Viande froide

Moi, anonyme en état douteux,

Fesses à l’air chemisette bleue.

Huit, six, deux, quatre, quatre, huit, trois,

Bracelet jaune au bout de mon bras.

Poète inconnu à l’infection délétère

Pisse mes vers à pleins cathéters.

Fantasmes, angoisses et frayeurs,

Dans l’esprit vil jamais ne meurent.

Rondelettes soignantes blasées,

Ah que ne serais-je si paralysé !

Et ce gland bleu sanguinolent,

Sparadrapé de collants blancs

Où s’enfonce tubulure affligeante,

Bouchonnée et malodorante.

Répulse autant qu’elle ne révulse,

Convulse tout le temps qu’elle expulse.

Valsent, valsent, belles insolentes,

Déesses des hôpitaux de brocante.

Aux bons soins zélés mal leur en prît.

Éternelles plaies de lit,

Toute dignité trahie,

Antidouleurs rarissimes et repas affreux,

La même compassion que pour les gueux.

Moi, anonyme en état douteux,

Fesses à l’air chemisette bleue.

Huit, six, deux, quatre, quatre, huit, trois,

Bracelet jaune au bout de mon bras.

Un dernier calepin sans dessins,

Petits barbots qui ne disent plus rien.

Mines rondes au bout des crayons,

Mines basses ne tracent plus rien de bon,

Dans la pile morte d’un laptop fini,

Enterrés vivants le reste des écrits.

Les maux de passe et les mots passent,

Dans le néant s’effacent en toute grâce.

Je dépose mon reste d’intelligence,

Aux pieds de la reine télé ma somnolence.

À la main quelques tubes arrachés,

Corps et esprit partent à sécher.

Ma vision déjà s’embrouille,

Mes hernies partent en couilles.

Tous ces gens que je laisserai derrière,

Dont je ne respirerai plus le même air.

On pourra toujours rêver du même soleil,

Qui se lève jaune et se couche vermeil.

Moi, anonyme en état douteux,

Fesses à l’air chemisette bleue.

Huit, six, deux, quatre, quatre, huit, trois,

Bracelet jaune au bout de mon bras.

Je vous cache dans ma couche une enveloppe,

Avant d’enjamber la dernière marie-salope,

Mes mots et mes biens sous forme légale,

À vos consciences pour le partage égal.

Avant que l’état ne s’y mette,

À vos espoirs ne fasse jambette,

Souhaitez-moi un rapide aboutissement,

Afin de ne pas y trouver que mes excréments.

Je suis soulagé de n’en plus rien sentir,

Enfin ivre mort de mon ultime élixir.

Moi, anonyme en état douteux,

Fesses à l’air chemisette bleue.

Huit, six, deux, quatre, quatre, huit, trois,

Bracelet jaune au bout de mon bras.

Je me rhabille,

Je pars en vrille.

Moi qui aimais tant faire des vagues,

Voilà que je divague et ma barque zigzague.

Mon bateau frêle vogue vers le dernier mirage,

Sans tracer derrière le moindre sillage.

Flying Bum

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Impie prière

Il y a des jours de ciel si lourd

Les paupières ploient sur les yeux

Le sombre achève les contre-jours

Un ciel rase-mottes se purge en pleurs

Les oiseaux déglingués deux par deux

Se heurtent, chutent et puis meurent

……..Il y a des jours de souffle court

……..Regards perdus distinguent à peine

……..La nuit, la lune, la barre du jour

……..Un vent doux dernière caresse

……..Enveloppe à deux mains pleines

……..De ta chaude brume mon ivresse

Il y a des jours d’impies prières

Sur les prie-Dieu de nos envies,  

Prends-moi dans ton lit belle rivière

Mon bel arbre par le vent effeuillé

Dans ta sève sucrée, toute la vie

Tiens-moi fort dans tes bois serré

Flying Bum

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Corona mon amour

Une armée de chiures ridicules

D’elles-mêmes gonflées et imbues

Fauche de l’aube au crépuscule

Drague à fond les rivières et les rus

Deux cœurs nus secrètement émus

De vieux amants déjà sous serment

Peu lui chaut vraiment le statut

Frappe et frappe sans discernement

Lève des pelotons d’interdictions

Les grandes criées les mises en garde

Aux potences de sa déraison

La corde aux amants qui renardent

Sur les plages froides à perte de vue

D’une marée basse qui s’étire sans fin

Éparpille distanciés les cœurs éperdus

Les roule un brin dans l’eau de boudin

Nos amours méduses et médusées

Gisent sur le dos cœurs retournés

Ports d’échouage qu’embrassent les sargasses

Où tous nos espoirs s’accrochent ou trépassent

Sur nos carcasses entre les vagues scélérates

Des chiures couronnées d’un nouvel apocalypse

Une mouette y va de quelques radadas d’acrobate

Dépose en cible une bonne fiente et puis s’éclipse

Flying Bum

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Corona mon amour 1,201,833 cœurs détruits à ce jour

Hiroshima mon amour 250,000.

