Éclairs de grille-pain

Estomac creux n’a point d’oreilles, dit le dicton. Entre autres, rajouterais-je, et qu’en est-il du génie? Lui en reste-t-il un peu dans un de ces moments futiles, inutiles, hors-nos-vies, hors-nos-corps et insignifiants au possible qui s’amorce dès qu’affamés nous appuyons sur la manette du grille-pain? Le multi-tâches tôt le matin très peu pour moi, je tombe alors dans le gouffre-néant de l’attente, l’esprit dopé par l’odeur montante du bon pain. Instant merveilleux toutefois pour la pensée en goguette, pour cogiter, rêvasser, l’homme du matin court-vêtu allant même jusqu’à se gratter béatement côté couilles, sa soeur sous la mamelle.

Ensuite, couteau à la main tout s’embrouille comme un oeuf, part en des confitures, moment que l’esprit errant qui a une sainte horreur du vide s’empresse de meubler d’incongru, de voguer tout azimuts. Puis l’ancre qui accroche le fond brusquement dès lors que dans le chant du ressort qui exulte sautent vers le ciel deux belles tranches de pain bien dorées. Le supplice est fini. Se rallume graduellement l’intelligence de l’homo-sapiens et de sa soeur. Les songes singuliers mais brefs, concentrés mais à la fois évaporés, partent se perdre, triste gaspillage. Éclairs de sans-génie engourdi, éclairs de grille-pain vite refroidis dans l’oubli.

En voici récupérés au vol, nouvelle rubrique ramasse-miettes. 

L’art qu’on texte

Prière de noter que j’en sors tout juste et que je serai maintenant hors contexte pour une période indéterminée. Pas que j’y ai séjourné trop longtemps et que j’aurais décidé sur un coup de tête que ça suffisait. Je n’ai pas été tiré hors d’un contexte précis ni n’en ai été extirpé de force. Je quitte le contexte volontairement sans contraintes. Le contexte m’apparaît trop limitatif en ce qui attrait à la signification des choses perçue à travers un alignement beaucoup trop rigoureux de mots. Autant laisser tout un chacun piger dans le tas ceux qu’ils préfèrent et qui feront très bien leur affaire de toutes façons. Prenez bonne note que j’ai quitté définitivement le contexte à onze heures onze, heure avancée de l’est, et ne me citez plus que de là. (J’ai laissé la clef sous la carpette)

ToasterWonder

Transe en dentelles

Selon le deuxième dieu de la trinité Hindoue, Vishnu lui-même en personne de soies et de dentelles vêtu, l’âme humaine traversera sept cycles vie-mort-renaissance avant de reposer pour l’éternité sur une fleur de lotus dans le grand jardin spirituel des dieux et ainsi l’âme humaine pourra se reposer et cesser définitivement d’attendre en vain un médecin de famille.

ToasterWonder

Guère épais

Les plus grandes stratégies militaires finissent inévitablement par consister à traverser les rivières par les ponts et les montagnes par les cols. Je citerai ici Winston Churchill que l’histoire a retenu comme ayant été un fin stratège militaire :

“Inutile de discuter avec le petit singe si le tourneur d’orgue est dans la pièce.”

La question qui me démange le derrière des rotules sans réel espoir de soulagement : pourquoi donc Winston Churchill cherchait-t-il à définir un moment propice pour discuter avec le petit singe?

La question est à vendre pas cher à qui se chercherait un sujet de thèse.

ToasterWonder

Mort aura

Je VEUX mourir.

C’est une phrase qu’on entend souvent dans toutes sortes de circonstances. Mais tu VAS mourir, innocent. La volonté n’a rien à voir là-dedans. La mort est une fatalité, à chacun sa chacune. Le suicide lui-même devient la fatalité de celui qui s’y commet. Penser s’en sortir en se tuant soi-même n’évite en rien la fatalité, tu VAS mourir pareil. Au mieux, on peut espérer que la vie après la mort n’existe pas, un peu comme la vie passé Normétal, ça existe peut-être mais personne à ce jour n’en est revenu pour nous dire où s’y cachent les plus belles talles de bleuet.

Quiconque a lu la définition du mot fatalité doit bien se douter que même au bout de la vie après la mort s’il en est une, on VA mourir encore et toujours.

Shit.

ToasterWonder

Cou cou que tchou, missiz Robine-sonne

Bonjour, vous avez bien rejoint la boîte vocale de monsieur Robinson. Je serai dans l’impossibilité de recevoir vos messages durant toute la journée de mardi, journée que je passerai au complet dans l’indifférence la plus totale. Ni mercredi où je ferai un séjour tout compris dans le déni. Jeudi je serai échoué malencontreusement sur une île du Pacifique sud une bonne partie de l’après-midi. S’il s’agit d’une urgence, merci de rappeler Vendredi.

ToasterWonder

Même en songes, mes mensonges

“On ne va pas se mentir…”  On l’entend souventes fois dans le discours et lorsque l’énoncé commence de même, je ne suis pas convaincu que la suite nous garantisse un accès direct à la vérité malgré la prétention du préambule. J’entends là plutôt comme une alerte qui annonce que l’on va subtilement procéder à quelques arrangements avec elle, délibérés ou inconscients. La triturer, pauvre vérité. On ne va pas se mentir mais je n’oserais jamais, ô grand jamais, triturer la vérité, même en songes.

