L’indignation morale

L’«indignation morale», cette stratégie «qui donne de la dignité aux idiots» avait été prévue depuis des lunes par le célèbre sociologue et philosophe canadien Marshall McLuhan mort il y a plus de trente ans déjà et j’ai repris ici ses mots exacts. Il avait déjà tracé les grands traits du cyber-espace, cet assemblage de communautés d’intérêts, mondialisées et éclatées qui ferait éventuellement office de village pour l’humanité, le village global dans les mots même de McLuhan, idée qui fait maintenant partie de l’histoire des belles utopies malheureusement. Un tout petit aspect qui avait échappé à McLuhan, ou qu’il avait survolé un peu distraitement dans l’emportement de tout ce phénomène nouveau, c’est la nature même de sa propriété. De village global ouvert à tout un chacun, en toile de communication mondiale rêvée et tissée par des universitaires californiens chevelus de la décennie du peace and love qui pensaient bien avoir touché au Saint-Graal de l’humanisme, la chose est devenue un gigantesque business où la démocratie et le bon droit du villageois sont obnubilés par la propriété privée, terre déjà conquise par la puissance d’une machine à fric aveugle.

Le medium est le message . . . ah oui?

Et, comme le philosophe l’avait si bien décrit, le médium est éventuellement devenu le message. Oui pour un temps, du moins. De là, il devient inexorablement aujourd’hui le double de lui-même, soit le médium tout court. Le médium n’est plus que le médium, comme quoi toute chose conduit à son contraire. Le message, lui, n’est plus que la masse des micro-collaborations à intelligence variable des abonnés inscrits. Vu dans son ensemble et observé sans discernement, ce contenu ressemble à s’y méprendre au bon vieux crastillon bien dégorgé sur lequel flottent occasionnellement d’irrésistibles petits minous. Mises à part les insignifiances pré-programmées pour mystifier l’abonné et lui faire croire qu’on le connaît par son nom et qu’on l’aime d’amour et qu’on se rappelle même de son anniversaire, le réseau à la petite main bleue ne produit aucun contenu de quelque nature que ce soit. Il gère les lectures et les écritures, autorise, censure, facture et vend le contenu produit, aimé ou partagé par l’abonné qui ainsi nourrit le fil gracieusement pour le maître. Un beau zéro dans la colonne du coût des matières premières pour la face de bouc et tous ses imitateurs.

L’idée de la force de l’idée

On n’ose presque plus le nommer par son nom lorsque l’on critique sérieusement le plus célèbre réso-so-so à la petite main bleue craignant son omnipotence à nous repérer et effacer de la toile ce qui froisse la susceptibilité de ses beaux algorythmes. Sachant également que nos activités y sont tenues sans défrayer le moindre sou, difficile de cracher dans la soupe se dira-t-on bien souvent. Son magnétisme va jusqu’à faire marcher les foules, cellulaires en mains, sans regarder où ils vont, se tuer en conduisant sous son charme. Il va jusqu’à se constituer en collabo des temps modernes et aller dénoncer sans procès tout abonné louche aux autorités policières.

Ça commence tout de même à gronder en sourdine. La grogne est saine, je veux bien, mais de là à l’indignation on se garde une petite gêne s’il vous plaît. All things must pass, chantait Harrison, Facebook comme le reste rajouterais-je, même si le bleu est tellement la saveur du jour et que son arbre nous cache encore une toute autre forêt.

Là, là, wô.

La source de cette indignation nouvelle vient du changement et le changement provoque toujours de la résistance. Dans une récente déclaration, Zuckerberg l’homme derrière la main bleue disait : “One of our big focus areas for 2018 is making sure the time we spend on Facebook is time well spent….I’m changing the goal I give our product teams from focusing on helping you find relevant content to helping you have more meaningful social interactions.”

Bref, il aimerait bien que le temps passé sur le réseau soit du temps bien “dépensé” (sic) et pour cela, il mandate son équipe à se mettre à la tâche de nous présenter un contenu mieux ciblé pour que nos interactions sociales prennent un tout nouveau sens. Quelle délicatesse. Dans le concret, les fils des usagers seront exposés à moins de contenu produit par les pages dites commerciales ce qui vise les pages commerciales certes, mais qui emporte dans la même pelletée les pages tenues par les organisations sans but lucratif de toutes natures, les pages littéraires ou artistiques comme la mienne, les pages associatives, pages d’opinion, politiques ou sociales, scientifiques, etc. Conséquence directe, sans promouvoir ses publications avec de la publicité payée à Facebook, les pages commerciales comme les pages sans but lucratif ne rejoignent plus que 8%* de leur auditoire. Les anciens algorythmes faisaient aussi en sorte que 45%* de l’auditoire des pages sans but lucratif n’était pas déjà un abonné signé, ne s’était pas déjà inscrit comme follower que j’oserais traduire par sympathisant et ceci menait à un auditoire croissant pour celles-ci, une visibilité plus grande. Ce qui n’est plus le cas.

Ce n’était qu’une question de temps avant que la bonne affaire soit flairée et que Zuckerberg ne réalise que non seulement sa matière première lui tombait du ciel mais encore que d’innombrables clients captifs venaient à même cette manne. Jamais dans l’histoire de la publicité un fournisseur n’a été en mesure de vendre au plus offrant très exactement le client potentiel tant désiré. Parce que celui-ci a, par omission, négligence ou autrement, révélé gratuitement toute sa nature propre et des grands pans de son identité à Facebook, jusqu’à l’endroit précis où repose en temps réel son distingué fessier.

