Le scénario

(Contenu explicite. Pourrait offenser certaines personnes)

Léonard Simoneau était un vieil habitué des rencontres organisées par le centre communautaire local. Depuis bientôt une dizaine d’années, il allait y rencontrer une fois la semaine d’autres personnes qui, tout comme lui, avaient à soigner un proche aux prises avec de graves maladies. Tous ces gens se soutenaient mutuellement alentour de leurs semblables souffrances utilisant principalement la parole comme exutoire. Les rencontres leur donnaient aussi un répit fort apprécié, le centre les relayant auprès de leurs proches en leur fournissant des aides domestiques le temps que ces rencontres duraient. La grande majorité d’entre eux étaient des femmes d’un certain âge soignant qui un mari, qui un enfant, à leur corps défendant. Les hommes, c’est bien connu, prennent généralement leurs jambes à leur cou lorsque leur conjointe devient inapte et que leur état demande des soins soutenus. Léonard était parmi les rares à défier cette honteuse statistique, seul avec un autre homme, un type à peu près du même âge que lui et qui passait le plus clair des rencontres à pleurnicher discrètement dans son coin.

Le groupe était animé par une intervenante psycho-sociale qui faisait partie intégrante des équipes soignantes du centre. Décrire ces rencontres comme des parties de plaisir relèverait de la pure démence, on était ici bien loin des rencontres du club Optimiste. Léonard n’en manquait cependant jamais une, il était le plus fort du groupe et ne semblait pas affecté autant que les autres. Il participait aux discussions avec volubilité, démontrait beaucoup de compassion pour ses compagnons d’infortune, s’appropriait d’emblée le discours lénifiant des intervenants pour réconforter les pires que lui.

L’intervenante qui avait vu neiger avant lui voyait dans son attitude la forme de déni caractéristique de l’aidant naturel se croyant invincible, vite devenu un des êtres les plus vulnérables dès qu’on gratte un tant soit peu le vernis de surface. Léonard s’était amaigri dernièrement, son teint n’était pas très joli, son état d’épuisement devenait de plus en plus évident, ses propos avaient récemment pris une coloration nouvelle, ambigüe. Il cachait mal son visage émacié derrière une barbe maintenant négligée et parlait désormais très peu lors des rencontres. Des odeurs de médecine avec des relents d’odeur d’incontinence flottaient dans l’air en permanence chez lui, la maison de Léonard était depuis des lunes devenue une triste clinique, son lit conjugal un lit de mort. Sa conjointe se perdait lentement dans la démence, grabataire, stoïque et silencieuse. Le temps était administré au compte-gouttes à la pauvre femme.

L’intervenante lut bien tous ces signaux et interpella Léonard au sortir d’une rencontre. “Avez-vous un petit moment, monsieur Simoneau, j’aurais des gens à vous présenter.” L’homme acquiesça et la suivit docilement dans une petite salle de conférence où l’attendaient un superbe plateau de douceurs, une cafetière fumante et autour d’une table trois grandes faces longues définitivement habillées en professionnels. L’intervenante fit les présentations, une travailleuse sociale, une psychologue et un médecin. Léonard pris d’angoisse leur demanda d’entrée de jeu s’il était arrivé quelque malheur à sa conjointe. “Non, monsieur Simoneau, soyez sans crainte, assoyez-vous”, lui dit l’intervenante le prenant délicatement par les épaules pour le guider vers sa chaise. “Comment prendrez-vous votre café?” lui demanda-t-elle. Un très bref noir, merci, et s’ensuivit un long interrogatoire mi-figue mi-raisin au bout duquel la question du suicide fut abordée.

Léonard se sentait traqué, arnaqué par le groupe d’intervention qui voulait pourtant son bien. “Avez-vous déjà ressenti des pensées suicidaires, monsieur Simoneau?” lui demanda la psychologue pressée d’en venir aux faits pendant que le médecin épiait ses moindres gestes par-dessus ses demi-lunettes descendues sur le nez. “Qui n’en aurait pas au moins une fois de temps en temps avec la sorte de vie que je mène?” répliqua l’homme. “À quelle fréquence?”, s’enquérait-elle aussitôt. “Des fois, juste de même, de temps en temps.” répliqua Léonard assez sèchement. “Monsieur Simoneau, c’est sérieux tout cela, faites un petit effort.” rajouta le médecin fronçant de l’oeil.

