L’underground est mort, vive l’underground!

Pour ceux qui me connaissent bien, c’est devenu un lancinant running gag lorsqu’on parle de consommation de cannabis. J’affirme tout de go que je n’en ai fumé que deux fois dans toute ma vie. Puis je rajoute : quinze ans chaque fois.

Journée historique au Canada, le 17 octobre 2018, la vente et la consommation du cannabis sont maintenant légales tant soit-il qu’on assimile et qu’on respecte une bordélique série de réglementations fédérales, provinciales, municipales, syndicales, locales, régionales, cataméniales, bicipitales, bilatérales, cérébrospinales et abysalles. On jurerait que le père de la légalisation, fils du tristement célèbre rapatrieur de constitution qui n’appréciait guère les chiens chauds, en a fumé du bon en écrivant sa loi, pissant de joie entre deux Kit Kat en pensant à ceux qui auraient à l’administrer. Je le soupçonne d’avoir concocté sa loi uniquement pour s’affranchir lui-même de ses plaisirs coupables exception faite de l’idée d’enrichir la famille libérale soudainement éprise de vertes cultures et d’une soudaine averse de verts billets.

Je me rappelle de la lointaine époque où j’avais encore des genoux (pour marcher vers un Québec libre) et que je devais me lever la nuit pour pouvoir détester Trudeau le père suffisamment à mon goût, je ne fumerai certainement pas un gros spliff à la gloire de son fils. Après que le père ait à toutes fins pratiques enterré le Québec libre, son fils prodigue et innocent (innocent dans la définition de ma tante Colombe) vient d’envahir et de brûler toutes les terres du pays aujourd’hui imaginaire qu’ont habité tous les vieux hippies et les grisonnants freaks de mon âge : l’underground.

Sera-t-il toujours aussi jouissif pour les jeunes générations montantes de fumer l’herbe enivrante dès lors qu’elle n’est plus qu’un objet de consommation taxé comme tous les autres sous le contrôle du “pouvoir” et que même un quidam bien cravaté peut maintenant se procurer dans un légal petit magasin ayant pignon sur rue sans être suspecté d’être un nark? Ne vont-ils pas tout simplement passer à autre chose tellement la chose sera devenue banale et à la portée de tous les mononcles et toutes les matantes en goguette?

Mes sangs s’échauffent encore juste à me remémorer les frousses qu’on éprouvait à aller faire nos petites emplettes, nos deals, dans tous ces clubs louches aux serveuses court-vêtues, tous les JJ Pub et les Chez Roger de ce monde. Ces rendez-vous noirs dans des recoins malfamés et peu fréquentés où chaque fois on se demandait si ce n’était pas plutôt la police qui viendrait nous surprendre. La totale paranoïa qui envahissait mon petit deux-et-demi et ses quarante-deux occupants pas toute là du samedi soir pendant que je laissais Tarzan venir y diviser ses livres en beaux quart-d’onces ou caper sa mescaline. Notre bohème à nous un peu tout cela, salut Charles, snif snif !

Qui voudrait mettre au chômage son fidèle pusher vieillissant après tant d’années de bons services. Dans les bons jours comme les mauvais, de la bonne dope et de la moins bonne, il est devenu pour plusieurs au fil du temps un ami, un membre de la famille qui sert aujourd’hui avec le même zèle nos enfants devenus des hommes. Le pauvre homme va se ramasser à la rue, qu’est-ce que le gouvernement va faire pour lui?

Trudeau le fils prive les générations futures de bien grands frissons et sa loi, par la bande, de toute la culture underground qui venait avec. Comme la publicité sur l’alcool et le tabac, l’image de la feuille de cannabis elle-même est maintenant bannie et soustraite à l’oeil public. Il n’y a qu’un pas avant que les grands apôtres de la contre-culture soient mis à l’index, retirés des rayons pour toujours.

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On ne le réalise peut-être pas encore mais Freewheelin Frank, Phineas et Fat Freddy, les Fabulous Freak Brothers, sont maintenant persona non grata au Canada. Comme on a échangé la clope de Lucky Luke pour un brin d’herbe dans la foulée de la mise au ban de la publicité sur le tabac, qu’adviendra-t-il des Freak Brothers? Si on retire de leurs albums tout ce qui fait l’étalage ou l’éloge de la dope, il ne restera plus qu’une grosse touffe de poils au bas de chaque page de leurs péripéties illustrées.

Phineas, le grand poète des trois frères, a laissé pour la postérité un bijou de la poésie contre-culturelle que je cite ici :

“La dope va vous faire traverser les mauvais jours sans argent beaucoup mieux que l’argent les jours sans dope.”   – Phineas

Mettre cette citation sur une enseigne aujourd’hui au Canada dans une pub pour la dope vous mènerait directement en prison. Que dire de cette autre célèbre citation de Fat Freddy celle-là, un avertissement à ceux qui seraient tentés par les drogues dures :

“Keed spills! . . . Pill skeeds! . . . Skill peeds! . . . ? . . .”   – Fat Freddy

. . . direct l’asile.

Il subsiste tout de même une lueur d’espoir pour l’underground. Le serpent finit toujours par croquer sa propre queue un jour ou l’autre. La loi, en interdisant la diffusion des images de la contre-culture associée à la consommation de cannabis, la fera renaître de ses cendres comme le phényx, fera reprendre le feu de plus belle comme une énorme lampée d’huile jetée sur un papier à rouler.

Pour les nostalgiques, avant que ma collection ne soit saisie ou que mes fils en déclinent l’héritage par peur de la répression, je vous laisse sur quelques images que je suspecte être devenues totalement illégales aujourd’hui. Tant qu’à être dans l’ambiance, écoutez celle-là en même temps:

Frissonnez, voyeurs hors-la-loi.

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2 réflexions sur “L’underground est mort, vive l’underground!

  1. C’est drôle, moi qui ne connaissais pas les Freak Brothers (quelle lacune), ils me font penser à nos Pieds Nickelés 🙂 Je suis une bleue en matière de stups, mais je partage ce que tu dis sur la disparition du « politiquement incorrect ». J’aime bien ce qui « gratte » et dérange l’ordre établi ^^…

    Aimé par 1 personne

    • Robert Crumb a certes été le bédéiste le plus célèbre de la contre-culture américaine germée dans la Californie des années 60-70 mais les Fabulous Freak Brothers étaient mes préférés. La nouvelle loi canadienne qui régit la légalisation du cannabis contient des dispositions quant à la publicité de la marijuana qui interdit l’utilisation d’images en relation avec la plante, ses dérivés, son usage, etc. Ces dispositions dérangent les amoureux de libertés civiles. Et j’abonde avec toi, le petit goût de “pas permis” vient de disparaître au profit d’une rectitude stérilisée à l’extrême. Ici l’état contrôle maintenant le jeu, l’alcool, la dope, il ne nous manque que les bordels d’état et la boucle sera bouclée. Bonne journée!

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