Le poids du brochet

Henri attendait ce moment depuis longtemps, tout un automne, un long hiver et un printemps qui n’en finissait plus de finir. Toutes les semaines, il écrivait à Marie, la fille du dentiste Lamarche qui s’était révélée à lui en lui offrant son silence et la liberté sans conditions pour un méfait sans nom dont elle avait été l’unique témoin. Il avait douze ans à cette époque-là, il en aurait treize avant la fin de l’été. Henri s’était faufilé sournoisement dans la cour du dentiste l’été d’avant, là où celui-ci élevait des carpes dans un bassin de fortune pour lui servir d’appâts dans ses voyages de pêche au brochet.

Elle était apparue sans bruit comme une vision, Marie, petite fille aux yeux bleus, comme une gracieuse évanescence pieds nus dans sa robe de taffeta blanc à frisons. Une image comme dans les vues. Henri couché sur le ventre pour ne pas être vu sortait habilement les petites carpes à la puisette tapi derrière le bassin et les transvidait une à une dans une chaudière à demi-pleine d’eau. Elle lui avait murmuré en souriant :

– Sauve-toé, innocent, avant que mon père te pogne, t’en as assez pris comme c’est là.

Henri paniqué avait bondi jusqu’à la porte de clôture donnant sur la ruelle qui ne semblait plus vouloir se laisser ouvrir si facilement. Henri avait entendu clairement derrière lui :

-Attends, r’viens icitte.

Elle se tenait toute ravissante dans la splendeur de l’été enfin revenu, debout là dans la lumière du midi, lui tendant sa chaudière de carpes sautillantes.

-T’as oublié ça, lui avait-elle dit.

Lorsqu’Henri avait avancé sa main, la chaudière était partie se cacher dans le dos de Marie dont le sourire s’était fait tout espiègle. Elle avait plissé ses yeux, pincé sa petite bouche en forme de cœur en n’avançant que sa tête vers Henri. Il n’avait pas eu besoin qu’on lui fasse un dessin.

Qu’est-ce qu’un petit de garçon de douze ans ne ferait pas pour une douzaine de belles petites carpes.

Henri passait la plus grande partie de ses vacances d’été chez son oncle et sa tante. Il partait de la grande ville et il se rendait seul comme un grand garçon en autobus dans son patelin natal. Enfin, il pourrait la revoir. Il ne s’était pas rendu directement chez son oncle. Henri se tapait la route à pied entre le terminus d’autobus et la maison du dentiste Lamarche à Lamaque, une bonne marche avec son bagage sur le dos sous le chaud soleil de la fin-juin. Un peu plus que la moitié du chemin parcouru, il n’avait pas encore réussi à calmer son agitation, une stupide peur incontrôlable de ne jamais la revoir. Comme cette sensation complètement dingue qu’il ressentait quand la nouvelle épouse de son père lui tendait discrètement les enveloppes à l’abri du regard de ses frères qui se seraient offerts une bonne rigolade s’ils avaient mis la main dessus avant lui. Il la flanquait rapidement dans ses culottes et rabattait vitement son gaminet par-dessus comme si c’était le plus sale des butins. Dès qu’il en avait l’occasion, il fuyait à la cave du commerce familial où un recoin fabriqué avec des caisses de Coke lui offrait l’asile, la planque parfaite pour lire ses missives en paix.

Henri ne savait pas si c’était ça la fameuse chose que tout le monde appelait bêtement avoir un gros kick, ou plus crûment l’amour, comme dans tomber en amour. Tout ce qu’il en comprenait c’était le malaise au ventre et dans son corps tout entier lorsqu’il ne se pouvait plus d’attendre la fin du souper pour se pousser dans sa cachette en bas, lire les lettres de Marie.

Une sirupeuse ballade commerciale hantait alors toutes les radios. Le ver d’oreille avait envahi le pauvre Henri qui l’avait murmuré dans sa tête tout l’hiver.

 Oh lady Mary, petite fille aux yeux bleus.