“Est-ce que ces pensées sont de fortes pulsions, est-ce qu’en pensée ou autrement, vous envisagez, vous préparez ou vous vous imaginez des scénarios de suicide, un scénario particulier?”

Habituellement négligent pour ces choses-là, Léo Simon avait la veille fait vérifier l’huile, la pression des pneus et avait fait le plein de sa vieille Chevrolet. Un bagage pas très élaboré dans un petit sac déposé directement sur le siège passager annonçait un voyage plutôt bref. Pourtant, Léo Simon avait vidé son compte courant en échange d’argent liquide, une somme respectable tout de même. Il s’affairait sans émotion, un peu à la manière d’un automate, à préparer la petite maison pour une longue absence de ses occupants. Ses gestes étaient quand même nerveux et saccadés par moments. Il revenait de la cuisine avec un petit boîtier de bois exotique qui annonçait un contenu des plus précieux et se dirigeait maintenant vers la chambre à coucher au bout d’un long passage. Il déposa le boîtier sur le chevet devant la trousse qui était toujours posée là et se dirigea vers la fenêtre pour baisser le store en le déroulant lentement et méthodiquement et il tira ensuite les draperies avec le même zèle. Il retourna vers le chevet et tourna la chevillette plaquée d’or qui servait de serrure au boîtier de bois exotique, souleva délicatement le couvercle. L’écrin contenait un superbe couteau japonais Shan Zu, la lame bien protégée dans sa gaine de velours rouge. Léo Simon, fin cuisinier et amateur de cuisine japonaise à ses heures, n’avait jamais osé utiliser ce formidable outil sur de vulgaires pièces de viande de supermarché, la lame tranchante comme nulle autre au monde apparût vierge et étincelante au sortir de sa gaine. Le genre de lame qui mérite des étrennes de choix. Léo Simon accusa un léger soubresaut en voyant apparaître clairement l’image de son visage livide et blanc dans l’acier de Damas d’une exceptionnelle qualité qui composait la longue et large lame. Le frisson n’eut qu’un temps.

On percevait à peine le faible râle de la pauvre femme allongée paisiblement sur le grand lit les yeux clos. Dans une chorégraphie toute simple bien que longuement répétée en songes, il fit valser la lame d’un long mouvement assuré, digne des plus grands samuraïs, d’un bord à l’autre du cou de la pauvre femme en la glissant lentement, aussi facilement que ce l’eut été dans une tomate bien mûre, jusqu’à sentir les vertèbres du cou stopper la course de la lame japonaise. À peine ses deux genoux se soulevèrent timidement, la femme n’émit aucun son et sa chienne de vie la quittait enfin, doucement, emportée dans les flots rouges d’une lente rivière de sang. Buena notte el mio amore se disait-il en lui-même en nettoyant méticuleusement la lame avec de la gaze et des alcools désinfectants qu’il avait sortis de la trousse médicale qui traînait toujours sur le chevet. Puis il remit la lame bien en place dans sa gaine de velours rouge et l’encastra dans la forme moulée pour elle au creux de son écrin de bois exotique et referma le couvercle. Il leva le drap sur le visage de la pauvre femme et partit sans se retourner.

L’architecte Baillargé avait dessiné ce superbe édifice érigé en 1858 dans le coeur de la vieille ville de Québec. Une remarquable marquise Art déco dessinée par Raoul Chênevert ajoutée en 1927 s’intégrait admirablement bien à la géométrie des portes d’entrée Art nouveau et constituait aux yeux de Léo Simon la plus exquise combinaison de styles architecturaux jamais vue. Il avait rêvé toute sa vie de loger dans cet hôtel mythique, l’un des plus anciens au pays, en opération sans interruption depuis son ouverture en 1870. La cuisine de son restaurant Le Charles Baillargé arborait toujours fièrement ses quatres étoiles et demi et son bar-spectacle recevait discrètement les amateurs de jazz fortunés des quatres coins du monde. Il immobilisa la rutilante BMW convertible devant la marquise, il avait abandonné son vieux Chevrolet dans le stationnement du bureau de location à Montréal, il remit les clés au valet et prit soin lui-même de son petit bagage à main. Le portier immobile porta sur lui un regard intrigué du coin de l’oeil. Il se risqua tout de même: “Un bagagiste pour monsieur?” Léo Simon esquissa un sourire poli, s’approcha de l’homme dans son bel uniforme bourgogne relevé de garnitures dorées et tendit à la main gantée de blanc de l’homme un billet de vingt dollars en le remerciant mais non merci pour le bagagiste. Le portier apprécia la somme sans même avoir à regarder le billet qui venait de glisser gracieusement dans la poche avant de sa redingote. Les portiers ont ce don spécial de savoir sans regarder. “Merci infiniment, monsieur. Si je peux faire quoi que ce soit d’autre pour vous, ce sera mon plus grand plaisir.” répondit l’homme en exprimant un regard à la fois complice et ringard.

