Ô Dambala


On n’était jamais vraiment

devenus de vrais grands,

avant de s’éveiller hors du temps,

MMMéchevelés, quatre heures du matin,

ciel pourpre de Pétionville,

une urgence brûlante

MMMqui n’admet ni résistance

MMMni réplique,

trois mille kilomètres au sud du néant blanc.


Tourner, retourner deux corps,

MMMpris aux cordes comme des pantins,

manipulés sauvagement

MMMppar la main chaude des tropiques,

emportés aveuglément.


Alors,

MMMtout cela était la vérité,

MMMtoute la vérité.

Maintenant,

MMMau diable déportée,

MMMle temps, le vent, la mort,

MMMla menace de l’oubli.


L’entièreté de ta peau

MMMrevient s’étendre sur ma mémoire,

un mirage que je rêvais d’aimer

MMMoncques ne seras-tu sereine.


Amour, ô combien

MMMla maison perd ses couleurs

MMMquand raide comme soudain

MMMla stupeur vient effacer les heures à venir.


Chaque jour j’enfonce

MMMdes aiguilles dans le Dambala.

Chaque matin au loin

MMMj’entends battre les tams-tams.

Chaque nuit au bord

MMMdes rivières et des sources,

MMMdans mes rêves saignent des coqs.


Toujours je me résigne,

MMMles passés ne sont pas tous narcotiques,

MMMdes qui sèment sur le présent l’amertume,

MMMdes qui y versent leurs élixirs toxiques.


Dans un grabat de touriste,

MMMj’ai appris que la mort serait vivable,

MMMle futur radieux même si le présent s’arrêtait.


Je le jure,

MMMmême mon enfance bénie,

MMMjamais aussi près du sentiment

MMMd’être tout autant,

béni.


Après la tempête, nos corps épaves,

MMMen rade sur les vagues de draps,

ta main a retrouvé au sol

MMMtoute une platée de goyaves

MMMencore juteuses et molles,

MMMtranchées comme tu les aimais.


Je regardais ta bouche

MMMaccueillir le rose fruit.

Je caressais ta tête,

MMMsur ma cuisse, chaude la tienne,

MMMla lune aurait bien voulu rester,

MMMle soleil, lui, s’installer.


Comment toutes ces choses banales

MMMprenaient un goût si délectable

à la minute même,

MMMnanoseconde figée dans l’éternel,

quand l’amour démasqué,

MMMDambala,

MMMprince vaudou de la fécondité,

MMMavec deux petits enfants

MMMen enfantait deux grands.


Flying Bum

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Mon pote Jean

(Copié-collé en grande partie de ma messagerie électronique)

Le 27 juillet 2019, Luc a écrit :

Je suis un peu sur le rush, je partais pour un souper à Drummondville. La semaine prochaine je suis libre, on se voit?

Le 27 juillet 2019, Luc a écrit :

Ma douce tape du pied. On se parle plus tard.

Le 27 juillet 2019, Jean a écrit :

Luc! J’adorerais te / vous voir ! On se reparle !

Le 27 juillet 2019, Luc a écrit :

À ta guise selon comment tu files. Tu viens chez moi, piscine, bouffe, jasette, je suis à environ 50 minutes de l’hôpital Notre-Dame ou je te vois en ville quec’part?

On est arrivés à Drummondville, on se tète un apéro.

Je suis disponible toute la semaine mais ma douce travaille quelques journées. J’ai 2 petits pensionnaires pour la semaine, petit-fils et petite-fille qui passent quelques jours avec pépére. Bref, si on se voit en ville, faudra synchroniser avec l’horaire de ma douce.

Ce serait bien mieux chez moi dans le bois, ça va te changer du bitume.

Le 27 juillet 2019, Jean a écrit :

Luc! J’y pense; le truc c’est que je suis moins habitué de conduire dans la circulation. Je vais tenter de trouver une façon parce que j’ai énormément envie de te voir!…

Le 27 juillet 2019, Luc a écrit :

C’est les grandes vacances, y’en a pas de trafic. Selon l’heure. À quelle heure ils te font la radio?

Le 27 juillet 2019, Jean a écrit :

Vers 9h, 9h30 du matin! Je vais me délester de mes lubies et je viendrai te voir!

Le 27 juillet 2019, Luc a écrit :

Je suis un homme heureux. En plein souper à Drummondville cependant, je te suis, t’inquiètes. J’ai hâte de te voir. Es-tu rendu végé, végane, as-tu le droit à l’alcool? Qu’importe, je mange de tout ou de rien selon. On s’adapte, que veux-tu, mais je sais cuisiner pour toutes les lubies de tout un chacun.

Le 27 juillet 2019, Jean a écrit :

Je suis cannibale; j’ai bu ma première flute de bulles depuis début juin 2018 drette aujourd’hui! J’ai une palette gustative tout azimut!

Le 27 juillet 2019, Luc a écrit :

Excellent. Dis-moi juste une journée.

Le 27 juillet 2019, Jean a écrit :

J’essaierais le début de la semaine mais je joue ça pas mal à l’oreille dépendamment de comment je me sens dans ma carcasse (…)! Je sais que ça peut sembler flou comme réponse mais je suis – à l’heure actuelle – dans cet état d’âme!

Le 27 juillet 2019, Luc a écrit :

À ta convenance. Laisse-moi savoir. Mettons 12 heures d’avance.

Le 27 juillet 2019, Jean a écrit :

Ça me va ! Je te fais cygne!

Le 29 juillet 2019, Jean a écrit :

Allô Lac! Cou’donc, serait-il possible que j’aille chez vous drette tantôt ? Je viens de terminer mon épisode de radio et je me sens “assez d’aplomb” pour te rendre visite. Is it possible? Si oui, quelle sont tes coordonnées?

Le début devrait être Luc, plutôt que Lac… mais encore que… !

Youhou, t’es là?

Le 29 juillet 2019, Laurie a écrit :

Hihi il est encore couché c’est sa blonde…. 01234 route Blablabla, St-Jacques, J0K2R0. Ça va nous faire plaisir de t’accueillir. Oups il vient de se lever sur le son du bip.

Le 29 juillet 2019, Jean a écrit :

Okidou! Je vais mettre ça dans mon application Waze et je saute dans mon char!

Le 29 juillet 2019, Luc a écrit :

Salut Jean, je t’attends. Quand tu arrives proche, fuck le Waze il va te faire passer tout droit de 200 pieds. Sur route Blablabla dès que tu vois une pancarte avec un chevreuil et un cheval, ce sera là prochaine boîte à malle à droite.

Le 29 juillet 2019, Jean a écrit :

Good! J’appareille tranquillos!


Insérer ici une journée de retrouvailles superbes où on a longuement jasé, fait les reptiles au soleil, trempé dans la piscine, bu, bouffé. Jean était débarqué avec une Porsche sport convertible (pas une neuve mais une foutue de belle pareil). Il disait qu’il s’offrait ça comme ultime gâterie et pour faire un grand doigt d’honneur au cancer.


Le 2 août 2019, Jean a écrit :

Allô Luc et Laurie! Je suis arrivé au “bercail” il y a une cinquantaine de minutes. J’ai TELLEMENT aimé être avec vous! À bientôt, je vous aime!

Le 2 août 2019, Luc a écrit :

Moi aussi heureux et ravi. Chez nous c’est chez vous, tu sais, ta radio finie? J’espère que tout à bien été. Bon retour aux cités d’or et porte-toi bien. Quand tu reviendras, tu reviendras.

Le 3 août 2019, Jean a écrit :

Coucou Luc! Oui, radio finie pour trois mois. Le radio-oncologue verra pour la suite mais je ne suis pas encore sorti de l’auberge! Pas grave! Je me sens super bien! Suis à la casa avec ma Santa Barbara et mets ma montre à l’heure avec mon coeur d’artichaut ! J’ai rencontré par hasard ton frère Doris peu après mon retour! Je rigole encore avec émotions en ressassant notre rencontre! Je suis un homme heureux! Bises à toi et Laurie! Chez nous, c’est aussi chez vous! Ne vous gênez pas!!!


Cet automne-là n’a pas été facile pour Jean. Mais il s’accrochait, un homme toujours souriant d’un optimisme innommable, un philosophe fou, genre. Un matin, j’ai reçu des nouvelles de lui. De bien tristes nouvelles.


Le 25 janvier 2020, Luc a écrit :

Salut Jean, sais-tu quoi, je n’ai plus de mots. Je braille comme un veau. Pas drôle de devenir un vieux crisse de braillard. Ça va me revenir bientôt et t’es pas proche d’arrêter de me lire encore, je m’accroche à l’idée. En attendant, si tu veux de la visite ou la sainte paix, c’est ton call. Si toi, ta douce ou tes filles voulez une place pour crécher pas loin de la ville, tu sais où je me cache. Je pars en vacances du 5 au 15 février au soleil mais je peux toujours m’organiser avec un des mes fils qu’il vienne vous ouvrir, vous laisser une clé, une voiture. Chez moi c’est chez vous. Laisse-moi savoir.

Le 25 janvier 2020, Jean a écrit :

Cher Luc! Merci pour tout! En fait, Barbara et moi allons crécher à l’hôtellerie de la fondation du cancer. On ne devrait y passer que quelques jours… A moins qu’un des crocteurs nous sorte un moyen lapin du chapeau! Ça me bouleverse itou mais, à un certain point, je dois faire montre d’un genre de réalisme!… Je te /vous tiendrai au parfum! Je t’aime!

Le 25 janvier 2020, Luc a écrit :

D’ac. Donne des nouvelles. On t’aime ben gros à’maison nous autres aussi.