Et voilà qu’à force, les saisons avaient passé et Henri était de retour à Lamaque, encore un petit kilomètre et il serait chez Marie. Pour se changer les idées en marchant, il pensait à ce qu’il pourrait faire pendant ses vacances. Il savait qu’il ne pourrait pas jouir de tout le temps qu’il aurait espéré passer avec Marie. Ses pauvres performances scolaires avaient forcé son père le dentiste sévère et fier-pet comme pas deux à l’inscrire aux cours d’été. L’idée le rendait triste mais il comprenait. Comme ils allaient se retrouver moins de dix jours plus tard, il n’avait pas jugé bon lui exprimer sa tristesse. Il n’avait tout simplement pas répondu à la dernière lettre de Marie.

En chemin, il se demandait si son oncle avait gardé la grosse bicyclette à pneus balloune de sa cousine. Il s’en servait parfois l’été pour aller au brochet au lac Blouin ou chez son grand frère à Vassan. Elle se ferait bien pratique maintenant pour aller voir Marie. Il tournait maintenant le coin et apercevait dans un pincement du cœur sa maison natale. Henri s’était alors tiré un plan dans sa tête. Il couperait par la cour malgré que la maison paternelle appartienne maintenant à de purs étrangers, il passerait par la ruelle et irait surprendre sa belle Marie-aux-yeux-bleus dans sa cour au lieu de sonner à la porte d’en avant.

Sûrement pas son oncle Maurice qui l’aurait grondé s’il eut fallu qu’on l’y prenne. Son oncle conduisait le taxi, petit homme affable pas très haut sur pattes et plutôt baquet avec une épaisse et drue chevelure impressionnante qui ne reprenait jamais véritablement sa forme lorsqu’il enlevait son képi de taxi. Il adorait les enfants. N’ayant eu qu’une fille adoptive bien à lui, il vouait à Henri et à ses frères une affection toute particulière. Quelquefois Henri allait le rejoindre à son stand de taxi, petite cabane tout petite qui était alors à l’autre bout, à l’entrée de la ville. Quand le téléphone sonnait, il laissait Henri répondre, Main Taxi, bonjour!  Henri notait proprement les adresses. Puis l’oncle Maurice le laissait monter avec lui faire le voyage. L’été d’avant Henri avait dû se coincer entre deux belles madames parfumées et tout endimanchées qui allaient je ne sais où en plein jour avec leur profond décolleté qui laissait voir beaucoup de leurs belles grosses mamelles bien rondes qui arrivaient juste au visage d’Henri. Les choses ballotaient comme une grosse bolée de Jell-O lorsque le taxi prenait des bosses pour le plus grand bonheur d’Henri. Il en avait longuement conservé l’image dans sa tête, souvenirs bien commodes lorsque nuitamment Henri découvrait tout coupable comment fonctionnait son corps de garçon en se faisant tout un cinéma dans sa tête. Il ne parvenait cependant jamais à apercevoir en rêve l’image de leurs vulves, il n’en avait jamais vraiment vu ailleurs que dans les revues feuilletées à la dérobée dans la tabagie de son père.

Rendu près de chez elle presqu’au bout de la ruelle, il raccrochait encore sa pensée à ces gros lolos qui l’avaient tant obsédé. Drôle parce qu’il ne se rappelait pas de la taille des nichons de Marie, pas vraiment gros dans ses souvenirs en tous cas, mais on ne sait jamais avec les filles. Elles carburent aux secrets, nous cachent tellement de choses. L’esprit encore aveuglé par des paires de voluptueuses énormités, il avait du mal à comprendre ce qu’il voyait poindre dans la vraie réalité devant ses vrais yeux incrédules.

Une jeune fille qu’il ne voyait que de dos, penchée sur un garçon monté sur une ridicule petite moto à l’embrasser langoureusement. Ça lui était venu non pas de façon brusque mais comme dans un film au ralenti. Il voyait le visage de la fille se tourner lentement vers lui, glisser deux mots à l’oreille de l’autre qui s’était aussitôt retourné lui aussi.

Louis Papineau avec Marie Lamarche, sa Marie.

-Louis Papineau il me lâche jamais, maudit fatigant. Un vrai colleux, une mouche à marde. J’ai assez hâte que tu viennes lui mettre une tape su’a yeule, lui avait-elle écrit pendant l’hiver. Louis Papineau avait été longtemps son meilleur ami.