Léo Simon savait que les vieux portiers de métier étaient une source d’information sans pareille desquels on pouvait soutirer tout le savoir que la pudeur des guides officiels cachait au commun des bons chrétiens qui visitaient la ville. Quelques billets suffisaient. Les célèbres after-hours où l’on pouvait boire à gré et s’amuser après les heures légales, les bonnes tables de poker ou de black jack où les plus riches allaient jouer le fric sifflé aux impôts, les hommes d’état leurs pots-de-vin, ou l’art de trouver pour vous la femme de circonstance. Son bottin personnel classé de truculences en succulences y allait pour l’appréciation de tout un chacun. Léo Simon remit la main dans sa poche, s’approcha de l’homme et lui répondit:

“Justement . . .”

Il se noyait littéralement dans les yeux d’une ravissante rouquine qui chantait les grands standards féminins du jazz accompagnée sobrement mais efficacement par un duo piano-contrebasse. La petite salle n’était pleine qu’à moitié, période creuse pour le tourisme se disait-il, comment pouvait-on bouder des plaisirs pareils? Le garçon s’approcha de Léo Simon qui sirotait patiemment un Perrier depuis deux ou trois chansons, se pencha vers lui et lui souffla à l’oreille: “Monsieur, on m’avise que votre invitée attend au lobby, voulez-vous que j’aille la chercher pour vous?”, proposa le garçon. “Non, répondit Simon en lui tendant un billet, je m’en occupe, allez chercher immédiatement le champagne que j’ai choisi tantôt.” La femme était assise bien droite les jambes légèrement croisées en bas des genoux, les deux mains déposées gracieusement l’une sur l’autre sur un tout petit sac à main posé sur sa cuisse. Il la reconnût de loin d’un plan trois-quart arrière. Une femme d’une grande beauté et d’une grande classe. Une robe de bonne fabrique découpait les rondeurs harmonieuses de la femme sans cependant exprimer la moindre vulgarité. Une longue chevelure noire comme la nuit cachait dans son dos les blancheurs offertes par une longue échancrure de la robe de couturier qui tombait comme une grande goutte jusqu’à la commissure de ses fesses. Il s’approcha d’un pas assuré, se plaça devant elle et elle également le reconnût, comme par une sorte de magie singulière, l’oeil depuis longtemps rompu à ces choses-là. Il l’examina dissimulant adroitement son ébaubissement et il attrapa poliment la main qu’elle lui tendait, protocole obligé avant qu’elle ne se relève de la banquette.

“Bonsoir monsieur Simon . . . je suis . . .”

Mais avant qu’elle n’ait pu terminer sa phrase, il posa le plus délicatement du monde son index sur les pulpeuses lèvres de la femme en soufflant un shttt à peine audible et il lui dit: “Vous vous appellerez mademoiselle Roberge ce soir, cela vous convient-il?” Et la belle dame acquiesça du plus ravissant sourire, nullement surprise de la proposition. Elle lui passa la main sous le bras et ils quittèrent le lobby pour se rendre à la table du bar-spectacle où le champagne et la voix chaude d’une grande rouquine les attendaient. Ils prirent place, se firent verser le champagne et portèrent un toast machinal en silence à je ne sais quoi en se regardant droit dans les yeux.

