Bienvenue au musée de l’oubli

En ce lieu, les jours se fondent les uns dans les autres
Mon esprit, un tamis trop grossier pour retenir le fin grain de la raison
J’erre dans les pièces dessinées par des objets hirsutes
Un stylo-bille sans son bouchon, une enveloppe jamais ouverte, une toile d’araignée, un buste vulgaire

Trop grossier pour retenir le fin grain de la raison
Un filtre pour résidus inutiles, pensées futiles, poils et cils
Un stylo-bille sans son bouchon, une enveloppe jamais ouverte, une toile d’araignée, un buste vulgaire
Hier soir encore, nous plaisantions sur nos chambres oubliées

Un filtre pour résidus inutiles, pensées futiles, poils et cils
Rempli de pages vierges, de non-dits, un verre vide
Hier soir encore, nous plaisantions sur nos chambres oubliées
Ce matin ma maison est un musée de l’oubli

Rempli de pages vierges, de non-dits, un verre vide
Je me pousse de mon pupitre et je roule dans le passage vers nulle part
Ce matin ma maison est un musée de l’oubli
Un reposoir pour objets teintés par la douce patine de l’indifférence

Je me pousse de mon pupitre et je roule dans le passage vers nulle part
J’ouvre une armoire, je rince une tasse de thé, mon œil scanne la table
Un reposoir pour objets teintés par la douce patine de l’indifférence
Le majeur dans l’anneau à me demander ce que ces clés peuvent ouvrir

J’ouvre une armoire, je rince une tasse de thé, mon œil scanne la table
Ici je scrute les étagères, je mélange des papiers, je fouille dans mes poches vides
Le majeur dans l’anneau à me demander ce que ces clés peuvent ouvrir
Je retourne à mon bureau chercher des indices, pourquoi je suis encore ici

Ici je scrute les étagères, je mélange des papiers, je fouille dans mes poches vides
J’erre dans les pièces dessinées par des objets hirsutes
Je retourne à mon bureau chercher des indices, pourquoi je suis encore ici
En ce lieu, les jours se fondent les uns dans les autres, mon esprit, un tamis

Trop grossier pour retenir le fin grain de la raison


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Flying Bum

“Il y a des jours comme ça où on n’a pas assez de cailloux.”
  – Forest Gump

En prime. (dans le cadre des élections générales qui se tiendront bientôt au Québec)

Elle s’appelle Maria.

Maria

Elle pourrait s’appeler Guadalupe, Juana, Leticia. Maria est mexicaine. Elle pourrait être ukrainienne, libyenne, congolaise, afghane. Maria n’est plus en sécurité dans son propre pays, sa vie y est menacée. Elle vit maintenant parmi nous, au Québec. Le Québec est sa terre d’accueil, son rêve d’une vie meilleure pour elle, ses sœurs, ses frères. Tous les matins, Maria se présente dans notre usine, en région. St-Esprit, Lanaudière. On imprime et on fabrique des emballages-plastique pour les fruits et légumes frais. Maria travaille sur une machine qui fabrique les sacs, elle est emballeuse, un travail un peu ingrat. Maria ne parle pas français ni anglais, Laurie ne parle pas espagnol mais c’est Laurie qui accueille Maria, qui la forme, avec le peu d’espagnol qu’elle a appris en voyageant dans le sud l’hiver, elles se parlent entre elles avec un traducteur sur leurs téléphones mobiles. Laurie est heureuse d’apprendre l’espagnol avec Maria, Maria est reconnaissante d’apprendre le français avec Laurie. Maria ne peut pas fréquenter les classes de francisation qui ne sont données que le jour. Maria doit travailler le jour. Ses employeurs sont heureux d’avoir Maria, il est très difficile de recruter des personnes en région pour des emplois de journalière et Maria est heureuse de travailler.

Maria habite Côte-des-Neiges à Montréal, l’agence privée compense un de ses compatriotes pour la transporter en voiture, soir et matin, elle et d’autres personnes, vers l’usine de St-Esprit. De deux à trois heures par jour pour le transport entre ici et l’humble logement qu’elle occupe avec d’autres personnes chez une logeuse cupide à qui l’agence privée les a gentiment référés. L’employeur paie l’agence qui paie ensuite Maria, salaire minimum, la privant au passage du droit d’adhérer au syndicat de l’usine et enrichissant au passage l’agence privée. L’employeur n’a pas vraiment le choix. Si Maria et les autres ne produisent pas les sacs, l’employeur n’a d’autre choix, pénurie de main d’œuvre oblige, que de réduire son carnet de commandes. Patates, carottes, rutabagas, choux sortiront de la station de lavage et faute de sacs, tomberont en vrac dans les cageots, se gâteront, ne rejoindront pas tous les étals des fruiteries de la grande ville ou pas aussi rapidement, rareté égalera hausse des prix pour vous et moi. Inflation. Gaspillage alimentaire.

Maria voudrait bien habiter la région, loin de la ville, fréquenter Laurie et ses autres compagnes de travail, apprendre le français, s’intégrer, trouver mari et élever une famille, gagner un meilleur salaire, être syndiquée, améliorer son sort comme c’est ici le droit de tout un chacun. Mais voilà, il y a ici pénurie de logements abordables, les investissements de nos bons gouvernements en transport en commun régional dans les dix dernières années approchent le zéro dollar, les ressources communautaires pour les immigrants comme Maria, négligées et sous-financées sont disparues les unes après les autres. On ne trouve plus, fort heureusement d’ailleurs, que quelques banques alimentaires qui sont même fréquentées par des gens qui travaillent de 40 à 50 heures par semaine, au salaire minimum et qui peinent à nourrir leur famille.

Régionalisation de l’immigration, accueil des immigrants, francisation, pénurie de main d’œuvre, crise du logement, transport régional public, un paquet de mots qu’on peut entendre tous les jours aux bulletins de nouvelles. Pour Maria qui n’écoute pas la télé, ces choses-là, si elles étaient prises de front, feraient une réelle différence, la différence entre vivre et vivoter, entre bonheur ou détresse, entre craindre et espérer.

En vous présentant bientôt devant l’urne, pensez à Maria, à Guadalupe, Juana et tous les autres, et aux vôtres aussi, à notre environnement menacé. Osez, de grâce, mettre le X vis-à-vis d’une personne qui saurait, pour Maria, pour Guadalupe, pour Juana, pour vos enfants, vos parents, et avec vous, se montrer, pour une fois, résolument et concrètement solidaire.

Luc St-Pierre (alias FB)

5 réflexions sur “Bienvenue au musée de l’oubli

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