Mû par mes émotions complexes, j’avais décidé de monter en Abitibi voir Jean. Un pressentiment inconfortable, une angoisse qu’il me fallait tuer dans l’oeuf. Le jour de notre arrivée, nous sommes allés manger à ce qui se fait de plus gastronomique comme place à Val d’Or. Jean tenait la forme mieux que je ne l’aurais cru. La gueule ne lui arrêtait pas deux minutes (quoi de neuf?). Il nous avait offert une bouteille de Veuve Clicquot avant le somptueux repas du chef Moreau. Au moment de faire le toast, je lui avais demandé à quoi on trinquait. À ma tabarnak de mort, avait-il proclamé, souriant, en levant sa flûte bien haut. Il avait beaucoup donné, ce soir-là, pour un homme dans sa condition. Les journées suivantes, son état avait fait en sorte qu’on n’avait pas pu se revoir avant mon retour à Montréal.


Le 8 octobre 2020, Luc a écrit :

Salut Jean, dans le tumulte des choses on ne s’est pas recroisés et je voulais te remercier d’avoir couru à notre rencontre et merci aussi pour la Veuve Clicquot qui devait bien s’ennuyer de son défunt mari. Donne des nouvelles, prends ton courage à deux mains et ma plus tendre amitié de l’autre. Je t’aime.

Le 8 octobre 2020, Jean a écrit :

Ah Luc! Je suis vraiment content d’avoir pu te / vous revoir! Il est clair qu’on a pu juste se toiser un ti-brin; il aurait fallu que je sois plus disponible!… Dimanche, j’étais pas fort fort et lundi, j’ai dû recevoir deux autres transfusions sanguines. Mardi, j’ai finalement pu rencontrer un médecin du soutien à domicile à notre domus. Je suis littéralement bien pris en charge. J’aurai une batterie d’examens la semaine prochaine: gastroscopie, scan et rv téléphonique avec mon radio-oncologue. Sûrement deux autres transfusions. On a réorienté mes pellunes et on compte désormais de la morphine là-dedans. Bref, ça bouge et c’est bon cygne! J’ai plus que le moral mais je suis réaliste! Je voudrais être à nouveau avec toi et Manon! Imagine, on a même pas pris de photos de nous trois!!!… Plus, c’est la complicité de l’amitié et notre façon de faire du badinage de fantaisie ensemble qui me manquent. Cou’donc, c’est comme ça! Luc, je suis privilégié de t’avoir comme ami!

J’t’aime mon kâliss!!! Hasta la vidad y la muerte! Bisous à Laurie itou!

Le 8 octobre 2020, Luc a écrit :

Je t’embrasse à pleine gueule mon hostie.


Le 7 décembre, j’ai souhaité un joyeux anniversaire à mon ami Jean, sans réponse.


Le 21 décembre 2020, Luc a écrit :

Salut Jean, Doris m’a fait part du triste message de Barbara. On me dit que tu as déménagé ton bardas sur le bord de la source Gabriel. Pas de plus belle place pour un amoureux de la géographie comme toi, et de la fabuleuse nature abitibienne que tu aimais tant explorer, te voilà donc campé dans le giron de Commanda. Direct sur le bord de sa source. Je suis certain que son âme va te jaser un p’tit brin si tu prêtes la bonne oreille. Tu sais qu’on raconte que quiconque boit de l’eau dans cette source reviendra à Val d’Or avant sept ans. Je soupçonne ce vieux prospecteur d’avoir mis quelque chose dedans. Je ne sais même pas si tu es en mesure d’apprécier vraiment ces mots que je t’envoie et j’aimerais tellement être près de toi un moment mais ma grande gueule serait probablement muette comme une carpe pour une fois et mes mots ont toujours porté beaucoup plus large que mon verbe. Alors je t’écris. En plus, Val d’Or c’est pas à la porte.

Il existe de ces amitiés comme des coups de tonnerre sur lesquelles le temps n’a aucune prise. C’est rare et précieux. Des larrons de la même foire, deux enfants blonds et maigrichons dont un qui grugeait ses crayons et mangeait ses effaces, deux feluettes comme on disait dans le temps. Et qu’importe ce que la vie place de distance et de temps, chaque retrouvaille est un bonheur tout simple où les mots continuent de se rabouter même si la virgule dans la phrase mesure dix, vingt ou cinquante ans de long. Birds of a feather c’est pas mal forever. À notre dernière rencontre, tu m’as offert le champagne et quand je t’ai demandé à quoi on trinquait tu m’as répondu –“À la mort, ma christ de mort, tabarnak.” Et le cristal a fait gling-gling. Et nous avons sifflé la Veuve Cliquot un sourire accroché dans’face. C’est bien toi, ça. J’ai reconnu là ton amour exceptionnel de la vie et ton optimisme contagieux. Oui, il y avait bel et bien un temps pour cela, Jean. Et tu l’as fait admirablement.

Maintenant, je dois faire ma job plate de vieux pote et te dire ce qui brûle la gueule à plusieurs mais que leur peine empêche de te dire. Tu dois maintenant mettre ton amour de la vie sur le rond d’en arrière et te concentrer à faire surgir une chose qui existe en toi depuis toujours, la lucidité. C’est le temps de t’en servir maintenant. C’est pas rien que triste, la lucidité, mêmes origines latines que la lumière, lux, et en prime c’est un passage obligé, ou vois ça comme une clé, vers la dernière étape, la sérénité. C’est elle, Jean, qui te permettra de fermer les livres en paix et qui t’aidera à réussir ton grand lâcher prise.

Je braille comme un veau avec toi en écrivant. Je te vois grimacer et j’ai senti ton sang battre comme si c’était le mien. … Peut-être se passe-t-il quelque chose de l’autre côté de la mare aux connards, les gens racontent tellement de choses. Je ne suis pas absolument certain de ce que tu as comme croyances maintenant que tout ceci prend sérieusement forme. Qui sait s’il y a de la vie plus haut que Kapuskasing, ou s’il existe une race de femmes sublimes installées passé Clova, personne n’est revenu pour en témoigner. Peut-être qu’ils y jubilent d’allégresse et ne voient pas l’utilité de revenir nous en informer. Ils veulent tout garder pour eux. Les hosties.

J’ai une petite demande pour toi, vieux pote. J’aimerais que tu t’attaches un petit ruban tout le tour de la grosse orteil. Si jamais le party est pogné de l’autre bord, j’aimerais ça que tu ne m’oublies pas. Je suis un vieux modèle 1957 comme toi, c’est clair que dans pas long je m’en viens moi aussi. Pour ça, le petit ruban. Envoie-moi un signe, un bruant qui viendrait sur le bord de ma fenêtre me chanter Cache ton cul, Frédéric, Frédéric, Frédéric ou une biche albinos qui sortirait du bois en avant de ma maison, trois corneilles qui viendraient se casser le cou dans ma porte patio back à back un soir de pleine lune. Si nos esprits ont le pouvoir de se propulser dans l’immensité de la voûte céleste, je suis à peu près certain que tu serais le genre à aller ouvrir une brasserie artisanale dans la constellation d’Orion, dans ce cas-là, un pigeon-voyageur, peut-être, avec l’adresse exacte pour programmer mon GPS. Si la place est un peu trop dry, laisse-moi savoir. Je vais me faire strapper des Veuve Cliquot partout sur le corps avant de monter.

On rit mais personne ne pourra entretenir ce présent sous perfusion bien longtemps. Personne n’est un dieu. Accepte qu’on calme la douleur, ton bien-être apaisera les tiens. Ça ne servirait à rien d’en vouloir à ton corps de te lâcher, il t’a rendu service assez longtemps, il t’a offert des plaisirs exquis et finalement il t’a fait souffrir assez longtemps de même. Il y aura maintenant une fois, inévitable, une première fois où on se lèvera et on ne te verra plus. Ton corps qui ne marche plus, comme un vieux char, abandonne-moi ça comme une vieille minoune sur le bord du chemin, c’est le temps, débarque puis prends le bois. Va te saucer dans le lac des tout-nus, ramasse une bonne poignée de champignons sauvages, fais-toi un beau campe dans le bois. Tu m’en parleras dans la phéromone des bois ou par les racines de lycopode qui courent le pays partout sous nos pieds, de Val d’or à Saint-Jacques.

C’est clair que tu pars avec un morceau de mon coeur, de mon Abitibi à moi, de mon enfance bénie. Mais sais-tu quoi? Je te donne tout ça. De bon coeur. Quand il ne restera plus que ce véhicule abandonné sur l’accotement, ce qui est vraiment ta vie, partie explorer ailleurs comme tu as toujours aimé le faire, je resterai quand même bouche bée de te savoir parti.

Ne restera plus que tout ce silence désormais entre les pensées et les mots,

des virgules longues comme l’éternité

et le bruit fracassant de ton sourire de mon sourire comme un coup de tonnerre,

il était une fois.

Salut, Jean.

Luc.

Le 21 décembre 2020, Jean a écrit :

Cher Luc, Tout à fait sublime comme message! Je t’y vois et je me sens sur mon départ vers le A (d’Atlantique) de Fred. C’est fou mais je me perçois comme insipide devant ce qui s’orchestre. Une chose qui est évidente : c’est l’amour qui fait tourner le monde. Le reste, on décide ou non de s’y frotter. Tu es pour moi un « seigneur » et je suis fier, honoré et charmé d’avoir qu’on ait eu nos montures au trot ensemble quelques fois dans ces 63 dernières années.

Et oui, je te ferai cygne à quelque part! Je t’embrasse!