Léo Simon lui exprima en quelques mots bien choisis et bien sentis le bonheur de se trouver à la même table qu’une femme aussi exceptionnelle et désirable qu’elle et le bonheur supplémentaire qu’il éprouverait à poursuivre cette rencontre avec le moins de mots possibles. La femme avait nettement connu pire comme scénario avant celui-là et se plia de bonne grâce au petit jeu, raffinant les plus belles expressions de son parfait visage en lieu et place des mots. Avant même que le champagne ne soit entièrement bu, la musique en sourdine de l’entracte appela la fin de l’acte 1. Léo Simon se leva, tendit la main à sa compagne. Elle attrapa la main et se leva docilement, il éloigna quelque peu son coude de son corps, le lui présenta et lui dit: “Si mademoiselle Roberge veut bien me suivre, le souper sera bientôt servi à la chambre.” La femme inséra sa main sous le bras de Léo Simon et exprima d’un coquin sourire tout son contentement et son plaisir évident à jouer cette comédie romantique sans texte pour elle. Dans l’ascenseur seul avec elle, Léo Simon pensait en lui-même: le vieux portier avait dit vrai. Mademoiselle Roberge était loin d’être une blondasse duchesse de carnaval, elle était vraiment le nec plus ultra, la divinité suprême de Québec.

Une grande fenêtre au bout de la chambre du sixième, juste sous les mansardes était orientée directement vers l’ouest et proposait le point de vue par excellence pour regarder le soleil descendre sur les montagnes au loin. La représentation était d’ailleurs commencée. Debout, Léo Simon regardait la noirceur envahir lentement les rues de Limoilou et de la basse-ville à ses pieds. Le soleil amorçait sa descente au loin. Une grosse chaise inclinable de cuir bourgogne commodément placée là pour les contemplatifs, une petite table de salon tout juste à côté où Léo Simon avait fait déposer un plein décanteur du meilleur porto de la maison, un Ramos Pinto Quinta Da Ervamoira de 10 ans. Mademoiselle Roberge était partie se rafraîchir quelque peu dans la luxueuse salle de bain après un fort agréable et délicieux repas. Léo Simon adepte de cuisine japonaise, faisant fi du menu proposé, exigea que le chef leur prépare un tataki de thon et un assortiment de makis. Il n’était assurément pas le premier à faire des caprices dans ce genre d’hôtel où toute chose a toujours son prix.

Il se laissa caler dans le gros fauteuil et sauta du fessier quelques petits coups pour en apprécier la mollesse enveloppante. Il servit le porto dans les deux luxueux verres de cristal et les déposa sur la table attenante et attendit, galanterie oblige. Lorsque mademoiselle Roberge sortit de la salle de bain, elle arborait une tout autre tenue, le genre de tenue qui pouvait très bien tenir dans un très petit sac à main sans qu’il n’y paraisse. Léo Simon la vit arriver devant lui et cherchait son air un bref moment.

Mademoiselle Roberge était la raison même pourquoi l’enfer existe.

Elle s’installa voluptueusement sur lui, sur le grand fauteuil, il avait passé son bras derrière elle pour la tenir contre lui. Elle enfila lentement une longue jambe sculpturale à la peau parfaitement lisse entre les deux siennes. Elle lui passa son verre de porto, prit le sien, et encore une fois ils firent un silencieux chin-chin de la coupe et de l’oeil et trempèrent tout deux leurs lèvres dans le divin tawny.

De grandes stries d’un sombre violet allumées de longs barbouillages jaunes vifs et de bleus encore clairs décoraient le ciel. Les couleurs de la fin du temps et celles du début de quelque chose de grand s’entremêlaient dans ce sublime tableau. Tout avait été pensé. L’odeur de la femme eût été à lui seul le plus grand des parfums, la tendresse de ses chairs contre lui ramenait tous ses rêves d’enfant, de jeune homme et d’homme réunis en une même chaleur bénie, enveloppante. Le ton changeait sournoisement, l’astre du jour partait s’offrir aux gens de l’ouest laissant derrière lui une oeuvre chromatique spectaculaire. Les mains se faisaient moites et partaient en reconnaissance, les odeurs exquises de chairs surchauffées et de parfums artificiels se révélaient et s’emmêlaient les unes aux autres, les bouches se rencontrèrent d’abord en brefs épisodes.