ToasterWonder

Antigone with the wind

Pièce rhumatismale en un seul et bref acte

ANTICORPS

Tiens ma bière, Ismène ma soeur, je pars en mission tuer en toi ce vil virus et toute son armée.

ISMÈNE

Va, je cède à ta force, je n’ai rien à gagner à me rebeller.

ANTICORPS

Il y a une chose qui m’importe avant tout ma soeur : sauver ta peau. Et souishhh et souishhh. (bruits d’épée)

ISMÈNE

Ayoye, ciboire, c’est mon coude que tu attaques !

ANTICORPS

Corps étranger, créature dégoûtante, j’en appelle à la guerre, la mort est ton seul destin.

ISMÈNE

Ben voyons donc, c’est mon articulation que tu picoches, ça fait mal, tabarnak!

ANTICORPS

Je tuerai pour toi ce virus sans la moindre pitié.

ISMÈNE (à boutte)

Ouch, CALVAIRE, mon coude . . . ARRÊTE !

ANTICORPS (plus emballé que jamais)

Oui ma soeur, regarde-moi bien aller, j’annihilerai la bête sans pitié et souishhh et souishhh (bruits d’épée).

ISMÈNE (qui n’en mène pas large)

. . . ishhh

Rideau.

ToasterWonder

Grosse annonce petite réponse

Il y a petite et petite tout de même. Lue pour vrai dans un vrai journal en vrai papier (vrai comme chu là) :

10,000 pipinnes de pain, toutes sortes de couleurs, toutes sortes de dates d’expiration, à vendre, donner, échanger ou si quelqu’un peut me dire quoi faire avec

Tout à fait mon opinion de la profondeur que peut atteindre la détresse humaine. Comment peut-on en arriver à accumuler bêtement 10,000 de ces petites choses avant même de se poser la question? La première réponse qui me vient en tête impliquerait que l’annonceur s’insère des tas de ces petites choses colorées aux coins piquants dans des endroits pas très propres ni vraiment appropriés.

Affaire classée, bien que des images étranges subsistent dans mon esprit.

ToasterWonder

Pour qui sonne l’anglais

Autre vraie petite annonce qui révèle la beauté de la langue française même cachée dans la plume d’un anglophone aux sentiments éminemment plus nobles que sa grammaire.

Annonce tuque verte … je sais pas que te rajouter…

ToasterWonder

Longitude l’attitude platitude

On ne lance pas de platitude aux gens. (règle no. 9, Manuel du savoir-vivre et de la bienséance de ma tante Colombe). Dire aux grosses madames en pleine face qu’elles sont rondes, là sont de bien discourtoises platitudes à lancer comme ça aux madames à brûle pour point. C’est pourtant la vérité toute chiée. La vérité ne devient-elle une platitude que lorsqu’elle est déclamée sans gêne haut et fort? Et le mensonge, lui? Classerait-t-on dans le domaine des platitudes le fait de déclamer haut et fort que la terre n’est pas ronde, elle? Si la terre était vraiment si plate que ça, on ne rirait plus personne. Ça se serait su.

Ça aurait fait le tour du globe.

ToasterWonder

Russe, uranus, ananus et toute cette sorte de choses

Une erreur originale vaut mieux qu’une vérité banale écrivait Fiodor Dostoïevski. Alors comment s’explique le titre de son ouvrage Les carnets du sous-sol ? Titre banal s’il en est un. Moi qui haïs les sous-sols. Comme Dostoïevski prenait continuellement des notes sur une multitude de calepins dans un sous-sol pour composer cette oeuvre, n’aurait-il pas dû plutôt appeler cet ouvrage Les carnets du calepin ?

Pou poum tishhhhh.

N’est-ce pas lui qui avait dit : Tout est bon quand il est excessif ? Si le célèbre marquis de Sade avait compilé sous un seul titre tous ses écrits concernant de près ou de loin la sodomie, le titre aurait fort bien pu être Les annales de l’anal.

Pou poum tishhhhh.

ToasterWonder

Alma m’atterre

Elle était toute timide, candide, dix-douze ans et belle enfant. Ma première visite à vie à Arvida pour voir un mort, des funérailles. Elle avait tout de suite senti que je n’étais pas de la région, un étranger, le vague cousin d’on-ne-sait-qui, nouveau conjoint d’une ancienne matante, quoi d’autre encore, les hypothèses défilaient. Elle m’avait comme choisi dans la foule bigarrée. Elle n’avait probablement pas vu de malice en moi, avait décidé de prendre une chance avec son intuition. La chose la chicotait depuis trop longtemps. Elle attend que je sois coincé entre nulle part et personne, s’approche direct et me demande du tac au tac, toute gênée:

À cause de quoi que ça se dit pas à cause?

Son regard à lui seul valait un poème. J’observe encore un petit moment ses yeux d’enfant implorer, j’étais ébaubi mais charmé.

Mais je ne sais trop quoi répondre. À cause que je sais pas pourquoi.

 

Flying Bum

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À surveiller : d’autres miettes du genre bientôt dans un grille-pain près de chez vous. 

Mottons à vendre

Pour mes lecteurs d’outre-atlantique, le motton est un mot tout québécois qui comme bien d’autres peut prendre différentes significations selon l’usage ou le contexte. Le motton typique est une agglutination, un précipité, un grumau en quelque sorte. S’il se retrouve à un endroit spécifique, un motton dans la gorge par exemple, cela signifie qu’on est le sur bord d’éclater en sanglots. Avoir le motton tout court peut signifier avoir plein de fric, être riche. Le motton sur le coeur signifie être envahi d’une profonde mélancolie, d’une grande tristesse. Dans un monde plus intime, mon oncle Aurèle qui n’aimait pas le traditionnel gâteau aux fruits de Noël appelait cela du gâteau aux mottons. Et voilà un exemple typique de l’origine de bien des mottons sur le coeur. Noël, un être cher disparu ou simplement inaccessible et le tour est joué, ça pogne en mottons partout sur le coeur.

