La mort calvaire

les dents qui claquent

les bottines élimées

pauvres pas qui craquent

la croute de la noirceur gelée

la morve colle aux moustaches

les gueux les gueuses en arrachent

deux par deux les cerises patraques

tournaillent dans la nuit de janvier

deux par deux les fous braques

braquent en vrac et sans pitié

deux par deux culs, bien au chaud

dans les gros chars blancs et bleus

les cervelles au ralenti

des grosses faces de beu

à qui on prête un bon jugement

que la raison toujours nous dément

sans peur et sans reproches

dans tous les recoins moches

promènent leurs lampes de poche

quinze-cent piastres par ci

quinze-cent piastres par là

le petit ministre joli l’a bien dit

personne dehors, va où tu voudras

les mains en l’air mon hostie

le couvre-feu pardonne pas

un péché du calvaire

pauvre gars pas de maison

traîne sa vie dehors à soir

la carcasse un gros glaçon

la misère tournée en infraction

quinze-cent piastres calvaire

coudonc, je vas prendre la prison

ma vie vaut pas trente sous

aussi bien aller me cacher

pas un vrai christ de fou

où personne oserait aller chier

à moins trente-six plié en six

où le facteur vent passe tout droit

et personne laisserait son chien là

crever pour se cacher de la police

mourir gelé dans le gros silence

la honte et l’indifférence

ça ou tuer un homme à mains nues

varger, danser et pisser dessus

la police pas de cuisse numéro 36 a rien vu

béat sans se faire la moindre bile

le petit ministre joli dort au chaud bien tranquille

la vie, hostie

mon frère, christ

la mort, calvaire

À la mémoire de Raphaël André, itinérant innu mort gelé à Montréal dans une cabine de toilette chimique pour fuir la police.

Flying Bum

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AUDIO_combo

Maintenant disponible en version audio. Interprétation vocale: Doris St-Pierre

 

Le retour de Susanna – intégrale

Ici, en Colombie-Britannique, tout le monde pense que chaque foutue montagne sur une île au large de la côte ressemble à un indien étendu sur le dos. Il y a probablement ici autant de Indian Mountain qu’il n’y a de Lac à la Truite chez nous. – You should see it on the sunset, man, so obvious. On y est, pourtant. Le soleil descend sur Keats Island, Nanaïmo sur la grande île au loin, de l’autre côté d’un bras de mer qu’on appelle Georgia et après, le Pacifique, terminus ouest d’un pays immense mais où tous les habitants ne se sentent pas nécessairement chez eux, pas égal en tous cas. Rien au monde, je le jure, ne peut ressembler à ce soleil cyclopéen et démesuré quand il pose son œil sur la crête des montagnes et descend réveiller l’orient. Rien.

Fuck la silhouette d’indien couché sur le dos, tout le monde a peur des indiens par ici et les gens en voient partout. Et des fuck’n frogs aussi, francophones du Québec, qu’on apprécie davantage à l’est qu’à l’ouest. Qu’on endure parce qu’ils se forcent à baragouiner l’anglais et qu’ils acceptent tous les sales boulots qui répugnent les petits anglos.

Là où l’astre s’en va plonger sous l’horizon, Henri et moi, deux grands voyageurs, on n’aura pas pu y aller. C’est large le Pacifique, pas facile à traverser sur le pouce. On est échoués là, à quinze-cent pieds des vagues, en haut de la côte sur la Gibson Way. Quatre, maintenant. On a trouvé deux autres fuck’n frogs qui se sont cognés le nez sur un océan plus grand que leurs rêves. À quatre-mille-cinq-cent kilomètres de la maison, tout le monde est de la famille.

On partage une petite maison qui a besoin de beaucoup d’amour et son propriétaire nous y accueille sur le bras en autant qu’on lui fournisse gracieusement cet amour si nécessaire. La liste des travaux est longue, l’ambition plutôt courte. L’herbe ici vient de Thaïlande, le haschisch d’Afghanistan. Rien à voir avec la mauvaise herbe de chez nous qu’on peut fumer à la journée longue. Reste à glander, philosopher, rêvasser devant l’océan plus bas et écouter tour à tour, inlassablement, un des deux microsillons qu’un locataire précédent a abandonnés sur place. Boire de la bière. Quatre tortues virées sur le dos.

There’s somethin’ happenin’ here
But what it is ain’t exactly clear
*

 • • •

Quand on ne s’en va plus nulle part dehors, c’est qu’on est en train de fuir par en-dedans. À l’âge tendre de dix-sept ou dix-huit ans nous étions des hommes autoproclamés à se décrotter le nez encore avec nos doigts et à aligner les mauvaises décisions les unes derrière les autres. Mais on se débrouillait avec. Dans notre humble demeure de 4 pièces, il y avait là deux chambres d’à peine cent pieds carrés chacune, un révérend presbytérien nous avait donnés quatre lits simples. La répartition facile à calculer. Nous avions décidé de séparer les paires d’amis originales. Seul mon ami Henri avec qui j’avais fait le voyage pouvait venir à bout de Sergio, un rigolo qui avait tendance à inventer les pires plans-catastrophes sous l’effet de substances, même à jeun parfois. Je serais donc co-chambreur avec Tristan, un rouquin qui ne payait pas de mine mais totalement sympathique, un tantinet rondelet et plutôt easy-going, trop parfois. Notre chambre était parfaitement carrée, dix pieds par dix pieds à vue de nez. Au départ, ça sentait comme si la chambre n’avait pas été nettoyée depuis dix ans, ce qui était probablement le cas. Ce serait mon trou à moi pour va savoir combien de temps. On a donc fait un décrottage en règle, Tristan m’avait aidé. Je réalisais ébaubi que j’aurais maintenant à partager mon intimité avec un pur étranger. Peu importe ce à quoi j’aurais pu m’attendre, jamais ça ne ressemblait à ça. Déjà, les présentations…

– “Salut, je m’appelle Tristan, je viens de Pointe-aux-Trembles”, avait-il simplement dit. Oui mais encore?, avais-je pensé dans ma tête de linotte avant de me présenter à mon tour. Et les présentations avaient alors pris une tournure tout à fait burlesque et mémorable lorsque nous avions pris possession de notre chambre. – “Ça te déranges-tu si je dors tout nu? Si je me crosse des fois?J’ai horreur de me masturber sur la bol ou dans le bain.” Avec Tristan, on ne s’enfargeait pas dans les fleurs du tapis, c’était assez direct et spontané. – Tant que t’as pas besoin d’un coup de main de ma part, lâche-toi lousse mon homme. Ma réponse l’avait fait sourire. – T’inquiètes, ch’t’aux femmes, pas de danger.”, avait-il conclu.

 • • •

Les jours passaient penauds bien qu’au début c’était un peu particulier de vivre dans une telle promiscuité avec lui. Sa petite routine du soir qui faisait couiner les ressorts de son matelas, le clapoutis de son sperme qu’il lançait sur le côté de son lit et qui atterrissait sur le linoléum, pour ne pas salir ses draps, disait-il. Les soirs où il tenait la grande forme, à en juger par ses gémissements, je remontais mes draps jusque sur mon nez pour être certain de ne pas devenir une victime collatérale de son tir groupé. Après un moment on s’y fait, on se fait à tout. Tout le monde voyageait tout nu à l’heure du lit et faisait ce qu’il avait à faire, quoique cela puisse être. Moi pareil. Les beaux soirs, Tristan, moi et les autres on sortait veiller au pot-à-feu, au quai en bas de Gibson Way écouter les gratteux de guitare et fumer des choses avec eux, faire une petite partie de billard au village. Les soirs frisquets, Tristan nous faisait un concert d’harmonica dans la grande véranda. Ou on restait simplement couchés sur le dos dans notre chambre à se geler la fraise et se conter des peurs. Plus tard, une bière ou huit à l’hôtel de Sechelt les samedis soir. La place était carrément divisée en deux sections, autrefois une section pour les hommes et les femmes accompagnées et l’autre section pour les hommes seulement, comme nos vieilles tavernes d’antan. Maintenant c’était plutôt les canados blancs anglophones d’un côté, les indiens et les québécois francophones de l’autre. Quand en fin de veillée le bordel poignait sévère à la grandeur de l’hôtel et qu’il se mettait à pleuvoir des taloches, je vous jure qu’on était bien heureux de se trouver du côté des indiens.

There’s battle lines being drawn
And nobody’s right if everybody’s wrong
Young people speakin’ their minds
A-gettin’ so much resistance from behind

I think it’s time we stop
Hey, what’s that sound?
Everybody look what’s going down*

Un soir, après un de ces mémorables galas, après m’avoir diplomatiquement demandé ce que j’en pensais, Tristan avait offert le gîte à une mignonne demoiselle shíshálh, un projet qui me semblait un peu démesuré par rapport à la proximité mais surtout par rapport à la largeur de nos lits. Ce soir-là, j’ai longuement veillé dans la cuisine. Puis, les fesses en feu victimes de nos vieilles chaises de bois et les yeux qui fermaient tout seuls, je me suis discrètement glissé dans mon lit. Tristan la tournait toujours comme une crêpe dans tous les sens, la longue gymnastique en solitaire de Tristan valait à la demoiselle autant de parades sur Broadway qu’une jeune fille pouvait en espérer. Et elle chantait fort dans la langue shashishalhem. Lorsque la tempête s’est calmée, j’ai osé sortir la tête de sous mes draps et respirer un peu. Les deux comparses d’Éros étaient assis côte-à-côte sur le lit appuyés sur le mur du fond, nus et visqueux comme à leur premier jour, et fumaient une clope les chevelures et les visages totalement déconstruits. Tristan, spécialement, avait l’air d’en découdre. Le même disque avait joué et rejoué tout le long je ne sais plus combien de fois. Je réalisais ébaubi que la fille me tournait maintenant des yeux de biche. Tristan écrasait lentement sa clope, il m’a regardé et m’a demandé sans même rire un peu : –“T’as veux-tu? Est ben fine mais ch’pus capable!”

