Enchaîne ça, mon homme

Facile avec la gueule. Mais un cerveau en mode pause ça se recrinque pas comme une chainsaw. Et le mien tombe souvent sur l’éco-mode par les temps qui courent. La saison qui ne veut plus se définir clairement (on es-tu en hiver ou on est encore en hiver?), l’insignifiance des mandats qui passent, un gros entre-deux avec un trait d’union de quinze pieds, j’ai même lu et commencé à croire qu’il pourrait être très dommageable de laisser notre cervelle à ON tout le temps. Les gens finiraient par noter la chose et s’attendre toujours aux plus brillantes prestations de notre part. Ça nous en met lourd sur les épaules.

Tout de même, j’aurais tendance à croire l’adage “Abusez-en ou perdez-en l’usage pour toujours”. Non, erreur. Le traducteur en moi improvise un peu trop. C’est simplement “Use it or lose it” comme l’érection (dixit Sigmund Freud).

Un blogue c’est bien quand c’est publié une fois de temps en temps, peu importe que ma cervelle dorme ou non. Personne ne lit vraiment ça, à quoi bon mettre la barre si haute alors? Voilà. Je dois mettre ma main à la crinque et repartir la grise matière au plus coupant.

Je le sais parce que:

  1. Parents-Secours m’a mis sur la liste des gens suspects dans la colonne des présumés zombies.
  2. À force de penser mou, le directeur artistique en moi va perdre son droit et son immense plaisir d’être pointilleux et intransigeant en tout temps.
  3. La société canadienne de l’Alzheimer me harcèle pour être son poster boy dans sa campagne des vieillards disparus qui errent partout dans les centres d’achat.
  4. L’hydro m’a coupé le courant il y a deux semaines et je viens juste d’allumer.
  5. La chatte s’est installée en résidence sur mon abdomen et j’ai maintenant une encavure permanente et un gros rond avec pu’d’poil qui pousse sur la bedaine.
  6. Les gens parlent de moi comme si je n’étais même pas dans la même pièce qu’eux.
  7. J’apparais maintenant dans le Guinness dans la section du presse-papier le plus lourd au monde.
  8. Je n’ai rien trouvé pour le point 8, même pas essayé un peu, ce qui fait un beau chiffre bien rond à la fin tout de même.
  9. Je sais qu’on est vendredi, je ne suis juste pas sûr dans quelle semaine (année?).
  10. Le syndicat des vidangeurs dépose grief après grief contre moi, me soupçonnant de les scaber et d’aller porter mes vidanges à la dompe moi-même.

Il faudrait que je commence par là, peut-être, mettre les vidanges au chemin. Malgré mon nerf sciatique qui menace de se réveiller à tout moment. Le syndicat des vidangeurs va bientôt payer l’extra pour m’envoyer ses griefs en courrier recommandé. Leur secrétaire m’a appelé. Sarah Masse, son nom (dad joke).

Je me suis réveillé avec ça ce matin, l’histoire des vidanges, toute ma vie a été l’affaire de mettre les vidanges à la rue et surtout me rappeler quelle journée le faire. Du plus loin que je me rappelle, il y avait des vidanges à mettre à la rue. Une fois, j’avais une poubelle en plastique craquée de partout à mettre aux vidanges, la ville a jamais voulu la ramasser. Ils n’ont pas le droit de lancer une poubelle dans le camion de vidanges, vide ou pleine, question existentielle angoissante pour eux, la poule ou l’oeuf des déchets, toute une engueulade avec les vidangeurs, hors de question, interdit syndical. Une poubelle ça ne va pas aux vidanges (…) La semaine suivante j’ai enveloppé la poubelle dans du plastique vert et ils l’ont ramassée comme si de rien n’était. Ce qu’on ne sait pas ça ne fait pas mal. Ce que l’on ne voit pas n’existe pas.

Les vidanges c’est l’affaire de toute une vie pour tout le monde probablement. Mes dernières paroles seront quelque chose comme: “Je ne peux pas mourir aujourd’hui, on est lundi, les vidanges passent juste demain, je DOIS sortir les vidanges.” J’en connais qui cédulent leur départ en vacances le lendemain des vidanges pour ne rien laisser derrière eux.

En Abitibi, j’ai connu la fin d’une longue tradition, le temps qu’on allait porter nos vidanges nous-mêmes à la dompe. Là où on devait davantage se méfier des ours que des rats. On ne triait rien dans ce temps-là mais il me semble qu’on en jetait moins en contre-partie. Aujourd’hui avec la révolution industrielle, l’invention du plastique et de la couche jetable, plus rien n’est fait pour durer. En fait, toute notre stratégie économique repose sur l’idée de pouvoir tout jeter ce que l’on achète le plus vite possible, courir en racheter comme des poules pas de tête. Et le système est empirique, les cochonneries exponentielles. L’industrie des vidanges est un cancer agressif qui se répand partout. Quand je m’arrête à y penser, je me dis que si j’avais pu pressentir la chose dans mes jeunes années, j’aurais pu voir venir, je serais probablement déjà un riche retraité de l’industrie de la vidange. Je serais fort probablement loin de mon poids santé, le dos bien poilu mais plus un seul poil sur le caillou, vivant richement dans un beau parc de maisons mobiles de la Floride avec une belle vieille jeunesse rénovée, épouse-trophée blondasse, faisant des “wheelies” avec mon kart de golf pour épater le voisin. Les vieux à la salle communautaire du parc à roulottes me demanderaient: “Cou’donc, t’as fait ton argent où, toé Flying chose?”. Mais dans les vidanges, mes amis, il fallait juste y penser. Et ils me répondraient du tac au tac: “Mais tu sens quand même super bon pour un gars qui a fait fortune dans les vidanges!” ou encore: “Et ta femme, belle de même, je suis sûr que tu l’as pas ramassé à la dompe, elle!” Et ils riraient si fort de leurs propres blagues plates que leurs dentiers tomberaient direct dans leur grand bock de twist-shandy et ils échapperaient un petit pipi de joie dans leurs beaux pantalons safari beiges.

C’eût été bien agréable tout cela, le cerveau userait moins vite au soleil.

Je dois vraiment donner un bon coup de crinque à ce cerveau endormi maintenant, ça presse. J’ai besoin du traitement-choc. Du vieux rock à se petter la tête sur les speakers, une pinte ou deux de café fort. Je vérifie si la cafetière est encore là où je l’ai vue la dernière fois. Et s’il me reste encore du lait qui sort de la catégorie matières bio-toxiques.

Il y a des chances qu’une odeur de chauffé vienne à vos narines quand mes neurones vont finalement repartir, c’est normal, soyez sans crainte.

Restez proche du téléphone, je vais peut-être avoir besoin d’emprunter vos cables à booster.

 

Flying Bum

New_pieds_ailés_pitonVert

3 réflexions sur “Enchaîne ça, mon homme

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