Bien peu d’entre nous ont vécu ces Noël idylliques, une joyeuse promenade en carriole tirée par des chevaux sur une nature blanche de neige immaculée au son des grelots, bien emmitoufflés dans de belles peaux d’ours qui finissait en réunion au pied du sapin. Un père fonctionnel, une mère aimante, une fratrie à la vie à la mort, des beaux petits pyjamas et une pile de cadeaux. Alors on en achète. On se paie des mottons. Les lancinantes chansons de Noël nous en vendent tant qu’on en veut, ad nauseam. À prendre à notre compte tous ces souvenirs artificiels bien léchés et se prendre à y croire nous révèle notre propre bêtise et nous fout les mottons à tout coup.

D’ailleurs à ce chapitre, nous savons maintenant que le père Noël tel que nous le connaissons est une pure invention des génies de la mise en marché chez Coca-Cola. Le pétillant breuvage avait le fâcheux défaut de moins bien se vendre en hiver lorsque le besoin de se désaltérer diminue considérablement. En 1860, un illustrateur new-yorkais invente un personnage qui viendrait distribuer des cadeaux aux enfants, en se basant sur la légende de Saint Nicolas. Ce personnage est alors bedonnant, il fume, et il porte une grande barbe blanche avec un costume. Mais dès les premières illustrations colorées qui suivirent les années suivantes, le Père Noël arborait déjà un costume rouge !

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En 1931, la firme s’apporte le soutien du personnage mondialement connu. Durant sa longue nuit de livraison de jouets, le Père Noël, il doit avoir soif ? Quoi de mieux qu’un Coca-Cola pour se donner des forces ? Et en plus, il porte déjà la couleur de la marque, idéal pour associer facilement deux icônes mondialement connues… !

Jusqu’en 1964, c’est l’illustrateur Haddon Sundblom qui va créer les publicités de Noël pour Coca-Cola, mettant en scène le Père Noël en train de distribuer ses cadeaux, de se détendre avec les enfants ou encore de faire une pause Coca-Cola. Et les américains ont acheté. Rien de surprenant d’un peuple hétéroclite aux origines variées et sans réelles valeurs communes qui trouvaient là un rare point de ralliement. Même peuple sans commune culture auquel une dénommée Martha Stewart a fabriqué de toutes pièces un folklore national qu’ils ont tout acheté d’un bloc. Et Martha qui riait jusqu’à la banque. On peut dire ici que les américains ont avalé le motton tout rond.

Il y a cependant de ces mottons qu’on ne réussit jamais à faire passer. Les statistiques démentent la croyance populaire qui laisse croire que le temps des fêtes est la saison de prédilection du suicide. Il n’y a pas plus ni moins de suicides en décembre que dans les autres mois. J’ai lu un truc qui racontait que les suicides de Noël sont cependant les plus romantiques, les plus tristes évidemment. La solitude en ces temps festifs est lourde à porter mais on y lisait que les suicidés de Noël utilisaient leur propre mort pour lancer des flèches empoisonnées à un amour perdu, des messages amers à une famille dysfonctionnelle, règlements de compte familiaux extrêmes.

Il faut garder l’oeil bien ouvert. Tous ces gens que la misère emporte sont autour de chacun de nous, jamais bien loin. Une amie m’a déjà raconté que deux jeunes garçons issus d’une famille aisée et conservatrice ont organisé leur coming-out homosexuel en se pendant de façon parfaitement symétrique de chaque côté d’une couronne de Noël allumée dans une immense baie vitrée devant le chalet de ski familial de façon à ce que la famille les voie de loin en se présentant au chalet pour festoyer. J’ai toujours une pensée pour mon pauvre oncle Bobby qui s’est gazé dans son garage à quelques jours de Noël, à une superbe jeune fille d’à peine dix-huit printemps que mon fils fréquentait et qui un soir s’est enfuie entre le dessert et le digestif. On l’a retrouvée trois jours plus tard, à quelques heures de Noël, pendue dans une chambre anonyme du Ritz-Carlton. Nous avions été les dernières personnes à l’avoir vue bien en vie. La petite a déposé une sérieuse couche de mottons sur mon coeur et sur bien d’autres. Venus joindre tous ces mottons qui remontent encore et toujours en ces jours joyeux. Prenez bien soin les uns des autres, gardez l’oeil et votre coeur ouverts, toujours.

Ma tante Colombe préparait son gâteau aux fruits à travers toute la boustifaille qui l’occupait avant les fêtes. Mais on ne le mangeait pas. Pas tout de suite du moins, pas celui-là. Elle l’emmitouflait dans du papier ciré et le calait bien serré dans sa boîte de métal pour le ressortir de temps en temps pour le badigeonner de rhum. À Noël elle servait celui de l’année d’avant. Comme j’ai eu un automne très occupé et que j’aurais bien aimé écrire un nouveau conte de Noël, je vais vous re-servir celui de l’année dernière. Je l’ai ressorti de temps en temps pour le badigeonner de quelques nouvelles tournures, corrigé quelques fautes, et je vous invite à le découvrir ou à le redécouvrir, c’est selon.