Un long automne à l’autre bout du pays à se sustenter de macaroni-soupe-aux-tomates, de bière, à fumer le thaï stick, pas de téléphone, pas de télé, pas de radio, et deux seuls longs-jeux à écouter en boucle mais je ne m’étais jamais senti aussi vivant. Je n’ai jamais revu mon singulier co-chambreur depuis. Bien loin tout ça maintenant mais chaque fois que j’entends une toune de Buffalo Springfield, je ne peux m’empêcher de penser à lui et vous ne pouvez pas savoir comment ça me fout les boules.

• • •

J’ai eu la chance de ne jamais en avoir, une chance que Susanna n’en espérait pas moins. Trop jeune, elle aimait beaucoup trop les hommes. Elle fumait beaucoup trop de thaï stick. Voulant se jeter sur les rails, elle avait tout confondu dans la noirceur du soir et à marée basse s’était échouée en bas du quai dans deux pieds de vase. Ce soir-là, nous traînions sur le quai, Henri, Sergio, Tristan et moi. Tristan, véritable radar à femmes, l’avait vue venir de loin et l’observait ponctuellement du coin de l’œil depuis un moment.  – “Calvaire, qu’est-ce qu’elle fait là?”, avait-il crié en la voyant sauter en bas du quai. Il s’était élancé vers elle à travers le varech échoué et les vases gluantes de la marée basse. Tristan l’avait tirée de sa fâcheuse position et avait ramené la frêle jeune fille dans ses bras dans notre maison plus haut sur Gibson Way.

Susanna avait troqué son corps maigrichon contre une pleine barge d’illusions, dompée sur elle par un beau touriste de passage et elle portait maintenant son enfant. Tristan et elle avaient définitivement besoin d’un bon bain chaud, ils puaient le diable tous les deux. Sans aucune espèce de pudeur inutile, chose que Tristan ne connaissait pas de toutes façons, il l’avait déshabillée et avait fait de même. Elle n’était pas du tout farouche dans les tristes circonstances. Il l’avait tout bonnement suivie dans le bain pour soigneusement les débarrasser tous deux de l’odeur de poisson, de vase et de varech. Et lui donner une chance de se réchauffer. De raconter son histoire.

Grand conciliabule dans la cuisine. Pendant qu’Henri préparait du thé bien chaud et cherchait de quoi la faire grignoter, je m’occupais de mettre les vêtements de Tristan et de Susanna dans la laveuse. Sergio se roulait une clope au bout de la table, incapable de la moindre occupation domestique. Je suis ensuite allé chercher la robe de chambre de Tristan et la mienne pour leur sortie du bain. Maintenant réunis tous ensemble autour de la table, sirotant un thé bien chaud et bien enveloppée dans ma robe de chambre, Susanna pleurait sa vie, ses petites épaules assaillies par des soubresauts incontrôlables. Il n’était pas question qu’on la laisse repartir.

Susanna était une employée de maison chez un riche villégiateur de la côte et on l’avait remerciée dès que sa condition était devenue visible. Tout son bagage était dans des casiers consignés au terminus maritime du traversier de Langdale. Tristan, entre autres stratégies, revendiquait le droit de voir personnellement à sa protégée. J’ai cédé mon lit à la pauvre fille et j’ai dormi dans l’horrible divan bancal du salon. Le lendemain, nous l’avons accompagnée à la gare maritime récupérer ses choses et ensuite nous sommes allés au sous-sol de l’église presbytérienne chercher un autre lit pour moi. Un bon trois heures de marche.

Tout l’automne et une partie de l’hiver, nous avons appris à la connaître. Elle était une jeune femme adorable. Tristan en prenait le plus grand soin et avait mis un terme temporairement à sa gymnastique du soir, ou il allait faire ça ailleurs quelque part et se gardait bien d’incommoder Susanna d’aucune façon. Nous l’avions nourrie, dorlotée, déniché pour elle et le petit tout ce dont ils pourraient avoir besoin. Tristan s’attardait patiemment à lui apprendre des rudiments de français. Après un temps, elle nous avait pondu un garçon minuscule comme sa mère et mignon comme tout. Susanna lui avait donné nos quatre prénoms en signe d’affection. Mais nous l’appelions tous tendrement la petite échalote. Mine de rien, un si petit enfant avait transformé notre piaule de marginaux en un foyer particulier. Les travaux avaient maintenant pris un rythme de croisière qui faisait la joie du propriétaire qui débarquait parfois avec des choses pour le petit et sa mère. Drôle de famille quand même.

• • •

La véranda avant était maintenant trop froide pour continuer d’y installer l’échalote qui s’enrhumait à rien. Mais Susanna l’y installait quand même, bien emmitouflé dans les doudous de son petit ber. Quand la petite échalote avait de la difficulté à s’endormir, Tristan lui jouait de l’harmonica magique et le petit partait rejoindre les anges. Susanna allaitait toujours l’échalotte, les laits synthétiques étaient hors de prix pour son budget de misère. Elle essayait de fumer le moins de cigarettes possible, Susanna se demandait si c’était vraiment néfaste de fumer tout en allaitant l’échalote. O tempora, o mores. Le petit n’avait pas beaucoup d’appétit. Elle se demandait aussi si c’était indiqué de continuer à prendre sa teinture de lobélia, un produit naturel pour son asthme mais qui semblait constiper le petit. Elle mangeait continuellement du kale et du chou rouge pour essayer de le débloquer. Il faudrait bien qu’elle voit un médecin maintenant, mais aussi de façon régulière, mais les soins et les médicaments étaient toujours hors de prix.

Tristan s’était trouvé du travail à contrat à Vancouver, plutôt payant, on l’appelait de façon de plus en plus régulière compte tenu de son talent assez exceptionnel. Il tournait des scènes porno. Il n’avait qu’une seule idée derrière la tête, le confort matériel de Susanna et de la petite échalote. Susanna nous laissait toujours s’occuper d’elle et du petit mais recevoir de l’argent directement l’indisposait toujours. Elle considérait qu’on faisait bien plus que notre part pour elle et l’échalote et que bientôt elle pourrait retrouver un emploi et pourvoir à leurs besoins. Elle harcelait Tristan qu’il la recommande à ses producteurs de films olé-olé mais non seulement son physique était-il plutôt ingrat pour le travail mais pour Tristan, il était hors de question que tout salaud d’acteur porno ne mette ses pattes sur elle. Susanna était tout le temps sur le cas de Tristan et à force d’insister, il lui avait obtenu quelques contrats comme fluffer. Une fluffer est la personne qui, dans l’industrie, est chargée d’initier et d’entretenir entre les scènes, avec ses mains, la vigueur des acteurs masculins. Il n’était pas question, par contre, que Susanna travaille sur les mêmes scènes que Tristan, il avait été formel là-dessus. C’était un boulot étrange mais assez bien payé. Lorsqu’elle avait des mandats, Tristan tenait à l’accompagner en ville et voyait de près à sa protection. Henri et moi nous occupions de l’échalote maintenant au biberon et aux purées.

Le petit ne manquait plus de rien et grandissait à un bon rythme mais n’était toujours pas très enveloppé. Henri, intello incorrigible, s’assurait de lui enseigner des choses bien au-delà de l’entendement d’un garçon de six mois mais le petit était très allumé. Moi j’observais l’océan, les cachalots, les grands et les petits bateaux, les beachcombers qui ramenaient leurs énormes billots, en berçant le petit sur la véranda, je m’occupais aussi des sales boulots qui viennent avec un poupon aux couches.

Puis un jour, un bel acteur porno hindou nous avait volé le coeur de sa mère. Susanna le voyait dans sa soupe, son bel oriental aux belles manières. Après un temps, le bellâtre s’était trouvé un agent et était régulièrement appelé à Bollywood, nouvelle capitale du cinéma indien encore naissant, où il n’avait plus à se mettre tout nu et baiser des actrices, la plupart lesbiennes par dégoût et désagréables au possible. Susanna tournait en rond comme un ours en cage lorsqu’il partait tourner aux Indes. Son bel acteur faisait des tabacs dans son pays, beaucoup de fric, et elle était finalement partie avec lui et l’échalote s’installer à New Delhi.

• • •

Une nuit sombre sans lune, un village désert, une pluie froide de l’ouest qui nous pourrissait la vie d’octobre à février. Tout ce que j’avais pu trouver, une grosse bicyclette de livraison qui passait ses nuits appuyée sur le mur de la petite épicerie du village. Il ne faisait aucun doute que si la patrouille de la GRC était passée par Gibson Way cette nuit-là, les agents se seraient tapés chacun une belle thrombophlébite. Je m’arrachais le coeur et les tripes sous la grosse pluie battante à grimper la côte en poussant de peur et de misère les guidons du gros bicycle volé, Tristan écrasé dans le panier, les jambes et les bras ballotant de chaque côté, sa carcasse molle et ses fringues empestant le poisson, la vase et le varech. Ça ou un cadavre repêché dans un marais, pareil. Il avait passé une bonne partie de la nuit à jouer de l’harmonica magique au bout du quai sous la pluie mais ni l’échalote ni Susanna n’étaient revenus l’écouter. Je l’ai trouvé couché sur la grève, inconscient et empestant l’alcool. Je l’ai ramené à la maison et je me suis occupé de lui. Encore une fois. Et d’autres fois encore.

