

Elle s’en vient drette-là.

BUTCH

Tout un service, tout un choix qu’ils ont à Winnipeg, hein?

SI-SI

Winnipeg c’est le best! Les nuits sont longues ici, c’est pas pour rien qu’ils ont du choix.

BUTCH

Je suis content que tu aies suggéré ça, je m’en venais un petit peu horny moi aussi.

SI-SI

Sais-tu quoi? T’es correct finalement, je t’aime bien Butch, sérieux.

BUTCH

Merci.

SI-SI

Quand je t’ai vu tantôt, j’étais certain que tu étais gai, mon gai-dar sonnait à pleine épouvante. Je vais être obligé d’aller le faire checker, t’es straight comme une barre finalement.

BUTCH

Merci, Si-Si.

SI-SI

Avec certains gars, on sait jamais, même des gars que tu connais depuis des années. Ils ont l’air OK, ils agissent même de façon OK mais au moment où tu t’en attends le moins, pouf, coming-out.

BUTCH

Je l’sais, une vrai peste.

 SI-SI

J’avais un bon ami, un moment donné, je le connaissais depuis des années, on a joué pee-wee ensemble. Je ne me suis jamais douté de rien. Un bon jour, on était à la chasse ensemble loin dans le bois et il m’a touché le bras! Le bras, tabarnak!

BUTCH

Tu me niaises? Le bras? C’est épeurant des affaires de même, les petits bâtards.

SI-SI

On peut se fier sur qui quand un gars que tu connais depuis ton pee-wee te fait une affaire de même!

BUTCH

Fuck’n vrai.

(Pause)

Qu’est-ce tu lui as dit à ton ami?

SI-SI

Qu’est-ce que je lui ai dit? Je l’ai gelé rien que d’un coup, assomé d’un coup de poing. Je l’ai jamais revu depuis.

BUTCH

J’aurais fait pareil, je ne te blâme pas.

(Pause)

Je commence à avoir hâte que notre petite blonde arrive.

SI-SI

Moi aussi, j’ai hâte. Cou’donc y’é quelle heure, là?

BUTCH

Minuit et vingt.

(Pause)

Calvaire minuit et vingt.

(Pause)

Minuit et vingt, ciboire!

(Si-Si à bout de patience décroche le combiné. Ça frappe à la porte en même temps)

C’est elle, raccroche!

SI-SI

Mais entrez donc!

(La porte s’ouvre, la plantureuse blonde s’avance voluptueusement dans la chambre)

 BUTCH

(Ironique)

Bon matin.

CALL-GIRL

J’ai fait aussi vite que j’ai pu, désolée.

(Si-Si examine la fille de la tête au pied, fronce les sourcils, semble contrarié)

 BUTCH

Je m’appelle Robert Laforce, mais on m’appelle Butch. Voici Alexis Sicotte, lui on l’appelle Si-Si.

 CALL-GIRL

Plaisir.

(D’un gracieux mouvement des bras, la robe s’élève dans les airs puis elle la lance négligemment sur une des valises)

Moi, c’est Brenda. Qui passe le premier?

BUTCH

Ben, je sais pas trop, là.

(Se retourne vers Si-Si)

Qui qui y va le premier, Si-Si? Toi ou moi?

SI-SI

(Semble encore contrarié, inquiet, fronce toujours les sourcils)

Écoute, Butch, vas-y donc pis fais donc ce que tu veux! Je pense que je vais passer mon tour de toutes façons à soir.

(La plantureuse blonde et Butch le regardent surpris, voire ébaubis)

 BUTCH

Tu la baiseras pas? Même pas une tite pipe? What the fuck?

SI-SI

Je viens d’avoir un flash, je viens juste d’allumer sur quec’chose. Je viens de réaliser quelque chose de profond. Très très profond.

BUTCH

Ah woin? De quoi?

SI-SI

Que c’est juste un autre moyen que “certains” gars utilisent pour essayer de démontrer qu’ils sont des vrais hommes, p’tits hypocrites, tous pareils.

Montre-moi un homme au septième ciel qui saute une superbe blonde avec des gros seins et des belles grosses fesses et je te montrerai un homme gai à tout coup.

(Rideau)

 

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Flying Bum

Éclairs de grille-pain

Estomac creux n’a point d’oreilles, dit le dicton. Entre autres, rajouterais-je, et qu’en est-il du génie? Lui en reste-t-il un peu dans un de ces moments futiles, inutiles, hors-nos-vies, hors-nos-corps et insignifiants au possible qui s’amorce dès qu’affamés nous appuyons sur la manette du grille-pain? Le multi-tâches tôt le matin très peu pour moi, je tombe alors dans le gouffre-néant de l’attente, l’esprit dopé par l’odeur montante du bon pain. Instant merveilleux toutefois pour la pensée en goguette, pour cogiter, rêvasser, l’homme du matin court-vêtu allant même jusqu’à se gratter béatement côté couilles, sa soeur sous la mamelle.

