Inconfulgurabilité subséquentielle

La critique est à ce jour unanime, “Ishhhhh, quel roman ce sera!”

L’œuvre de Luc-Aurèle Lebom, bien qu’encore en chantier, Inconfulgurabilité subséquentielle, pousse les limites de l’avant-garde littéraire en bas de son lit et est, d’entrée de jeu, confondante de par ses particularités problématiques – fumantes s’il en est – Chapitre Trois a été gravé sous forme d’écriture cunéiforme pré-colombienne sur les murs d’une grotte dont la localisation précise reste à découvrir de façon fiable, Chapitre Quatre, facture originale de conte oral entendu par seulement quelques dizaines de spectateurs ébaubis dans un café choisi au hasard, Chapitre Cinq publié uniquement sous la forme d’un CD purement instrumental en un millier d’exemplaires, déjà épuisé sur Amazone. Entre tous, mis à part Chapitre Un et Deux, qui n’existent vraisemblablement sous aucune forme matérielle connue ou annoncée à ce jour, Chapitre Six se présente sous la forme de théâtre dansé, ce qui toutefois demeure une rumeur, la chorégraphie n’ayant jamais été vue ni cataloguée à ce jour, des dizaines de versions s’exécutent quotidiennement sur le web ou dans les rues, chacune en réclamant l’authenticité. Les critiques éclairés y voient tout de même clair même si plusieurs versions ont “amélioré” la pièce, particulièrement la version qui s’est fait connaître sous le nom Inconflexivité Supraséquentielle. Le tapis est ainsi tiré sous les pieds de la question de l’exclusivité critique, semant une multiplicité diamétralement opposable de lectures qui additionnées les unes aux autres suffisent à tourner l’estomac, du moins pour la moyenne des ours et des lecteurs et lectrices, des critiques éclairés – ou éteints.

Chapitre Huit de Inconfulgurabilité Subséquentielle, sortira sous peu sous forme de bande dessinée, plus précisément sous la forme de fascicule en papier-journal avec couverture glacée à la super-héros et, pour une fois, il y sera abondamment de questions relatives à l’humain, l’humanité, toute cette sortes de choses (Le palais des melons d’eau, le fameux Chapitre Sept traitait, lui, plutôt de l’architecture des vespasiennes à travers les âges, de sable, de rouille, de béton, d’armamentaria, du gauchissement de la cornée, s’attaquant aux questions humaines de façon essentiellement tangentielle). Tout en traitant délicatement d’humanité, Inconfulgurabilité subséquentielle fait exploser le sujet de toutes parts, pas seulement, mettons, une partie de l’humanité commentant sur une autre – il s’y trouve des étoiles commentant sur les planètes, des oiseaux commentant sur le ciel, des toitures commentant sur les gazons, des gazons commentant sur les humains, des humains commentant sur des nations et vice versa.

On y retrouve même une exceptionnelle section de quatre pages se dépliant qui capture toute l’essence de l’intemporalité tout en se maintenant dans l’espace et le temps des quatre pages. Une fillette crie dans un des coins revendiquant son droit inaliénable à crier dans son coin, elle présente son visage vers un ciel qui la douche violemment de sa pluie qui traverse depuis l’autre côté du quatre-pages voyageant à travers le multi-temps de l’intemporalité multi-terrain dans de longues et fantomatiques transitions floues et ce, rien que pour la faire taire. Mis à part de tels passages laissant entrevoir des instants sublimes, qui passent du sublime “sublime” au sublime burlesque, et certains moments particulièrement banals, à la limite gâchis (partiellement sanglants), des moments qui provoquent autant la claustro que l’agoraphobie, particulièrement la section Tournevis et Clitoris, qui en constitue la partie la plus jouissive et dense se méritant le plus grand mérite des mérites, d’être lue et relue et relue et lue lue.

Dans une de ces entrevues radiophoniques dont l’authenticité est toujours remise en question, Luc-Aurèle Lebom semble laisser entrevoir la possibilité que le lecteur potentiel (voire le témoin) de son travail ne soit pas encore né. Si cette déclaration est analysée textuellement, Lebom est assurément un des plus grands escrocs de son temps qui ironiquement, pour une fois, ne veut pas que vendre des livres mais se contente amplement de faire parler de lui pour des années à venir. Toutefois, il existe une autre probabilité. Ce serait qu’il nous annonce ainsi sans explicitement le phraser pour les lecteurs à naître qui ne seraient pas encore nés, qu’ils le liront alors avec toute la perspective et le recul que l’œuvre impose, et elle en impose.

Il existe également une autre possibilité. Il s’agirait là essentiellement de l’expression exacte de l’intention originelle de Lebom – les multiples et diamétralement opposées lectures possibles de Inconfulgurabilité subséquentielle –  auquel cas l’entrevue ne serait qu’une autre manifestation de l’ère de l’hypertexte et du multivers. Dans semblable éventualité, Luc-Aurèle Lebom pourrait aussi bien être un collectif de créateurs virtuels vicieux qui le maintiendraient captif quelque part à Minecraft pour s’offrir sa gueule et celle des critiques aussi confondus qu’ébaubis.

Il semblerait que Chapitre Neuf, L’Absconglomérat, sur lequel la rumeur court que ce serait plutôt un film mettant en vedette un pur inconnu, pourrait tout aussi bien être une télésérie muette, ce qui en dirait long sur Lebom. Il n’est dit nulle part que le Chapitre Dix ne pourrait pas se scinder en plusieurs parties qui pourraient revêtir toute et chacune des formes des autres chapitres avec lesquelles Lebom a expérimenté sa nouvelle vision du roman. La conclusion pourrait aussi être, qui sait avec Lebom, une forme de tour de chant de cabaret présenté quelque part, mettons, en Turquie. En langue anishinaabe, mettons.  

Oui mais encore si, lorsque personne ne s’en attendra, se pourrait-il que Luc-Aurèle Lebom nous cache un autre chapitre, totalement inexistant celui-ci?

 


New_pieds_ailés_pitonVert

Flying Bum

5 réflexions sur “Inconfulgurabilité subséquentielle

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