• • •

On avait tout réaménagé comme avant, avant Susanna, avant la petite échalote. C’était mieux ainsi pour tout le monde, spécialement pour Tristan. On était aussi redevenus co-chambreurs, comme avant. Mais jamais plus vraiment comme avant. Tristan ne sortait plus de la maison et c’était très bien ainsi pour lui, pour moi aussi. Il s’investissait avec zèle dans les travaux de rénovation qui achevaient maintenant et nous entraînait avec lui dans son bel empressement au travail. On aurait pu croire qu’il préparait la maison pour le retour de Susanna. Nous voyions venir le jour où la maison serait entièrement Spic’n Span et que le propriétaire voudrait récupérer un retour sur son investissement, nous voir partir.

Au début, quelques lettres, quelques nouvelles de Susanna et de l’échalote étaient venues sporadiquement. Puis, plus rien. Le temps dans sa course aveugle finit toujours par guérir un tant soit peu les blessures des uns et des autres, pousser encore et toujours les rêveurs vers de nouvelles aventures, ramener les plus nostalgiques chez eux.

J’ai réussi à convaincre l’aide sociale de m’offrir le billet de train et je suis revenu le premier à la maison, pas nécessairement guéri de la peine d’amour et de la crise existentielle profonde qui m’avaient poussé vers l’ouest. Mais j’ai bien appris ma leçon. On n’oublie les chagrins les plus cruels qu’en les remplaçant par de bien pires encore. Je sais pour les avoir croisés occasionnellement que Sergio et Henri sont rentrés un peu plus tard dans le même hiver. Je n’ai plus jamais revu Tristan.

À l’échelle du cosmos, une ridicule nanoseconde aura fait de nous des hommes à la tête blanche pleine de toutes les nostalgies du monde, le coeur toujours capable de s’enflammer encore et encore quitte à se brûler comme de stupides papillons sur les lampes à l’huile.

• • •

Toujours, les gens là-bas pensent que le soleil couchant dessine dans le ciel la silhouette d’un indien couché sur le dos. Et l’indien leur cache encore et toujours l’essentiel. En bas de Gibson Way, au bout du quai du bout du pays, chaque soir que l’éternité ramène, l’astre du jour descend se faire l’œil de feu d’un cyclope géant qui offre le plus hallucinant des spectacles ne serait-ce que pour un seul vieil homme assis là, contemplatif, les pieds pendant au-dessus de la vague. L’œil immense aux couleurs de braises descend toujours là où bien d’autres avant et après nous n’auront jamais eu la grâce de mettre les pieds, butés sur l’immensité du Pacifique qui aspire les rêves dans ses marées incessantes. L’astre disparaît sous l’horizon pour aller réveiller d’autres rêves d’orient, les îles chaudes et enchanteresses de Gauguin, ses merveilleuses thaïtiennes, les bienveillantes geishas du Japon, les grands maharajas, tout l’or de la Birmanie, la grande muraille et les trésors persans, les hommes superbes enturbannés sur leurs chameaux, les femmes fabuleuses rivalisant de grâce et de beauté, leurs enfants aux yeux de lumière. Une petite échalote métamorphosée sous le ciel de l’Inde en un homme superbe, fort et grand, qui porte encore mon prénom et celui de mes amis, sa mère Susanna qui a tendrement veillé sur lui.

Toujours, en bas de Gibson Way, au bout du quai du bout du pays,

chaque nuit un vieil homme souffle dans son harmonica,

attend toujours le retour de Susanna.


Flying Bum

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*For what it’s worth, Buffalo Springfield, Stephen Stills (auteur-compositeur)

Éclairs de grille-pain (2)

C’est ce qui se produit si on échappe une rôtie enduite de confitures sur les deux côtés. Vous l’aurez appris ici.


Comme un salmigondis, tutti-frutti. Vendredi. Ici, de tout et de rien, ce qui vient à l’esprit lorsque le nez totalement séduit par l’odeur de pain grillé, debout devant le grille-pain, on attend. Temps mort. Craque dans l’espace-temps. L’esprit s’éparpille en tout sens. Et on attend. Et l’esprit déraille. Un moment traverse le cortex. Et dès que, ô joie, sautent les deux belles tranches bien grillées, toutes ces pensées ébouriffées fuient vers les limbes désennuyer les petits bébés pas baptisés. En voici encore une fois, interceptées à temps juste pour vous, fidèles lecteurs. Vous me remercierez lundi.


Orgasme : C’est lorsque les circonstances nous empêchent de l’atteindre que l’on peut réaliser totalement toute l’ampleur de la nécessité de l’orgasme.


Idiobiographie : Choses que vous ne voulez probablement pas savoir de moi. On a déjà traité celui qui écrit sur lui de suiloque. Je sui-suiloque.


Parlant de suiloque, Rousseau : (Jean-Jacques, pas Stéphane) Si pour égayer sa vieillesse J.J. avait besoin de se rappeler le souvenir de ses premières années, ne pouvait-il pas se procurer cette satisfaction sans importuner les lecteurs de bagatelles qui n’ont pour eux aucun intérêt? Ne pouvait-il pas rire tout à son aise du tour qu’il a joué à la vieille Clot, en pissant dans sa marmite, sans informer le public d’une pareille circonstance? Et où en serions-nous si chacun s’arrogeait le droit d’écrire et de faire imprimer tous les faits qui l’intéressent personnellement, et qu’il aime à se rappeler? (Critique de l’Année Littéraire sur Les Confessions de Rousseau)


Terreur : je ne connais pas l’origine de mon mal et je ne me rappelle plus lorsque cela a commencé. J’ai peur du courrier. Tout se passe au niveau de l’abdomen, une pression monstre. Je crie, j’implore une anesthésie générale lorsque la palette rouge se dresse au-dessus de la boîte aux lettres. La vie est fuck’n cruelle parfois. Ignorez toutes ces enveloppes qui vous réclament toutes votre pécule chèrement gagné. Ne jamais ouvrir ces enveloppes. Ces idiotes ne font que tenter de vous effrayer en changeant de couleur de mois en mois.


Anatomie : Mon coeur héberge quelques passagères éternelles ramassées au passage sur mes parcours amoureux. J’ai un drôle de pressentiment. Je crois que je vais me trancher les chairs du torse, scier les côtes et gratter chaque couche de viande de mon organe cardiaque jusqu’à ce que je les atteigne. J’ai besoin de savoir si elles se sont mises à comploter contre moi là-dedans.


Carpe diem : Si votre œil est incapable de percevoir toute la beauté dans l’insignifiance de l’existence, la plupart de vous jours sombreront définitivement dans l’oubli. Prenez des notes.


Intermède théâtral.

UNE HISTOIRE D’AMOUR

Pièce en un seul acte.

Dans la chambre à coucher d’Évelyne

Lumière

2050 après Jésus-Christ, le sexe se pratique maintenant sans contact. Évelyne est au lit. Entrée de Lothaire – il s’asseoit près d’Évelyne sur le lit. Évelyne et Lothaire bipent une fois chacun. La transaction est complète. Ils vapotent. Évelyne se demande ce que goûte Lothaire. Elle s’imagine que son goût doit s’apparenter à l’odeur d’une savonnette à l’avocat qu’elle a déjà utilisée. Lothaire songe au climat éternellement changeant, inquiet.

Sortie de Lothaire.

Évelyne publie un long billet à propos de Lothaire sur son blogue. Lothaire ne lit jamais le blogue d’Évelyne.

Lumière

Rideau.


Cornichons dans le vinaigre : J’ai récemment réalisé que je ne détestais plus les cornichons dans le vinaigre. Comme la vie est espiègle. Je me suis surpris à ne pas les enlever s’ils faisaient déjà partie de la recette d’un burger du commerce mais je ne crois pas avoir atteint le point où j’en croquerais un frais sorti de son bocal, la ressemblance à un aquarium surpeuplé de batraciens étranges probablement, ou de demander spécifiquement à un grand chef d’en rajouter à un plat quelconque, à l’exception peut-être des jours qui nécessitent un geste particulier pour s’extraire de l’insignifiance de l’existence et qui demandent à se démarquer des hiers et des lendemains en tout point semblables, cette différence fût-elle si mince, verte, marinée et tranchée finement.


La baffe: Arrivé dans la grande ville en septième, mon père m’avait inscrit dans une école des frères maristes. Totalement inconnu du frère Côté, premier jour de classe. Lui non plus je ne le connaissais pas. À la prise des présences, par ordre alphabétique, un Saint-Amant, un Saint-Onge et moi un Saint-Pierre. Une passe sur la palette. Abandonner un gigot au chien, c’est pareil.

Ah oui, ânonnons!

Saint-Amant . . . présent.

Saint-Onge . . . présent.

Saint-Pierre . . . priez pour nous.

Réception du gag, nada. Le frère s’avance calmement dans le rang jusqu’à moi, stoïque. La baffe est partie, vous ne croiriez même pas la force que l’ecclésiastique y a mise. Pas tous des amateurs de petits câlins, les frères maristes, je vous jure.


Paternel : J’ai longtemps pensé que mon père était pathétiquement égocentrique, absent à ses fonctions d’éducateur et sans aucune espèce d’affection pour ses enfants (moi), depuis j’ai réalisé qu’il était un humain, et par définition, les humains n’ont généralement aucune espèce d’idée de ce qu’ils font.


Une pour monsieur Freud : Tant qu’à être dans la famille et les blessures profondes de l’âme, ma mère avait un chaudron en aluminium mince, cabossé et noirci à l’usure, l’usure étant due à la préparation d’une quantité impressionnante de batch de popcorn au beurre. Ma mère, pour des raisons intimes restée inconnues à ce jour et qui l’ont suivi dans la tombe, ne partageait JAMAIS son popcorn avec ses propres enfants, marâtre. C’est même passé dans les gênes de la famille. Lorsque quelqu’un pige dans MON bol de popcorn, mon ADN en entier s’excite, mes yeux s’exorbitent, j’ai le goût de tuer.