Mais en fin d’analyse, le géant bleu n’est somme toute qu’une application privée à laquelle on se soumet en cliquant aveuglément la petite case J’ai lu et j’accepte les conditions, sorte de génuflexion des temps nouveaux. Ces conditions qui ont bien dix mille tout petits caractères, on ne retourne les lire que quand le vin tourne au vinaigre. Loin de moi l’idée de me porter à sa défense, le célèbre réseau-so-so est toujours à ce que je sache de propriété privée, libre de ses actes, il est tout sauf un service public, hors d’atteinte des CRTC de ce monde et encore moins un droit inscrit dans une charte quelconque. Il a modifié ses algorythmes récemment et les plus notables changements affectent ceux qui y commercent ou qui comme moi publient du contenu à titre gracieux. Bien triste pour ceux qui trouvaient là un moyen facile et gratuit d’exister sur la place publique, y faire comme moi la promotion de leur blogue ou de leur site web. Il va falloir maintenant sortir le cash de toutes façons, alors voyons cela comme une opportunité de bien examiner nos options, toutes nos options. Les individus sont encore épargnés, financièrement on s’entend, par les appétits de la bête bleue mais plusieurs amants déçus commencent à voir rouge et à broyer du noir. Enfin, oserais-je dire.

*BuzzFeed, 22 janvier 2018

Les nouveaux sans-abris

Alors toutes ces bonnes gens qui se croyaient chez eux dans leurs installations Facebook ou autres ont vite fait de réaliser qu’elles n’étaient qu’hébergées gracieusement sous la grande tente du cirque Zuckerberg et qu’à la moindre déchirure de la toile, au premier grand vent, ou d’un simple geste du maître des lieux, toutes ces bonnes gens se ramassaient sous la pluie, à la cyber-rue sans autre forme de procès. Et l’hôte garde tous les meubles. Anne, ma soeur Anne, n’as-tu rien vu venir? Dans mon cas et pour plusieurs heureusement, le réseau-so-so n’est qu’un rabatteur pour attirer le lecteur directement chez moi, où je paie mon loyer à un grand serveur et où je suis hébergé à domicile tant que je paie le dit loyer. Et je peux le décorer et y déconner à ma guise, j’y suis comme chez moi. Et j’ai une adresse bien à moi comme une vraie maison où tout un chacun peut s’inviter en tout temps en faisant tout simplement le code à la porte, le http://www.leretourduflyingbum.com. Mais y suis-je vraiment à l’abri? Est-ce que j’aurai toujours de la visite pour venir boire à ma table et rire de mes niaiseries ou pleurer sur mes drames? Rien n’est moins certain. D’abord, si les réseaux sociaux viennent qu’à m’empêcher de lancer mes cartons d’invitation sans me facturer des sommes, ce qui serait une bien ridicule dépense pour moi qui n’y vends rien, comment retrouverait-on ma maison?

La toile est devenue un territoire aux dimensions galactiques. Votre cellulaire, votre portable ou même votre tour d’ordinateur si puissants soient-ils ne possèdent pas le millième du millionième du trizillionième d’infime partie de ridicule fraction de la puissance nécessaire pour être capable de me retrouver dans ce bordel monstre. Si vous ne connaissez pas mon adresse, vous devrez vous fier entièrement aux puissants moteurs de recherche qui feront office de bottin d’adresses pour vous, tant soit-il qu’ils opèrent eux-mêmes leurs recherches sur l’ensemble du territoire et de façon efficace, rapide, neutre et impartiale, mais est-ce bien le cas?

La neutralité de la toile, vraiment?

De quoi parle-t-on ici. La neutralité d’internet ou l’idée d’internet ouvert repose sur l’engagement des fournisseurs de services internet (les ISPs pour internet service providers) de fournir à tous un accès ouvert à tous les contenus légaux et les applications disponibles sur une base équitable pour tous, sans favoriser une source ou restreindre l’accès à une autre. Cela inclut également la notion d’interdire aux ISPs de favoriser un fournisseur de contenu en terme de vitesse de livraison  en offrant contre rétribution des voies rapides (fast lanes) ou en réduisant la vitesse des uns pour augmenter la vitesse des autres (ceux qui paieraient pour l’avantage). Et qui sont ces ISPs? Les géants américains AT&T, Comcast et Verizon et autres géants du stockage et/ou de la la distribution de données, propriétaires des serveurs de stockage (cloud) et des bandes passantes qui acheminent les contenus aux usagers, les moteurs de recherche omnipotents à la Google, Bing, Yahoo et autres, qui eux se battent pour diriger le trafic sur internet.

Chez nos voisins du sud, où sont installées à demeure l’ensemble de ces entreprises, un organisme d’état fait office de police et règlemente tout ce beau monde. La FCC, Federal Communications Commission, équivalent de notre CRTC canadien, protégeait sous Obama encore la neutralité du net pour faire en sorte que les contenus soient disponibles à tous, fussent-ils de l’image, du son ou des données et pour favoriser l’accès équitable à l’information pour tous et la progression des affaires sans l’influence indue des ISPs. Mais le vent tourne. Le temps est à la dérèglementation. La privatisation chez nos voisins du sud et la fin de la neutralité de l’internet se pointent à l’agenda. Loin de moi l’idée de crier au loup pour le plaisir de vous faire peur, le 14 décembre dernier, par un vote de 3 contre 2, la FCC appuyait une motion visant à étudier la dérèglementation du net. Et si les américains mettent la hache dans l’internet ouvert, le reste du monde va suivre, naturellement, à l’exception de quelques régimes originaux ou totalitaires comme ceux qui aujourd’hui encore interdisent le vol des pigeons voyageurs par crainte du coulage d’information. Sous la pression énorme des grands capitaux, qui croit vraiment que Trump va protéger les droits des usagers?