Jean

Le 21 décembre 2020, Luc a écrit :

Jean, parle-moi tant que tu es encore capable, trois mots à la fois si tu veux. Si je vois, sur la rivière St-Esprit quand je rentre du boulot, se pavaner des canards blancs, ce seront tes cygnes? J’aimerais mieux tes vrais mots encore pour un temps. Moi aussi je t’embrasse, vieux pote, repose-toi pour pouvoir m’écrire un peu demain. Je m’y frotte volontiers à cet amour dont tu parles. Une chance qu’on était pas gais toi pis moi, on aurait eu le cul au vif des boutes. Bonne nuit.

Le 21 décembre 2020, Jean a écrit :

Ostifi que tu me fais rire!!! Le cul au vif!!! J’y avais pas pensé à celle-là!

Le 5 janvier 2021, Luc a écrit :

Salut Jean, comment ça file? Ça fait cinq ou six jours que je me triture les méninges à savoir si et/ou comment on doit te souhaiter une bonne année dans les circonstances. Bonne mais angoissante question. À ce temps-ci de l’année, je me dis qu’il est toujours question de vœux, entéka, alors si tu as des vœux particuliers, je joins ma force à la tienne pour pousser dans le derrière du Allah des voeux. On peut en faire comme on veut des vœux, il n’y a pas à ce que je sache d’embargo là-dessus. Demande à Barbara. Parles-en à tes filles chéries aussi. Pas vrai qu’un voeu ça ne marche pas si on le demande tout haut. Alors comme je ne sais pas quoi te souhaiter, je te souhaite la force de demander ce que tu veux.

Je t’aime, mon hostie.

Luc


Le 6 janvier 2021, à bout, Jean a demandé d’être plongé dans le coma.

Doris m’a écrit que ses dernières paroles à Barbara avaient été : Love you.

À sa demande, sa minoune finie a été abandonnée au coma, parquée sur le bord de la source Gabriel le 6 janvier.

Son âme a pris le bord du bois dans la journée du 8.


Avec toute mon affection pour toi, Jean, et aussi pour tes filles Eve, Clara Lisa et ta Santa Barbara.

Luc.

Montée de laids

Si on pouvait extraire une seule gouttelette d’intelligence par opinion élaborée ces jours-ci –jours de pandémie– sur les réseaux so-so par tous ces salomés à peine sevrés en manque chronique de se faire botter les fesses vertement, on sentirait trembler la terre emportée par tous les regrettés grands penseurs de l’histoire de l’humanité qui se retourneraient top synchro dans leur bière sous terre. En autant que la terre soit toujours ronde, ce qu’une faction hypermétropique de ces nouveaux génies à clavier nie catégoriquement. Avoir tant de claviers, si peu savoir écrire. Sa ses tes poux vantables.

La pandémie bat son plein et ces grandes plumes battent des records d’ineptie. L’une d’entre elles consiste à jeter tout le blâme de la gestion de la crise sur les boomers qui occupent encore les sièges du pouvoir politique comme si personne n’était au courant qu’on avait depuis longtemps remplacé toutes ces races d’animaux politiques par des histrions de théâtre de boulevard*. (Faites vos recherches, maintenant, allez.) Dans vingt ans viendra la relève puisée à même vos contemporains abandonnés à leurs consoles de jeu par leurs éducateurs, politisés sur Instagram, télé-éduqués sur écran à la va-vite par des mères épuisées et désabusées dans le café noir desquelles on retrouve plus souvent qu’autrement quelque spiritueux bien assorti à la mouture. Faut se réinventer dit-on, bravo pauvres mamans. Vous m’en donnerez des nouvelles dans vingt ans des bêtes de politique qui régneront alors sur vos semblables.

Je joins très rarement ma voix à la belle armée des petits va-t-en-guerre qui se lèvent et qui s’excitent à la moindre disruption de leur confort élémentaire. Leur éducation est passée hélas très vite sur la façon de co-exister pacifiquement avec la contradiction. Tout ce qui retrousse au-dessus de leur capacité d’analyse (ce qui se compte en millimètres) ne peut que devenir complot pédophile, satanique et liberticide. Cette agitation frénétique sur vos fauteuils d’ordinateur ne serait-elle pas plutôt due à une infestation de vers au derrière? Vérifiez donc. En ces temps de confinement il se libère du temps pour le repli sur soi, la réflexion qui est le retour de la pensée sur elle-même tant soit-il qu’on se rappelle ce qu’est la pensée. Faites vos recherches; la pensée c’est, entre autres choses, le temps de silence nécessaire qui vient avant l’expression d’une idée. Sinon, la parole n’est plus qu’un bruit et si le bruit devient votre seule expression, votre objectif unique ou votre plaisir secret, je vous suggérerais d’essayer les souliers à claquettes.

Si tout semble ici me faire chier, gâtez-vous allègrement sur le boomer que je suis, accusez l’âge maintenant respectable de mon transit intestinal ou l’imperméabilité de mon cerveau aux idées nouvelles. Il n’y a plus rien de nouveau sous le soleil depuis belle lurette, oncques ne vit-on modernité plus endormante que celle-ci et seuls les becs blancs et les blancs becs se laissent encore berner par le parfait substitut aux idées nouvelles, la saveur du jour. La bébelle comme l’idée nouvelle. Le nouveau est maintenant mon suspect numéro un, vient en paquet économique de quatre, sort des versions de lui-même à une folle vitesse à quatre chiffres passé le point et quatre fois plus dispendieuse, programmée pour s’auto-détruire à l’échéance prévue que je vous souhaite sincèrement plus éloignée que le dernier versement.

Et les culs-bénis auto-proclamés, colporteurs d’eau de Lourdes en joli flacon recyclable, sacrez-moi patience avec votre spiritualité. Celle des bâillonneurs de femmes, des prêtres pédophiles, des papes-pimps du rap, des adorateurs de passoires à spaghetti un coup parti. Que nous restera-t-il alors pour égaliser comme il faut nos humeurs dans les deux hémisphères de notre cerveau? Sur quoi se rabattre pour susciter l’espoir? Comment évoquer la réalité de toutes choses de façon créatrice ou d’interpréter le réel pour en extirper l’essence de ce qui est nouveau, évolué, un monde à faire naître dans un univers qui lui est propre à travers autre chose que les opinions vomitives tout azimut des réseaux so-so? Y’en a ras-le-bol, là, de l’amère gamelle d’opinions qui ne résolvent pas davantage qu’elles n’éclairent.

L’idée géniale n’a pas d’âge ni de date d’expiration, aucun rapport avec la modernité. La seule modernité encore capable d’humanité, l’arme qui reste dans l’arsenal des gens capables de penser, de ressentir des émotions et des sentiments, je vous le donne en mille, c’est la poésie. La capacité et la sensibilité poétiques en parfaite synchronicité avec la vie pérenne, capable de propulser la race dans le temps, de sauver la planète. Poésie, pensez-y. Faites vos recherches pour saisir toute l’ampleur du mot. Bon, encore un hostie de poète, direz-vous. Depuis des siècles, des quidams autant que leurs charmantes compagnes et leurs mignons rejetons, bien avant nous, s’y sont formés l’esprit à la pensée intelligente. L’esprit humain n’a plus les moyens de sacrifier les opportunités de s’améliorer. Alors si vous me permettez, je conclue ici cette montée de laids et je retourne vers elle, serein.

Excusez-là.

Flying Bum

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*mots de Patrick Blanchon, qui m’inspire très souvent.

L’agenda ironique de décembre, le sort en est jeté.

Et voilà. On a fait le tour de l’annus horribilis. Un autre agenda ironique se conclut de belle façon. Je remercie toutes les plumes coupables et les yeux ravis pour leur participation à cet agenda.

C’est Photonanie qui a gagné « haut la main » qu’on peut aller relire ici: https://photonanie.com/2020/12/20/lagenda-ironique-de-decembre/, et Carnets Paresseux qui est pressenti pour l’organisation de celui de janvier 2021.

En attendant les nouvelles consignes, j’en profite pour vous souhaiter une annus magnificus.

On se retrouve tous au prochain agenda.

Flying Bum

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Bonus!

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L’île aux fesses

On étend la grande serviette de plage tout près du quai de son père. On se demande pourquoi son père a un quai, la rivière n’est pas très profonde, on n’y voit qu’un ou deux canotiers de temps en temps, un vieux couple en pédalo. Aucun bateau-moteur. Son père n’a aucune embarcation. Plus haut sur la rivière, une grande entreprise de mise en boîtes de légumes. Les jours où ils préparent des carottes, on dirait que la rivière prend une coloration orangée, les haricots une teinte verdâtre, la macédoine une couleur à chier.

Chalet familial à nous seuls, 1973, on a seize ans tous les deux.

Les nuages matinaux se mettent à fondre un par un, avant midi il se met à faire chaud. J’étends un fromage bon marché sur des morceaux de pain de fesse déchirés et avec notre seul ustensile, mon canif, je coupe comme je peux des tranches de saucisson que j’écrase dans le fromage. Petit boombox pas loin, Steelie Dan chante Do it again. L’histoire d’un pauvre type totalement incapable d’apprendre de ses erreurs et qui se ramasse toujours dans des situations intenables. Tiens tiens.

–“Toi, qu’est-ce que tu veux faire quand tu vas être grand?”, avait demandé Gabrielle, comme si on était des enfants de six ans.

Honnêtement, c’est une question que je ne me posais plus vraiment depuis que j’avais déserté le giron familial pour m’installer dans un petit studio bon marché. Faudrait bien que j’y revienne un jour, pourtant, à cette question. En attendant j’accumulais les petits boulots.

–“Un pompier!” que je lui ai répondu, pour rester dans le ton de sa question.