Je vous souhaite des beaux mottons de Noël, soyez heureux.

Cliquez ici pour accéder au Blanc Noël de Noël Leblanc.

Flying Bum

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Poète . . . circulez !

Cette semaine le Québec perdait un de ses grands poètes. Je dis bien le Québec parce que le québécois moyen ignore à peu près qui était ce sédentaire des longitudes syndiqué de la solitude* connu sous le nom de Claude Péloquin. Il faut leur rappeler que c’est bien lui, un soir de brosse, qui a aligné les mots de Lindberg qui sont devenus la chanson-thème de la contre-culture québécoise naissante; qui a signé la célèbre phrase-scandale inscrite sur la murale du Grand Théâtre de Québec par Jordi Bonet en 1970 : Vous êtes pas écœurés de mourir bande de caves ! C’est assez !

En 1974, à l’âge où tous les ti-culs de mon âge se demandaient s’ils voulaient être Bobby Hull qui écrasait un à un les records de Maurice Richard ou ce nouveau démon blond qui soulevait les foules, mes héros à moi, à quelques rares amis aussi, étaient des poètes. Ces poètes nouveaux qui parlaient la langue locale en vers libres, libérateurs. Même qu’un ami de ma gang de secondaire 3 avait hérité du pseudo de Pélo en hommage à sa ressemblance et à ses accointances au grand poète. Bien loin tout cela, la télévison jouait encore en noir et blanc des reprises de Cré Basile.

Pauvre Péloquin, comme bien d’autres avant lui, combien grand sera-t-il devenu une fois sa viande refroidie ! Il n’en reviendrait pas lui-même. Il aura fallu qu’il s’éteigne pour briller de ses plus beaux éclats. Les suffisants de ce monde ne cessent de se scotcher à sa mémoire, se réclament soudainement amis. Curieux tout de même, quand quelqu’un plus grand que nature disparaît, tout le monde veut s’en garder un morceau juste pour lui. Pour le garder vivant? Pour posséder jalousement un morceau d’éternité? Pour parader avec dans le cortège?

Une seule fois, je l’ai vu en personne. Mais j’ai bien connu un gars qui doit encore se promener avec la tuque de Péloquin sur la tête. Lui et aussi le cousin de Jenny Rock, une longue histoire. Dans un pays où tout le monde n’en a que pour le hockey, le pauvre gars était le petit frère inconnu d’un joueur de hockey très connu qui portait un nom de famille très particulier et rare. Partout où le pauvre gars se présentait, on lui demandait s’il était le frère de X. Puis un jour, un cousin à lui convola en justes noces avec Jenny Rock, chanteuse pop bien connue à une certaine époque. Douliou douliou douliou Saint-Tropez, tant qu’à être dans la poésie. Depuis ce jour béni, lorsqu’on lui demande s’il est le frère de X, il répond non, mais je suis le cousin de Jenny Rock!

À cette époque lointaine, j’avais été embauché par le collège de Rosemont pour y donner des ateliers de sérigraphie. J’avais jusque là un boulot dans un petit atelier de sérigraphie commerciale rue Laurier près de Papineau. Quelques semaines avant de quitter, le patron qui n’était pas un homme de métier, m’avait demandé d’embaucher moi-même mon remplaçant. Il s’était présenté ce type mi-vingtaine, originaire de la France mais arrivé à Montréal enfant, un fort accent, l’air tout à fait bohème, évaporé même. Son père pratiquait le métier de lithographe-artisan et mettait en gravure des oeuvres pour le compte d’artistes connus. Cela m’avait grandement impressionné. Edmond connaissait que dalle à la sérigraphie et cela m’avait fait sourire. Quelques années auparavant, aussitôt embauché, j’étais moi-même revenu dans cet atelier en catimini par la porte d’en arrière et j’avais dit au graveur qui était encore là, tu as deux semaines pour me montrer comment ça marche tout ça. L’histoire se répétait donc.

À ma dernière journée, nous sommes allés souper Edmond et moi chez madame Duquette tout juste à côté. Resto de cuisine familiale où nous avions nos habitudes. On a bu un peu trop d’un excellent vin rouge qu’Edmond avait apporté pour ensuite aller prendre une petite bière d’adieu ailleurs. Sur Laurier, à l’est de Papineau, il y avait une taverne de quartier à l’époque. Taverne Laurier? Taverne Garnier? Aucun souvenir précis. Passé le vestibule, pénétrant dans la buvette enfumée, nous cherchions un bon spot où s’installer. Edmond se mit à me donner du coude dans les flancs avec une insistance pas ordinaire. −Non, mais t’as vu, là?− en se balançant le menton pour ne pas pointer impoliment du doigt. −C’est Claude Péloquin, le poète, qui trinque là, t’as vu?− Je connaissais bien l’oeuvre mais moins bien le poète, c’est à peine si je l’aurais reconnu. Edmond jurait qu’il vendrait bien son cul pas trop cher pour pouvoir s’asseoir à la table du poète. Faut croire que le programme du collège français couvrait bien la poésie québécoise, mieux que nos écoles de toute évidence.