Oui mais moi, moi?

Sans la neutralité du net, les petits contributeurs de contenu comme moi devront éventuellement retourner passer des circulaires de porte à porte pour attirer un peu l’attention. Sur le net cela deviendra hors de prix. Et les petits consommateurs d’internet comme vous, vous êtes déjà quelque peu victimes des manoeuvres des grands qui tentent actuellement de tricher de plus en plus pour en venir à mettre le sénat américain devant un fait accompli le temps venu de voter pour mettre un terme légal à la neutralité.

Par exemple, l’ordre d’apparition des résultats dans les moteurs de recherche. Le facteur déterminant est loin d’être un ordre alphabétique, non plus classé par la fréquence de recherche ou par la pertinence des résultats, ni strictement le même indépendamment des moteurs de recherche choisis. Les premiers en haut sont déjà aujourd’hui nul autre que ceux qui payent pour y être, point à la ligne. Et avec la fin de la neutralité, ce n’est que le début du phénomène qui risque de pages-jauniser tout le web. Et toute une industrie de fin-finauds qui continueront de penser que vous ignorez ce fait accompli vous promettront encore de vous fabriquer un site web avec une organisation des mots-clés ou autres gimmicks patentées si intelligentes que les moteurs de recherche vous afficheront en page un, en haut de page quand même. On appelle ce service le SEO pour search engine optimized, le référencement en bon vieux français, et il y a un prix à payer pour cette Xième merveille du monde. Ça ou relancer la vente d’huile de serpent, ça va devenir du pareil au même avec la dérèglementation.

Et les vendeurs de bande passante ont déjà tout un catalogue de produits à vous proposer aux noms qui rappellent les lames à raser : 4K, Super HD, Nano HD Plus, du Super-Hyper-Plus-Plus, Attache ta tuque vitesse grand V et quelle autre niaiserie du genre qui n’est rien d’autre que de la facturation en fonction de la vitesse, vitesse du net qui était soi-disant garantie égale pour tous dans la règlementation du FCC. La police du FCC a trop longtemps mangé des beignes sur le bord de l’autoroute de l’information apparemment. Ou regardait ailleurs.

Je peux vous affirmer sans faire d’urticaire que la neutralité du net n’est déjà plus. J’espère que vos enfants aimeront le drabe, tout ce qui retrousse de travers ou ne rapporte rien sera tondu bien droit. Tout se monnayera rubis sur l’ongle au beau pays du village global et les moteurs de recherches reclasseront bientôt la masse des planètes en fonction de leur budget de publicité. Futurologie? Mystification? Fumisterie? on se demandait la même chose autrefois en lisant McLuhan.

Même si on disait de lui qu’il était un prophète, il a finalement fait très peu de prédictions, indiquait son fils Éric dans une entrevue au Devoir. Un jour Marshall dit à son fils : « Il suffit de regarder le présent de près, d’en faire l’inventaire, de le décrire du mieux qu’on peut et les gens vont vous qualifier de prophète ou de gourou fou ». Il n’était pas des décennies en avance sur son temps. Il était de son temps tout simplement et cela a pris plusieurs décennies pour en prendre la pleine mesure et comprendre parfois ce qu’il avait bien voulu dire dans les années 60. Nous sommes maintenant dans le troisième millénaire, s’tie, et oublier de faire l’effort de comprendre les choses encore aujourd’hui n’annonce malheureusement rien de bon pour demain.

Le Flying Bum

New_pieds_ailés_pitonVert

Petit guide pratique de la résistance pour les amateurs de cybercarnets.

De grâce, ne laissez pas les algorythmes choisir vos lectures. Placez vos sites favoris sur les marque-pages de vos fureteurs (browsers). Tous les cybercarnets ou à peu près possèdent une zone commentaires, utilisez-là au lieu de commenter sur les réseaux sociaux, les auteurs apprécient et le sujet demeure ainsi avec ses compléments. Abonnez-vous, la plupart des cybercarnets affichent cette possibilité, peuvent vous aviser par courriel si un nouveau texte est publié. Si vous appréciez le style d’un cybercarnet, examinez si celui-ci vous offre des références vers d’autres carnets de semblable nature et laissez-vous gagner par la curiosité. Partagez tout azimuts pendant que cela est encore utile aux petits producteurs de contenu. Et quand vous aimez, aimez du fond du coeur, parlez-en de la gueule aussi. Et gardez toujours l’oeil ouvert. L’ennemi écoute jour et nuit, disait Churchill.

Sudoku, ukulélé, karaoké et koi enkore?

Le sudoku (prononcé soudocou en français) est rarement prononcé soudocou par les amateurs que je connais personnellement. Il s’agit d’un jeu en forme de grille dont les bases ont été jetées en 1979 par l’Américain Howard Garns mais quelqu’un a dû les retrouver avant que les vidanges passent (exemple d’un autre art japonais célèbre, le Dajaredad joke en anglais).