Léo Simon sentit prises d’une vigueur oubliée des parties de lui depuis trop longtemps condamnées au repos forcé. Mademoiselle Roberge sût bien lire le scénario charnel et comprit que le temps des consignes était venu. Elle se leva, se dirigea vers le grand lit et en revint avec un large coussin qu’elle déposa aux pieds de Léo Simon pour s’offrir un tant soit peu de confort alors qu’elle s’y descendait à genoux. Elle entreprît ce pour quoi elle avait été choisie et elle se mit consciencieusement à son affaire. Léo Simon fixait au loin les dernières éclaboussures de couleur dansante s’écrasant au loin dans la masse sombre comme la mort de la nuit annoncée. Il n’avait plus peur de manquer de temps, le temps désormais manquerait de lui. Il n’avait plus peur de la mort, la mort aurait peur de lui maintenant.

Mademoiselle Roberge se déchaînait, sa longue chevelure noire se répandait en anarchie partout sur Léo Simon, son visage angélique enseveli sous cette masse noire frénétique. Léo Simon sentait le temps de sa mort venir et de désespoir lui volait chaque nano-seconde qu’il était en son pouvoir d’arracher à l’échéance ultime. La joie devenait douleur en attente d’exploser en cette tempête affalée sur lui. Il tendit le bras, à tâtons tourna la chevillette dorée de l’écrin déposé sur la table près de lui et en sortit la longue lame Shan Zu.

Sa limite était atteinte. Mademoiselle Roberge était d’une efficacité redoutable. Lorsqu’elle se mit à servir le plus exquis coup de grâce, en même temps qu’explosait en elle tout le bonheur d’une seule vie réuni en une seule et puissante salve, Léo Simon posa le cran de la lame sur son propre cou et tira un grand coup vers sa droite. Et le ciel s’éteignit d’une seule claque.

Buena notte el mio amore.

Dire que la pauvre mademoiselle Roberge en avait pris plein la gueule serait un euphémisme.

“Monsieur Simoneau? monsieur Simoneau? ça va?” répétait le médecin. L’homme était livide, stoïque. Un étourdissement soudain, un coup de chaleur, un choc vagal ou toute cette sorte de choses ensemble. L’intervenante inquiète revenait avec des serviettes de papier imbibées d’eau fraîche qu’elle lui passait au visage doucement. “Tout va bien, je vais être correct”, marmonnait Léopold Simoneau alors qu’il reprenait doucement ses esprits. “Ça doit être vos pâtisseries, trop riches, ou l’air vicié de votre salle de conférence, c’est le genre de ventilation que ça donne lorsqu’on va au plus bas soumissionnaire.” ajouta-t-il à la blague

Et le médecin, imperturbable, reprit son insipide interrogatoire exactement là où il l’avait laissé.

“Alors monsieur Simoneau?”, demanda-til. “Alors quoi?” répondit Simoneau impatient. Et le médecin enchaîna: “Un scénario de suicide en particulier, monsieur Simoneau?”.

“Non. Pas vraiment, non.” répondit Simoneau sèchement.

En longeant le long corridor qui menait au lobby, l’intervenante l’accompagnait vers la sortie le tenant par le bras. La femme était véritablement inquiète pour lui. On finit par s’attacher aux gens après tout ce temps, cet investissement personnel, même si l’éthique l’interdit formellement.

“Vous me le diriez, à moi, si vous aviez des idées sombres, monsieur Simoneau?” Ce à quoi Léopold Simoneau répondit: “Bien sûr qu’à vous je le dirais, devant tout ce panel, c’était un peu gênant.” L’intervenante à la fois préoccupée et sincèrement touchée revenait à la charge. “Et si nous marchions tranquillement tous les deux jusque chez vous, monsieur Simoneau, on pourrait jaser, il fait beau. Vous n’êtes probablement pas dans les meilleures conditions pour conduire, ne prenez pas de chance pour rien.” Le sourire de l’homme s’est rallumé et son visage reprenait lentement ses couleurs dès lors qu’elle lui proposait gentiment cette petite marche à deux.

“Et vous pourriez peut-être rester à souper, ça me ferait plaisir, je pourrais vous taillader un bon tartare japonais, mademoiselle Roberge.”

 

Flying Bum

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