Péloquin était attablé avec deux autres personnes, un qui nous faisait dos et qui s’est avéré être Lucien Francoeur et un grand roux déjà considérablement éméché qui s’est levé d’un bond en nous voyant s’approcher. D’une gueule pâteuse, faisant des grands signes avec sa flûte de bière en fût, tenant à peine sur ses pieds: St-Pierre, tabarnak! Ah ben câlisssss! Viens t’assire estie! Qu’est-ce tu fais icitte?− J’avais connu Pat Martel au secondaire à Saint-Stanislas le peu de temps que j’ai habité rue St-Denis en face du théâtre du Rideau Vert là où mon père avait eu la géniale idée de s’installer pour importer, vendre et coiffer des toques et des perruques synthétiques horribles qui avaient commencé à faire une brève fureur chez la madame montréalaise. Une autre de ses grandes idées qui avait tourné en queue de poisson.

Pat Martel a connu une brève mais très arrosée carrière comme batteur pour Offenbach et faisait des gigs occasionnellement avec Aut’Chose, un band mis sur pied par Francoeur. Edmond jubilait, il pourrait s’asseoir à la table du poète. J’ai raté une belle chance de profiter pleinement de tout ça cependant. Je n’avais même pas l’âge légal pour être dans une taverne, pas beaucoup l’habitude des beuveries, la résistance à l’avenant. Le son et l’image sont vite devenus flous et je me suis réveillé à l’air frais après le last call, marchant vers le nord sur Papineau avec Edmond qui se bidonnait comme un malade. Tu te rends compte, Luc? Tu te rends compte? J’ai sa tuque, mec, j’ai sa tuque!− Edmond avait volé la tuque de Péloquin. Je suis convaincu qu’il a longtemps dormi avec la tuque et qu’il l’a encore sur la tête si les mites ne l’ont pas déjà mangée.

Claude Péloquin a déjà dit quelque chose comme : J’aime mieux passer pour un fou que de passer tout droit.− Ce soir-là, moi, je n’ai que passé proche pas à peu près.

Sa plus célèbre citation touche à l’universel et le rattrape aujourd’hui. Salut Péloquin. À chaque poète qui meurt, meurt la poésie un peu plus. Un art qu’on aura peut-être vu de notre vivant fondre avec les banquises. La firme Influence Communication notait un net recul de la culture dans les médias en baisse de 30 % depuis dix ans, alors que 97 % de la couverture de l’industrie du livre en 2017 a été consacrée… aux ouvrages de recettes de cuisine. Poète . . . circulez !

Le temps fait son énorme ménage alentour de nous inlassablement. Emporte tous ces artistes bénis et ces poètes maudits qu’on a tant aimés. Ils n’en finissent plus de disparaître. Ici se placent à merveille les mots de Péloquin encore et encore, vous êtes pas écoeurés...

Tout là-haut, il se sentira comme dans ses pantoufles aux côtés de Rimbaud qui écrivait en 1873 :

Elle ne finira donc point cette goule, reine de millions d’âmes et de corps morts et qui seront jugés?

Flying Bum

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Goule: vampire femelle des légendes orientales

*du texte de la chanson de Léo Ferré : Poète, vos papiers!

Un blogue à la mer

Un blogue à la mer, histoire à l’amer, un milliard de pavés lancés dans la mare des internettes. Moi qui lis des centaines de pages de blogues de tout acabit chaque semaine, immanquablement je tombe sur un texte où le blogueur disserte et exprime une souffrance nouvelle que je qualifierais de blues du blogueur. Serait-ce mon tour? Tristesse des temps modernes où ceux qui s’amusent à écrire pour le plaisir d’écrire se prennent au jeu de brailler parce que bien peu de gens les lisent. Branchez-vous les amis branchés.

À l’heure des nouvelles pratiques numériques inhérentes à notre hypermodernité détraquée, tout un chacun peut appuyer sur un bouton pour obtenir une image, mixer un son, aligner les mots pour rédiger un blogue et partager le contenu de sa réalisation.

«Il se crée en ligne toutes les 48 heures autant de contenus que nous en avons créé depuis la naissance de l’humanité jusqu’en 2003.»

Ce constat d’Eric Schmidt, le président exécutif de Google, donnerait le vertige à un parachutiste chevronné et répond en partie à vos interrogations.

Tout ne sera jamais lu parce qu’à l’impossible nul n’est tenu.

En 2011, on recensait 173 millions de blogues de toutes sortes. En 2014 selon Neilsen, ce nombre serait passé à plus de 440 millions dont environ 75 millions sur la même plate-forme que moi soit WordPress. En 2018, difficile à chiffrer avec la multiplication de toutes les plates-formes à la Tumblr, Squarespace, Medium, Google. Chose certaine le phénomène a pris une ampleur galactique, appuyée par la récupération commerciale massive des concepteurs de plates-formes et des hébergeurs qui sont en bout de ligne les seuls qui tirent à coup sûr profit du phénomène blogue.

À titre d’exemple, Le Retour du Flying Bum est hébergé chez WordPress au tarif annuel de 60.00$ US. Multipliez par les 75 milllions de sites hébergés sur WordPress seulement et déjà la somme donne le vertige. Sans compter les heures personnelles investies et tout cela pour fournir du contenu gratuit, déposer mes offrandes aux pieds du dieu internet.