Ensuite, couteau à la main tout s’embrouille comme un oeuf, part en des confitures, moment que l’esprit errant qui a une sainte horreur du vide s’empresse de meubler d’incongru, de voguer tout azimuts. Puis l’ancre qui accroche le fond brusquement dès lors que dans le chant du ressort qui exulte sautent vers le ciel deux belles tranches de pain bien dorées. Le supplice est fini. Se rallume graduellement l’intelligence de l’homo-sapiens et de sa soeur. Les songes singuliers mais brefs, concentrés mais à la fois évaporés, partent se perdre, triste gaspillage. Éclairs de sans-génie engourdi, éclairs de grille-pain vite refroidis dans l’oubli.

En voici récupérés au vol, nouvelle rubrique ramasse-miettes. 

L’art qu’on texte

Prière de noter que j’en sors tout juste et que je serai maintenant hors contexte pour une période indéterminée. Pas que j’y ai séjourné trop longtemps et que j’aurais décidé sur un coup de tête que ça suffisait. Je n’ai pas été tiré hors d’un contexte précis ni n’en ai été extirpé de force. Je quitte le contexte volontairement sans contraintes. Le contexte m’apparaît trop limitatif en ce qui attrait à la signification des choses perçue à travers un alignement beaucoup trop rigoureux de mots. Autant laisser tout un chacun piger dans le tas ceux qu’ils préfèrent et qui feront très bien leur affaire de toutes façons. Prenez bonne note que j’ai quitté définitivement le contexte à onze heures onze, heure avancée de l’est, et ne me citez plus que de là. (J’ai laissé la clef sous la carpette)

ToasterWonder

Transe en dentelles

Selon le deuxième dieu de la trinité Hindoue, Vishnu lui-même en personne de soies et de dentelles vêtu, l’âme humaine traversera sept cycles vie-mort-renaissance avant de reposer pour l’éternité sur une fleur de lotus dans le grand jardin spirituel des dieux et ainsi l’âme humaine pourra se reposer et cesser définitivement d’attendre en vain un médecin de famille.

ToasterWonder

Guère épais

Les plus grandes stratégies militaires finissent inévitablement par consister à traverser les rivières par les ponts et les montagnes par les cols. Je citerai ici Winston Churchill que l’histoire a retenu comme ayant été un fin stratège militaire :

“Inutile de discuter avec le petit singe si le tourneur d’orgue est dans la pièce.”

La question qui me démange le derrière des rotules sans réel espoir de soulagement : pourquoi donc Winston Churchill cherchait-t-il à définir un moment propice pour discuter avec le petit singe?

La question est à vendre pas cher à qui se chercherait un sujet de thèse.

ToasterWonder

Mort aura

Je VEUX mourir.

C’est une phrase qu’on entend souvent dans toutes sortes de circonstances. Mais tu VAS mourir, innocent. La volonté n’a rien à voir là-dedans. La mort est une fatalité, à chacun sa chacune. Le suicide lui-même devient la fatalité de celui qui s’y commet. Penser s’en sortir en se tuant soi-même n’évite en rien la fatalité, tu VAS mourir pareil. Au mieux, on peut espérer que la vie après la mort n’existe pas, un peu comme la vie passé Normétal, ça existe peut-être mais personne à ce jour n’en est revenu pour nous dire où s’y cachent les plus belles talles de bleuet.

Quiconque a lu la définition du mot fatalité doit bien se douter que même au bout de la vie après la mort s’il en est une, on VA mourir encore et toujours.

Shit.

ToasterWonder

Cou cou que tchou, missiz Robine-sonne

Bonjour, vous avez bien rejoint la boîte vocale de monsieur Robinson. Je serai dans l’impossibilité de recevoir vos messages durant toute la journée de mardi, journée que je passerai au complet dans l’indifférence la plus totale. Ni mercredi où je ferai un séjour tout compris dans le déni. Jeudi je serai échoué malencontreusement sur une île du Pacifique sud une bonne partie de l’après-midi. S’il s’agit d’une urgence, merci de rappeler Vendredi.

ToasterWonder

Même en songes, mes mensonges

“On ne va pas se mentir…”  On l’entend souventes fois dans le discours et lorsque l’énoncé commence de même, je ne suis pas convaincu que la suite nous garantisse un accès direct à la vérité malgré la prétention du préambule. J’entends là plutôt comme une alerte qui annonce que l’on va subtilement procéder à quelques arrangements avec elle, délibérés ou inconscients. La triturer, pauvre vérité. On ne va pas se mentir mais je n’oserais jamais, ô grand jamais, triturer la vérité, même en songes.

ToasterWonder

Antigone with the wind

Pièce rhumatismale en un seul et bref acte

ANTICORPS

Tiens ma bière, Ismène ma soeur, je pars en mission tuer en toi ce vil virus et toute son armée.

