Éclairs de grille-pain

Estomac creux n’a point d’oreilles, dit le dicton. Entre autres, rajouterais-je, et qu’en est-il du génie? Lui en reste-t-il un peu dans un de ces moments futiles, inutiles, hors-nos-vies, hors-nos-corps et insignifiants au possible qui s’amorce dès qu’affamés nous appuyons sur la manette du grille-pain? Le multi-tâches tôt le matin très peu pour moi, je tombe alors dans le gouffre-néant de l’attente, l’esprit dopé par l’odeur montante du bon pain. Instant merveilleux toutefois pour la pensée en goguette, pour cogiter, rêvasser, l’homme du matin court-vêtu allant même jusqu’à se gratter béatement côté couilles, sa soeur sous la mamelle.

Ensuite, couteau à la main tout s’embrouille comme un oeuf, part en des confitures, moment que l’esprit errant qui a une sainte horreur du vide s’empresse de meubler d’incongru, de voguer tout azimuts. Puis l’ancre qui accroche le fond brusquement dès lors que dans le chant du ressort qui exulte sautent vers le ciel deux belles tranches de pain bien dorées. Le supplice est fini. Se rallume graduellement l’intelligence de l’homo-sapiens et de sa soeur. Les songes singuliers mais brefs, concentrés mais à la fois évaporés, partent se perdre, triste gaspillage. Éclairs de sans-génie engourdi, éclairs de grille-pain vite refroidis dans l’oubli.

En voici récupérés au vol, nouvelle rubrique ramasse-miettes. 

L’art qu’on texte

Prière de noter que j’en sors tout juste et que je serai maintenant hors contexte pour une période indéterminée. Pas que j’y ai séjourné trop longtemps et que j’aurais décidé sur un coup de tête que ça suffisait. Je n’ai pas été tiré hors d’un contexte précis ni n’en ai été extirpé de force. Je quitte le contexte volontairement sans contraintes. Le contexte m’apparaît trop limitatif en ce qui attrait à la signification des choses perçue à travers un alignement beaucoup trop rigoureux de mots. Autant laisser tout un chacun piger dans le tas ceux qu’ils préfèrent et qui feront très bien leur affaire de toutes façons. Prenez bonne note que j’ai quitté définitivement le contexte à onze heures onze, heure avancée de l’est, et ne me citez plus que de là. (J’ai laissé la clef sous la carpette)

ToasterWonder

Transe en dentelles

Selon le deuxième dieu de la trinité Hindoue, Vishnu lui-même en personne de soies et de dentelles vêtu, l’âme humaine traversera sept cycles vie-mort-renaissance avant de reposer pour l’éternité sur une fleur de lotus dans le grand jardin spirituel des dieux et ainsi l’âme humaine pourra se reposer et cesser définitivement d’attendre en vain un médecin de famille.

ToasterWonder

Guère épais

Les plus grandes stratégies militaires finissent inévitablement par consister à traverser les rivières par les ponts et les montagnes par les cols. Je citerai ici Winston Churchill que l’histoire a retenu comme ayant été un fin stratège militaire :

“Inutile de discuter avec le petit singe si le tourneur d’orgue est dans la pièce.”

La question qui me démange le derrière des rotules sans réel espoir de soulagement : pourquoi donc Winston Churchill cherchait-t-il à définir un moment propice pour discuter avec le petit singe?

La question est à vendre pas cher à qui se chercherait un sujet de thèse.

ToasterWonder

Mort aura

Je VEUX mourir.

C’est une phrase qu’on entend souvent dans toutes sortes de circonstances. Mais tu VAS mourir, innocent. La volonté n’a rien à voir là-dedans. La mort est une fatalité, à chacun sa chacune. Le suicide lui-même devient la fatalité de celui qui s’y commet. Penser s’en sortir en se tuant soi-même n’évite en rien la fatalité, tu VAS mourir pareil. Au mieux, on peut espérer que la vie après la mort n’existe pas, un peu comme la vie passé Normétal, ça existe peut-être mais personne à ce jour n’en est revenu pour nous dire où s’y cachent les plus belles talles de bleuet.

Quiconque a lu la définition du mot fatalité doit bien se douter que même au bout de la vie après la mort s’il en est une, on VA mourir encore et toujours.

Shit.

ToasterWonder

Cou cou que tchou, missiz Robine-sonne

Bonjour, vous avez bien rejoint la boîte vocale de monsieur Robinson. Je serai dans l’impossibilité de recevoir vos messages durant toute la journée de mardi, journée que je passerai au complet dans l’indifférence la plus totale. Ni mercredi où je ferai un séjour tout compris dans le déni. Jeudi je serai échoué malencontreusement sur une île du Pacifique sud une bonne partie de l’après-midi. S’il s’agit d’une urgence, merci de rappeler Vendredi.

ToasterWonder

Même en songes, mes mensonges

“On ne va pas se mentir…”  On l’entend souventes fois dans le discours et lorsque l’énoncé commence de même, je ne suis pas convaincu que la suite nous garantisse un accès direct à la vérité malgré la prétention du préambule. J’entends là plutôt comme une alerte qui annonce que l’on va subtilement procéder à quelques arrangements avec elle, délibérés ou inconscients. La triturer, pauvre vérité. On ne va pas se mentir mais je n’oserais jamais, ô grand jamais, triturer la vérité, même en songes.