Pointillisme (Qué Seurat, Seurat) : Je crois que la scène de Ferris Bueller’s Day Off où le personnage Cameron souffre d’une puissante et intense angoisse existentielle à admirer la mâchoire pendante une toile pointilliste, a été placée dans le long-métrage seulement pour que le cinéphile dont le cerveau accroche maladivement à cette scène, procède à sa propre angoisse existentielle devant la scène, se sente comme s’il était la seule personne au monde qui ait vu ce film et qui s’émeuve spécifiquement de cette scène. Vous me suivez?


Parler de soi, quelle vilaine chose : Pourquoi Rousseau parlait-il si longuement de lui, ses motifs comme les miens ne sont pas aussi clairs à moi-même que je ne me l’étais figuré avant lui. Victor Hugo, par contre, dans ces dernière paroles de Gavroche, parlait assurément de moi.

On est laid à Nanterre,

C’est la faute à Voltaire,

Et bête à Palaiseau,

C’est la faute à Rousseau.

Je ne suis pas notaire,

C’est la faute à Voltaire,

Je suis petit oiseau,

C’est la faute à Rousseau.

Joie est mon caractère,

C’est la faute à Voltaire,

Misère est mon trousseau,

C’est la faute à Rousseau.

Je suis tombé par terre,

C’est la faute à Voltaire,

Le nez dans le ruisseau,

C’est la faute à… (Gavroche meurt)


Je ne crois pas avoir entendu le petit craquement caractéristique du sceau de sécurité qui doit se rompre à l’ouverture de mon flacon d’antihistaminique. Ceci pourrait fort bien être mon dernier texte.


Flying Bum

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Ô Dambala


On n’était jamais vraiment

devenus de vrais grands,

avant de s’éveiller hors du temps,

MMMéchevelés, quatre heures du matin,

ciel pourpre de Pétionville,

une urgence brûlante

MMMqui n’admet ni résistance

MMMni réplique,

trois mille kilomètres au sud du néant blanc.


Tourner, retourner deux corps,

MMMpris aux cordes comme des pantins,

manipulés sauvagement

MMMppar la main chaude des tropiques,

emportés aveuglément.


Alors,

MMMtout cela était la vérité,

MMMtoute la vérité.

Maintenant,

MMMau diable déportée,

MMMle temps, le vent, la mort,

MMMla menace de l’oubli.


L’entièreté de ta peau

MMMrevient s’étendre sur ma mémoire,

un mirage que je rêvais d’aimer

MMMoncques ne seras-tu sereine.


Amour, ô combien

MMMla maison perd ses couleurs

MMMquand raide comme soudain

MMMla stupeur vient effacer les heures à venir.


Chaque jour j’enfonce

MMMdes aiguilles dans le Dambala.

Chaque matin au loin

MMMj’entends battre les tams-tams.

Chaque nuit au bord

MMMdes rivières et des sources,

MMMdans mes rêves saignent des coqs.


Toujours je me résigne,

MMMles passés ne sont pas tous narcotiques,

MMMdes qui sèment sur le présent l’amertume,

MMMdes qui y versent leurs élixirs toxiques.


Dans un grabat de touriste,

MMMj’ai appris que la mort serait vivable,

MMMle futur radieux même si le présent s’arrêtait.


Je le jure,

MMMmême mon enfance bénie,

MMMjamais aussi près du sentiment

MMMd’être tout autant,

béni.


Après la tempête, nos corps épaves,

MMMen rade sur les vagues de draps,

ta main a retrouvé au sol

MMMtoute une platée de goyaves

MMMencore juteuses et molles,

MMMtranchées comme tu les aimais.


Je regardais ta bouche

MMMaccueillir le rose fruit.

Je caressais ta tête,

MMMsur ma cuisse, chaude la tienne,

MMMla lune aurait bien voulu rester,

MMMle soleil, lui, s’installer.


Comment toutes ces choses banales

MMMprenaient un goût si délectable

à la minute même,

MMMnanoseconde figée dans l’éternel,

quand l’amour démasqué,

MMMDambala,

MMMprince vaudou de la fécondité,

MMMavec deux petits enfants

MMMen enfantait deux grands.


Flying Bum

New_pieds_ailés_pitonVert

Mon pote Jean

(Copié-collé en grande partie de ma messagerie électronique)

Le 27 juillet 2019, Luc a écrit :

Je suis un peu sur le rush, je partais pour un souper à Drummondville. La semaine prochaine je suis libre, on se voit?

Le 27 juillet 2019, Luc a écrit :

Ma douce tape du pied. On se parle plus tard.

Le 27 juillet 2019, Jean a écrit :

Luc! J’adorerais te / vous voir ! On se reparle !

Le 27 juillet 2019, Luc a écrit :

À ta guise selon comment tu files. Tu viens chez moi, piscine, bouffe, jasette, je suis à environ 50 minutes de l’hôpital Notre-Dame ou je te vois en ville quec’part?

On est arrivés à Drummondville, on se tète un apéro.

Je suis disponible toute la semaine mais ma douce travaille quelques journées. J’ai 2 petits pensionnaires pour la semaine, petit-fils et petite-fille qui passent quelques jours avec pépére. Bref, si on se voit en ville, faudra synchroniser avec l’horaire de ma douce.

Ce serait bien mieux chez moi dans le bois, ça va te changer du bitume.

Le 27 juillet 2019, Jean a écrit :

Luc! J’y pense; le truc c’est que je suis moins habitué de conduire dans la circulation. Je vais tenter de trouver une façon parce que j’ai énormément envie de te voir!…

Le 27 juillet 2019, Luc a écrit :

C’est les grandes vacances, y’en a pas de trafic. Selon l’heure. À quelle heure ils te font la radio?

Le 27 juillet 2019, Jean a écrit :

Vers 9h, 9h30 du matin! Je vais me délester de mes lubies et je viendrai te voir!

Le 27 juillet 2019, Luc a écrit :

Je suis un homme heureux. En plein souper à Drummondville cependant, je te suis, t’inquiètes. J’ai hâte de te voir. Es-tu rendu végé, végane, as-tu le droit à l’alcool? Qu’importe, je mange de tout ou de rien selon. On s’adapte, que veux-tu, mais je sais cuisiner pour toutes les lubies de tout un chacun.

Le 27 juillet 2019, Jean a écrit :

Je suis cannibale; j’ai bu ma première flute de bulles depuis début juin 2018 drette aujourd’hui! J’ai une palette gustative tout azimut!

Le 27 juillet 2019, Luc a écrit :

Excellent. Dis-moi juste une journée.

Le 27 juillet 2019, Jean a écrit :

J’essaierais le début de la semaine mais je joue ça pas mal à l’oreille dépendamment de comment je me sens dans ma carcasse (…)! Je sais que ça peut sembler flou comme réponse mais je suis – à l’heure actuelle – dans cet état d’âme!

Le 27 juillet 2019, Luc a écrit :

À ta convenance. Laisse-moi savoir. Mettons 12 heures d’avance.

Le 27 juillet 2019, Jean a écrit :

Ça me va ! Je te fais cygne!

Le 29 juillet 2019, Jean a écrit :

Allô Lac! Cou’donc, serait-il possible que j’aille chez vous drette tantôt ? Je viens de terminer mon épisode de radio et je me sens “assez d’aplomb” pour te rendre visite. Is it possible? Si oui, quelle sont tes coordonnées?

Le début devrait être Luc, plutôt que Lac… mais encore que… !

Youhou, t’es là?

Le 29 juillet 2019, Laurie a écrit :

Hihi il est encore couché c’est sa blonde…. 01234 route Blablabla, St-Jacques, J0K2R0. Ça va nous faire plaisir de t’accueillir. Oups il vient de se lever sur le son du bip.

Le 29 juillet 2019, Jean a écrit :

Okidou! Je vais mettre ça dans mon application Waze et je saute dans mon char!

Le 29 juillet 2019, Luc a écrit :

Salut Jean, je t’attends. Quand tu arrives proche, fuck le Waze il va te faire passer tout droit de 200 pieds. Sur route Blablabla dès que tu vois une pancarte avec un chevreuil et un cheval, ce sera là prochaine boîte à malle à droite.

Le 29 juillet 2019, Jean a écrit :

Good! J’appareille tranquillos!


Insérer ici une journée de retrouvailles superbes où on a longuement jasé, fait les reptiles au soleil, trempé dans la piscine, bu, bouffé. Jean était débarqué avec une Porsche sport convertible (pas une neuve mais une foutue de belle pareil). Il disait qu’il s’offrait ça comme ultime gâterie et pour faire un grand doigt d’honneur au cancer.


Le 2 août 2019, Jean a écrit :

Allô Luc et Laurie! Je suis arrivé au “bercail” il y a une cinquantaine de minutes. J’ai TELLEMENT aimé être avec vous! À bientôt, je vous aime!

Le 2 août 2019, Luc a écrit :

Moi aussi heureux et ravi. Chez nous c’est chez vous, tu sais, ta radio finie? J’espère que tout à bien été. Bon retour aux cités d’or et porte-toi bien. Quand tu reviendras, tu reviendras.

Le 3 août 2019, Jean a écrit :

Coucou Luc! Oui, radio finie pour trois mois. Le radio-oncologue verra pour la suite mais je ne suis pas encore sorti de l’auberge! Pas grave! Je me sens super bien! Suis à la casa avec ma Santa Barbara et mets ma montre à l’heure avec mon coeur d’artichaut ! J’ai rencontré par hasard ton frère Doris peu après mon retour! Je rigole encore avec émotions en ressassant notre rencontre! Je suis un homme heureux! Bises à toi et Laurie! Chez nous, c’est aussi chez vous! Ne vous gênez pas!!!