Gabrielle m’a répondu : –“Moi, j’aimerais être ça être dans la police”. J’ai eu un grand fou rire. Policier, pas un des grands classiques de fille à l’époque.

–“Je suis sérieuse,” avait-elle dit. “Mon oncle est sergent-détective. Un boulot fascinant.”

•••

À l’époque, j’avais du mal à définir mon style de compagne idéale, je ne savais pas trop comment agir avec Gabrielle. Elle avait toujours l’air tellement en plein contrôle sur tout. Toujours une bonne opinion soutenue par un argumentaire implacable. Toujours prête à livrer ses pensées. J’aimais ça, mais encore, parfois non.

Elle m’avait dit une chose qui avait complètement chamboulé l’opinion que je me faisais d’elle.

–“J’ai une confession à te faire,” avait-elle dit une fois. “J’ai toujours pensé que j’aimerais mieux être un garçon.”

•••

Then you love a little wild one

And she brings you only sorrow

All the time you know she’s smilin’

You’ll be on your knees tomorrow.*

•••

Gabrielle s’était bricolée et avait engouffré un autre sandwich puis avait enlevé son ample tricot de coton révélant un top noir beaucoup trop serré sur sa poitrine blanche comme le reste de son corps.

–“Pourquoi on se cache à l’ombre, check le soleil”, avait-elle demandé

On a tiré la longue serviette vers un coin ensoleillé et j’ai enlevé mon chandail et mon bermuda. Son short en jeans était disparu lui aussi. Elle n’avait aucun excès de poids, elle avait toutes les rondeurs qui font que les corps des filles sont généralement excitants. La séance de bronzage avait été plutôt brève, nos corps ayant commencé à perler de sueur sous la chaleur intense du soleil.

–“Dernier sur l’île aux fesses est une tapette”, avait-elle proclamé sur un ton défiant.

–“Es-tu malade? As-tu vu la distance?”, avais-je répondu.

“Distance?, je ne connais pas ça la distance. Loin probablement.”, avait-elle simplement répliqué. “Envoye donc, depuis que je suis petite que je rêve d’y aller, ça ne t’intrigue pas de savoir ce qui peut bien se trouver là?”

Je regarde vers l’ile, une insignifiante touffe de verdure en plein milieu de la rivière. Toutes les rivières et tous les lacs de tous les chalets que j’ai connus avaient une île aux fesses. Beau prix de consolation, quand même, des fesses contre quelques brasses.

–“Comment tu te qualifierais de 1 à 10 comme sauvetrice de hippie fumeur en détresse?”

–“Personne ne va se noyer ici, je ne sais même pas s’il y a six pieds d’eau d’ici à l’île.”

Je n’avais plus vraiment d’arguments. Je ne pouvais quand même pas évoquer la fois où le coeur m’avait presque lâché lorsque j’avais plongé dans un lac glacial en Abitibi quand j’avais 7 ou 8 ans.

–“Allez, le dernier sur l’île aux fesses pue les œufs pourris!” avait-elle conclu.

Gabrielle s’était élancée et avait couru jusqu’à ce qu’elle ait de l’eau en haut des genoux puis elle avait plongé sous l’eau où elle avait filé assez longtemps pour que je remarque un long moment de silence.

•••

Élevée par son père essentiellement, Gabrielle était quand même une très belle fille. Avec des allures un peu Tom boy, soit, avec sa chevelure courte, son corps athlétique superbe. Toujours souriante avec un petit rauque dans la voix que j’avais toujours trouvé un peu sexy mais j’avais maintenant une opinion plus ambigüe sur le sujet. Comme pour son sourire narquois, lorsqu’elle me disait des choses comme : –“Wow, tu as des belles jambes, bien plus belles que les miennes.”

•••

Mon plan c’était de suivre son rythme en style libre mais chaque fois que je soulevais la tête, il me semblait qu’elle prenait de la distance. Un brin de panique, je me tourne sur le dos pour rattraper mon souffle de fumeur. En plus pour une raison étrange, je n’ai jamais eu la capacité de flotter comme la moyenne des ours. Si je ralentis le mouvement, mon corps s’enfonce lentement et mon nez se remplit d’eau.

Gabrielle avait une bonne longueur d’avance lorsque sa tête a finalement refait surface, ses pieds touchaient le fond encore. Elle avait secoué la tête et replacé sa chevelure vers l’arrière avec sa main. –“Elle est bonne, tu vas voir!” Elle souriait en me faisant des grands signes de bras pour m’inviter à la rejoindre. J’ai fermé la gueule de Steelie Dan, et je suis descendu dans la rivière. Lentement. Pour elle, l’eau était bonne. Pour moi il me semblait percevoir une odeur de blé d’inde et de carottes. Rendu plus près d’elle, pas le choix, elle m’arrosait copieusement pour forcer la saucette. J’ai plongé la rejoindre.

Première chose que je réalise, sa main qui supporte mon dos.

–“Arque ton dos, ça va aller beaucoup mieux!” dit-elle.

Ça aide mais pas tant que ça finalement. Je me demande si mes pieds toucheraient le fond.

–“Tu aurais besoin de beaux flotteurs comme moi!” dit-elle, en extirpant son corps de l’eau et en m’exhibant sans façon ses deux seins bien ronds.

–“T’inquiètes, si je peux mettre la main sur une belle paire comme la tienne, je l’achète!” avais-je blagué.

On a rigolé mais soudainement repris conscience de la situation. On s’est remis à nager vers l’île aux fesses. Gabrielle semblait juste flotter à mes côtés pendant que je me débattais misérablement . À son souffle je sentais bien qu’elle n’était aucunement fatiguée et la grève approchait enfin.

Angoisse. Trois semaines qu’on se fréquentait et on ne s’était pas embrassés tant que ça quand j’y repense. Je croyais commencer à comprendre pourquoi mais ça n’arrangeait en rien mon angoisse.

Un soir tout seuls dans mon deux-et-demi, on écoutait des disques de James Taylor et de Carly Simon. J’étais allé souvent chez elle, la chercher, la reconduire, entrer deux minutes jaser avec son père mais c’était la première fois qu’elle venait chez moi. On s’amusait bien, bonne musique, quelques pipées d’afghan, cidre de pommes, mais je ne pensais pas au sexe. (Enfin, pas trop.)

C’est Gabrielle qui avait déclenché les hostilités . . .

Après elle m’avait dit : –“Il va nous falloir faire davantage attention aux situations dans lesquelles on pourrait facilement s’enliser.”

J’avais acquiescé, mais je ne voyais pas du tout où était le problème.

Apparemment, elle oui.

•••

Elle avait ouvert la marche lorsque nous avions gagné l’île aux fesses. Dégoulinant et tremblant, une chaude odeur de mûres m’était montée au nez. On avait exploré et trouvé une petite clairière de mousse à travers les buissons, à l’abri des regards et juste assez grande pour deux. Le soleil y plombait assez fort pour finir de nous assécher et se sentir confortable. Elle souriait lorsqu’elle m’avait attiré au sol avec elle en me tirant par le maillot. Je me suis allongé près d’elle, les deux mains derrière la tête et nous avions fermé les yeux sous la force du soleil. On se décrivait chacun notre tour les paysages de picots multicolores que le soleil peignait sur l’intérieur de nos paupières. Artistes en devenir.

•••

Je repensais encore à cette fois chez moi. On était allongés sur le côté, face à face, souriants en s’amusant à fermer nos yeux lentement puis à les rouvrir aussi lentement en faisant des mimiques de bouche comme les grandes scènes d’amour hollywoodiennes.

De ma table tournante bon marché était venu un clic!, le disque suivant tombait dans un son davantage comme flap!, un peu de grichage et puis la voix chaude de James Taylor. C’est là que Gabrielle avait parti le bal divin. J’avais senti ses doigts fins monter dans mon chandail jusqu’au cou, redescendre lentement, sur mon torse, sur mon ventre. Les yeux m’ont ouvert tout seuls sur son sourire si pur, elle semblait si concentrée sur son bonheur évident qu’elle ne réalisait probablement pas dans quel état elle me mettait. J’avais pensé que ce n’était pas bien de la regarder ainsi. Puis j’ai effleuré délicatement un petit recoin tout chaud entre son T-shirt et son jeans et j’ai refermé les yeux avant de partir à la chasse aux seins. Ses doigts achevaient leur périple, avaient déboutonné mon jeans, baissé la fermeture éclair puis passé sous l’élastique de mon caleçon. En grognant elle avait tiré sur l’élastique assez fort. Comme si elle voulait l’étirer à sa limite et le voir se déchirer.

C’était un grognement animal, puis le son était descendu pour ressembler davantage à un râlement de soumission et j’étais maintenant ravi et fébrile d’en prendre acte. Puis, l’élastique tendu était venu claquer douloureusement sur le bas de mon ventre et Gabrielle riait aux éclats.

•••

–“Merci d’avoir pensé au lunch,” Gabrielle avait-elle dit tout en me chatouillant le torse avec un brin de foin. “J’aurais pu te préparer du poulet frit ou quelque chose mais la cuisine m’horripile. Mon père me dit que je devrai bien apprendre un jour mais actuellement la seule façon de me traîner devant un chaudron c’est en pointant un long couteau de cuisine sous mon nez.”

–“Ça aurait été bon, quand même, du poulet frit,” avais-je répondu.

–“Pas si moi je l’avais fait, shit. Peut-être si toi tu l’avais fait.”

