Rebelles sans cause 2.0

Pour des raisons évidentes, ce texte a été réécrit en français fonctionnel.

Le mouvement du JCFSP (Jeunesse contre un futur sans pizza), cellule de décrocheurs précoces forcés à de sales petits boulots dans le secteur des services dont personne ne veut et à d’interminables nuits à gamer, le mouvement, disais-je, tournait en rond. Il nous avait fallu passer à l’action.

Lorsque nous avons réalisé la situation dans laquelle nous nous étions retrouvés, nous avons dû conclure après discussions qu’il était probablement le temps de dresser la liste de nos revendications, définir ce à quoi nous nous attendions comme rançon. Nous avons discuté la chose entre nous et, en bons altermondialistes adolescents et démocratiques, nous avons décidé d’inclure les otages dans notre processus décisionnel. Nous avons formé le comité ad hoc de l’élaboration des demandes et revendications ici même dans le Pizza Hut barricadé. Les otages étaient enthousiastes et ravis que nous les invitions au processus. Je crois cependant qu’ils ont légèrement surestimé leur importance réelle. Une fâcheuse tendance qu’ont les gens à croire qu’ils valent mieux que les autres. Dans la situation plus qu’improbable que vous vous retrouviez un jour dans la peau d’un otage et que vous soyez invité à participer à la rédaction de la demande de rançon, il vous serait désavantageux de sur-estimer votre valeur de façon à gonfler vos chances d’obtenir sans effusions de sang ladite rançon et que tout se termine dans l’ordre. Le phénomène est une énigme psychologique difficile à résoudre pour l’otage-type; probablement un manque de délicatesse de notre part de leur avoir offert une telle opportunité. Il était trop tard pour reculer.

Mais notre objectif est toujours de préserver les libertés individuelles de tout un chacun, de leur donner une réelle chance de contrôler leur destinée tout en procédant de façon sécuritaire et raisonnable. Bien sûr, ils sont toujours nos otages et nous allons le leur rappeler dès que nécessaire mais nous vous assurons que tout le monde est bien confortable, qu’il y a assez de pizza pour tout le monde, et des breuvages en fontaine à volonté, les banquettes sont parfaites pour faire la sieste si un otage avait un petit coup de fatigue et que nous avons débarré Miss Pacman, Street Fighter et la machine à mâchoires afin que tout le monde puisse s’amuser sans chercher des trente sous partout. Cette dernière mesure semble particulièrement adéquate pour décontracter nos otages les plus jeunes et presque tous les autres passent un moment agréable à se détendre sur les banquettes ou à se délecter de la pizza à volonté, une opportunité que la vaste majorité d’entre eux avait jusqu’à ce jour considéré comme un fantasme aussi secret que ridicule, n’avaient jamais eu le courage d’envisager la chose comme une possibilité et qu’ils la vivaient en tant qu’otages en plus, ce qui pourrait fort bien être un autre fantasme secret de certains d’entre eux.

Je crois que les plus enveloppés du groupe iraient jusqu’à envisager de s’extraire péniblement de leur prison de vinyle rouge (banquette) et de s’attaquer une fois pour toutes à un autre fantasme qu’ils chérissent secrètement depuis longtemps : mort par pizza, par un curieux dérèglement métabolique ou par simple gloutonnerie. Ces otages en particulier semblent prêts à manger à mort, se noyer dans des rivières de fromage et de sauce tomate plus qu’heureux d’avoir une prise d’otage comme excuse tombée du ciel.

Si ce n’était des armes à feu piquées à nos pères amateurs de chasse, cette prise d’otages aurait tous les airs d’un party de fête. Tous ces cris de joie des fillettes qui se disputent la manette pour aller capturer une fée des neiges en peluche, les fumeurs rassemblés dans un coin toussant en coeur, comme si tout le monde était juste là, façon de parler, pour se payer du bon temps, savourer un peu de pizza, heureux, jusqu’à ce que nous apercevions tous ce type, seul dans son coin, casquette de baseball orange, t-shirt sans manches avec une face de loup, hygiène douteuse. Il est assis bien tranquille sans bouger depuis le début et tout d’un coup il se met à agir de façon totalement bizarre. Son système sudoripare est hors de contrôle, il marmonne sans arrêt, il est en proie à des tics incontrôlables. Finalement, au moment où il devenait prévisible qu’il se passerait quelque chose de stupide, il se rue sur le bar à salades où nous avions installé notre cellule de crise et bondit sur nous poignard à la main et nous avons dû l’abattre en plein vol et surtout en pleine légitime défense. Des taches de sang incrustées dans le tapis nous rappellent le triste incident sinon rien, le corps a été placé dans un congélateur du back-store, les traces de sang sur la céramique moppées avec zèle par notre camarade Léo-Gabriel.

Nous avons aussi dû procéder à l’évacuation d’un otage en prise à un delirium tremens et qui foutait une frousse monstre aux autres en tremblant, en criant, en évoquant la possibilité que les rats se mettraient à sortir de partout et du plafond en particulier.

Résumé, un otage tué, un otage libéré.