Grève bleue

Comme la sirène un jour rêvée

Lascive sur un lointain rocher

Une mer se déverse sous ses yeux

Une rivière s’affole entre nous deux.

Si je lui lançais mes plus beaux galets

Bondir sur le sommet des remous

À mi-chemin s’y perdraient à jamais

Dans le tumulte des courants fous.

Sur un batelet de fortune

Je m’embarquerais hardiment

Sans commisération aucune

Le roc cruel percerait son flanc.

Si je plongeais tête première

Des beaux galets plein mon sac

La rivière se ferait démoniaque

M’inviterait à l’ultime prière.

Je tournerais le dos au grand remous

Elle verrait sa morsure dans mon cou.

Sur sa rive elle se languirait

Adieu tous les beaux galets.

Comme on dépose les armes

J’irais les offrir à l’humus des bois.

Sur la grève d’une rivière de larmes

Vaincu, je ne reviendrais pas.

Flying Bum

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Le trou de la fille

À ne pas confondre. Je ne sais pas pour les autres coins de la planète ronde mais chez nous à peu près toutes les grottes s’appellent le trou de la fée. J’ai eu la grâce de visiter le trou de la fille. Même pas cent pieds carrés, six cent pieds cube si on compte le plafond à six pieds du sol, creusés par un propriétaire besogneux en-dessous d’un triplex presque centenaire, une porte défoncée à travers une fondation pierre sur pierre du début du siècle, une fenêtre grande comme une feuille format lettre et voilà un trou devenu logement.

Un trou vraiment trop petit, mais on s’en foutait. Elle s’en foutait parce qu’elle se sentait bien dans une petite place, sécure. Si elle avait été un animal, elle aurait été ce genre d’animal qui vit dans une coquille et moi son petit chien, du moment qu’elle me faisait une petite place au chaud dans son trou. On s’en foutait carrément de vivre dans une version glorifiée de la grotte humide et de se laver à l’eau tiède dans une douche de tôle si étroite qu’on frappait les cloisons au moindre mouvement et que ça faisait bong! bong!

L’eau qui venait sans pression d’un minuscule pommeau posé au mur nous arrivait quelque part entre le menton et les mamelons. Impossible de se rincer la raie du cul là-dedans.

Le matin lorsque le soleil nous éclaboussait à travers la fenêtre grande comme une feuille mobile, elle nous faisait du café dans son bodum, elle allumait son boom-box et Jean-Pierre Ferland dans sa cassette quatre-pistes venait déjeuner avec nous. Elle ouvrait la seule porte qui donnait sur le boulevard et de notre situation on voyait les pieds des passants là-haut sur le trottoir et on se moquait de leurs souliers ou de leurs bas. La chatte du propriétaire qui prenait un bain de soleil sur la marche d’en haut. On jappait pour la faire suer. Elle ne bronchait même plus habituée à nos outrages. Elle savait que ça finissait toujours par des câlins coupables qu’on lui faisait pour se faire pardonner. Et on grignotait un croissant ou deux et on se remettait au lit exulter nos corps en feu parce que c’était samedi et que nos corps étaient en feu et que la semaine avait été longue.

Les jours où je venais la rejoindre après le boulot empestant l’imprimerie, elle m’attendait assise dans les marches. Quelquefois, je lui rapportais des bagels. Les jours fastes, avec des câpres, du fromage en crème et du saumon fumé. À la brunante, avant la fermeture des magasins, nous allions marcher sur la rue Masson en se moquant des petits couples habillés pareil en blanc ou en jaune canari ou des grosses madames en short et en tube-top en ratine avec des bas de nylon et des talons hauts. On essayait d’imaginer quelle sorte de vie animait ces tristes personnages. Où allaient-ils? De quoi se sauvaient-ils? Chacun son histoire. On marchait jusqu’au chic bar salon La Paz où on s’installait à la terrasse et on sifflait des grands verres de rosé à deux pour une piastre et demi.

On rentrait dans son trou où on grignotait des bouibouis de chambreurs assis sur un divan bancal, le bon manger coûte cher, comme la viande à chien. On finissait par jaser de nos maisons d’enfant, de nos familles sans jamais oh grand jamais qu’il soit question qu’on y retourne un jour. On finissait par se coucher sur le dos et on essayait de voir les étoiles à travers la fenêtre ridicule et l’atmosphère pollué du boulevard. On fumait du haschich. Elle rallumait le boom-box et la belle voix de Jean-Pierre Ferland nous invitait à faire du feu dans la cheminée et nous réalisions avec des sentiments ambigus que c’était ça chez nous maintenant. Tout le reste était derrière nous. Et parfois on s’endormait là-dessus, tout habillés par-dessus les couvertures.