Cet automne-là n’a pas été facile pour Jean. Mais il s’accrochait, un homme toujours souriant d’un optimisme innommable, un philosophe fou, genre. Un matin, j’ai reçu des nouvelles de lui. De bien tristes nouvelles.


Le 25 janvier 2020, Luc a écrit :

Salut Jean, sais-tu quoi, je n’ai plus de mots. Je braille comme un veau. Pas drôle de devenir un vieux crisse de braillard. Ça va me revenir bientôt et t’es pas proche d’arrêter de me lire encore, je m’accroche à l’idée. En attendant, si tu veux de la visite ou la sainte paix, c’est ton call. Si toi, ta douce ou tes filles voulez une place pour crécher pas loin de la ville, tu sais où je me cache. Je pars en vacances du 5 au 15 février au soleil mais je peux toujours m’organiser avec un des mes fils qu’il vienne vous ouvrir, vous laisser une clé, une voiture. Chez moi c’est chez vous. Laisse-moi savoir.

Le 25 janvier 2020, Jean a écrit :

Cher Luc! Merci pour tout! En fait, Barbara et moi allons crécher à l’hôtellerie de la fondation du cancer. On ne devrait y passer que quelques jours… A moins qu’un des crocteurs nous sorte un moyen lapin du chapeau! Ça me bouleverse itou mais, à un certain point, je dois faire montre d’un genre de réalisme!… Je te /vous tiendrai au parfum! Je t’aime!

Le 25 janvier 2020, Luc a écrit :

D’ac. Donne des nouvelles. On t’aime ben gros à’maison nous autres aussi.


Mû par mes émotions complexes, j’avais décidé de monter en Abitibi voir Jean. Un pressentiment inconfortable, une angoisse qu’il me fallait tuer dans l’oeuf. Le jour de notre arrivée, nous sommes allés manger à ce qui se fait de plus gastronomique comme place à Val d’Or. Jean tenait la forme mieux que je ne l’aurais cru. La gueule ne lui arrêtait pas deux minutes (quoi de neuf?). Il nous avait offert une bouteille de Veuve Clicquot avant le somptueux repas du chef Moreau. Au moment de faire le toast, je lui avais demandé à quoi on trinquait. À ma tabarnak de mort, avait-il proclamé, souriant, en levant sa flûte bien haut. Il avait beaucoup donné, ce soir-là, pour un homme dans sa condition. Les journées suivantes, son état avait fait en sorte qu’on n’avait pas pu se revoir avant mon retour à Montréal.


Le 8 octobre 2020, Luc a écrit :

Salut Jean, dans le tumulte des choses on ne s’est pas recroisés et je voulais te remercier d’avoir couru à notre rencontre et merci aussi pour la Veuve Clicquot qui devait bien s’ennuyer de son défunt mari. Donne des nouvelles, prends ton courage à deux mains et ma plus tendre amitié de l’autre. Je t’aime.

Le 8 octobre 2020, Jean a écrit :

Ah Luc! Je suis vraiment content d’avoir pu te / vous revoir! Il est clair qu’on a pu juste se toiser un ti-brin; il aurait fallu que je sois plus disponible!… Dimanche, j’étais pas fort fort et lundi, j’ai dû recevoir deux autres transfusions sanguines. Mardi, j’ai finalement pu rencontrer un médecin du soutien à domicile à notre domus. Je suis littéralement bien pris en charge. J’aurai une batterie d’examens la semaine prochaine: gastroscopie, scan et rv téléphonique avec mon radio-oncologue. Sûrement deux autres transfusions. On a réorienté mes pellunes et on compte désormais de la morphine là-dedans. Bref, ça bouge et c’est bon cygne! J’ai plus que le moral mais je suis réaliste! Je voudrais être à nouveau avec toi et Manon! Imagine, on a même pas pris de photos de nous trois!!!… Plus, c’est la complicité de l’amitié et notre façon de faire du badinage de fantaisie ensemble qui me manquent. Cou’donc, c’est comme ça! Luc, je suis privilégié de t’avoir comme ami!

J’t’aime mon kâliss!!! Hasta la vidad y la muerte! Bisous à Laurie itou!

Le 8 octobre 2020, Luc a écrit :

Je t’embrasse à pleine gueule mon hostie.


Le 7 décembre, j’ai souhaité un joyeux anniversaire à mon ami Jean, sans réponse.


Le 21 décembre 2020, Luc a écrit :

Salut Jean, Doris m’a fait part du triste message de Barbara. On me dit que tu as déménagé ton bardas sur le bord de la source Gabriel. Pas de plus belle place pour un amoureux de la géographie comme toi, et de la fabuleuse nature abitibienne que tu aimais tant explorer, te voilà donc campé dans le giron de Commanda. Direct sur le bord de sa source. Je suis certain que son âme va te jaser un p’tit brin si tu prêtes la bonne oreille. Tu sais qu’on raconte que quiconque boit de l’eau dans cette source reviendra à Val d’Or avant sept ans. Je soupçonne ce vieux prospecteur d’avoir mis quelque chose dedans. Je ne sais même pas si tu es en mesure d’apprécier vraiment ces mots que je t’envoie et j’aimerais tellement être près de toi un moment mais ma grande gueule serait probablement muette comme une carpe pour une fois et mes mots ont toujours porté beaucoup plus large que mon verbe. Alors je t’écris. En plus, Val d’Or c’est pas à la porte.

Il existe de ces amitiés comme des coups de tonnerre sur lesquelles le temps n’a aucune prise. C’est rare et précieux. Des larrons de la même foire, deux enfants blonds et maigrichons dont un qui grugeait ses crayons et mangeait ses effaces, deux feluettes comme on disait dans le temps. Et qu’importe ce que la vie place de distance et de temps, chaque retrouvaille est un bonheur tout simple où les mots continuent de se rabouter même si la virgule dans la phrase mesure dix, vingt ou cinquante ans de long. Birds of a feather c’est pas mal forever. À notre dernière rencontre, tu m’as offert le champagne et quand je t’ai demandé à quoi on trinquait tu m’as répondu –“À la mort, ma christ de mort, tabarnak.” Et le cristal a fait gling-gling. Et nous avons sifflé la Veuve Cliquot un sourire accroché dans’face. C’est bien toi, ça. J’ai reconnu là ton amour exceptionnel de la vie et ton optimisme contagieux. Oui, il y avait bel et bien un temps pour cela, Jean. Et tu l’as fait admirablement.

Maintenant, je dois faire ma job plate de vieux pote et te dire ce qui brûle la gueule à plusieurs mais que leur peine empêche de te dire. Tu dois maintenant mettre ton amour de la vie sur le rond d’en arrière et te concentrer à faire surgir une chose qui existe en toi depuis toujours, la lucidité. C’est le temps de t’en servir maintenant. C’est pas rien que triste, la lucidité, mêmes origines latines que la lumière, lux, et en prime c’est un passage obligé, ou vois ça comme une clé, vers la dernière étape, la sérénité. C’est elle, Jean, qui te permettra de fermer les livres en paix et qui t’aidera à réussir ton grand lâcher prise.

Je braille comme un veau avec toi en écrivant. Je te vois grimacer et j’ai senti ton sang battre comme si c’était le mien. … Peut-être se passe-t-il quelque chose de l’autre côté de la mare aux connards, les gens racontent tellement de choses. Je ne suis pas absolument certain de ce que tu as comme croyances maintenant que tout ceci prend sérieusement forme. Qui sait s’il y a de la vie plus haut que Kapuskasing, ou s’il existe une race de femmes sublimes installées passé Clova, personne n’est revenu pour en témoigner. Peut-être qu’ils y jubilent d’allégresse et ne voient pas l’utilité de revenir nous en informer. Ils veulent tout garder pour eux. Les hosties.

J’ai une petite demande pour toi, vieux pote. J’aimerais que tu t’attaches un petit ruban tout le tour de la grosse orteil. Si jamais le party est pogné de l’autre bord, j’aimerais ça que tu ne m’oublies pas. Je suis un vieux modèle 1957 comme toi, c’est clair que dans pas long je m’en viens moi aussi. Pour ça, le petit ruban. Envoie-moi un signe, un bruant qui viendrait sur le bord de ma fenêtre me chanter Cache ton cul, Frédéric, Frédéric, Frédéric ou une biche albinos qui sortirait du bois en avant de ma maison, trois corneilles qui viendraient se casser le cou dans ma porte patio back à back un soir de pleine lune. Si nos esprits ont le pouvoir de se propulser dans l’immensité de la voûte céleste, je suis à peu près certain que tu serais le genre à aller ouvrir une brasserie artisanale dans la constellation d’Orion, dans ce cas-là, un pigeon-voyageur, peut-être, avec l’adresse exacte pour programmer mon GPS. Si la place est un peu trop dry, laisse-moi savoir. Je vais me faire strapper des Veuve Cliquot partout sur le corps avant de monter.

On rit mais personne ne pourra entretenir ce présent sous perfusion bien longtemps. Personne n’est un dieu. Accepte qu’on calme la douleur, ton bien-être apaisera les tiens. Ça ne servirait à rien d’en vouloir à ton corps de te lâcher, il t’a rendu service assez longtemps, il t’a offert des plaisirs exquis et finalement il t’a fait souffrir assez longtemps de même. Il y aura maintenant une fois, inévitable, une première fois où on se lèvera et on ne te verra plus. Ton corps qui ne marche plus, comme un vieux char, abandonne-moi ça comme une vieille minoune sur le bord du chemin, c’est le temps, débarque puis prends le bois. Va te saucer dans le lac des tout-nus, ramasse une bonne poignée de champignons sauvages, fais-toi un beau campe dans le bois. Tu m’en parleras dans la phéromone des bois ou par les racines de lycopode qui courent le pays partout sous nos pieds, de Val d’or à Saint-Jacques.