J’ai cette image dans la tête, moi qui s’inquiète pour elle chaque fois qu’elle est à son boulot de police, de moi portant un tablier rose à dentelles blanches devant la cuisinière et le sergent-détective Gabrielle en uniforme qui arrive par en-arrière et qui me tâte une fesse en demandant : –“Qu’est-ce qu’on mange pour souper, mon chéri?”

J’aime pas l’image.

•••

Gabrielle aime bien m’agacer et essayer de m’exciter tout le temps. Tout ça finit toujours par m’angoisser. Je ne sais pas vraiment à quoi m’attendre d’elle et si je le savais je ne lui aurais probablement pas demandé. Il y a de ces choses qu’on ne peut pas demander. Les demander en extirperait tout le plaisir, les rendrait banales. Et juste lorsque son titillement commence à être insupportable pour moi, elle dit quelque chose comme :

“Tu sais quand j’y pense, je ne peux pas m’imaginer de ne plus te voir un jour.”

•••

Vengeance. Je dois me retourner sur le ventre juste pour la priver de la joie étrange qu’elle ressent à agacer la testostérone de mes 16 ans et à admirer béate son œuvre s’ériger devant ses yeux. Cette île aux fesses se met à se confondre avec une île de cul finalement.

–“À part ça,” que j’ajoute du tac au tac pour en remettre, “Ça va te prendre beaucoup plus qu’un couteau de cuisine pour me convaincre à te cuisiner du poulet frit.”

 Elle s’était relevée sur ses deux genoux et, entêtée, elle m’avait tiré à deux mains pour me remettre sur le dos.

–“Pas grave, on vivra d’amour et d’eau fraîche.” avait-elle dit, le visage radieux et espiègle à la fois.

Elle s’était penchée au-dessus de moi. Le haut de son maillot était disparu. Des gouttelettes froides s’échappaient de ses cheveux et tombaient sur ma peau brûlante comme un supplice chinois. Elle souriait. Elle avait approché son joli minois de moi et avait déposé ses lèvres chaudes au creux de mon cou. La pointe de ses mamelons frôlaient chatouiller mon torse. J’avais clairement senti la succion de sa bouche qui laisserait fort assurément un œdème dans mon cou, ce qu’on appelait alors une sucette. Elle parcourait mon abdomen et mes cuisses de la pointe de ses doigts fins en me fixant droit dans les yeux.

Ses doigts étaient passés derrière l’élastique de mon maillot et l’étiraient au maximum – ce qui pouvait encore possiblement s’étirer – les yeux fixés dessus, sa tête descendait lentement observer son trophée bien érigé. Je l’imaginais déjà me chevauchant comme une folle cavalière.

Elle avait lâché l’élastique d’un coup sec, pincement atroce.

–“Je voulais juste voir!”, avait-elle dit en riant avant de déguerpir à toute vitesse se jeter à l’eau.

Avant d’aller la rejoindre, pour être certain de pouvoir nager, j’ai dû me résoudre à achever moi-même le pauvre cheval.

16 ans, je vous l’avais dit?

Flying Bum

New_pieds_ailés_pitonMauve

*Paroles de Do it again, Steelie Dan.

Merde, dit la comtesse

Finalement, en cette année de pandémie, ce sera un Noël bleu. Dans le sens de Ah, la vache! et surtout dans le sens musical du blues, la vache n’étant-elle pas elle-même le plus beau blues du monde animal, n’en déplaise à une amie poète. Triste à brailler un Noël-blues. Que voulez-vous, comme disait le chrétien, on va vivre avec. Un grand blues qui passe pu dans’porte.

Pour quand même faire vivre l’ambiance, pourquoi ne pas vous refiler ce texte tout à fait approprié pour un Noël à pleurer dans la chaleur de votre foyer (la maison, pas le feu de foyer). Je viens de l’écrire cet automne et j’ai regretté de ne pas avoir attendu à Noël pour le publier, mais bon. Voici le lien pour Chroniques du péché mortel qui raconte en quatre épisodes une histoire d’amour tabou –péché– qui se déroule dans trois veilles de Noël réparties sur trois décennies.

Ou encore ce vieux conte d’une autre époque, l’époque des cheveux crêpés et du spray net qui se passe une veille de Noël en Abitibi, voici Noël Mauve.

Et finalement, dans un style davantage folklorique je vous suggère Le blanc Noël de Noël Leblanc qu’on ne doit pas aller jusqu’à lire à des enfants tout de même.


Parmi toutes les choses qui ont dû être annulées en 2020, il y a notamment la sortie de mon premier bouquin Abitibies femmes de ma vie dont la sortie aura vraisemblablement lieu en 2021 si Allah est grand. Ne le cherchez donc pas sous votre sapin inutilement, aucune chance qu’il soit là cette année. Pour vous titiller un peu le pompon, voici la couverture et le texte de la quatrième.


 

Abitibies

 

Entre une enfance innocente dans l’Abitibi des années soixante, la mort prématurée d’une mère qui force l’exil déchirant d’un enfant dans la grande ville et l’adolescence perturbée d’un garçon déraciné et déboussolé, naîtront des amours sincères et sans jugement pour des femmes troublées, perdues.

Des madames seules qui peuplaient un bout de rue de Bourlamaque, une petite fille qui aimait un peu trop jouer au docteur, une petite voleuse, de pauvres femmes bouleversées et bouleversantes qui jetteront leur dévolu sur le jeune garçon mais encore des amours de son âge, des femmes qui aboutiront, en vrai comme en rêves, en passagères éternelles de son coeur.

On assiste de l’intérieur à l’éveil du coeur et du corps, un parcours initiatique raconté avec une honnêteté et une sincérité rares.


Tellement de choses repoussées qu’il va se créer bientôt des strates de projets mis de côté. Tellement de temps qu’un deuxième bouquin en est presque rendu lui aussi à sa publication. Je vous agace encore un peu.


TouteCetteSorte

Ce recueil aurait pu s’intituler tant de choses, finalement. Mais il y a un os entre tant de choses et toute cette sorte de choses. C’est la sorte. Toutes sortes de choses qui, regroupées par la sorte, deviennent donc toute cette sorte de choses. Toujours est-il qu’il demeure un recueil de textes parus sur mon blogue, la plupart révisés de légèrement à drastiquement et choisis pour ce fil ténu presqu’invisible qui apparaîtra lentement au lecteur attentif. Beaucoup d’autofiction encore présente comme un passage obligé. Entre l’autobiographie qui s’infiltre sans façon dans tous les textes premiers et le texte totalement fictif, tant soit-il qu’un auteur puisse totalement faire abstraction de sa nature ou de son vécu dans ses écrits.

L’autofiction est un genre littéraire mal compris ou mal-aimé qui se définit par un pacte oxymoronique entre deux types de narration opposés : un récit fondé sur le principe de trois identités – l’auteur est aussi narrateur et personnage principal – et le type de récit qui se réclame de la fiction dans ses modalités narratives. L’autofiction laisse une place prépondérante à l’expression libre et créative dans le récit de soi. Personnellement, il n’est pas encore évident si ce style est le mien ou un passage obligé entre la puissance de l’égo et la fiction pure à laquelle je pourrais éventuellement aspirer sous forme de roman ou de poésie, par exemple.

Je vous laisse avec le souhait que vous passiez un bon moment de lecture, de découverte, de joie, d’émotions et de . . . toute cette sorte de choses.


DeuxTitres

Si tout se déroule normalement, chose qui se produit plutôt rarement par les temps qui courent, les deux titres risqueraient d’être lancés simultanément au –ou en marge du– Salon du Livre de l’Abitibi-Témiscamingue qui se tiendrait à Val d’Or en 2021. Un second lancement pour la région de Montréal suivrait. Les deux titres seront disponibles sur commande et si Allah est grand, dans quelques librairies indépendantes.


Je vous invite à utiliser tout ce temps que le confinement vous offre pour visiter mon blogue et vous familiariser avec tous ses outils de navigation, y lire abondamment à même la quantité de textes qu’on y trouve et même aimer, commenter et partager – ou encore détester mais être des plus discret à ce propos– le feedback des lecteurs étant toujours accueilli dans la plus grande joie. Je remercie mes lecteurs réguliers du Québec et de toute la francophonie, mes étranges lecteurs de la Chine ou de la Pologne qui ne doivent absolument rien y comprendre et je vous souhaite le moins ennuyeux des Noël en confinement.

Pour ce qui est de la nouvelle année, si monsieur Legault, notre bon premier ministre, la laisse sortir de chez elle, je ne puis qu’emprunter les mots de la célèbre comtesse et comme elle vous dire un gros Merde!

Flying Bum

New_pieds_ailés_pitonVert

Viande froide

Moi, anonyme en état douteux,

Fesses à l’air chemisette bleue.

Huit, six, deux, quatre, quatre, huit, trois,

Bracelet jaune au bout de mon bras.

Poète inconnu à l’infection délétère

Pisse mes vers à pleins cathéters.

Fantasmes, angoisses et frayeurs,

Dans l’esprit vil jamais ne meurent.

Rondelettes soignantes blasées,

Ah que ne serais-je si paralysé !

Et ce gland bleu sanguinolent,

Sparadrapé de collants blancs

Où s’enfonce tubulure affligeante,

Bouchonnée et malodorante.

Répulse autant qu’elle ne révulse,

Convulse tout le temps qu’elle expulse.

Valsent, valsent, belles insolentes,

Déesses des hôpitaux de brocante.

Aux bons soins zélés mal leur en prît.

Éternelles plaies de lit,

Toute dignité trahie,

Antidouleurs rarissimes et repas affreux,

La même compassion que pour les gueux.

Moi, anonyme en état douteux,

Fesses à l’air chemisette bleue.