Nous sommes sérieux mais aussi raisonnable. On essaie de rester civilisé ici. Nous maintenons un inventaire complet dans le bar à salade et au risque de se répéter, l’arcade gratuite, la pizza et la fontaine à breuvage à volonté le tout parfaitement aux normes HCCAP, ISO 4001-R et toutes les normes de salubrité municipale, provinciale et fédérale et ce, pour s’assurer d’influencer positivement la qualité de réponse des autorités à nos demandes. Nous vous assurons et même jurons sur la tête de nos mères qu’aussitôt nos demandes positivement acquiescées par les autorités compétentes, tous les otages seront libérés sans autre condition et que cette charmante succursale de Pizza Hut pourra retourner à ses opérations régulières.

Parlant de nos demandes, il serait temps que nous parlions de nous afin d’offrir un peu de contexte à nos revendications. Nous ne sommes pas des méchants. Nous ne nous sentons pas méchants. Comme vous, nous avons des amis; nous faisons toutes sortes d’affaires dans la vie, comme vous. Peut-être qu’on a moins d’amis que vous finalement, qui sait? Quelquefois, nous avons le goût d’aller là où nous ne sommes jamais allés, parfois simplement aller dans des lieux familiers. Nous vivons tous quelque part et nous tentons tous de payer notre loyer le premier du mois et quelquefois, ça foire et la plupart du temps le propriétaire ne veut rien faire pour nous débarrasser des coquerelles et des punaises de lit. Quelquefois, la vaisselle sale s’empile et un fond de macaroni-fromage qui traîne depuis quinze jours qu’on a mangé parce qu’on ne peut pas se payer autre chose et qu’il n’y avait rien d’autre dans le garde-manger a commencé à se fusionner avec le fond du chaudron et nous aurions besoin de recourir à la dynamite pour le récupérer. Mais tout ce que l’on peut faire, vraiment, c’est d’y verser un pouce d’eau et du savon et espérer que demain ça va décoller tout seul. Et le lendemain ça ne fonctionne pas, même avec de la laine d’acier ou en grattant avec des cuillères en métal alors nous versons un pouce d’eau et du savon à vaisselle et nous espérons que demain sera la bonne journée, enfin. Et les jours se succèdent ainsi sans que jamais rien ne décolle vraiment.

Quelquefois, nous partons à brailler quand notre paye est déposée, et nous non plus on ne sait pas trop pourquoi. Peut-être parce que nous savons très bien que l’argent est déjà tout dépensé sur les comptes qui attendent et que tout ceci est un facteur aggravant côté tristesse. C’est difficile d’encaisser un salaire de Pizza Hut, je ne sais pas pour vous, vous sentez-vous triste aussi lorsque vous encaissez votre salaire?

Quelquefois on boit trop. Quelquefois, on a des petits surplus mais le bon gouvernement a légalisé le cannabis pour absorber. Quelquefois on s’étouffe en mangeant parce qu’on est trop excités, ça fait trop longtemps qu’on a mangé quelque chose de bon. Quelquefois le sexe n’est pas terrible, je sais, mais ça va. Des choses qui arrivent. Carences de vitamines? Quelquefois on se sent mal de se sentir comme ça et qu’on ne sait vraiment pas pourquoi, dans le fond.

Lorsqu’on a mis sur pied notre comité ad hoc de l’élaboration des demandes et revendications, on a vite frappé un mur. Réunis en table de concertation autour du bar à salade, nous avons échoué à rédiger une liste de demandes. Quelqu’un à crié –De la pizza! Mais nous en avions déjà suffisamment. Quelqu’un a crié –Lamborghinni! Actrices porno! Mais un hors-d’ordre a aussitôt été appelé là-dessus. Dans l’imbroglio, des otages ont réclamé leur libération, d’autres non. Nous étions tous passablement déboussolés et c’est assurément parce que nous étions déboussolés que nous avions pris le Pizza Hut en otage dans un premier temps. La vieille histoire de la saucisse Hygrade. Nous réalisons maintenant que nous n’étions motivés par aucune raison en particulier, juste déboussolés par rapport à nos vies mornes et apparemment sans issue.

Nous ne sommes pas certains, au moment où je vous parle, que les autorités compétentes qui encerclent le Pizza Hut puissent faire quoi que ce soit pour nous sans une liste en bonne et due forme. Nous aurions peut-être besoin de soins dentaires hors de prix, de faire vérifier des tétines au comportement évasif par un dermatologue compétent et disponible. Un asile politique à Bangkok? Nous ne sommes plus vraiment en bons termes avec la famille, les parents. Nous aimerions seulement que ça aille mieux. Pas nécessairement avoir la vie plus facile mais de faire quelque chose de mieux que d’opérer des Pizza Hut et des McDo, des centres d’appels irritants ou faire du nettoyage après sinistre ou quoi d’autre? Tout semblerait mieux. Nous avons déjà eu ça, des rêves, par le passé mais il semble qu’ils soient devenus bien difficiles à apercevoir à travers les vitrines placardées de publicités d’un Pizza Hut.

Que reste-t-il à espérer ici? Si vous étiez une autorité compétente, vraiment compétente, de l’autre côté de ces vitrines, et que vous aviez le moindre sens du timing, ne serait-il pas maintenant venu le temps où vous éclatez ces vitrines et vous foncez en tirant de la mitraillette dans le Pizza Hut?

Flying Bum

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