C’est clair que tu pars avec un morceau de mon coeur, de mon Abitibi à moi, de mon enfance bénie. Mais sais-tu quoi? Je te donne tout ça. De bon coeur. Quand il ne restera plus que ce véhicule abandonné sur l’accotement, ce qui est vraiment ta vie, partie explorer ailleurs comme tu as toujours aimé le faire, je resterai quand même bouche bée de te savoir parti.

Ne restera plus que tout ce silence désormais entre les pensées et les mots,

des virgules longues comme l’éternité

et le bruit fracassant de ton sourire de mon sourire comme un coup de tonnerre,

il était une fois.

Salut, Jean.

Luc.

Le 21 décembre 2020, Jean a écrit :

Cher Luc, Tout à fait sublime comme message! Je t’y vois et je me sens sur mon départ vers le A (d’Atlantique) de Fred. C’est fou mais je me perçois comme insipide devant ce qui s’orchestre. Une chose qui est évidente : c’est l’amour qui fait tourner le monde. Le reste, on décide ou non de s’y frotter. Tu es pour moi un « seigneur » et je suis fier, honoré et charmé d’avoir qu’on ait eu nos montures au trot ensemble quelques fois dans ces 63 dernières années.

Et oui, je te ferai cygne à quelque part! Je t’embrasse!

Jean

Le 21 décembre 2020, Luc a écrit :

Jean, parle-moi tant que tu es encore capable, trois mots à la fois si tu veux. Si je vois, sur la rivière St-Esprit quand je rentre du boulot, se pavaner des canards blancs, ce seront tes cygnes? J’aimerais mieux tes vrais mots encore pour un temps. Moi aussi je t’embrasse, vieux pote, repose-toi pour pouvoir m’écrire un peu demain. Je m’y frotte volontiers à cet amour dont tu parles. Une chance qu’on était pas gais toi pis moi, on aurait eu le cul au vif des boutes. Bonne nuit.

Le 21 décembre 2020, Jean a écrit :

Ostifi que tu me fais rire!!! Le cul au vif!!! J’y avais pas pensé à celle-là!

Le 5 janvier 2021, Luc a écrit :

Salut Jean, comment ça file? Ça fait cinq ou six jours que je me triture les méninges à savoir si et/ou comment on doit te souhaiter une bonne année dans les circonstances. Bonne mais angoissante question. À ce temps-ci de l’année, je me dis qu’il est toujours question de vœux, entéka, alors si tu as des vœux particuliers, je joins ma force à la tienne pour pousser dans le derrière du Allah des voeux. On peut en faire comme on veut des vœux, il n’y a pas à ce que je sache d’embargo là-dessus. Demande à Barbara. Parles-en à tes filles chéries aussi. Pas vrai qu’un voeu ça ne marche pas si on le demande tout haut. Alors comme je ne sais pas quoi te souhaiter, je te souhaite la force de demander ce que tu veux.

Je t’aime, mon hostie.

Luc


Le 6 janvier 2021, à bout, Jean a demandé d’être plongé dans le coma.

Doris m’a écrit que ses dernières paroles à Barbara avaient été : Love you.

À sa demande, sa minoune finie a été abandonnée au coma, parquée sur le bord de la source Gabriel le 6 janvier.

Son âme a pris le bord du bois dans la journée du 8.


Avec toute mon affection pour toi, Jean, et aussi pour tes filles Eve, Clara Lisa et ta Santa Barbara.

Luc.

Montée de laids

Si on pouvait extraire une seule gouttelette d’intelligence par opinion élaborée ces jours-ci –jours de pandémie– sur les réseaux so-so par tous ces salomés à peine sevrés en manque chronique de se faire botter les fesses vertement, on sentirait trembler la terre emportée par tous les regrettés grands penseurs de l’histoire de l’humanité qui se retourneraient top synchro dans leur bière sous terre. En autant que la terre soit toujours ronde, ce qu’une faction hypermétropique de ces nouveaux génies à clavier nie catégoriquement. Avoir tant de claviers, si peu savoir écrire. Sa ses tes poux vantables.

La pandémie bat son plein et ces grandes plumes battent des records d’ineptie. L’une d’entre elles consiste à jeter tout le blâme de la gestion de la crise sur les boomers qui occupent encore les sièges du pouvoir politique comme si personne n’était au courant qu’on avait depuis longtemps remplacé toutes ces races d’animaux politiques par des histrions de théâtre de boulevard*. (Faites vos recherches, maintenant, allez.) Dans vingt ans viendra la relève puisée à même vos contemporains abandonnés à leurs consoles de jeu par leurs éducateurs, politisés sur Instagram, télé-éduqués sur écran à la va-vite par des mères épuisées et désabusées dans le café noir desquelles on retrouve plus souvent qu’autrement quelque spiritueux bien assorti à la mouture. Faut se réinventer dit-on, bravo pauvres mamans. Vous m’en donnerez des nouvelles dans vingt ans des bêtes de politique qui régneront alors sur vos semblables.

Je joins très rarement ma voix à la belle armée des petits va-t-en-guerre qui se lèvent et qui s’excitent à la moindre disruption de leur confort élémentaire. Leur éducation est passée hélas très vite sur la façon de co-exister pacifiquement avec la contradiction. Tout ce qui retrousse au-dessus de leur capacité d’analyse (ce qui se compte en millimètres) ne peut que devenir complot pédophile, satanique et liberticide. Cette agitation frénétique sur vos fauteuils d’ordinateur ne serait-elle pas plutôt due à une infestation de vers au derrière? Vérifiez donc. En ces temps de confinement il se libère du temps pour le repli sur soi, la réflexion qui est le retour de la pensée sur elle-même tant soit-il qu’on se rappelle ce qu’est la pensée. Faites vos recherches; la pensée c’est, entre autres choses, le temps de silence nécessaire qui vient avant l’expression d’une idée. Sinon, la parole n’est plus qu’un bruit et si le bruit devient votre seule expression, votre objectif unique ou votre plaisir secret, je vous suggérerais d’essayer les souliers à claquettes.

Si tout semble ici me faire chier, gâtez-vous allègrement sur le boomer que je suis, accusez l’âge maintenant respectable de mon transit intestinal ou l’imperméabilité de mon cerveau aux idées nouvelles. Il n’y a plus rien de nouveau sous le soleil depuis belle lurette, oncques ne vit-on modernité plus endormante que celle-ci et seuls les becs blancs et les blancs becs se laissent encore berner par le parfait substitut aux idées nouvelles, la saveur du jour. La bébelle comme l’idée nouvelle. Le nouveau est maintenant mon suspect numéro un, vient en paquet économique de quatre, sort des versions de lui-même à une folle vitesse à quatre chiffres passé le point et quatre fois plus dispendieuse, programmée pour s’auto-détruire à l’échéance prévue que je vous souhaite sincèrement plus éloignée que le dernier versement.

Et les culs-bénis auto-proclamés, colporteurs d’eau de Lourdes en joli flacon recyclable, sacrez-moi patience avec votre spiritualité. Celle des bâillonneurs de femmes, des prêtres pédophiles, des papes-pimps du rap, des adorateurs de passoires à spaghetti un coup parti. Que nous restera-t-il alors pour égaliser comme il faut nos humeurs dans les deux hémisphères de notre cerveau? Sur quoi se rabattre pour susciter l’espoir? Comment évoquer la réalité de toutes choses de façon créatrice ou d’interpréter le réel pour en extirper l’essence de ce qui est nouveau, évolué, un monde à faire naître dans un univers qui lui est propre à travers autre chose que les opinions vomitives tout azimut des réseaux so-so? Y’en a ras-le-bol, là, de l’amère gamelle d’opinions qui ne résolvent pas davantage qu’elles n’éclairent.

L’idée géniale n’a pas d’âge ni de date d’expiration, aucun rapport avec la modernité. La seule modernité encore capable d’humanité, l’arme qui reste dans l’arsenal des gens capables de penser, de ressentir des émotions et des sentiments, je vous le donne en mille, c’est la poésie. La capacité et la sensibilité poétiques en parfaite synchronicité avec la vie pérenne, capable de propulser la race dans le temps, de sauver la planète. Poésie, pensez-y. Faites vos recherches pour saisir toute l’ampleur du mot. Bon, encore un hostie de poète, direz-vous. Depuis des siècles, des quidams autant que leurs charmantes compagnes et leurs mignons rejetons, bien avant nous, s’y sont formés l’esprit à la pensée intelligente. L’esprit humain n’a plus les moyens de sacrifier les opportunités de s’améliorer. Alors si vous me permettez, je conclue ici cette montée de laids et je retourne vers elle, serein.

Excusez-là.

Flying Bum

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*mots de Patrick Blanchon, qui m’inspire très souvent.

L’agenda ironique de décembre, le sort en est jeté.

Et voilà. On a fait le tour de l’annus horribilis. Un autre agenda ironique se conclut de belle façon. Je remercie toutes les plumes coupables et les yeux ravis pour leur participation à cet agenda.

C’est Photonanie qui a gagné « haut la main » qu’on peut aller relire ici: https://photonanie.com/2020/12/20/lagenda-ironique-de-decembre/, et Carnets Paresseux qui est pressenti pour l’organisation de celui de janvier 2021.

En attendant les nouvelles consignes, j’en profite pour vous souhaiter une annus magnificus.

On se retrouve tous au prochain agenda.

Flying Bum

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Bonus!