On sait qu’il s’est inspiré du carré latin ainsi que du problème des 36 officiers du mathématicien suisse Leonhard Euler pour le créer. Un carré latin est un tableau carré de n lignes et n colonnes remplies de n éléments distincts dont chaque ligne et chaque colonne ne contient qu’un seul exemplaire. La plupart du temps, les n éléments utilisés sont les entiers compris entre 0 et n-1. Suivez-vous toujours? Pour ce qui est du jeu des 36 officiers, ce jeu semble être une création du mathématicien suisse Leonhard Euler (1707 – 1783), probablement inspiré par le carré magique indien qui inspira probablement en 1895 le « Carré magique diabolique » à l’origine du Sudoku. Ishhhh. Comme pister une taupe à l’oeil, finalement.

En 1779, le mathématicien suisse Leonhard Euler définit et étudie en détail les carrés gréco-latins d’ordre n, sur les alphabets grec et latin puis sur les entiers strictement positifs. Il produit des méthodes pour en construire si n est impair ou multiple de 4. Il  reste donc à traiter le cas où n est congru à 2 modulo 4. Il remarque qu’il n’existe pas de carré gréco-latin d’ordre 2 et illustre l’ordre 6 par son célèbre problème des trente-six officiers. Le vertige que je ressens à l’instant n’a d’égal que celui que je ressens quand ma tête décide que je danse le quickstep et que mes jambes font la sourde oreille aux commandes de mon cerveau et se foutent complètement de ma gueule.

Pour vulgariser un peu, voici comment son inventeur définissait son jeu (excusez le vieux français, c’est littéral) : « 36 Officiers de six différens grades et tirès de six Régimens différens, qu’il s’agissoit de ranger dans un quarré, de manière que sur chaque ligne tant horizontale que verticale il se trouva six Officiers tant de différens caractères que de Régimens différens. »

Sauf pour mon vénérable beau-père qui a fait une brillante carrière dans l’ingénierie des métaux et qui excelle aujourd’hui au sudoku, je crois que le sudoku est une sorte de cortisone pour tous ceux et celles qui n’ont pas eu l’opportunité de faire carrière d’ingénieur ou de mathématicien et qui en ont conservé une vive amertume. Ce petit jeu les détend et transporte leurs esprits dans d’autre pays où les chiffres sont rois et leur joie à fréquenter la cour mathématique leur fait oublier jusqu’à la laideur de leurs habits de finissants en massothérapie orientale.

La vie nous apporte tous nos lots de regrets et plusieurs tentent de consoler leurs peines des plus étranges façons, en pratiquant des activités compensatoires quelquefois surprenantes. Moi, si j’avais à nommer une source de regrets digne d’inonder mes yeux de larmes brûlantes, la musique viendrait au premier rang et de loin. Je l’ai tant aimée la salope mais elle ne m’a jamais offert son coeur en retour. Agace-piccolo!

MyLipsJ’ai essayé pourtant. Je me souviens qu’on partait mon ami Claude et moi une fois par semaine vers la lointaine banlieue pour aller suivre les enseignements d’un génie musical patenteux qui avait inventé une méthode fool proof pour la compréhension théorique de la musique. La méthode qui portait le nom de son inventeur, méthode Cournoyer donc, consistait en une série de réglettes coulissantes en plastique qui domptaient les gammes, les harmonies et même les orchestrations les plus complexes d’un simple tour de main. Grand bien me fît. Je me suis acheté un basson parce que j’adorais la musique d’ambiance de Bugs Bunny et je me suis inscrit à des cours privés. Mon professeur, une jeune fille austère qui s’époumonait sur son basson pour l’orchestre métropolitain, ne connaissant Bugs Bunny ni du lièvre ni de la dent cependant.

Plus tard, on m’a acheté en cadeau d’anniversaire, sous ma requête à peine subtile, une belle guitare sèche. Malgré la géniale méthode et la meilleure motivation du monde, comme quand je me crois un danseur de quickstep, ça n’a jamais vraiment fonctionné ni du vent ni de la corde, ni du bout de la gueule ni du bout des doigts, mes extrémités ne comprennent ni du cul ni de la tête. Pourtant, j’avais assez d’oreille pour avoir été, enfant, un chanteur des plus talentueux. Mes cousines m’appelaient même parfois le petit Josélito de Val d’Or et plus tard, un frère des écoles chrétiennes me harcelait pour que je lui livre Manu , mon plus jeune et sang de mon sang, pour les petits chanteurs de l’Oratoire. Je pourrais, comme bien des musiciens dans l’âme comme moi, mais frustrés par une coordination déficiente des membres supérieurs, me joindre à une chorale pour m’amuser et compenser. Mais je dois avouer que depuis Josélito en culottes courtes, j’ai aussi entretenu une relation de près de 40 ans avec les Sweet Caporal et les Player’s qui m’empêcherait fort probablement de pousser la note au goût de la madame en avant qui gigote avec le petit bâton dans les mains.

Pour ce qui est des instruments, le long tube pas maniable, la petite patente en roseau qui nous force à des prouesses avec les muscles de la langue, tous ces trous et tous ces pitons, ces clés, toutes ces cordes de métal qui blessent les doigts au sang, cette encombrante caisse de bois avec son long manche plein de divisions, les clés qui déloussent et nous font fausser les rares fois où on est convaincu d’avoir les doigts à la bonne place, tout ceci ramasse aujourd’hui la poussière dans quelque cagibi.

Je sais ce qu’il me faudrait pour enfin exhulter. Il me faudrait probablement un truc ni lourd ni encombrant, tout petit, comme une guitare mais en miniature, un manche court avec beaucoup moins de divisions, avec moins de cordes, mettons quatre, plus espacées, et en quelque matière moins agressive pour les doigts comme le nylon. On me souffle à l’oreille, ça existe? C’est le ukulélé, merde. L’ami Claude en joue aujourd’hui à ce que je sache, il savait des choses que j’ignorais, heureux homme.

