Le temps des cerises

On en est en plein dedans. Assez étrangement, j’ai reçu beaucoup de questions à propos des cerises récemment. Pourquoi n’écrirais-je pas sur les cerises, ce serait le temps, comme le dit la chanson.

Mais il est bien court, le temps des cerises
Où l’on s’en va deux cueillir en rêvant
Des pendants d’oreilles…
Cerises d’amour aux robes pareilles,
Tombant sous la feuille en gouttes de sang…
Mais il est bien court, le temps des cerises,
Pendants de corail qu’on cueille en rêvant !

Les cerises sont comestibles heureusement sinon elles ne seraient que des munitions gratuites pour d’énormes tire-pois et on s’arracherait les poumons à les lancer sur les touristes. Elles commencent leur vie sous la forme d’une jolie fleur que les chinois appellent gentiment chéli blossom et elles ne gôutent pas du tout le chocolat bon marché mais bien la cerise, ce qui est complètement différent comme goût sauf que ce n’est pas pareil du tout. Elles font partie de la famille des fruits avec une peau tout le tour, peau qui retient à l’intérieur une chaire tendre et juteuse tant soit-il qu’elles soient bien mûres, non pas le fruit du mûrier mais dans l’état d’être prête à cueillir, mûres mais pas comme le petit fruit qu’on appelle mûre, merde; un dur petit noyau à l’intérieur qui fera la joie de votre dentiste si vous croquez dedans sans réfléchir et elles poussent généralement dans un arbre fort commodément baptisé le cerisier. L’unique fonction de ce type d’arbre est de faire pousser des tas de cerises généralement accouplées deux par deux comme des boucles d’oreille. Tout autre type d’arbre qui se risquerait à faire pousser des cerises ne serait que pure fraude évidemment. Récemment, des cerises poussées dans un citronnier ont été aperçues sur le marché et elles furent aussitôt dénoncées par des hordes de consommatrices dégoutées. La dénonciation de ces cerises de citronnier les ont laissées sur un goût bien amer.

La cerise est le seul fruit que je connaisse qui donne son nom à une couleur, rouge cerise, mises à part les oranges (d’accord, et les tangerines et les pêches et les limes et les bananes et tutti frutti, merde) et elles viennent dans l’une ou l’autre des ces deux personnalités: sûrettes ou sucrées. Ces caractères leur viennent de leurs gènes et ne sont en rien des notions acquises lascivement au soleil. Ces deux personnalités peuvent fort bien faire l’affaire le temps venu de faire de la tarte aux cerises, un dessert populaire fait de deux pâtes abaissées dans le centre desquelles on introduit une garniture de cerises confites, au lieu de d’autres choses comme des pommes, avant de finalement les cuire. Sinon ce ne serait plus que de la tarte aux pommes et on serait hors-sujet totalement. La bonne tarte aux cerises garnie d’une boule de crème glacée à la vanille, dite tarte à la mode mais qui ne se démode jamais bafouant sans vergogne la définition même du mot mode, est le dessert favori des grosses polices américaines dans les vieux films américains qu’ils savourent dans des greasy-spoons d’une autre époque le long des routes poussiéreuses du midwest en sapant goulument un café noir et épais, leur 12 tronçonné sur la table près de leur tarte, tout en zieutant vicieusement la belle Betty-Joe, bombe de sexe rousse à frickles.

Parlant d’armes à feu et de bombes, des choses comme la bombe-cerise ne font pas du tout partie de la grande famille des cerises. Ce sont plutôt des petits feux d’artifice cylindriques dans des tailles variant de trois-quart de pouce à un pouce et demi, munis d’une mèche pratique pour les allumer et voir la poudre qu’ils contiennent exploser dans une brève mais excitante féérie de couleurs. Les vraies cerises n’explosent pas quand vous les allumez. Au contraire des bombes-cerises, les vraies cerises ne sont d’aucune utilité en plein party pour déboucher les toilettes de CEGEP ou pour faire peur aux pauvres touristes qui passent par là innocemment. Si par hasard vous tombez sur une cerise avec une mèche à la place de la queue, ne la mangez pas, offrez-là gentiment à un cégepien en goguette, il vous remerciera d’un grand mehhh.

2vignettes

Et parlant de confusion, je crois bien que les cubains n’ont absolument aucune idée de ce que sont réellement les cerises. Après avoir longuement salivé en attendant une côte d’agneau grillée confite aux fraises dans un chic restaurant de l’île de feu Fidel, quel ne fut pas mon ébaubissement de voir apparaître devant moi un petit morceau d’agneau de provenance inconnue enterré sous un tas de cerises au marasquin. Je soupçonne encore du derrière de genou de mouton.

La cerise est une bénédiction des dieux pour le palais des humains si vous n’êtes pas cubain il va sans dire, mais aussi pour celui de notre belle langue française. Pour épargner les jeunes et prudes oreilles, elles se substituent à la perte de virginité, perdre sa cerise; pour porter malheur, porter la cerise; pour ne jamais donner de savants conseils à un fou, ne pas donner de cerises au cochon; un commode fourre-tout pour la pop-philosophie, la vie est un bol de cerises mais — insérer ici une niaiserie de votre choix; elles remplacent élégamment le bout de la marde par la cerise sur le sundae et finalement se faire la cerise, fuir, s’en aller.

C’est donc ça, bonsoir chez vous, je me fais la cerise.

BONUS D’ÉTÉ FLYING BUM: Somnifère gratuit, écoutez: Le temps des cerises, paroles Jean-Baptiste Clément 1866, musique Antoine Renard, rendue célèbre par Yves Montand

 

Flying Bum

pieds-ailes

 

 

2 réflexions sur “Le temps des cerises

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