Ébaubi et sonné, Henri allait tourner tristement les talons et repartir avec son petit bonheur lorsque Marie avait eu l’audace de l’appeler du bout de la gueule. Henri s’était approché nerveusement en souriant du mieux qu’il pouvait. Il avait gentiment tapé sur l’épaule de son ami Louis.

-Salut le gros, ça boum? Ton père t’a laissé te faire une moto avec son rasoir?

Puis il s’était retourné et avait fait deux bises glaciales sur les joues d’une Marie stoïque et craintive.

-J’étais juste venu faire un petit croche à Lamaque avant d’aller chez mon oncle Maurice.

 

Long malaise. Très long.

 

Bon, ben, j’vas y aller moi là, là. Bonne journée.

Comme un héros accablé par un sort cruel, Henri était reparti le cœur en mille miettes. Personne ne peut comprendre vraiment la profondeur abyssale du malheur et de l’immensité des peines imbuvables de nos ridicules amourettes d’enfant. Personne.

No one knows what it’s like

To feel these feelings

Like I do

And I blame you

No one bites back as hard

On their anger

None of my pain and woe

Can show through

But my dreams

They aren’t as empty

As my conscience seems to be.*

Les jours avaient passé, ne faisaient rien de mieux que ça, passer. Chez l’oncle Maurice et la tante Madeleine, même chose. Les journées passaient les unes en tout point semblables aux autres, une chorégraphie réglée au quart de tour dans une routine domestique et matrimoniale qui durait depuis la nuit des temps. L’été ne semblait pas parti pour finir de sitôt. Henri désoeuvré prenait le gros bicycle de sa cousine et partait faire des tours icitte et là de temps en temps sans jamais vraiment retrouver son entrain. Tante Madeleine voyait tout mais ne savait rien. En prenant son café un bon matin elle lui avait dit :

-Tu devrais aller voir la petite Lamarche ou ton ami Louis, ou Normand ou les Bigras, tu t’ennuies pas d’eux autres? Je suis sûre qu’ils seraient contents de te voir.

Toute la petite bande avait l’habitude de tuer les soirées d’été à rigoler dans les gradins déserts du terrain de football, sur les banquettes du Capitol Lunch à bouffer des frites ou dans la cave des Bigras quand les soirées se faisaient pluvieuses. C’était là que Marie l’avait vraiment regardé de ce regard-là et qu’il l’avait bien vue lui aussi comme ça pour la première fois. Il l’avait raccompagnée chez elle à la tombée du jour, c’était déjà le dernier soir de ses vacances. Henri se disait qu’il ne pouvait pas partir comme ça. Il devait absolument trouver le courage d’oser quelque chose. Dans le petit raccourci dans le bois, au pied d’un mur de pierre, il l’avait enlacée et comme il avait entendu quelque part comment les choses se font, il lui avait poussé la langue dans sa bouche et la faisait tourner en imbécile pour absolument rien. C’était comme si Marie n’en avait pas, elle, de langue. La langue d’Henri avait attrapé le vide comme pédaler en bicycle quand la chaîne débarque. Ou elle ne bougeait pas, paralysée ou quelque chose comme ça. De beaux petits seins devinés à travers la légère camisole qu’il n’aurait jamais osé toucher, mais pas de langue. Elle n’avait rien dit et paraissait sonnée. Henri pensait qu’il venait de commettre une grosse bourde mais c’était là, dans de bien tristes adieux qu’ils avaient promis de s’écrire. L’image lui revenait encore, il se trouvait tellement idiot. Idiot et triste.

Il avait enfourché la bicyclette et s’était rendu à Lamaque voir si quelqu’un se trouverait là, d’abord au Capitol Lunch désert, puis au terrain de football, pas mieux. Il était retourné chez son oncle, avait ramassé son gréement puis il était reparti vers le quai du lac Blouin essayer d’attraper un brochet. Sa peine l’obsédait, il ne voulait qu’être seul, broyer du noir tranquille. Il pensait toujours à elle et au maudit Louis Papineau à marde et il lançait sa ligne à l’eau sans conviction. La paix qu’il voulait, pas du brochet, la sainte paix.