Je peux toujours me rabattre sur un petit karaoké icitte et là, être Gordon Lightfoot pour un soir en braillant des Sundown, quand mon fils Manu ne monopolise pas le micro. C’est toujours mieux qu’un baiser au derrière.

Flying Bum

cropped-pieds-ailecc81s1

Salmigondis, qu’on dit?

Quelqu’un est en gueule pour tout un ragoût constitué de différentes viandes réchauffées? En d’autres termes un salmigondis. Ou encore un ramassis d’idées, de paroles ou d’écrits formant un tout disparate et incohérent, un fatras, un fouillis.

“…un sale lendemain de mardi-gras, où les convives lâchent de temps en temps quelques mots heureux à travers des bouffées d’ivresse.”  (Sainte-Beuve,Tabl. poés. fr.,1828, p. 276).

La sérigraphie beurre les doigts.

J’avais affiché cet avertissement sur la porte de l’atelier où j’ai enseigné l’art de la sérigraphie à des cégepiens d’une autre époque, histoire qu’ils sachent dans quoi ils s’embarquaient, surtout ceux en techniques comptables. J’ai beaucoup tâté des corps gras et des solvants volatiles, des encres et des pigments d’imprimerie ou de gravure de toutes techniques confondues. J’ai palpé le noir poudreux du fusain classique, les bruns roux de la sanguine, les nacrés gras du pastel crémeux, touché à l’écoline collante et à l’aquarelle coulante, la gouache bon marché et la peinture acrylique dite peinture à l’eau et un peu aussi de celle qui est bien plus difficile mais bien plus beau.

Aujourd’hui je me frotte davantage à l’écriture. Et c’est très salissant.

Sans tes mentales.

Si par malheur il vous arrivait comme cela m’est déjà arrivé dans le passé de sombrer dans la noirceur totale d’une dépression, de vous y complaire et de vous auto-flageller, méfiez-vous. Les choses pourraient aller mieux.

Les maladies mentales emportent rarement la totalité de l’esprit humain. Un vieil ami à moi qui soignait son affliction avec une prescription éternelle de Budweiser me disait tout le temps : “J’adore ma bi-polarité comme un fou, ça me fait chier au plus haut point.” 

Il était une fois un.

Le nombre 1 (un) est l’entier naturel représentant une entité seule, UN. Par rapport au vide immense du zéro. Dès qu’une chose entière se pointe c’est le UN. Et lorsqu’une chose se produit pour la unième fois, on dit que c’est une première, chose réalisée pour la première fois, l’acte initial, originel, le 1, UN. C’est la première notion qu’on devrait enseigner aux novices, placer le UN au chapitre UN de toutes les matières. UN. Tout ne commence-t-il par un do, un A ou un Un? Que moi pour mettre le UN en position trois d’un salmigondis. Mais on y revient à ce UN dans le texte suivant.

Lobe ici, lobe là et la jeune fille qui en avait un qui ne fonctionnait pas.

À une certaine période de ma vie, les heures que je pouvais allouer aux sorties de toutes sortes étaient cruellement limitées par la maladie de ma conjointe. J’ai toujours cuisiné donc j’ai toujours aimé faire les courses moi-même, ça vient avec. Dans le tumulte des jours, bien facile que de courir entre deux corvées au petit marché tout près, marché que les enfants appelaient affectueusement le i-ga (prononcé le “i” tout seul le “ga” tout d’une claque et non pas I-G-A). Mon ami Jean-Paul qui habitait chez moi et qui ne donnait pas sa place dans la cuisson des rognons trouvait l’endroit un peu rudimentaire en terme de choix et avec raison, mais bon. On n’y tenait pas de rognons frais, il l’avait sur le coeur. Une grande chaîne avait récemment ouvert un immense établissement un peu plus haut rue Sherbrooke. Je ne me souviens plus combien de pieds carrés mais disons que je n’aurais pas aimé y passer la moppe à la grandeur. Lorsqu’on regardait au bout des allées, les madames et leurs paniers avaient la taille des Playmobil. On n’ouvrait pas toute la nuit mais on pouvait s’y rendre aussi tôt que 7 heures le matin.

Grande première pour moi, un bon mardi matin, j’ai décidé de tromper mon petit i-ga de quartier et de m’y rendre. Une auxiliaire venait aux aurores trois fois la semaine pour aider au lever et faire la toilette matinale de ma conjointe. J’avais une heure. Dès qu’elle s’est présentée, je suis parti à la course vers ce nirvana du bon manger. Généralement à cette heure-là et un mardi de surcroît, je ne risquais pas la cohue. Effectivement, j’ai pu me garer à un saut de la porte. Il n’y a jamais de petites économies de temps pour les aidants naturels. On y pénétrait directement dans un grand département de choses fines, des charcuteries, pâtés, des fromages, des câpres des anchois et des olives, des millions de petits plats préparés de toutes sortes, des sauces maison. Tout ceci nous attendait dans un comptoir vitré à beaux cadres d’acier inoxydable d’une propreté absolue, aux vitres d’un verre exceptionnellement pur et clair sans aucune distorsion, les aliments disposés avec art et éclairés comme des vedettes d’Hollywood et la chose devait bien faire quinze-cent mètres de long. Tout dans ce département était impeccable et beau, flambant neuf, immense. J’étais fin seul et j’ai ressenti comme un vertige rien qu’à penser à tous ces ti-culs du quartier qui s’en allaient à l’école le ventre vide comme tous les matins.

