Éclairs de grille-pain (2)

C’est ce qui se produit si on échappe une rôtie enduite de confitures sur les deux côtés. Vous l’aurez appris ici.


Comme un salmigondis, tutti-frutti. Vendredi. Ici, de tout et de rien, ce qui vient à l’esprit lorsque le nez totalement séduit par l’odeur de pain grillé, debout devant le grille-pain, on attend. Temps mort. Craque dans l’espace-temps. L’esprit s’éparpille en tout sens. Et on attend. Et l’esprit déraille. Un moment traverse le cortex. Et dès que, ô joie, sautent les deux belles tranches bien grillées, toutes ces pensées ébouriffées fuient vers les limbes désennuyer les petits bébés pas baptisés. En voici encore une fois, interceptées à temps juste pour vous, fidèles lecteurs. Vous me remercierez lundi.


Orgasme : C’est lorsque les circonstances nous empêchent de l’atteindre que l’on peut réaliser totalement toute l’ampleur de la nécessité de l’orgasme.


Idiobiographie : Choses que vous ne voulez probablement pas savoir de moi. On a déjà traité celui qui écrit sur lui de suiloque. Je sui-suiloque.


Parlant de suiloque, Rousseau : (Jean-Jacques, pas Stéphane) Si pour égayer sa vieillesse J.J. avait besoin de se rappeler le souvenir de ses premières années, ne pouvait-il pas se procurer cette satisfaction sans importuner les lecteurs de bagatelles qui n’ont pour eux aucun intérêt? Ne pouvait-il pas rire tout à son aise du tour qu’il a joué à la vieille Clot, en pissant dans sa marmite, sans informer le public d’une pareille circonstance? Et où en serions-nous si chacun s’arrogeait le droit d’écrire et de faire imprimer tous les faits qui l’intéressent personnellement, et qu’il aime à se rappeler? (Critique de l’Année Littéraire sur Les Confessions de Rousseau)


Terreur : je ne connais pas l’origine de mon mal et je ne me rappelle plus lorsque cela a commencé. J’ai peur du courrier. Tout se passe au niveau de l’abdomen, une pression monstre. Je crie, j’implore une anesthésie générale lorsque la palette rouge se dresse au-dessus de la boîte aux lettres. La vie est fuck’n cruelle parfois. Ignorez toutes ces enveloppes qui vous réclament toutes votre pécule chèrement gagné. Ne jamais ouvrir ces enveloppes. Ces idiotes ne font que tenter de vous effrayer en changeant de couleur de mois en mois.


Anatomie : Mon coeur héberge quelques passagères éternelles ramassées au passage sur mes parcours amoureux. J’ai un drôle de pressentiment. Je crois que je vais me trancher les chairs du torse, scier les côtes et gratter chaque couche de viande de mon organe cardiaque jusqu’à ce que je les atteigne. J’ai besoin de savoir si elles se sont mises à comploter contre moi là-dedans.


Carpe diem : Si votre œil est incapable de percevoir toute la beauté dans l’insignifiance de l’existence, la plupart de vous jours sombreront définitivement dans l’oubli. Prenez des notes.


Intermède théâtral.

UNE HISTOIRE D’AMOUR

Pièce en un seul acte.

Dans la chambre à coucher d’Évelyne

Lumière

2050 après Jésus-Christ, le sexe se pratique maintenant sans contact. Évelyne est au lit. Entrée de Lothaire – il s’asseoit près d’Évelyne sur le lit. Évelyne et Lothaire bipent une fois chacun. La transaction est complète. Ils vapotent. Évelyne se demande ce que goûte Lothaire. Elle s’imagine que son goût doit s’apparenter à l’odeur d’une savonnette à l’avocat qu’elle a déjà utilisée. Lothaire songe au climat éternellement changeant, inquiet.

Sortie de Lothaire.

Évelyne publie un long billet à propos de Lothaire sur son blogue. Lothaire ne lit jamais le blogue d’Évelyne.

Lumière

Rideau.