Dans le sous-secteur que j’habite et que je baptiserai bien modestement les blogues littéraires, est-ce que les pratiques d’écriture des blogueurs nous permettent de repenser ce qui fait littérature, d’affronter la complexité d’analyse qui conduit à conclure à l’oeuvre littéraire réelle? De prime abord, on peut en effet percevoir les écrits (amateurs?) sur le web comme une pratique littéraire émancipée des contraintes éditoriales que d’aucuns qualifieraient d’élitistes, liées au choix des thèmes abordés, à un usage correct de la langue, à tous les autres diktats des propriétaires de l’édition contemporaine qui règnent en dieu et maître sur ce qui paraît ou ne mérite pas de paraître. Juste en passant, on note une forte tendance actuellement à favoriser les écrits d’auteurs (?) déjà validés par une certaine forme de reconnaissance populaire (états d’âmes, goûts et habiletés en matières de décoration intérieure, de pratiques sexuelles ou de recettes de pâtés au canard de petites vedettes surfaites qui ont parfois même le seul mérite d’avoir beaucoup maigri).

À cette enseigne, une telle vision de la littérature façon blogue serait inévitablement perçue comme cet éden littéraire démocratique, pour ne pas aller jusqu’à dire libertaire, où tout le monde autant que sa soeur peut tout écrire et lire tout, gratuitement, partout, tout le temps, à cette source nouvelle, fraîche et apparemment intarissable. Tout est cependant affaire de perception. Ne nous emballons pas.

La production de richesse centralisée principalement vers les hébergeurs et les propriétaires de bandes passantes de un. De deux le secret désir profondément enfoui de publier pour vrai, en vrai papier, chez une vaste quantité de blogueurs numériques, le pur voeu de chasteté intellectuelle et de pauvreté volontaire des autres font en sorte que ce modèle littéraire nouveau demeurera pour le moins idéaliste dans une très forte mesure. Et pour longtemps.

Le lecteur affamé y trouvera toujours ses perles bien à lui. Mais pas avant d’avoir ouvert des tribillions de coquillages aussi vides que visqueux. Affamé et curieux mais non moins d’une extrême patience devra-t-il être. Têtu même.

Tant soit-il que tous ces écrits restent, ce qui est tout sauf assuré, un phénomène nouveau se produit ici devant nos yeux ébaubis. À l’heure où l’on discute de la protection des informations personnelles et des renseignements privés, plus d’un demi-milliard d’individus se livrent corps et âme à leurs prochains sans aucune forme de retenue ni de censure. Dans des situations où le risque est omniprésent, des individus bloguent leurs opinions à bouche que veux-tu au risque de leur propre vie, on n’a qu’à penser aux Raïf Badawi de ce monde. D’autres exposent aux périls leur vie professionnelle, amoureuse, leur crédibilité, l’assomption de leur santé mentale.

Comment expliquer la chose? Assiste-t-on à la totale décentralisation de l’histoire de l’humanité à son plus petit dénominateur commun c’est-à-dire l’histoire individu par individu, histoire que la technologie rend aujourd’hui possible? Je ne voudrais pas être un archéologue du futur enterré sous des tonnes de disques durs dépareillés où se ramassera pêle-mêle l’essentiel des connaissances de l’ère numérique dont on ne soupçonne même plus la fin.

Alors écrire un blogue comme on jette une bouteille à la mer? Toute proportion gardée, la métaphore reste prétentieuse et totalement fallacieuse. On risque d’un jour trouver une bouteille à la mer, il existe un certain pourcentage de probabilités bien que celui-ci m’échappe. Des milliards de ces bouteilles relâchées presque quotidiennement rendent cependant l’exercice insipide et sans intérêt. Polluant à la limite.

Non, non, non, fais pas comme ça, fais comme les chinois

L’espoir d’être lu est tout de même puissant. Les fournisseurs de plates-formes en sont conscients et fournissent aux blogueurs-payeurs l’aspirine par excellence. Pour chaque publication, le blogueur dispose d’un lot impressionnant de statistiques quotidiennes et bien précises quant au nombre de lecteurs, leur fidélité, leur pays d’origine, l’inventaire exact des abonnés, des simples likeux et de leurs commentaires. Quand j’ai entrepris d’écrire j’ai vite pris l’habitude d’aller lire ces statistiques. J’ai remarqué non sans étonnement que le premier lecteur de mes blogues était toujours situé géographiquement en Chine. De là, j’ai conclu que mon plus fidèle et empressé lecteur était un chinois, assez étrange mais logique. Peut-être un de ces nombreux petits chinois de la sainte-enfance jadis achetés à la petite école, va savoir.

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(Capture d’écran réelle de ma page de statistiques)

Étant un francophone français québécois d’expression française, un canadien-français français en pays conquis par les anglais pour paraphraser notre Elvis Gratton national, lorsque j’utilise un anglicisme j’ajoute souvent la mention comme disent les chinois pour donner le moins de crédit possible à la langue du conquérant. J’en ai conclu qu’à force de répéter la comparaison, j’ai été mis sous écoute. Le mot-clé chinois détecté par les moteurs de recherche faisait en sorte qu’un chinois était automatiquement attitré à la lecture de mes textes à la recherche de je-ne-sais-quoi pour le compte de je-ne-sais-qui. Les chinois sont nombreux et ne dorment pas beaucoup c’est connu.

Puis, je me suis fait des contacts dans le monde du blogue, je me suis abonné à d’autres blogueurs, d’autres blogueurs me suivent, on échange parfois. Je me suis éventuellement risqué à poser la question. Croyez-non ou le, eux aussi ont un chinois comme premier lecteur. Qu’ils utilisent le mot chinois ou non. . . ?!?

Et j’ose exposer la chose aujourd’hui. Au grand jour la sombre affaire. Qu’adviendra-t-il de moi maintenant? Comment s’y prendront-ils pour me faire taire, acheter mon silence? Vont-ils me kidnapper littéralement, me torturer, me ligoter sur la voie ferrée, simplement m’empoisonner discrètement avec un composé secret qui imite à perfection la trombo-phlébite?

