En se calmant le gros nerf

“Pour un homme de votre condition, vous êtes en bien mauvaise condition.”

Auteur inconnu

Nous sommes à peu près tous passés par là. Exactement là où nous n’aurions jamais désiré nous retrouver, jamais imaginé. Mais toutes choses passant avec insouciance du coq à l’âne et nous ramenant précipitamment à nos moutons, sans crier gare, la chose nous atteint par surprise.

Beaucoup de bla-blas s’écrivent par les temps qui courent à propos des erreurs et des faiblesses, de la capacité de nos erreurs de se retourner en notre faveur en autant que l’on adopte la bonne attitude et qu’on voit la souffrance comme une opportunité d’apprendre, de s’améliorer. Comme si une atroce démangeaison cutanée devait être vue comme une merveilleuse opportunité d’apprendre à se gratter. Nous sommes condamnés à être forts, ne jamais se plaindre. Il n’est plus à la mode de considérer les chienneries de la vie comme des situations dans lesquelles nous sommes plongés envers et contre notre volonté. Ce serait faire étalage de nos faiblesses et nous nous sentirions soudainement d’une telle inutilité, voire d’une nullité.

Par exemple, un bon matin, tant soit-il que l’adjectif bon puisse s’appliquer ici, quelque chose craque quelque part, la douleur envahit le corps, condamne à l’immobilité et aux gémissements même les meilleurs troopers. La douleur comme une île déserte où nous échouons seul comme Robinson et que rien qu’elle n’existe plus, qu’elle attaque sans répit en pulsations puissantes et que tout le reste devient illusion. Le chaud soleil des îles tant vénéré se met à assécher et enflammer nos corps endoloris et empâter la gueule. S’étendre sur leurs merveilleuses plages de sable chaud fait surgir de leur planque des cohortes de crustacés de l’enfer mordant leur chemin vers la lumière à travers nos chairs, où les frissons de surface des baies tranquilles cachent des ballets entiers de méduses brûlantes et empoisonnées. L’insignifiance emporte tout, ne nous laissant que quelques questions existentielles, quelques sombres pensées.

 

Le nerf sciatique en feu de la fesse aux orteils, il est toujours possible d’écrire un blogue. CQFD du jour. Mais si l’écriture possède la capacité de soulager les émotions, elle n’y peut rien pour le nerf sciatique. Fuck. Pourquoi écrire alors? La question n’a pas plus ou moins d’acuité selon la douleur physique ou la douleur existentielle, aucunement. Écrire ou ne pas écrire n’est aucunement lié au nerf sciatique, ma petite opinion. Je n’écris pas ce blogue pour gonfler démesurément l’empreinte que je pourrais laisser sur notre triste monde. Je n’y laisserai, et bien temporairement encore, que l’empreinte laissée sous mes souliers et je porte des huit-et-demi, c’est petit et c’est tout dire.

Je ne cherche que des excuses à présenter à ceux qui aiment bien lire ce blogue occasionnellement en allant trôner là où on ne peut déléguer personne. Je suis donc bref aujourd’hui. Lancinant mais bref. Se retrouver exactement là dans une condition où on ne voudrait pas être n’offre pas de point vue intéressant pour les mots, rien de bon à lire non plus pour les amateurs.

Ce matin, le Flying Bum n’y peut rien pour soulager son pauvre alter ego et son gros nerf sciatique. Il aura essayé.

 

Flying Bum

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