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L’île aux fesses

On étend la grande serviette de plage tout près du quai de son père. On se demande pourquoi son père a un quai, la rivière n’est pas très profonde, on n’y voit qu’un ou deux canotiers de temps en temps, un vieux couple en pédalo. Aucun bateau-moteur. Son père n’a aucune embarcation. Plus haut sur la rivière, une grande entreprise de mise en boîtes de légumes. Les jours où ils préparent des carottes, on dirait que la rivière prend une coloration orangée, les haricots une teinte verdâtre, la macédoine une couleur à chier.

Chalet familial à nous seuls, 1973, on a seize ans tous les deux.

Les nuages matinaux se mettent à fondre un par un, avant midi il se met à faire chaud. J’étends un fromage bon marché sur des morceaux de pain de fesse déchirés et avec notre seul ustensile, mon canif, je coupe comme je peux des tranches de saucisson que j’écrase dans le fromage. Petit boombox pas loin, Steelie Dan chante Do it again. L’histoire d’un pauvre type totalement incapable d’apprendre de ses erreurs et qui se ramasse toujours dans des situations intenables. Tiens tiens.

–“Toi, qu’est-ce que tu veux faire quand tu vas être grand?”, avait demandé Gabrielle, comme si on était des enfants de six ans.

Honnêtement, c’est une question que je ne me posais plus vraiment depuis que j’avais déserté le giron familial pour m’installer dans un petit studio bon marché. Faudrait bien que j’y revienne un jour, pourtant, à cette question. En attendant j’accumulais les petits boulots.

–“Un pompier!” que je lui ai répondu, pour rester dans le ton de sa question.

Gabrielle m’a répondu : –“Moi, j’aimerais être ça être dans la police”. J’ai eu un grand fou rire. Policier, pas un des grands classiques de fille à l’époque.

–“Je suis sérieuse,” avait-elle dit. “Mon oncle est sergent-détective. Un boulot fascinant.”

•••

À l’époque, j’avais du mal à définir mon style de compagne idéale, je ne savais pas trop comment agir avec Gabrielle. Elle avait toujours l’air tellement en plein contrôle sur tout. Toujours une bonne opinion soutenue par un argumentaire implacable. Toujours prête à livrer ses pensées. J’aimais ça, mais encore, parfois non.

Elle m’avait dit une chose qui avait complètement chamboulé l’opinion que je me faisais d’elle.

–“J’ai une confession à te faire,” avait-elle dit une fois. “J’ai toujours pensé que j’aimerais mieux être un garçon.”

•••

Then you love a little wild one

And she brings you only sorrow

All the time you know she’s smilin’

You’ll be on your knees tomorrow.*

•••

Gabrielle s’était bricolée et avait engouffré un autre sandwich puis avait enlevé son ample tricot de coton révélant un top noir beaucoup trop serré sur sa poitrine blanche comme le reste de son corps.

–“Pourquoi on se cache à l’ombre, check le soleil”, avait-elle demandé

On a tiré la longue serviette vers un coin ensoleillé et j’ai enlevé mon chandail et mon bermuda. Son short en jeans était disparu lui aussi. Elle n’avait aucun excès de poids, elle avait toutes les rondeurs qui font que les corps des filles sont généralement excitants. La séance de bronzage avait été plutôt brève, nos corps ayant commencé à perler de sueur sous la chaleur intense du soleil.

–“Dernier sur l’île aux fesses est une tapette”, avait-elle proclamé sur un ton défiant.

–“Es-tu malade? As-tu vu la distance?”, avais-je répondu.

“Distance?, je ne connais pas ça la distance. Loin probablement.”, avait-elle simplement répliqué. “Envoye donc, depuis que je suis petite que je rêve d’y aller, ça ne t’intrigue pas de savoir ce qui peut bien se trouver là?”

Je regarde vers l’ile, une insignifiante touffe de verdure en plein milieu de la rivière. Toutes les rivières et tous les lacs de tous les chalets que j’ai connus avaient une île aux fesses. Beau prix de consolation, quand même, des fesses contre quelques brasses.

–“Comment tu te qualifierais de 1 à 10 comme sauvetrice de hippie fumeur en détresse?”

–“Personne ne va se noyer ici, je ne sais même pas s’il y a six pieds d’eau d’ici à l’île.”

Je n’avais plus vraiment d’arguments. Je ne pouvais quand même pas évoquer la fois où le coeur m’avait presque lâché lorsque j’avais plongé dans un lac glacial en Abitibi quand j’avais 7 ou 8 ans.

–“Allez, le dernier sur l’île aux fesses pue les œufs pourris!” avait-elle conclu.

Gabrielle s’était élancée et avait couru jusqu’à ce qu’elle ait de l’eau en haut des genoux puis elle avait plongé sous l’eau où elle avait filé assez longtemps pour que je remarque un long moment de silence.

•••

Élevée par son père essentiellement, Gabrielle était quand même une très belle fille. Avec des allures un peu Tom boy, soit, avec sa chevelure courte, son corps athlétique superbe. Toujours souriante avec un petit rauque dans la voix que j’avais toujours trouvé un peu sexy mais j’avais maintenant une opinion plus ambigüe sur le sujet. Comme pour son sourire narquois, lorsqu’elle me disait des choses comme : –“Wow, tu as des belles jambes, bien plus belles que les miennes.”

•••

Mon plan c’était de suivre son rythme en style libre mais chaque fois que je soulevais la tête, il me semblait qu’elle prenait de la distance. Un brin de panique, je me tourne sur le dos pour rattraper mon souffle de fumeur. En plus pour une raison étrange, je n’ai jamais eu la capacité de flotter comme la moyenne des ours. Si je ralentis le mouvement, mon corps s’enfonce lentement et mon nez se remplit d’eau.

Gabrielle avait une bonne longueur d’avance lorsque sa tête a finalement refait surface, ses pieds touchaient le fond encore. Elle avait secoué la tête et replacé sa chevelure vers l’arrière avec sa main. –“Elle est bonne, tu vas voir!” Elle souriait en me faisant des grands signes de bras pour m’inviter à la rejoindre. J’ai fermé la gueule de Steelie Dan, et je suis descendu dans la rivière. Lentement. Pour elle, l’eau était bonne. Pour moi il me semblait percevoir une odeur de blé d’inde et de carottes. Rendu plus près d’elle, pas le choix, elle m’arrosait copieusement pour forcer la saucette. J’ai plongé la rejoindre.

Première chose que je réalise, sa main qui supporte mon dos.

–“Arque ton dos, ça va aller beaucoup mieux!” dit-elle.

Ça aide mais pas tant que ça finalement. Je me demande si mes pieds toucheraient le fond.

–“Tu aurais besoin de beaux flotteurs comme moi!” dit-elle, en extirpant son corps de l’eau et en m’exhibant sans façon ses deux seins bien ronds.

–“T’inquiètes, si je peux mettre la main sur une belle paire comme la tienne, je l’achète!” avais-je blagué.

On a rigolé mais soudainement repris conscience de la situation. On s’est remis à nager vers l’île aux fesses. Gabrielle semblait juste flotter à mes côtés pendant que je me débattais misérablement . À son souffle je sentais bien qu’elle n’était aucunement fatiguée et la grève approchait enfin.

Angoisse. Trois semaines qu’on se fréquentait et on ne s’était pas embrassés tant que ça quand j’y repense. Je croyais commencer à comprendre pourquoi mais ça n’arrangeait en rien mon angoisse.

Un soir tout seuls dans mon deux-et-demi, on écoutait des disques de James Taylor et de Carly Simon. J’étais allé souvent chez elle, la chercher, la reconduire, entrer deux minutes jaser avec son père mais c’était la première fois qu’elle venait chez moi. On s’amusait bien, bonne musique, quelques pipées d’afghan, cidre de pommes, mais je ne pensais pas au sexe. (Enfin, pas trop.)

C’est Gabrielle qui avait déclenché les hostilités . . .

Après elle m’avait dit : –“Il va nous falloir faire davantage attention aux situations dans lesquelles on pourrait facilement s’enliser.”

J’avais acquiescé, mais je ne voyais pas du tout où était le problème.

Apparemment, elle oui.

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Elle avait ouvert la marche lorsque nous avions gagné l’île aux fesses. Dégoulinant et tremblant, une chaude odeur de mûres m’était montée au nez. On avait exploré et trouvé une petite clairière de mousse à travers les buissons, à l’abri des regards et juste assez grande pour deux. Le soleil y plombait assez fort pour finir de nous assécher et se sentir confortable. Elle souriait lorsqu’elle m’avait attiré au sol avec elle en me tirant par le maillot. Je me suis allongé près d’elle, les deux mains derrière la tête et nous avions fermé les yeux sous la force du soleil. On se décrivait chacun notre tour les paysages de picots multicolores que le soleil peignait sur l’intérieur de nos paupières. Artistes en devenir.

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Je repensais encore à cette fois chez moi. On était allongés sur le côté, face à face, souriants en s’amusant à fermer nos yeux lentement puis à les rouvrir aussi lentement en faisant des mimiques de bouche comme les grandes scènes d’amour hollywoodiennes.

De ma table tournante bon marché était venu un clic!, le disque suivant tombait dans un son davantage comme flap!, un peu de grichage et puis la voix chaude de James Taylor. C’est là que Gabrielle avait parti le bal divin. J’avais senti ses doigts fins monter dans mon chandail jusqu’au cou, redescendre lentement, sur mon torse, sur mon ventre. Les yeux m’ont ouvert tout seuls sur son sourire si pur, elle semblait si concentrée sur son bonheur évident qu’elle ne réalisait probablement pas dans quel état elle me mettait. J’avais pensé que ce n’était pas bien de la regarder ainsi. Puis j’ai effleuré délicatement un petit recoin tout chaud entre son T-shirt et son jeans et j’ai refermé les yeux avant de partir à la chasse aux seins. Ses doigts achevaient leur périple, avaient déboutonné mon jeans, baissé la fermeture éclair puis passé sous l’élastique de mon caleçon. En grognant elle avait tiré sur l’élastique assez fort. Comme si elle voulait l’étirer à sa limite et le voir se déchirer.