Derrière ce comptoir sans fin, plusieurs blocs de bouchers, de longues tables en inox où s’étendaient la fine pointe des équipements de cuisine motorisés. Une série de balances scrupuleusement alignées occupaient un vaste espace dédié à la préparation des portions demandées et encore d’autres frigos fermés alignés sur le mur du fond où j’imaginais se dandiner de rouges carcasses au bout de leurs crochets. Sur une des aires de travail au fond complètement, une belle madame bien ronde dans un habit blanc de blanc et qui semblait avoir vu beaucoup de baloney dans sa vie était occupée vraisemblablement à enseigner à une novice de quinze-seize ans les rudiments du métier. Elles étaient seules dans tout cet univers. Il était à peine 7h30 faut dire. J’étais le seul client aussi. Une petite musique d’ascenseur lancinante essayait de cacher les quelques bruits de fond.

J’ai bien pris le temps d’examiner les vingt-deux mille pieds linéaires d’étalage avant de m’arrêter là où je soupçonnais se trouver l’aire de service et je me suis sagement planté là. Rien ne s’est vraiment passé après que je me sois immobilisé. Pour un bon moment en tous cas. Je ne suis pas du type à taper sur la cloche ou à tousser hypocritement mais je me cherchais tout de même une stratégie pour attirer l’attention de la bien-portante contremaîtresse et de son élève. Je regardais le comptoir sans fin et je me faisais des images du Coyote Ugly, comme dans le film, un bar de Dallas où j’étais allé et où les filles sautaient sur le comptoir occasionnellement et y faisaient des culbutes audacieuses. Ça aurait bien fonctionné, j’en étais certain. Le comptoir était spacieux mais bon, je n’avais pas fait de culbutes depuis des lunes et de toutes façons, les choses évoluaient. La grosse madame qui m’avait enfin vu avait les deux mains sur les épaules de la petite et elle lui prodiguait probablement quelqu’ultime conseil avant de me l’envoyer. Mon instinct me disait que la jeune fille vivait aussi une première ce matin-là. J’étais le client originel pour l’élève, son numéro un, c’est pas rien, le UN, et je sentais que je devais être à la hauteur. La jeune fille n’était pas prête de m’oublier, son “premier”.

Se retournant, la pauvre n’avait plus l’air de savoir où se mettre, tirait le bas de son tablier par petits coups nerveux, replaçait la résille sur sa tête en marchant vers moi comme un condamné s’approche de la potence. Et skouitch skouitch faisaient ses beaux souliers anti-dérapants flambant neufs, skouitch skouitch et bien d’autres skouitch skouitch encore. Elle finit par se rendre et s’immobiliser devant moi. Elle releva la tête au ralenti comme dans les films cucus, ses paupières se relevant à mesure et ses joues rosissaient à vue d’oeil. Quand nos yeux firent plein contact, j’ai cru un moment qu’elle serait emportée dans un choc vagal. Elle tira encore deux trois coups de ses deux mains les pans de son tablier, un p’tit coup la résille, son regard disparut d’un côté et de l’autre puis se ré-enligna directement dans le mien. Des mots étaient sur le point de sortir d’elle, je le sentais, ça s’en venait.

Au loin, la grosse madame regardait son élève, fière, son regard passant de la petite à moi à la petite à moi. Probablement que le regard de truite de la jeune fille cachait la lente révision qu’elle se jouait dans sa tête, se répétant toutes les consignes que la grosse madame lui avait patiemment enseignées, à ne jamais oublier, à performer dans l’ordre. Je me demande encore si elle avait entamé l’éducation de son élève avec le UN originel. Je voulais bien faire ma part dans l’éducation et la formation des jeunes travailleuses de l’alimentation mais je n’avais malheureusement pas toute la matinée à y consacrer.

Elle entama les grandes manoeuvres et cela m’a semblé si souffrant, pauvre fille, mais ses deux lèvres se sont finalement décollées et les mots sont venus, tout simples, d’une petite voix nasillarde agressante elle me demanda : “Avez-vous un numéro?”

La phrase est partie comme un trente sous au fond d’un puits profond comme si elle ne s’adressait pas à moi et j’ai entendu clairement comme un petit plouc au fin fond de mon cerveau. J’ai quand même pris la peine de bien vérifier à gauche, à droite. Toujours personne neuf mille mètres de chaque côté. Tous les autres doigts de ma main droite se sont ramassés en motton sous mon pouce sauf mon index qui s’est pointé machinalement vers le ciel et qui est allé se positionner en plein centre de mes deux yeux qui n’avaient plus d’expression. De chaque côté de l’index, ils mitraillaient secrètement la pauvre fille de gros mots comme idiote, tête heureuse et toute cette sorte de choses pas très belles. Oubliant totalement l’idée, niant l’utilité même de lui faire de l’esprit et reprenant les miens péniblement, je lui fis pour toute réponse :

“ Un, mademoiselle . . . UN ! ”

On repassera.

Pour le salmigondis, je veux dire. Je me suis un peu perdu un moment dans l’immensité du rayon des charcuteries. On se reprendra.

Flying Bum

cropped-pieds-ailecc81s1

Un océan dans un verre à porto

Un poète admirable qui s’adonne à être mon grand frère Doris m’écrivait récemment qu’avec l’âge vénérable qu’il avait atteint, pas question pour lui de mettre le breaker à ON ou à OFF.