Vous devrez venir me lire à tout coup pour le savoir ou vous ronger les ongles pour toujours. Vous y êtes maintenant condamnés, abonnés pour ceux qui souffriraient du syndrôme de Stockholm. Mais surtout ne commettez jamais l’erreur de commenter dans l’espace réservé à cette fin, les chinois se mettraient sur votre cas illico. Revenez voir à chaque nouveau texte, vous verrez. Vous pourrez juger par vous-même en constatant le vide inter-sidéral de l’espace-commentaires combien mon auditoire est devenu vaste et obéissant!

Flying Bum

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Ah la vache.

Très généralement je dirais, je me couche je m’endors et pas toujours dans cet ordre-là.

Mais là, j’écris un scénario de film au complet, j’apprends les textes, je le tourne, je joue dedans, je fais le montage, j’organise la distribution, vous voyez le genre. J’essaie de voir combien de mes humeurs humides peuvent absorber mes draps-santé avant d’être malades. Et je tourne un petit tour à gauche, un petit tour à droite. Zéro dodo.

Toutes ces bêtes qui errent dans la nuit, j’aurais dû m’habituer à leur présence depuis le temps. Je n’entends plus que ça. Old MacDonald had a farm hi-han-hi-han-yo. Évidemment, passer de la basse-cour la poche sous le bras à la cour de l’état le lendemain matin les poches sous les yeux, ça porte à l’insomnie quelque peu. On est toujours moins beau avec des grosses poches sous les yeux. Le juge jugera, on le paie pour ça. And a kwak kwak here and a kwak kwak there. Comment je me suis ramassé là?

Qui aurait pu prévoir le terrible coup d’état, toutes ses conséquences sur nos vies? Ces gens avaient l’air tellement “flower power” pis toute. Des méditators en transe et en sandales. On ne fait pas bobo aux bozanimos, on les aime on les mange pas, on ne mange pas leurs oeufs, on ne boit pas leur lait, on ne tricote pas leur laine, on ne se fait pas de linge avec, rien. Quelques vitrines de boucheries peinturées tout au plus. Personne n’a pu voir venir, même pas eux finalement.

Mon sub-pœna sur le chevet est on ne peut plus clair, en lettres mauves à l’encre de betterave sur papier de soya, j’ai terrorisé un individu volatile en le pourchassant cruellement dans toute la cour, séquestration sous une chaudière de plastique avec un orifice pour ne passer que la tête, homicide volontaire et prémédité par décapitation à la machette, outrage à un cadavre déplumé, dépossession de viscères et grillé sans pitié au piment d’espelette. Et finalement, jouissive ingestion par la bouche du corps démembré d’une de nos soeurs les poules. Qu’est-ce qui m’a pris?

Mon avocat informé de mes pépins et vert d’inquiétude m’invective de ses paroles acides acétiques, qu’ai-je fait au ciel pour mériter cet avocat-vinaigrette? Ma pire sentence pour l’heure c’est l’éveil. Vais-je seulement y parvenir? Dormir, dormir, est-ce que je peux juste dormir un peu?

Sur le patio un couple de coyotes dévore goulûment une pauvre chèvre ou est-ce qu’ils la sautent? Rien n’est moins sûr juste au son. Je me masturbe un p’tit coup en plissant fort les yeux et en me jouant les images fantasmatiques d’une boule de cretons à l’ail enroulée dans une tranche de bacon frite dans la graisse de rôti. Je viens et vite de surcroît, j’en reviens pas. Mais rien à faire, l’homme comblé dégonflé et repu ne tombe toujours pas endormi.

Il y aura bientôt quatre ans, le 15 novembre 2026, cinquante ans bien sonnés après l’élection du gouvernement Lévesque, le groupe révolutionnaire anti-spécisme, le GRAS, jusque là à peu près inconnu, a pris le contrôle du gouvernement dans un spectaculaire coup d’état armé qui a pris tout le pays par surprise, les véganes comme les méchants carnassiers. Les Landry, les Leblanc et tous les autres producteurs laitiers dans le rang chez nous, pris de peur ont libéré toutes les bêtes et ont fui demander l’asile politique en Suisse.

Les vachères parties les vaches errent partout, broutent mes pelouses, mon jardin, mes plates-bandes fleuries. Les écuyers écoeurés les écuries évacuées, les moutons blancs au diable vert, and a oink oink here and a oink oink there les porcs courent partout, chez eux comme autrui. Et ça se reproduit à une vitesse folle toutes ces bêtes maintenant libres et sans aucune contrainte, les prédateurs du coup se multiplient comme les petits pains aux noces de Cana. Et le gros rouge, à grandes gueules dans le buffet. On s’enfarge dans les carcasses, partout on frappe un os.

Hier, les sirènes des troupes du général DeMontigny ont retenti dans la nuit. Plus loin vers l’Épiphanie, l’ancienne porcherie Au Porc Sain a été prise d’assaut au bélier. Une quarantaine de sales spécistes cachés là y avaient installé un méchoui et grillaient tranquillement trois fesses de porc bien rondes salivant sans bon sens. Un massacre sans nom s’ensuivit et les sales spécistes empalés sur de longues broches ont été exposés dans le parking du supermarché pour faire peur aux autres.