Cornichons dans le vinaigre : J’ai récemment réalisé que je ne détestais plus les cornichons dans le vinaigre. Comme la vie est espiègle. Je me suis surpris à ne pas les enlever s’ils faisaient déjà partie de la recette d’un burger du commerce mais je ne crois pas avoir atteint le point où j’en croquerais un frais sorti de son bocal, la ressemblance à un aquarium surpeuplé de batraciens étranges probablement, ou de demander spécifiquement à un grand chef d’en rajouter à un plat quelconque, à l’exception peut-être des jours qui nécessitent un geste particulier pour s’extraire de l’insignifiance de l’existence et qui demandent à se démarquer des hiers et des lendemains en tout point semblables, cette différence fût-elle si mince, verte, marinée et tranchée finement.


La baffe: Arrivé dans la grande ville en septième, mon père m’avait inscrit dans une école des frères maristes. Totalement inconnu du frère Côté, premier jour de classe. Lui non plus je ne le connaissais pas. À la prise des présences, par ordre alphabétique, un Saint-Amant, un Saint-Onge et moi un Saint-Pierre. Une passe sur la palette. Abandonner un gigot au chien, c’est pareil.

Ah oui, ânonnons!

Saint-Amant . . . présent.

Saint-Onge . . . présent.

Saint-Pierre . . . priez pour nous.

Réception du gag, nada. Le frère s’avance calmement dans le rang jusqu’à moi, stoïque. La baffe est partie, vous ne croiriez même pas la force que l’ecclésiastique y a mise. Pas tous des amateurs de petits câlins, les frères maristes, je vous jure.


Paternel : J’ai longtemps pensé que mon père était pathétiquement égocentrique, absent à ses fonctions d’éducateur et sans aucune espèce d’affection pour ses enfants (moi), depuis j’ai réalisé qu’il était un humain, et par définition, les humains n’ont généralement aucune espèce d’idée de ce qu’ils font.


Une pour monsieur Freud : Tant qu’à être dans la famille et les blessures profondes de l’âme, ma mère avait un chaudron en aluminium mince, cabossé et noirci à l’usure, l’usure étant due à la préparation d’une quantité impressionnante de batch de popcorn au beurre. Ma mère, pour des raisons intimes restée inconnues à ce jour et qui l’ont suivi dans la tombe, ne partageait JAMAIS son popcorn avec ses propres enfants, marâtre. C’est même passé dans les gênes de la famille. Lorsque quelqu’un pige dans MON bol de popcorn, mon ADN en entier s’excite, mes yeux s’exorbitent, j’ai le goût de tuer.


Pointillisme (Qué Seurat, Seurat) : Je crois que la scène de Ferris Bueller’s Day Off où le personnage Cameron souffre d’une puissante et intense angoisse existentielle à admirer la mâchoire pendante une toile pointilliste, a été placée dans le long-métrage seulement pour que le cinéphile dont le cerveau accroche maladivement à cette scène, procède à sa propre angoisse existentielle devant la scène, se sente comme s’il était la seule personne au monde qui ait vu ce film et qui s’émeuve spécifiquement de cette scène. Vous me suivez?


Parler de soi, quelle vilaine chose : Pourquoi Rousseau parlait-il si longuement de lui, ses motifs comme les miens ne sont pas aussi clairs à moi-même que je ne me l’étais figuré avant lui. Victor Hugo, par contre, dans ces dernière paroles de Gavroche, parlait assurément de moi.

On est laid à Nanterre,

C’est la faute à Voltaire,

Et bête à Palaiseau,

C’est la faute à Rousseau.

Je ne suis pas notaire,

C’est la faute à Voltaire,

Je suis petit oiseau,

C’est la faute à Rousseau.

Joie est mon caractère,

C’est la faute à Voltaire,

Misère est mon trousseau,

C’est la faute à Rousseau.

Je suis tombé par terre,

C’est la faute à Voltaire,

Le nez dans le ruisseau,

C’est la faute à… (Gavroche meurt)


Je ne crois pas avoir entendu le petit craquement caractéristique du sceau de sécurité qui doit se rompre à l’ouverture de mon flacon d’antihistaminique. Ceci pourrait fort bien être mon dernier texte.


Flying Bum

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4 réflexions sur “Éclairs de grille-pain (2)

  1. Ayoye. Coupant… euh, incisif, le mot.
    Ou ce serait-y plutôt caustique?
    Un peu décourageant par boutt’.
    Mais tu t’en doutes.
    J’ai souri, évidemment.
    En tout cas. J’te lis pis j’me dis
    que tu ferais bien d’offrir d’avance
    ton cerveau à la science.
    Tiguidou. Tourlou. Bonne journou. Lucou.

    Aimé par 1 personne

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