ToasterWonder

Antigone with the wind

Pièce rhumatismale en un seul et bref acte

ANTICORPS

Tiens ma bière, Ismène ma soeur, je pars en mission tuer en toi ce vil virus et toute son armée.

ISMÈNE

Va, je cède à ta force, je n’ai rien à gagner à me rebeller.

ANTICORPS

Il y a une chose qui m’importe avant tout ma soeur : sauver ta peau. Et souishhh et souishhh. (bruits d’épée)

ISMÈNE

Ayoye, ciboire, c’est mon coude que tu attaques !

ANTICORPS

Corps étranger, créature dégoûtante, j’en appelle à la guerre, la mort est ton seul destin.

ISMÈNE

Ben voyons donc, c’est mon articulation que tu picoches, ça fait mal, tabarnak!

ANTICORPS

Je tuerai pour toi ce virus sans la moindre pitié.

ISMÈNE (à boutte)

Ouch, CALVAIRE, mon coude . . . ARRÊTE !

ANTICORPS (plus emballé que jamais)

Oui ma soeur, regarde-moi bien aller, j’annihilerai la bête sans pitié et souishhh et souishhh (bruits d’épée).

ISMÈNE (qui n’en mène pas large)

. . . ishhh

Rideau.

ToasterWonder

Grosse annonce petite réponse

Il y a petite et petite tout de même. Lue pour vrai dans un vrai journal en vrai papier (vrai comme chu là) :

10,000 pipinnes de pain, toutes sortes de couleurs, toutes sortes de dates d’expiration, à vendre, donner, échanger ou si quelqu’un peut me dire quoi faire avec

Tout à fait mon opinion de la profondeur que peut atteindre la détresse humaine. Comment peut-on en arriver à accumuler bêtement 10,000 de ces petites choses avant même de se poser la question? La première réponse qui me vient en tête impliquerait que l’annonceur s’insère des tas de ces petites choses colorées aux coins piquants dans des endroits pas très propres ni vraiment appropriés.

Affaire classée, bien que des images étranges subsistent dans mon esprit.

ToasterWonder

Pour qui sonne l’anglais

Autre vraie petite annonce qui révèle la beauté de la langue française même cachée dans la plume d’un anglophone aux sentiments éminemment plus nobles que sa grammaire.

Annonce tuque verte … je sais pas que te rajouter…

ToasterWonder

Longitude l’attitude platitude

On ne lance pas de platitude aux gens. (règle no. 9, Manuel du savoir-vivre et de la bienséance de ma tante Colombe). Dire aux grosses madames en pleine face qu’elles sont rondes, là sont de bien discourtoises platitudes à lancer comme ça aux madames à brûle pour point. C’est pourtant la vérité toute chiée. La vérité ne devient-elle une platitude que lorsqu’elle est déclamée sans gêne haut et fort? Et le mensonge, lui? Classerait-t-on dans le domaine des platitudes le fait de déclamer haut et fort que la terre n’est pas ronde, elle? Si la terre était vraiment si plate que ça, on ne rirait plus personne. Ça se serait su.

Ça aurait fait le tour du globe.

ToasterWonder

Russe, uranus, ananus et toute cette sorte de choses

Une erreur originale vaut mieux qu’une vérité banale écrivait Fiodor Dostoïevski. Alors comment s’explique le titre de son ouvrage Les carnets du sous-sol ? Titre banal s’il en est un. Moi qui haïs les sous-sols. Comme Dostoïevski prenait continuellement des notes sur une multitude de calepins dans un sous-sol pour composer cette oeuvre, n’aurait-il pas dû plutôt appeler cet ouvrage Les carnets du calepin ?

Pou poum tishhhhh.

N’est-ce pas lui qui avait dit : Tout est bon quand il est excessif ? Si le célèbre marquis de Sade avait compilé sous un seul titre tous ses écrits concernant de près ou de loin la sodomie, le titre aurait fort bien pu être Les annales de l’anal.

Pou poum tishhhhh.

ToasterWonder

Alma m’atterre

Elle était toute timide, candide, dix-douze ans et belle enfant. Ma première visite à vie à Arvida pour voir un mort, des funérailles. Elle avait tout de suite senti que je n’étais pas de la région, un étranger, le vague cousin d’on-ne-sait-qui, nouveau conjoint d’une ancienne matante, quoi d’autre encore, les hypothèses défilaient. Elle m’avait comme choisi dans la foule bigarrée. Elle n’avait probablement pas vu de malice en moi, avait décidé de prendre une chance avec son intuition. La chose la chicotait depuis trop longtemps. Elle attend que je sois coincé entre nulle part et personne, s’approche direct et me demande du tac au tac, toute gênée:

À cause de quoi que ça se dit pas à cause?

Son regard à lui seul valait un poème. J’observe encore un petit moment ses yeux d’enfant implorer, j’étais ébaubi mais charmé.

Mais je ne sais trop quoi répondre. À cause que je sais pas pourquoi.

 

Flying Bum

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À surveiller : d’autres miettes du genre bientôt dans un grille-pain près de chez vous.