Huit, six, deux, quatre, quatre, huit, trois,

Bracelet jaune au bout de mon bras.

Un dernier calepin sans dessins,

Petits barbots qui ne disent plus rien.

Mines rondes au bout des crayons,

Mines basses ne tracent plus rien de bon,

Dans la pile morte d’un laptop fini,

Enterrés vivants le reste des écrits.

Les maux de passe et les mots passent,

Dans le néant s’effacent en toute grâce.

Je dépose mon reste d’intelligence,

Aux pieds de la reine télé ma somnolence.

À la main quelques tubes arrachés,

Corps et esprit partent à sécher.

Ma vision déjà s’embrouille,

Mes hernies partent en couilles.

Tous ces gens que je laisserai derrière,

Dont je ne respirerai plus le même air.

On pourra toujours rêver du même soleil,

Qui se lève jaune et se couche vermeil.

Moi, anonyme en état douteux,

Fesses à l’air chemisette bleue.

Huit, six, deux, quatre, quatre, huit, trois,

Bracelet jaune au bout de mon bras.

Je vous cache dans ma couche une enveloppe,

Avant d’enjamber la dernière marie-salope,

Mes mots et mes biens sous forme légale,

À vos consciences pour le partage égal.

Avant que l’état ne s’y mette,

À vos espoirs ne fasse jambette,

Souhaitez-moi un rapide aboutissement,

Afin de ne pas y trouver que mes excréments.

Je suis soulagé de n’en plus rien sentir,

Enfin ivre mort de mon ultime élixir.

Moi, anonyme en état douteux,

Fesses à l’air chemisette bleue.

Huit, six, deux, quatre, quatre, huit, trois,

Bracelet jaune au bout de mon bras.

Je me rhabille,

Je pars en vrille.

Moi qui aimais tant faire des vagues,

Voilà que je divague et ma barque zigzague.

Mon bateau frêle vogue vers le dernier mirage,

Sans tracer derrière le moindre sillage.

Flying Bum

New_pieds_ailés_pitonMauve

Pauvre fille

Jacinthe Dubé était différente. Elle avait attrapé la polio. On la laissait tranquille.

Dans la classe de septième de madame Pomerleau, plusieurs étaient destinés à un avenir brillant. Pas Jacinthe Dubé, pauvre fille. Nous avions des pupitres assignés et cette année-là, nos deux noms de famille s’étaient retrouvés voisins. Je crois bien que madame Pomerleau savait très bien ce qu’elle faisait en la plaçant à côté de moi. Au début, je ne pouvais pas croiser son regard bien longtemps, un malaise m’envahissait. Insoutenable. Je me crochissais les yeux parfois pendant de longues minutes pour l’observer hypocritement de côté et satisfaire ma curiosité sans que le malaise me prenne. Elle avait une longue veine le long du cou et parfois, sans raison apparente, en prenant des notes sur son drôle d’appareil ou à simplement écouter madame Pomerleau et suivre au tableau, la veine semblait s’agiter, se tordre. Je prenais des notes dans la couverture de mon cahier pour tenter de cerner une explication plausible à ces torsions mystérieuses.

Elle avait les mêmes livres que nous mais ses cahiers étaient différents. Elle arrivait à l’école en voiture avec un vieil homme qui la suivait jusque dans la classe. C’était lui qui traînait le drôle d’appareil qui lui servait à écrire dans ses cahiers particuliers. Lorsqu’elle avait pris place, il le plaçait devant elle. Il avait sa chaise à lui dans le fond de la classe; tous les enfants avaient fini par s’habituer à la présence du vieux monsieur et n’en faisaient plus aucun cas. J’avais demandé à Jacinthe de voir un de ses cahiers. Toutes les pages étaient blanches et j’avais passé mes doigts sur les petites bosses que la machine formait dans le papier. Tous ces petits points m’apparaissaient totalement désordonnés, un langage incompréhensible. C’est tout ce qu’on avait trouvé pour permettre à ses doigts malhabiles d’écrire. Dans les années 60, on n’avait pas trouvé mieux même si ses yeux fonctionnaient très bien.

Jacinthe Dubé avait un joli visage, une belle chevelure abondante et soyeuse, elle était toujours souriante. Et sympathique finalement. Tout son corps, principalement ses membres inférieurs, semblait ne pouvoir tenir ensemble qu’à l’aide d’une structure d’acier complexe. Elle appelait ça ses appareils. Des carcans très particuliers. Elle pouvait tout de même se déplacer avec des béquilles qui s’attachaient à ses bras.

Avant la fin de septembre, je crois bien qu’on était devenus des amis. Une bonne journée, toute gênée, elle m’avait demandé si je voulais venir écouter Qui dit vrai? chez elle. Pas moins gêné, j’avais dû lui avouer que je n’avais jamais écouté cette émission. Elle avait ri. Des fossettes étaient venues illuminer son visage. J’avais eu peur que tout le monde me prenne pour un insignifiant si j’acceptais son invitation. Mais je n’avais pas de réputation de matamore à défendre, aucune réputation pour tout dire alors j’ai accepté. Après l’école, je suis monté dans la voiture du vieil homme avec elle.

Elle vivait dans un beau quartier près de l’hôpital Saint-Sauveur, là où les familles riches s’installaient généralement dans des grosses maisons avec des étangs et des fontaines qui s’illuminaient le soir.

Être gentille, mignonne et riche mais avoir la polio, avais-je alors pensé, rien ne vient jamais avec tout, pauvre fille.

Le vieil homme avait gravi l’allée en U et s’était arrêté directement devant la porte. Il avait aidé Jacinthe à descendre puis lui avait attelé ses béquilles. Elle ressemblait tellement à sa mère, pâle –les cheveux longs, blonds et soyeux– mais les yeux de la dame étaient tristes, comme des yeux de cochon. Elle m’avait presque broyé les os en me serrant la main vivement puis elle avait fait une chaude bise à sa fille. On sentait qu’elle était ravie que sa fille ait invité un ami. Elle nous avait conduit au salon avec un majestueux plafond cathédrale où un énorme téléviseur nous attendait. L’endroit sentait les fleurs mais je n’avais vu aucun bouquet nulle part. Jacinthe et moi nous étions littéralement engloutis dans un grand divan de cuir souple et sa mère était réapparue avec quelques petits bols de grignotines divines – des bonbons enveloppés individuellement, des chips et des arachides salées – des choses qui étaient réservées aux grandes occasions à la maison chez nous. Et pour la visite en priorité.

Jacinthe et moi avions commencé à nous asseoir ensemble au dîner à l’école. Mon sac à lunch en papier brun contenant généralement un demi-sandwich, quelques crudités avec une pomme, une petite bouteille de jus. Jacinthe avait toujours un grand thermos qui renfermait toujours quelque chose de bon, comme un sandwich au rosbif dans un pain rond, des croustilles au maïs, des fromages, des pâtisseries. Elle mangeait absolument tout ce qu’elle voulait et ne prenait jamais de poids. On aurait dit que la polio absorbait toutes ces calories à sa place. Elle partageait tout avec moi, même sa cannette d’orangeade pétillante.

Jacinthe prenait des petites bouchées exactes et proprement découpées dans son sandwich. Elle n’avait jamais besoin de s’essuyer la bouche ou de ramasser des miettes devant elle. Ça se voyait qu’on lui avait enseigné à manger proprement. Elle ne me parlait jamais avant d’avoir complètement fini d’avaler sa bouchée. Après le dîner elle disparaissait avec le vieil homme un moment et elle revenait plus tard, bien coiffée, les dents bien blanches et elle dégageait une belle odeur de muguet.

Après un moment, une fille avait pris l’habitude de venir s’installer avec nous. Une asociale mal-aimée, Lorraine Deschênes, une fille que je connaissais de vue depuis la première année, fade comme un biscuit soda sans sel. Drabe, pas trop loquace, insipide, inodore, incolore et probablement sans saveur. Lorsqu’elle avait commencé à venir dîner avec nous, c’était comme si une pure étrangère mangeait près de nous. Une longue face mince et des grands yeux ronds qui lui donnaient des airs de chevreuil. Tous ses vêtements étaient tellement usés qu’il fallait deviner leur couleur originale. Elle parlait à voix basse juste un peu plus fort qu’un murmure, on aurait dit qu’elle ne voulait pas être entendue. Tout ce que je savais d’elle, elle était fille unique, son père était un ivrogne et elle aimait lire. Au dîner, elle tenait toujours son livre de bibliothèque ouvert d’une main et elle mangeait son sandwich au beurre d’arachides de l’autre main. Pendant que Jacinthe étalait en détail l’intrigue d’une émission qu’elle avait écoutée la veille ou qu’elle racontait sans fin un rêve étrange qu’elle avait fait, Lorraine Deschênes, elle, gardait les yeux rivés à son livre en silence.

Lorraine avait fini par se faire inviter chez Jacinthe, à venir écouter Qui dit vrai? avec nous. La mère de Jacinthe avait gentiment offert à Lorraine de repriser les trous gros comme des dix cents que les mites avaient grignotés dans son chandail de laine. Les yeux de la pauvre Lorraine avaient baissé, elle avait rougi en agitant la tête de gauche à droite pour dire non. La dame n’avait pas insisté. Lorsque nous regardions l’émission, Jacinthe avait demandé à Lorraine de tenir le score sur une feuille de papier où nos trois prénoms dominaient chacun une colonne. L’idée était de faire notre propre déduction avant que l’animateur ne révèle lequel des trois invités avait dit vrai. Avant longtemps, leurs scores avaient noirci une bonne partie de la feuille et ma colonne n’atteignait même pas la moitié de la page.