J’ai du sable dans les yeux mais rien à faire, le sommeil ne vient pas. J’entends les loups qui piaffent et hurlent en encerclant les quelques vaches et leurs beus à l’heure bleue qui pacageaient tranquillement entre la piscine et le cabanon. Leurs beuglements désespérés percent dans la nuit au-dessus des cris de toutes les autres bêtes hébétées. En panique totale elles coupent de leurs sabots le cordon de loup et se précipitent directement sur la fenêtre de ma chambre qui vole en éclats.

Les ruminants sont partout, immenses et malodorants, les yeux exorbités. Je saute de panique hors du lit sauver mon cul vite encerclé de grosses langues roses et blanches aux relents fétides qui s’agitent partout sur mon corps nu. Impossible de rejoindre la machette que je garde toujours sous mon lit, le Manitoba ne répond plus. La lutte serait vaine et ennuyeuse. Je me fraye la fuite rampant à travers la forêt des minces pattes de bovidés et je cours à la cuisine, mais rien à faire elles m’y suivent des babines.

D’effroi et sans y ruminer davantage, je vide et me cache dans une armoire à Tupperware. Un gros mâle m’a senti, mal m’en prît, il frappe et frappe de ses cornes sur la frêle porte d’armoire qui part en morceaux pas plus gros que des cure-dents. Il se recule pour mieux revenir, tête basse et cornes devant.

Je me réveille à côté du lit carrément encastré dans ma table de chevet. Jamais plus les boules de cretons à l’ail enroulées dans le bacon et frites dans la graisse de rôti avant d’aller me coucher.

Je vire végane, moé s’tie.

Flying Bum

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Vendredi de rire

Petit tutti frutti tout petit tout petit

Le clown en en-tête est une photographie originale de Pavel Krivtsov (a sad holiday new year in a psychiatric hospital). J’avoue qu’elle n’est pas drôle.

Marina, aqua Marina!

J’en ai déjà eu une pareille. Pareille pareille.

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Même couleur, toute. Une fois le radiateur a sauté sur Bellechasse et j’ai été obligé d’arrêter en face de la polyvalente Père-Marquette et naturellement tous les ados en récré se payaient ma gueule. Je leur ai dit qu’elle s’ennuyait de son Angleterre natale et qu’elle se faisait une petite brume londonienne nostalgique tout simplement, le temps que je grille une clope. P’tits morveux.  Je vous raconte cela maintenant parce que dans ce temps-là, Facebook n’existait pas. Vous l’auriez jamais su.

Je n’ai jamais rasé votre femme

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J’ai toujours adoré les pastiches, ma belle-mère en portait des sublimes comme Jinny  mon fantasme adolescent sans nombril. (On lui dissimulait avec de la putty et du maquillage pour ne pas trop exciter les petits garçons. Ce fut, croyez-moi, peine perdue).

Si vous voulez voir d’autres pastiches de votre super-héros sous la plume de Kerry Allen, il y en a plein ici: Super Antics by Kerry Allen

Nostalgie quand tu nous tiens

(lâche-nous pas trop vite, avertis)

MissLSD

Je me souviens comme si c’était hier, hier je n’avais rien à faire. Une longue marche sur une plage sauvage et déserte des Seychelles, main dans la main avec une femme merveilleuse et presque nue, à l’heure bleue du petit matin qui laisse naître les rêves les plus fous malade-mental. Les papillons dans le ventre, les Sweet Caporal qui retroussent du Speedo. Nous avons tant et tant marché au soleil levant sur un sable blanc de plus en plus chaud jusqu’à ce que les pieds me brûlent, l’acide redescende et que je réalise que je traînais un mannequin volé, en plein jour au gros soleil dans le parking en asphalte d’un Zeller’s.

Bien loin tout ça. Aujourd’hui le LSD ne m’est plus d’aucune utilité. Je n’ai qu’à me lever un peu vite et je vois des mouches en masse.

Je l’avais dit. Tout petit tout petit.

Flying Bum

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Un jour l’asile

Aller-simple pour nulle part où aller

Laissez-passer gravé sur un trésor oublié,

Poches bombées de cailloux jalousement choisis

Carnets de mots doux mon enfance fossilisée

À la barre des mes jours impunis

 

Ténu baluchon d’un ciel court et avare

Un lit défait mer calme en une piaule perdue

De mille automnes au coeur suspendus

De mes mains ballotantes sur un quai de gare

Adieux tremblants spasmes sans muscles ni corps

 

Ma piste défoncée dans le dense tissage des aulnes

La palme écrasante de mes pieds nus la verte mousse violée

Dans l’orée sublime par-devant si le temps attendait arrêté

Agitant ses pieds de grue sous un ardent soleil jaune

Sans cri sans douleur à la danse de ton corps retrouvée

 

Mais un octobre trop pressé saute en fou sur l’hiver

Deux lièvres encore gris d’effroi sur la blancheur précipités

Un vent fou court s’empaler aux branches dénudées

Vole et virevolte mon corps déporté éphémère

Tes tristes poussières éparpillées souffle au diable vert

 

Je sème à tout ce vent fou mes beaux cailloux chamoirés

Débusquant gélinotte et hibou qui emportent à grandes becquées

Nos mémoires nos amours le chemin du retour

Je marche à la poste restante des meilleurs jours

Déposer la paire d’elle qui poussait à mes pieds

 

Sur mes genoux à la douane ultime revendiquent

Mes pieds meurtris la grâce le repos l’asile poétique.

 

Flying Bum

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