Il avait appâté comme on appâte pour du menu fretin, sans plus. Mais au bout d’un moment sa ligne s’était pliée en arc et avait plongé violemment vers l’eau. Le pauvre Henri avait peine à la tenir à deux mains. Il zieutait au fond de l’eau l’énorme brochet qui se débattait, le plus énorme qu’il n’avait jamais vu, le père de tous les brochets du lac Blouin, de toute l’Abitibi à bien y réfléchir. Le combat fut long et ardu, la bête était même presque toute sortie de l’eau dans sa lutte acharnée et leurs regards s’étaient croisés comme deux guerriers choqués noir. Ça ne lui arrivait jamais lorsqu’il pêchait avec ses amis et il aurait bien aimé qu’ils soient tous là pour voir ça, vivre ça avec lui. Toujours les autres qui attrapaient les plus gros. Puis dans un grand clac! la ligne avait cédé et le monstre des mers avait fui traînant avec lui l’hameçon, l’appât et un long bout de ligne. Frustré, Henri avait frappé un grand coup de pied dans sa cannisse de vers. Finie donc la pêche. C’était là qu’il avait ressenti comme une grande nostalgie, un énorme vide. Il avait alors décidé d’appeler ses amis le soir même.

Tout finit toujours par se savoir dans les petites places comme Lamaque. Henri avait appuyé le gros bicycle de sa cousine sur un poteau en face du Capitol Lunch. Il voyait à travers la vitrine ses amis déjà bien installés dans une cabine, écoutant la musique du juke-box et mangeant des frites tout en siphonnant des orangeades. Normand était là, les Bigras, Louise Bérubé avec Camille la sœur de Marie. En s’avançant vers le creux du vestibule extérieur, Henri avait failli avoir un choc vagal. Tapie dans l’ombre, Marie était là, elle savait qu’il viendrait. Elle tenait dans ses mains un paquet de lettres dans leurs enveloppes délicatement décachetées comme seules les filles savent le faire. Tout se tenait par un croisement de jolis rubans bleus joints ensemble d’une boucle parfaite. Elle lui avait tendu le paquet de lettres qu’il regardait ému autant que surpris.

-C’est dommage que tu n’aies pas répondu à ma dernière lettre, avait-elle simplement dit, j’ai pensé que tu ne m’aimais plus.

Avec tout le mélo qui pouvait venir colorer le drame de ces amourettes d’enfant, ces histoires que l’on s’inventait à soi-même et qui ne tenaient jamais vraiment la route face au passage brusque du temps et de la réalité triste et nue ou du premier crétin débarqué sur une ridicule mini-moto. Au lieu d’attraper le paquet, Henri avait attrapé les épaules de Marie et il avait décidé de se payer une dernière traite. Les beaux yeux bleus de Marie n’avaient absolument pas l’air de vouloir lui dire non. Il lui avait collé la langue dans sa bouche comme l’été d’avant mais apparemment l’hiver et le printemps lui avaient laissé tout le temps de se faire pousser une langue, une belle langue douce et chaude qu’Henri découvrait ahuri. Et elles tournaient maintenant au même tempo l’une alentour de l’autre. Henri était ravi comme lorsqu’on réussit à maîtriser le Houla-Houp pour la première fois. Le paquet était tombé par terre et ils s’étaient enlacés longuement le temps que leurs langues parviennent à se lâcher et que quelques taponnages de curiosité juvénile aient occupé leurs mains malhabiles. Dès qu’un stupide bruit de rasoir s’était fait entendre plus bas sur la rue Perreault, elle s’était enfuie en courant.

Curieusement, Henri avait ressenti une grande fierté, comme un grand soulagement.

Dans le Capitol Lunch, les retrouvailles s’étaient passées dans le gros bonheur, dans la frite et la Grapette au son du juke-box d’où sortait une chansonnette débile de César et ses romains. Les amitiés inconditionnelles de l’enfance où les conversations reprenaient exactement là où elles s’étaient terminées un an plus tôt. La vraie grosse joie sale. Marie leur avait abandonné sa sœur Camille. Les gars la trouvaient plutôt agaçante, tout le contraire de sa soeur. Exacerbée, bavarde, bruyante mais pour tout dire un peu plus jolie que sa sœur Marie. Avec une théâtralité exagérée, Henri avait raconté aux amis avec trop de détails son combat contre le monstre des eaux du lac Blouin qui devait bien peser cinquante livres, mesurer au moins quatre pieds de long sans compter la gueule et la queue. La bande s’était décroché les mâchoires à force de rire de lui. Henri comprenait leur dérision, il n’avait pas su sortir la bête des eaux. Il n’aurait pas pu d’un grand coup de poing sur la table frapper son récit du sceau de la vérité absolue. Rien que les beaux yeux de Camille soudain ronds comme des cinquante cennes avaient suivi l’histoire sans broncher, presqu’en pamoison par moments. À défaut d’un (gigantesque) brochet, pensait Henri, il avait sans doute eu là une autre touche inespérée.