Lorraine était devenue graduellement blasée de regarder l’émission.

Jacinthe et moi jouions maintenant sans tenir le score pendant que Lorraine demeurait en silence près de nous, les yeux plongés dans son livre de bibliothèque.

Rendu là –était-ce octobre?– elle m’avait rendu fou. Sous ses vêtements amples et élimés, le corps de Lorraine Deschênes ne semblait avoir aucune forme susceptible de rendre fou qui que ce soit. Le soir dans mon lit, ce n’était pas son corps que je m’imaginais, mais l’idée d’elle, asociale et mal-aimée. Son indifférence, son silence, sa fadeur me rendaient fou. Impossible à émouvoir, à comprendre, même. Le lendemain matin, je me sentais blessé, triste, comme dépossédé de quelque chose que je ne pouvais pas vraiment définir.

Lorraine Deschênes vivait dans un cul-de-sac, une maison de papier-brique qui tenait de peur. Un jour, je lui ai demandé si elle voulait qu’on marche ensemble jusque chez elle pour le retour mais la mère de Jacinthe Dubé n’en entendait pas ainsi. Elle venait toujours nous reconduire dans sa voiture après notre Qui dit vrai? quotidien avec sa fille. Sur la route, elle s’était étiré le bras vers le coffre à gants. Elle en avait sorti une poignée de barres au granola qu’elle avait tendues à Lorraine sur le siège arrière, avait observé sa réaction par le rétroviseur. Pour éviter les questions et les supplications, Lorraine avait dit oui de la tête, elle les avait prises et rapidement mises dans son sac d’école. Puis elle avait voulu descendre de la voiture en même temps que moi, devant chez moi. La mère de Jacinthe n’avait pas osé poser de question et j’étais descendu avec Jacinthe.

Pour aller jusque chez elle, nous avions coupé à travers le petit bois. La mousse avait commencé à sécher et craquait sous nos pieds. C’était un peu comme marcher dans un bol de chips. Nous ne parlions pas. Au bout du sentier, on pouvait voir la lumière dans les fenêtres des maisons qui faisaient dos au bois. Pas assez pour distinguer ce qui se passait vraiment dans les maisons. Une ombre qui passe, une silhouette qui nous observe peut-être par une fenêtre pendant que nous continuions notre route.

Nous avions fait le même manège une semaine. Puis, elle me laissait simplement à la porte de la clôture chez moi et continuait son chemin vers le fond de la rue. Puis un bon jour je lui ai demandé d’entrer. Il était 4 heures. J’avais la maison à moi seul pour au moins une heure et demi. Nous étions à la table de la cuisine à boire du Kool-Aid sans sucre. Je dessinais lentement une ribambelle sur le bord d’une serviette de papier avec les petites gouttes qu’elle échappait à chaque fois qu’elle sapait le breuvage amer. La lumière de fin de journée était glauque et jaune.

–“C’est vraiment propre dans ta maison”, avait-elle dit. Elle était assise les deux mains jointes entre ses cuisses et ses yeux scrutaient les lieux alentour. Elle avait l’air d’une religieuse, sa pose, et ses lèvres étaient tachées rouge foncé par le Kool-Aid.

Elle avait pris une grande lampée.

Je l’observais, fasciné, mais elle ne me regardait pas. J’ai attendu que son verre soit vide et ensuite j’ai allongé mon corps au-dessus de la table et je l’ai embrassée. Elle avait entrouvert ses lèvres, acceptant apparemment mon baiser. J’avais gardé les yeux ouverts, elle avait fermé les siens. Son visage était tellement immobile qu’on aurait cru, avec ses yeux fermés, qu’elle dormait. Mais sa langue se laissait patiemment tourner alentour de la mienne. Le baiser morne n’en finissait plus de finir jusqu’à ce que la salive s’accumule dans nos gueules au point de devoir l’avaler.

On est restés assis sans parler. Après un moment il me semblait que tout ce qui s’était passé entre nous avait été un bref moment de silence, lancinant.

Un jour que Lorraine était absente de l’école, malade, Jacinthe avait décidé de me raconter son histoire. Du plus loin qu’elle se rappelait, elle avait été infirme. Elle se rappelait que sa condition s’aggravait tout le temps un peu. Elle avait fait de longs séjours à l’hôpital, puis dans des centres de réadaptation où on lui faisait essayer toutes sortes d’appareils, on la faisait s’exercer à bouger dans ses carcans de métal. Quand elle avait été assez vieille, sa mère lui avait dit que les médecins ne pouvaient rien faire pour elle, même son père qui était médecin lui-même. Elle devait faire très attention à elle parce que son handicap n’allait que s’aggraver.

Nous étions assis dans la salle à dîner des élèves lorsqu’elle avait décidé de me raconter son histoire. La cloche avait sonné au mauvais moment. Le bruit de chaises qu’on tire et qu’on repousse, les éclats de voix, les rires des élèves excités.

–“Je peux encore me déplacer un peu, mes bras ont encore un peu de force, j’ai toute ma tête et mon coeur aussi, mais bientôt je ne pourrais même plus te prendre dans mes bras si je le voulais”, avait-elle eu le temps de dire, ses yeux humides qui regardaient dans le vide, avant que le vieil homme ne se pointe pour la ramener en classe. Le malaise que sa condition m’avait fait ressentir au premier jour revenait, seulement gros comme un bulldozer qui m’écrapoutissait le coeur.

Les semaines avaient passé. C’était devenu une routine, après le Qui dit vrai? chez Jacinthe Dubé, Lorraine et moi marchions vers ma maison. Nous nous embrassions dans le salon les rideaux fermés. Ces baisers mornes étaient la seule chose qui nous unissait vraiment. Elle n’avait pas soudainement commencé à faire la conversation avec moi, ses yeux comme des billes n’avaient pris aucun éclat particulier, nous ne nous tenions pas par la main en marchant dans les corridors de l’école ni bras dessus bras dessous dans la rue. Même seuls, nous nous touchions à peine. Si une seule personne l’apprenait, toute la ville le saurait, incluant la pauvre Jacinthe. Cette pensée m’effrayait. Jacinthe serait toujours une innocente fille, pauvre Jacinthe. Le savoir achèverait de la détruire, briserait notre trio amical et la laisserait seule avec elle-même. Lorraine Deschênes et moi lui cachions toute la vérité. De nous trois, il n’y avait plus que Jacinthe qui disait vrai. Elle avait quand même perdu.

Lorraine acceptait toujours mes baisers, mais je ressentais toujours que c’était moi qui lui faisais quelque chose, qu’elle me laissait faire. Une fois, j’avais embrassé son lobe d’oreille puis je me faisais un chemin de petits baisers jusqu’au petit trou au creux de son cou, mais elle n’avait jamais bougé ou murmuré, sa respiration n’avait jamais bronché. J’avais cherché ses petits seins en tâtonnant à travers son épais chandail de laine. J’avais taponné la fourche de ses épais pantalons en corduroy. Elle m’avait laissé faire, les bras pendants de chaque côté de son corps le visage éteint. Et quand c’était le temps de partir, elle se levait et quittait par la porte de cuisine sans rien dire et je la regardais s’éloigner par la fenêtre au-dessus du lavabo. Elle soulevait les épaules et on aurait dit que sa tête essayait de s’enfouir dans son corps, son corps semblait se replier sur lui-même comme si une grosse grêle tombait, comme si tout le malheur du monde s’abattait sur elle. Fadasse comme un biscuit soda sans sel, asociale et pauvre. Mais en santé, elle.

Rien ne vient jamais avec tout, faut croire.

Flying Bum

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Annus (avec deux “n”) Horribilis

Contribution de votre humble serviteur à l’Agenda Ironique de décembre 2020 – Les régionalismes, sous le thème Annus Horribilis.

Cessez de vous plaindre immédiatement, foule accablée par le confinement et toute cette sorte de choses. Comment ne pas décerner la palme de la plus-plus Annus Horribilis 2020 à la pauvre Britnée Spire qui en colle une treizième de suite! Voyez par vous-mêmes.

En février, elle fracassait le record de la grande Liza Minelli en amorçant rien de moins qu’une vingt-deuxième descente aux enfers. Un peu distraite dans la descente, Britnée rate la première marche et déboule l’escalier sur les fesses jusqu’à un Lucifer ébaubi par tant de chairs flasques. Les premiers secouristes ont témoigné à l’effet qu’après s’être rasée à nu le “paradis perdu” devant le pauvre diable, Britnée aurait tenté d’éteindre la passion vive de Lucifer en aspergeant généreusement sa bizoune enflammée avec un extincteur chimique. On ne rapporte que quelques oedèmes dans la zone fessier de la chanteuse et des brûlures légères autour de sa noune et de sa bouche. Les témoins ignorent totalement si la vedette déchue avait tiré le diable par la queue. Il faudra attendre les tests d’urine pour confirmer ou infirmer la venue éventuelle d’un neuvième poupon de père différent pour la charmante Britnée.

–“Tabarnak!”, aurait été le seul commentaire de Britnée.

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En avril, elle apprend qu’elle se voit retirer la garde légale de son huitième fils issu d’un coït qu’elle a toujours considéré comme accidentel avec un illustre inconnu. L’individu de race louche l’aurait en effet prise en levrette par surprise dans une cabine d’essayage du rayon des cache-mamelons en paillettes du Walmart de Las Vegas. L’homme réclame aujourd’hui la coquette somme de 10,000$ US par mois à titre de pension alimentaire pour le poupon. Ceci s’ajoute à une liste déjà longue de pensions que la pauvre Britnée verse aux pères connus et inconnus de sa vaste progéniture. Toujours sous la tutelle légale de son père le barbarissime Jamie Spire, dit le père Spire, la pauvre Britnée voit fondre sa fortune comme neige au soleil sans pouvoir intervenir. –“Je me sens comme une truite sur l’asphalte”, aurait-elle déclaré aux journalistes rajoutant : –“Pour combien de ces petits cons Spire vais-je devoir payer?”