“Anyway, j’ai depuis longtemps appris à vivre 2 ou 3 éternités dans une nanoseconde” étaient ses paroles exactes.

J’avoue que ces mots sont restés longtemps sur le pas de la porte de mon cerveau avant d’y entrer timidement et de s’y sentir bien à l’aise. J’ai pris deux ou trois minutes tranquille pour y réfléchir une couple d’heures. C’est toujours un début. Peut-être un jour, à force de pratique ou avec l’usure de l’âge, je pourrai moi aussi avoir la grâce de vivre deux ou trois éternités dans une nanoseconde comme mon frère. Ce serait génial. Et du même élan sur un mode compression poétique extrême, je pourrais aussi verser tout l’Atlantique dans un petit verre à porto juste pour voir dans sa lie poindre l’Espagne et le Portugal et qui sait, peut-être l’Atlantide aussi, voir ça au moins une fois avant de mourir, et du même élan comme janvier, enfermer toute la côte de 100 pieds, toute sa neige, ses épinettes rabougries et les belles faces rouges des enfants dans leurs traînes sauvages et un coup parti tout Bourlamaque et toute l’Abitibi au complet dans le givre d’un seul petit carreau de ma fenêtre. Il s’agit de savoir regarder ces choses-là. Parce qu’il y a trop de choses qu’on ne pourra plus voir, emportées dans le passé, terrées dans d’autres réalités, les plus beaux fruits mûris dans d’autres esprits, trop loin devant ou ailleurs au bout d’une trop longue aventure que nos corps ne pourront plus endurer. Deux ou trois autres éternités se feraient plus qu’utiles pour bien en faire le tour. Ou se résigner à fermer les livres. Tout le temps se fait si précieux tout d’un coup, et surtout la nanoseconde à Doris qui vient tout d’un coup incarner le rôle de l’espoir dans ce théâtre sans coeur.

C’est comme quand je ne suis que le Flying Bum revenu pitonner sur un clavier. Je n’ai alors guère plus que dix-sept ou dix-huit ans. Quarante ans s’effacent le temps de m’asseoir devant l’écran. Mes os ne me font plus mal du tout. J’entends le Grand Duduche à Cabu qui me parle, j’imagine son bel accent de lycéen français de France qui me souffle les bons mots pour parler de mes jeunes émois sans être trop vulgaire. Puis la voix s’éraille et devient celle des pittoresques vieilles tronches de l’Isle-aux-Coudres des films de Perreault qui me donnent en dictée des vieilles histoires d’Abitibi, on jurerait les entendre je vous assure et mes doigts ne font qu’obéir, se promener d’une touche à l’autre. Je ne suis qu’un lecteur capricieux qui va d’en avant en arrière repassant sur les mots pour les placer vraiment à son goût. Puis les voix de Groucho, de Gotlib qui m’imposent leur grammaire tordue et leur étrange façon d’observer les travers de l’homme et de sa charmante épouse. Il n’y a pas ma propre voix, il y en a soudain mille; il n’y a pas cette chose qu’on appelle le temps.

Comme quand je prends le bois avec Adèle et Henri en raquettes. Je n’ai alors guère plus que vingt ou vingt-cinq ans et mes enfants sont redevenus tout petits comme par magie et tellement beaux. Je leur chante une vielle chanson de Frank Zappa comme je chantais à mes garçons, comme un grand-père transmet le folklore à sa progéniture, comme si Frank Zappa ressemblait ne serait-ce qu’un infiniment petit peu à du folklore ou moi à un père digne de ce nom. Personne ne m’a appris.

Dreamed I was an eskimo

Frozen wind began to blow

Under my boots and around my toes

The frost that bit the ground below

It was a hundred degrees below zero…

… And she said, with a tear in her eye

Watch out where the huskies go, and don’t you eat that yellow snow

Watch out where the huskies go, and don’t you eat that yellow snow

 

  • Frank Zappa

Et les petits-enfants rient du pipi jaune du gros méchant chien et ça vient tout illuminer leurs beaux visages, comme mes garçons riaient du pipi jaune hier encore et comme j’ai probablement ri moi aussi jadis du pipi jaune dans la neige. (Comment Zappa a-t-il pu savoir ça?) Il n’y a toujours pas cette chose qu’on appelle le temps, jamais dans ce temps-là du moins, mais toujours du pipi jaune qui souillera encore et toujours la neige pour notre plus grande joie débile à tous.

Casseux de party, mes genoux me rappellent soudain mon âge et me ramènent doucement à la maison, lentement à la raison. Et la télé vient me dire que les terroristes sont venus abattre sauvagement Cabu et le Grand Duduche au nom d’Allah dans les bureaux de Charlie-Hebdo. Perreault et ses vieux pêcheurs ont pris le large un petit matin du siècle dernier et ne reviendront qu’en lumière vascillante de vieille cassette vidéo de l’ONF. Groucho et Gotlib fument le Cohiba avec Fidel et Saint-Pierre dans son ciel. Zappa écrit toujours dans des tempos difficiles et des accords pas possibles pour la harpe et le luth des anges qui n’y comprennent que dalle en se grattant l’auréole ébaubis. Et moi étrangement je suis épargné. Le temps n’a pas d’amis ni de manières, il passe sans dire bonjour en chipant au passage les plus belles fleurs dans nos jardins pour les offrir à la grande dame noire pour qui une brûlante passion le dévore cruellement.