Et aux premières lueurs du matin dans le trou de la fille, tout recommençait, pareil. Elle se réchauffait blottie contre moi. Elle était toujours aussi fabuleuse, la fille.

Flying Bum

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Invisible

Dans les sombres ombres en camaïeu

La nuit derrière chacun des troncs noirs

Les lucioles deux par deux se font éclats de feu

Au coin des yeux que les miens ne peuvent pas voir

Les vertes mousses des bois

Portent les marques de ton passage

S’y incrustent en vain tous mes pas

Ta course devant, un éternel mirage

Un vent fou s’empale aux branches nues

Me souffle à l’oreille des rimes sans voix

Des timbres, des tons, chansons méconnues

Émergent floues du plus profond des bois

Des verbes lancés comme autant de pierres

Sur ma vieille carcasse déjà morte à terre

Jamais ne sera venue d’image assez claire

Pour lier toute ton âme à tes chairs

Flying Bum

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Suffit d’un caillou

Suffit d’un caillou, tout petit bijou

Par la chance posé sur la route à mes pieds

Pour un infime moment plier le genou

Le fil du temps coupé, à jamais bouleversé

hwT

Suffit d’un caillou, une minute perdue

Sur la route devant souffle un nouveau vent

La vérité crue soudain perd l’absolu

Un destin se raconte et sa route reprend

RelievedWarmheartedLeafhopper-size_restricted

Suffit d’un caillou, qu’au loin sur le chemin

Du joyeux traînard se présentent au regard

Imprévus et divins deux yeux dans les siens

Pour quelques secondes volées au hasard

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Suffit d’un caillou, qu’une flamme s’allume

Les sens se dédisent les corps s’embalourdisent

Les coeurs se fondent dans le blanc d’une brume

Minute exquise deux âmes s’emparadisent

TautLimpingKinkajou-size_restricted

Suffit d’un caillou, suffit qu’il soit là

Le fil du temps coupé, à jamais bouleversé

Parmi dix, cent, mille, parmi tout un tas

À mes pieds jamais le tien ne se sera déposé

Flying Bum

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De rien de rien

Dis-moi tout ou ne dis rien de rien

Des mots, des cris, des silences

Où tu vas à tant et tant de tâtons

D’où tu viens, est-ce si affreusement loin

Ton visage enfin ou ne montre rien de rien

Viens sous la lumière oublier l’observance

Bouche inconnue, deux yeux perdus, usurpation

Même la chaîne qui prisonnière te retient

Tu te caches couchée du long dans le blanc du papier

Dans les sentiers entre les lignes ou dans le rond des o

Bercée dans le creux de l’u, perchée aux barres d’été

Le pied de ta lettre si affreusement beau

Montre-moi tout ou montre-moi rien de rien

Le son de tes pleurs le rose de tes pudeurs

Que caches-tu avec tant et tant de déraison

Comment tu es, est-ce si affreusement divin

Dis-moi tout ou ne dis plus rien de rien

De ta couleur de tes chaleurs, tes odeurs

À pleins poumons ou en petits petits soupçons

De tout sentir et ressentir je t’enjoins

Ou alors affreusement rien

de rien.

Flying Bum

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Dimanche tu’seul dans l’bois

Deux pieds gisent sans bottes ni bas

douceurs du lycopode des bois.

Qui sait jusqu’où courent en vraies folles

ses racines vasculaires en tout sens s’étiolent.

De par la Gaspésie et dans toute l’Abitibi

comme si les pieds touchaient ici à tout un pays.

 

Mon cellulaire enfin utile, complice à kidnapper

traîner dans l’bois avec moé la belle Salomé.

Sa poésie rustique qui réveille bête les esprits endormis,

cruelle guitare électrique terrorise chevreuils et pauvres perdrix.

 

Au bord d’aucun lac du tout,

le cœur après se recoller

tire et pompe un dernier grand coup

de phéromone des forêts enchantées.

 

Se relèvent se rechaussent et partent regaillardis

vieille carcasse et ce qui lui reste d’heureux génie.

 

Flying Bum

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(Live dans le bois, vive la techno)

 

L’amour est dans le foin

 

Des lointains étés remontent confus

Souvenirs troublants de dos qui pique

De cachettes chaudes, d’innocences perdues

De joues en feu et de génie qui abdique

 

Beau garçon rare visite, un petit rat des villes

Belle cousine, boucles d’or et rate des champs

Dans un jeu innocent sans fin se tournillent

L’un sur l’autre crinières folles aux quatre vents

 

Sous le toit brûlant de si grands bâtiments

Évachés dans les premiers foins de l’été empilés

S’alanguissent sans rien y comprendre vraiment

Démissionnent les yeux ébaubis et les cœurs hébétés

 

Divines dentelles du dimanche décousues

Aux plus grandes envies prêtent enfin la vie

Dans nos si lointaines enfances perdues

Que de secrètes tasseries se sont faites paradis

 

Flying Bum

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