Ils avaient tous quitté ensemble à la fin de la soirée. Henri marchait à côté d’elle en tenant le vélo d’une main. Camille avait glissé sa main sous son bras libre. Après la maison des Bigras au coin du boulevard Dennison, Henri était resté seul avec Camille qui habitait la septième rue plus bas. Henri l’égo tout gonflé se croyant maintenant de la stature d’un Rudolph Valentino lui avait offert de la faire monter sur la barre de sa bicyclette et d’aller la déposer chez elle, non sans arrière-pensée. Il était passé par la ruelle et elle était descendue de la barre en s’appuyant sur la cuisse d’Henri, haut sur la cuisse d’Henri. Il n’avait pas hésité à lui attraper la main et la tirer avec lui derrière le garage qui empêcherait le dentiste Lamarche de les voir, lui ou sa sœur Marie. Henri et elle étaient tombés à bras raccourcis l’un sur l’autre, s’étaient mis à se tripoter partout, il la pelotait royalement lui qui n’avait jamais rien peloté d’autre que des balles de laine. Ils s’embrassaient à pleine gueule lorsqu’il avait lentement glissé la main sous sa courte jupe, puis derrière un coton tout doux ses doigts avaient rejoint le terrain chaud et humide qu’il découvrait ravi. Henri était sur le bord d’exploser. Camille rouge comme une merise bien mûre avait enlevé la main d’Henri de là, très lentement, comme pour goûter encore un peu la douce sensation de ses doigts sur elle. Elle lui avait gentiment dit non du bout de la gueule en descendant tranquillement la main d’Henri sur le long de sa cuisse et Henri n’avait pas insisté. Quelque part très heureux d’être remercié en plein milieu d’un mandat qu’il n’aurait pas su comment finir. Elle était partie en coup de vent lorsque la lumière de la galerie d’en arrière de chez elle s’était allumée et elle l’avait tout bonnement abandonné là, gros Jean comme devant. Mais l’été était encore tout jeune, avait pensé Henri.

Que de douces mémoires qui venaient ainsi marquer les jeunes vies à jamais. Jours heureux et insouciants, la découverte troublante des cœurs et des corps dans l’excitation la plus vive et l’ébaubissement le plus doux.

Les visites d’Henri se sont lentement espacées à mesure que la vie avait fait de lui un homme, un vrai cette fois-ci. Il n’avait jamais plus revu sa belle Marie-aux-yeux-bleus ni la chaude Camille qui avaient dû suivre leur père parti arracher des dents sous d’autres cieux.

Dans l’autobus qui l’avait ramené en ville à la fin de cet été-là, tous les indélébiles souvenirs d’été dans son Abitibi natale habitaient son esprit et se rapaillaient dans son cœur pour le réchauffer.

Songeur et pensif, le visage collé dans la fenêtre de l’autobus, les yeux rivés sur le sublime parc sauvage qui défilait derrière un rideau de pluie, la grande question. Un seul grand mystère tracassait encore et toujours Henri et venait porter ombrage à ce moment de pure grâce.

Combien est-ce qu’il pouvait peser vraiment, ce foutu brochet?

 

Flying Bum

New_pieds_ailés_pitonMauve

*paroles de Behind blue eyes, The Who, clin d’oeil à mon frère Marc.

 

3 réflexions sur “Le poids du brochet

  1. Et la photo, le regard du kid. Encore une autre de ces photos libres de droits?…
    Tu racontes bien, Luc. T’as certainement le sens du récit et une plume affûtée.
    Pis en te lisant, j’ai repensé à la mienne de « découverte troublante des cœurs et des corps dans l’excitation la plus vive et l’ébaubissement le plus doux. » Dans mon cas, ça se passait à Montréal, dans le coin du parc Bellerive.

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