ISMÈNE

Va, je cède à ta force, je n’ai rien à gagner à me rebeller.

ANTICORPS

Il y a une chose qui m’importe avant tout ma soeur : sauver ta peau. Et souishhh et souishhh. (bruits d’épée)

ISMÈNE

Ayoye, ciboire, c’est mon coude que tu attaques !

ANTICORPS

Corps étranger, créature dégoûtante, j’en appelle à la guerre, la mort est ton seul destin.

ISMÈNE

Ben voyons donc, c’est mon articulation que tu picoches, ça fait mal, tabarnak!

ANTICORPS

Je tuerai pour toi ce virus sans la moindre pitié.

ISMÈNE (à boutte)

Ouch, CALVAIRE, mon coude . . . ARRÊTE !

ANTICORPS (plus emballé que jamais)

Oui ma soeur, regarde-moi bien aller, j’annihilerai la bête sans pitié et souishhh et souishhh (bruits d’épée).

ISMÈNE (qui n’en mène pas large)

. . . ishhh

Rideau.

ToasterWonder

Grosse annonce petite réponse

Il y a petite et petite tout de même. Lue pour vrai dans un vrai journal en vrai papier (vrai comme chu là) :

10,000 pipinnes de pain, toutes sortes de couleurs, toutes sortes de dates d’expiration, à vendre, donner, échanger ou si quelqu’un peut me dire quoi faire avec

Tout à fait mon opinion de la profondeur que peut atteindre la détresse humaine. Comment peut-on en arriver à accumuler bêtement 10,000 de ces petites choses avant même de se poser la question? La première réponse qui me vient en tête impliquerait que l’annonceur s’insère des tas de ces petites choses colorées aux coins piquants dans des endroits pas très propres ni vraiment appropriés.

Affaire classée, bien que des images étranges subsistent dans mon esprit.

ToasterWonder

Pour qui sonne l’anglais

Autre vraie petite annonce qui révèle la beauté de la langue française même cachée dans la plume d’un anglophone aux sentiments éminemment plus nobles que sa grammaire.

Annonce tuque verte … je sais pas que te rajouter…

ToasterWonder

Longitude l’attitude platitude

On ne lance pas de platitude aux gens. (règle no. 9, Manuel du savoir-vivre et de la bienséance de ma tante Colombe). Dire aux grosses madames en pleine face qu’elles sont rondes, là sont de bien discourtoises platitudes à lancer comme ça aux madames à brûle pour point. C’est pourtant la vérité toute chiée. La vérité ne devient-elle une platitude que lorsqu’elle est déclamée sans gêne haut et fort? Et le mensonge, lui? Classerait-t-on dans le domaine des platitudes le fait de déclamer haut et fort que la terre n’est pas ronde, elle? Si la terre était vraiment si plate que ça, on ne rirait plus personne. Ça se serait su.

Ça aurait fait le tour du globe.

ToasterWonder

Russe, uranus, ananus et toute cette sorte de choses

Une erreur originale vaut mieux qu’une vérité banale écrivait Fiodor Dostoïevski. Alors comment s’explique le titre de son ouvrage Les carnets du sous-sol ? Titre banal s’il en est un. Moi qui haïs les sous-sols. Comme Dostoïevski prenait continuellement des notes sur une multitude de calepins dans un sous-sol pour composer cette oeuvre, n’aurait-il pas dû plutôt appeler cet ouvrage Les carnets du calepin ?

Pou poum tishhhhh.

N’est-ce pas lui qui avait dit : Tout est bon quand il est excessif ? Si le célèbre marquis de Sade avait compilé sous un seul titre tous ses écrits concernant de près ou de loin la sodomie, le titre aurait fort bien pu être Les annales de l’anal.

Pou poum tishhhhh.

ToasterWonder

Alma m’atterre

Elle était toute timide, candide, dix-douze ans et belle enfant. Ma première visite à vie à Arvida pour voir un mort, des funérailles. Elle avait tout de suite senti que je n’étais pas de la région, un étranger, le vague cousin d’on-ne-sait-qui, nouveau conjoint d’une ancienne matante, quoi d’autre encore, les hypothèses défilaient. Elle m’avait comme choisi dans la foule bigarrée. Elle n’avait probablement pas vu de malice en moi, avait décidé de prendre une chance avec son intuition. La chose la chicotait depuis trop longtemps. Elle attend que je sois coincé entre nulle part et personne, s’approche direct et me demande du tac au tac, toute gênée:

À cause de quoi que ça se dit pas à cause?

Son regard à lui seul valait un poème. J’observe encore un petit moment ses yeux d’enfant implorer, j’étais ébaubi mais charmé.

Mais je ne sais trop quoi répondre. À cause que je sais pas pourquoi.

 

Flying Bum

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À surveiller : d’autres miettes du genre bientôt dans un grille-pain près de chez vous.