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En mai, Britnée se voit refuser l’accord de son père pour son mariage avec un certain Sam Pick qu’elle a rencontré sur le tournage du clip de son dernier hit : “Merde je me suis encore pissé dessus”. Sam est le premier témoin du combat mené par sa chérie pour s’extirper de la tutelle de son père amorcée en 2008 lors de la sortie de Britnée de l’hôpital psychiatrique. Sam Pick, commentant les capacités mentales de son futur beau-père, déclarait dans un late-show à la télé américaine : –“C’est sûrement pas lui qui a fait le trou dans la pissette des brulots”, ce à quoi Britnée aurait spontanément rajouté : –“Y sort pas de colombes du cul d’une corneille.” En fin d’entrevue, sympathisant avec l’animateur qui avouait revenir tout juste d’une cure de désintoxication, elle aurait déclaré : –“Ah bon, je suis sobre moé-si, ah moé-si, ah moé-si, ah moé-si, ah moé-si . . .

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En septembre, ses avocats du cabinet Bobette, Éclair et Sans-Génie obtenaient une injonction interlocutoire pour faire cesser les activités de sa sœur Alex Spire et son frère Alain Spire qui la gardaient captive dans le sous-sol d’un bungalow d’Apache Jonction, Arizona. Les malfaisants lui laissaient cruellement pousser les ongles d’orteils pendant des semaines, puis les coupaient en multiples rognures et en faisaient le commerce sur le Dark Web. Pour un peu plus de 1,000 euros, les clients du site Fétichissizismezes recevaient quelques rognures d’ongles de la célèbre chanteuse, une photographie des pieds de Britney et un flacon de 50 mL du fameux lubrifiant intime commercialisé par elle dans sa collection de cosmétiques Trans Spire. Au moment de sa libération par les forces policières, Britnée répondait à une question de la presse locale qui l’interrogeait sur les sévices qu’on lui aurait fait subir : “Quand ils me coupaient l’ongle de la petite orteil trop court, ça faisait tellement mal,  j’avais l’impression que le cœur me battait  dans l’trou d’cul.”

La sœur et le frère de la chanteuse ont été libérés avec promesse de comparaître et on peut certainement se demander à cause que des individus peuvent faire simple de même. Britnée a décrit en long et en large ses souffrances atroces pour le plus grand plaisir de ses fans sur le plateau d’Hélène Dégénérée.

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En octobre, après que la police de Los Angeles eut découvert pas moins de neuf corps de paparazzis l’abdomen transpercé par des parapluies, la célèbre chanteuse a été arrêtée et interrogée longuement sans le moindre mandat. Des témoins auraient aperçu sur au moins trois des scènes de crime, une femme sans cheveux fuyant les lieux à bicyclette SANS MÊME TENIR LES GUIDONS avec un bambin sur les épaules, mettant délibérément la vie du petit en péril. Toujours emprisonnée et en proie à une sévère dépression, des armées de supporteurs ont organisé des manifestations de solidarité pour leur idole partout dans le monde scandant : LIBÉREZ BRITNÉE! La police a officiellement déclaré que son dossier d’enquête n’était pas vargeux avant de libérer inconditionnellement la pauvre Britnée qui braillait sa vie devant la presse locale. Yinke à wouèr on woé ben qu’elle est innocente.

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Finalement en décembre, Britnée fêtait son trente-neuvième anniversaire en toute intimité avec son amoureux Sam Pick et quelques dizaines de piques-assiettes à peine, confinement oblige. La star se disait plus qu’attristée de vivre la dernière année de sa jeune trentaine et à l’aube de devenir quarantenaire, elle avouait planifier une décennie sabbatique et disait vouloir retourner dans le corps de sa jeune vingtaine avec l’accord de ses médecins qui planifient une série d’interventions pour 2021. Comble de malheur, elle frappait un os dans le baloney et accouchait prématurément du fils de Lucifer, son neuvième, quel enfer! Voulant absolument offrir son dixième fils à son actuel amoureux Sam Pick, Britnée doit d’abord obtenir l’accord de son père pour concevoir son dixième enfant. On se rappelle que la chanteuse sous le joug de la tutelle légale est tenue par un décret de la cour à s’en tenir à la fellation et à la sodomie. À propos du juge qui a signé le décret, Britnée affirmait : –“C’est sûrement pas lui qui a mis le spring aux sauterelles.” Avant de rajouter : –“Y’a des coups de pieds dans le cul qui se perdent.”

Après que ses avocats du cabinet Bobette, Éclair et Sans-Génie aient réussi devant le tribunal à faire lever l’interdit de coït normal en invoquant la possibilité que son anus farme pu étanche éventuellement, la dixième grossesse était alors déjà enclenchée depuis un moment “on sait pas trop comment” aux dires d’une Britnée resplendissante qui déclarait à sa sortie de la cour : –“Y est trop tard pour serrer les fesses quand la crotte est passée.”

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Aujourd’hui, l’artiste de 39 ans semble aller beaucoup mieux malgré une repousse foncée relativement prononcée qu’elle camoufle fort habilement. Elle se bat d’ailleurs pour retrouver sa liberté et se débarrasser de la tutelle de son père ainsi que d’une cellulite pour le moins tenace. Mais le combat semble loin d’être gagné et pour nous, la moyenne des ours, dans le fond, ça ne nous fait pas un pli sur la poche.

Flying Bum

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Es-tu sérieux?

Si je dis à la “tite vingnenne” qu’elle est rien qu’une ‘ci’ pis une ‘ça’ juste pour me débarrasser de ‘ça’ dans le sens de qu’est-ce que ‘ça’ peut bien faire maintenant tout ‘ça’ je suis tellement désolé de tout ‘ça’ et que la “tite vingnenne” me gueule «ES-TU SÉRIEUX?»

Je lui réponds je pense bien mais au fond je pense à ce que je pourrais bien lui dire de plus et la “tite vingnenne” dit alors qu’il faut savoir tirer une ‘ligne’, que ‘ça’ fait du bien de démêler tout ‘ça’ justement et je lui dis quoi ‘ça’? et qu’elle répond «toute cette sorte de choses», ‘là’, tu le sais, et ensuite je lui dis que je sais comment sont «toute cette sorte de choses» quand ‘ça’ se met à chier pour que la “tite vingnenne” sente que je comprends bien tout ‘ça’ et que je suis tellement désolé pour elle qui a toujours aimé ses ‹je suis désolé› avec un ‹tellement› comme si avec un ‹tellement› viendrait automatiquement un “et maintenant, quoi?” mais à la place, la “tite vingnenne” répond «es-tu encore en train de t’excuser?» et je dis ‘quoi?’ et la “tite vingnenne” dit [c’est ‘quoi?’ tu veux dire exactement par ‘quoi?’] et je sais que je dois répondre “quelque chose” mais au lieu je dis ‘rien’ pensant qu’on est jamais assez prudent mais le dommage est déjà fait, je sens que la “tite vingnenne” rumine “quelque chose” dans sa tête de “tite vingnenne” et que le petit “quelque chose” va sortir en {“quelque chose” ‹d’autre›} et je lui dis alors que quand j’ai dit ‘rien’ ce que je voulais vraiment dire c’est ‘rien’ dans le fond et la “tite vingnenne” dit “What the fuck?” et quand je dis qu’elle confond «un rien» avec ‘rien’, elle répond que moi je confonds “quelque chose” avec ‹n’importe quoi› et je dis “oui, mais” quand la “tite vingnenne” me dit que j’aurais dû l’écouter, le “gros torrieu” aussi, et que je lui demande à lui ce qu’il lui avait dit à elle, le “gros torrieu”? et elle me demande ‘te souviens-tu quand le “gros torrieu” nous avait fait du couscous? et je dis “Fuck”, ça fait tout un ‹bail› de ça et la “tite vingnenne” me demande “Tu trouves?” et je dis qu’est-ce que ‘ça’ peut bien faire maintenant tout ‘ça’ et elle dit «toi et moi était les mêmes dans ce temps-là» et je dis on est encore les mêmes et elle dit [‘pour le “gros torrieu”, on l’était’] mais pas lui et je lui dis mais c’est pas comme ‘ça’ que tu voyais “les choses” et la “tite vingnenne” dit «la prochaine fois que je le vois, lui, le “gros torrieu” je ne vais pas me gêner pour lui dire» et je dis une bonne fois pour toutes il faut tirer une “ligne” et la “tite vingnenne” dit ‹facile quand c’est toi qui la tires, la “ligne”› et je lui dis que c’est elle qui voulait tirer une “ligne” et que c’est pas moi qui voulais arrêter le “gros torrieu” de faire des “affaires” mais ce n’est pas ‘ça’ que je voulais vraiment dire, j’aurais dû ‘rien’ dire et la “tite vingnenne” dit que je n’aurais jamais dû ‘rien’ dire au “gros torrieu” non plus c’est alors que j’ai dit à la “tite vingnenne” qu’elle est rien qu’une ‘ci’ pis une ‘ça’ juste pour me débarrasser de ‘ça’ mais c’est pas ‘ça’ que je voulais vraiment dire et je lui dis que je suis ‹tellement› désolé de tout ‘ça’ et que la “tite vingnenne” me gueule «ES-TU SÉRIEUX?»

Flying Bum

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