Tuer des chouchous

Quelle belle façon d’amorcer l’année. Lire sur l’écriture, rien de tel pour la motivation de janvier. C’est fou tout ce qui s’écrit sur l’écriture. On n’en chante jamais autant sur l’art de la chanson.

Sur le style d’écriture notamment et les règles, Stephen King écrivait (bien qu’on attribue la règle à plusieurs auteurs avant lui) :

 “Kill your darlings, kill your darlings, even when it breaks your egocentric little scribbler’s heart, kill your darlings.”

(Tuez vos chouchous, tuez vos chouchous, au risque de briser votre égocentrique petit coeur d’écriveux, tuez vos chouchous. –  traduction de moi)

Évidemment, on ne parle pas ici de tuer nos êtres chers ou nos chouchous; en littérature, tuer nos chouchous veut essentiellement dire se débarrasser des mots, expressions, personnages, situations fétiches auxquels un auteur s’attache maladivement, s’accroche avec une affection exagérée et qui n’apportent pas toujours une contribution utile au texte.

Oh oh!, une rétrospection s’impose. J’en ai plein de ces chouchous qui poppent icitte et là dans mes écrits, “icitte et là” en est déjà un que j’ai emprunté à une chanson de Plume – Chambre à louer (…mais des chambres y’en a icitte et là mais pas pour moé.). Mais j’en ai plein d’autres. Des chouchous, pas des chambres à louer. Le verbe ébaubir que je pousse jusqu’à l’ébaubissement, Olivette une bag lady que j’hébergerais sous ma calotte crânienne et qui serait la bibliothécaire de mes souvenirs enfouis dans un paquet de vieux sacs de grocerie, ces fameux chinois (comme disent les chinois) que je prends à témoin chaque fois que j’utilise la langue de Shakespeare ou les plus vils anglicismes, Allah que j’invoque à tout propos ou le visage de mes émois premiers, Miss Saint-François-Solano (soupirs).

Je m’insurge contre la règle évidemment. Bien étrange consigne que de tuer mes chouchous. J’ai de la misère à tuer les souris qui viennent passer l’hiver en-dedans dans le douillet tout-compris de la gamelle d’une chatte rendue trop vieille pour les chasser à ma place. Quoi de neuf au pays des vieux résidus des années soixante-dix comme moi? Je DOIS m’insurger. Comme dirait mon fils Emmanuel, les règueul’ments c’est faite pour être suis pis les ceuzes qui voulent pas les suire, ben qu’y s’en vont!

Alors, c’est ça, j’men vas. Je m’en vas vous proposer des alternatives à l’éradication cruelle des chouchous littéraires.

Alternative no.1 – Au lieu de tuer vos chouchous, torturez-les jusqu’à ce qu’ils complimentent sans fin votre style littéraire.

Alternative no. 2 – Utilisez vos chouchous comme prénoms pour vos enfants. Voici ma fille Olivette, je vous présente Marie-Ébaubie et Kévin-Allah qui traverse actuellement son terrible two comme disent les chinois.

Alternative no.3 – Quand les dieux Incas reviendront régner sur le monde, lancez vos chouchous dans la gueule d’un volcan pour vous assurer de bonnes récoltes. Les dieux Incas comprendront que vous êtes fuck’n désespérés pour les sacrifier ainsi et votre blé montera jusqu’à dix pieds de haut.

Alternative no.4 – Faites-vous accompagner à une noce par un de vos chouchous et laissez-le porter le toast de circonstance qui incidemment sera verbeux au possible et n’en finira plus de finir. Mais notez bien que se présenter à une noce accompagné d’un chouchou n’implique aucunement que vous êtes romantiquement ou sexuellement impliqué avec vos chouchous. Mais théoriquement la probabilité existe.

Alternative no.5 – Lors d’une attaque apocalyptique de morts-vivants, détournez l’attention des zombies avec la beauté incommensurable de vos chouchous. Lorsqu’un zombie entreprendra de se sustenter en croquant goulument un de vos chouchous et que vous verrez les organes de votre chouchou frapper le sol en répandant tristes lambeaux déchirés et humeurs sanguinolentes, pleurez.

Alternative no.6 – Au lieu de bêtement tuer vos chouchous, laissez-les simplement mourir de froid par eux-mêmes en les laissant s’accrocher désespérément à une vielle porte de bois sur laquelle vous aurez préalablement planifié de dériver sur l’océan arctique.

Alternative no.7 –  Pour compenser les chagrins d’une rupture ou vous consoler d’un autre rejet d’éditeur, offrez-vous une gerboise. Attachante petite bête. Créez un bel alignement rectiligne en plaçant la cage de la gerboise le long d’une sélection des chouchous que votre éditeur a raturés, bien collés au mur avec du gaffer tape et appelez ceci de l’art.

Alternative no.8 – Inscrivez vos chouchous sur Tinder et laissez-les compléter leur formulaire d’inscription et leurs bios qui seront naturellement poétiques à l’excès mais encore redondantes et remplies de clichés et de lieux-communs.

Alternative no.9 – Laissez s’échapper un chouchou dans un supermarché près de chez vous et faites semblant de le rencontrer par hasard au rayon des marinades. Passez à côté incognito, détournez le regard, ne lui dites même pas bonjour. Regardez-le s’éloigner ébaubi pendant d’interminables et douloureuses minutes, versez des larmes brûlantes. Passez à la caisse, payez vos articles. N’achetez qu’un rouleau de papier-cul en cas.

Alternative no.10 –  Finalement, merde, allez-y gaiment, obéissez servilement, tuez tous vos chouchous pour ensuite réaliser ébaubi que vous n’avez plus rien ni personne. Vous êtes seul au monde comme tous les Ovide Plouffe du monde entier. Tout seul comme un chien pas de médaille. Désabusé. Détruit.

Calvaire, c’était la pire des idées celle-là, oubliez ça.

 

Flying Bum

New_pieds_ailés_pitonMauve

 

Une réflexion sur “Tuer des chouchous

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