C’était un grognement animal, puis le son était descendu pour ressembler davantage à un râlement de soumission et j’étais maintenant ravi et fébrile d’en prendre acte. Puis, l’élastique tendu était venu claquer douloureusement sur le bas de mon ventre et Gabrielle riait aux éclats.

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–“Merci d’avoir pensé au lunch,” Gabrielle avait-elle dit tout en me chatouillant le torse avec un brin de foin. “J’aurais pu te préparer du poulet frit ou quelque chose mais la cuisine m’horripile. Mon père me dit que je devrai bien apprendre un jour mais actuellement la seule façon de me traîner devant un chaudron c’est en pointant un long couteau de cuisine sous mon nez.”

–“Ça aurait été bon, quand même, du poulet frit,” avais-je répondu.

–“Pas si moi je l’avais fait, shit. Peut-être si toi tu l’avais fait.”

J’ai cette image dans la tête, moi qui s’inquiète pour elle chaque fois qu’elle est à son boulot de police, de moi portant un tablier rose à dentelles blanches devant la cuisinière et le sergent-détective Gabrielle en uniforme qui arrive par en-arrière et qui me tâte une fesse en demandant : –“Qu’est-ce qu’on mange pour souper, mon chéri?”

J’aime pas l’image.

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Gabrielle aime bien m’agacer et essayer de m’exciter tout le temps. Tout ça finit toujours par m’angoisser. Je ne sais pas vraiment à quoi m’attendre d’elle et si je le savais je ne lui aurais probablement pas demandé. Il y a de ces choses qu’on ne peut pas demander. Les demander en extirperait tout le plaisir, les rendrait banales. Et juste lorsque son titillement commence à être insupportable pour moi, elle dit quelque chose comme :

“Tu sais quand j’y pense, je ne peux pas m’imaginer de ne plus te voir un jour.”

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Vengeance. Je dois me retourner sur le ventre juste pour la priver de la joie étrange qu’elle ressent à agacer la testostérone de mes 16 ans et à admirer béate son œuvre s’ériger devant ses yeux. Cette île aux fesses se met à se confondre avec une île de cul finalement.

–“À part ça,” que j’ajoute du tac au tac pour en remettre, “Ça va te prendre beaucoup plus qu’un couteau de cuisine pour me convaincre à te cuisiner du poulet frit.”

 Elle s’était relevée sur ses deux genoux et, entêtée, elle m’avait tiré à deux mains pour me remettre sur le dos.

–“Pas grave, on vivra d’amour et d’eau fraîche.” avait-elle dit, le visage radieux et espiègle à la fois.

Elle s’était penchée au-dessus de moi. Le haut de son maillot était disparu. Des gouttelettes froides s’échappaient de ses cheveux et tombaient sur ma peau brûlante comme un supplice chinois. Elle souriait. Elle avait approché son joli minois de moi et avait déposé ses lèvres chaudes au creux de mon cou. La pointe de ses mamelons frôlaient chatouiller mon torse. J’avais clairement senti la succion de sa bouche qui laisserait fort assurément un œdème dans mon cou, ce qu’on appelait alors une sucette. Elle parcourait mon abdomen et mes cuisses de la pointe de ses doigts fins en me fixant droit dans les yeux.

Ses doigts étaient passés derrière l’élastique de mon maillot et l’étiraient au maximum – ce qui pouvait encore possiblement s’étirer – les yeux fixés dessus, sa tête descendait lentement observer son trophée bien érigé. Je l’imaginais déjà me chevauchant comme une folle cavalière.

Elle avait lâché l’élastique d’un coup sec, pincement atroce.

–“Je voulais juste voir!”, avait-elle dit en riant avant de déguerpir à toute vitesse se jeter à l’eau.

Avant d’aller la rejoindre, pour être certain de pouvoir nager, j’ai dû me résoudre à achever moi-même le pauvre cheval.

16 ans, je vous l’avais dit?

Flying Bum

New_pieds_ailés_pitonMauve

*Paroles de Do it again, Steelie Dan.

Merde, dit la comtesse

Finalement, en cette année de pandémie, ce sera un Noël bleu. Dans le sens de Ah, la vache! et surtout dans le sens musical du blues, la vache n’étant-elle pas elle-même le plus beau blues du monde animal, n’en déplaise à une amie poète. Triste à brailler un Noël-blues. Que voulez-vous, comme disait le chrétien, on va vivre avec. Un grand blues qui passe pu dans’porte.

Pour quand même faire vivre l’ambiance, pourquoi ne pas vous refiler ce texte tout à fait approprié pour un Noël à pleurer dans la chaleur de votre foyer (la maison, pas le feu de foyer). Je viens de l’écrire cet automne et j’ai regretté de ne pas avoir attendu à Noël pour le publier, mais bon. Voici le lien pour Chroniques du péché mortel qui raconte en quatre épisodes une histoire d’amour tabou –péché– qui se déroule dans trois veilles de Noël réparties sur trois décennies.

Ou encore ce vieux conte d’une autre époque, l’époque des cheveux crêpés et du spray net qui se passe une veille de Noël en Abitibi, voici Noël Mauve.

Et finalement, dans un style davantage folklorique je vous suggère Le blanc Noël de Noël Leblanc qu’on ne doit pas aller jusqu’à lire à des enfants tout de même.


Parmi toutes les choses qui ont dû être annulées en 2020, il y a notamment la sortie de mon premier bouquin Abitibies femmes de ma vie dont la sortie aura vraisemblablement lieu en 2021 si Allah est grand. Ne le cherchez donc pas sous votre sapin inutilement, aucune chance qu’il soit là cette année. Pour vous titiller un peu le pompon, voici la couverture et le texte de la quatrième.


 

Abitibies

 

Entre une enfance innocente dans l’Abitibi des années soixante, la mort prématurée d’une mère qui force l’exil déchirant d’un enfant dans la grande ville et l’adolescence perturbée d’un garçon déraciné et déboussolé, naîtront des amours sincères et sans jugement pour des femmes troublées, perdues.

Des madames seules qui peuplaient un bout de rue de Bourlamaque, une petite fille qui aimait un peu trop jouer au docteur, une petite voleuse, de pauvres femmes bouleversées et bouleversantes qui jetteront leur dévolu sur le jeune garçon mais encore des amours de son âge, des femmes qui aboutiront, en vrai comme en rêves, en passagères éternelles de son coeur.

On assiste de l’intérieur à l’éveil du coeur et du corps, un parcours initiatique raconté avec une honnêteté et une sincérité rares.


Tellement de choses repoussées qu’il va se créer bientôt des strates de projets mis de côté. Tellement de temps qu’un deuxième bouquin en est presque rendu lui aussi à sa publication. Je vous agace encore un peu.


TouteCetteSorte

Ce recueil aurait pu s’intituler tant de choses, finalement. Mais il y a un os entre tant de choses et toute cette sorte de choses. C’est la sorte. Toutes sortes de choses qui, regroupées par la sorte, deviennent donc toute cette sorte de choses. Toujours est-il qu’il demeure un recueil de textes parus sur mon blogue, la plupart révisés de légèrement à drastiquement et choisis pour ce fil ténu presqu’invisible qui apparaîtra lentement au lecteur attentif. Beaucoup d’autofiction encore présente comme un passage obligé. Entre l’autobiographie qui s’infiltre sans façon dans tous les textes premiers et le texte totalement fictif, tant soit-il qu’un auteur puisse totalement faire abstraction de sa nature ou de son vécu dans ses écrits.

L’autofiction est un genre littéraire mal compris ou mal-aimé qui se définit par un pacte oxymoronique entre deux types de narration opposés : un récit fondé sur le principe de trois identités – l’auteur est aussi narrateur et personnage principal – et le type de récit qui se réclame de la fiction dans ses modalités narratives. L’autofiction laisse une place prépondérante à l’expression libre et créative dans le récit de soi. Personnellement, il n’est pas encore évident si ce style est le mien ou un passage obligé entre la puissance de l’égo et la fiction pure à laquelle je pourrais éventuellement aspirer sous forme de roman ou de poésie, par exemple.

Je vous laisse avec le souhait que vous passiez un bon moment de lecture, de découverte, de joie, d’émotions et de . . . toute cette sorte de choses.


DeuxTitres

Si tout se déroule normalement, chose qui se produit plutôt rarement par les temps qui courent, les deux titres risqueraient d’être lancés simultanément au –ou en marge du– Salon du Livre de l’Abitibi-Témiscamingue qui se tiendrait à Val d’Or en 2021. Un second lancement pour la région de Montréal suivrait. Les deux titres seront disponibles sur commande et si Allah est grand, dans quelques librairies indépendantes.


Je vous invite à utiliser tout ce temps que le confinement vous offre pour visiter mon blogue et vous familiariser avec tous ses outils de navigation, y lire abondamment à même la quantité de textes qu’on y trouve et même aimer, commenter et partager – ou encore détester mais être des plus discret à ce propos– le feedback des lecteurs étant toujours accueilli dans la plus grande joie. Je remercie mes lecteurs réguliers du Québec et de toute la francophonie, mes étranges lecteurs de la Chine ou de la Pologne qui ne doivent absolument rien y comprendre et je vous souhaite le moins ennuyeux des Noël en confinement.

Pour ce qui est de la nouvelle année, si monsieur Legault, notre bon premier ministre, la laisse sortir de chez elle, je ne puis qu’emprunter les mots de la célèbre comtesse et comme elle vous dire un gros Merde!

Flying Bum

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