Aux mauvais petits matins, quand mon dos se déplie capricieusement en lançant des poignards brûlants jusqu’à mes genoux et qu’un début d’asthme me donne grand peine à absorber le peu d’air que la sèche froidure de l’hiver nous laisse à respirer, mes raquettes devront attendre un peu, adossées au mur de pierre de la maison et cette nanoseconde deviendra alors une ou deux bien précieuses éternités.

Elles inviteront les voix qui feront bouger mes doigts et je les laisserai me raconter les plus étranges histoires. Elles viendront avec moi attendre la neige avec Léonard le petit frère de Yergeau compagnon de la petite école d’une ancienne vie, elles m’apporteront courir dans les neiges de l’Harricana avec Bernard Clavel aux côtés des Robillard partis en courageux pionniers fonder un bled perdu dans les fins fonds de l’hiver abitibien, elles me ramèneront vers le nord chanter l’été du Labrador avec un Dubois mourant ou un frère pissant des coeurs jaunes et des peace and love dans la neige, elles me descendront la passerelle que je m’embarque sur un paquebot géant dans’chamb’à coucher de Desjardins, elles me chanteront L’appel de la forêt de Jack London m’enfonçant dans l’hiver du Yukon dans un long traîneau tiré par le légendaire Buck et sa meute de chiens-loups.

Et au diable London, je serai Martin Eden lui-même en personne abandonnant tout derrière et partant pour les chaudes îles exotiques. Las de la froidure sans fin je me laisserai comme lui glisser doucement dans les eaux chaudes du Pacifique m’engloutir avec tout l’océan dans les profondeurs abyssales d’un minuscule verre à porto.

Et la nanoseconde suivante, je vous raconterai.

Flying Bum

cropped-pieds-ailecc81s1

Et la péremption pas avant la fin de vos jours!

En préparant le café ce matin, je l’ai vu qui traînait là. Il ramassait la poussière sur le dessus de la machine à espresso, ce petit os spécial de la dinde du jour de l’an, celui que les anglais appellent le wishbone. Je l’avais mis là, par habitude, après avoir désossé la carcasse de la malheureuse bête. Chez nous on le gardait et quand il était bien sec on s’en servait pour déterminer, lorsque nous ne savions plus trop à qui le tour, qui ferait la vaisselle ce soir-là. Le tenant chacun par un bout, on tirait chacun de notre bord et celui qui tirait le plus long morceau se sauvait de la corvée de vaisselle.

En général dans la culture nord-américaine, ce petit os sert à faire des voeux, c’est pour ça que les américains l’ont baptisé wishbone, l’os à voeux. Pour ceux qui en ignorent tous les tenants et aboutissants, ce petit os s’appelle en réalité le furcula de son nom latin qui signifie fourchette en français, à cause de la forme. Et la tradition veut que l’on fasse un voeu et que celui qui tire le plus long bras de la fourchette voit le sien se réaliser et le perdant peut s’en aller gaiment brailler sa vie plus loin.

On ne voit pas automatiquement son voeu se réaliser si on est seul à la maison et qu’on décide de le tirer soi-même par les deux bouts en même temps. Il y a des règles élémentaires à suivre, quand même. Et les plus zélés pensent que seul le furcula de la dinde du nouvel an est magique et que le voeu peut prendre toute l’année pour se réaliser. Mais y a-t-il une date de péremption qui s’applique? Le mien est-il encore bon? À partir de quelle date a-t-on l’air idiot à défier le destin avec un os de dinde? Ce doit être un peu comme déterminer la date précise en janvier où on a l’air complètement à côté de nos pompes quand on persiste à en souhaiter une bonne et heureuse à tout un chacun. Le 2 pour les radicaux, ou le 6, les rois qui marquent la fin de l’histoire? Ou avant le 15, que janvier soit déjà dans sa deuxième moitié?

Sinon, pour les voeux, il va falloir commencer à se rabattre sur les fontaines de centre d’achat, fières descendantes des puits à souhait, y garrocher quelques pièces de monnaie et espérer, rester à l’affût et attendre patiemment le passage d’une étoile filante ou encore le jour de notre anniversaire pour éteindre du même souffle toutes les bougies du gâteau. Quels que soient vos voeux, une chose est certaine, vous devez sélectionner parcimonieusement ceux-ci parce que les occasions sont rares et vous devez absolument garder la nature de vos voeux pour vous, il ne faut jamais le dire, dites-le pas, sinon ils ne se réaliseront JAMAIS, la loi c’est la loi.

Je ne pouvais pas faire mon premier blogue de l’année sans y aller avec des voeux, même si je ne suis pas convaincu que mon os n’est pas passé date. Par les temps qui courent, il y aurait tellement de choses qu’on pourrait espérer pour soi, pour les autres alentour et pour toute la planète, l’humanité, la couleuvre brune, les causes méritoires, les miséreux et les âmes désespérées sont innombrables. Bien difficile dans ces circonstances de faire le bon choix.

Mais savez-vous quoi? Je vais vous confier un petit secret. Dites-le pas. Il n’y a aucun embargo sur les voeux. En réalité, il n’y aucune limite légale, officielle et reconnue au faisage de voeux. Alors, allez-y, garrochez-vous hardiment, voeux-tez, voeux-tez tout ce que vous pouvez voeux-ter, ça ne peut faire aucun mal et ça ne coûte rien en plus. Et savez-vous quoi? Puissent-ils tous se réaliser jusqu’au dernier.

Je vous le souhaite comme je ne vous le dis pas.

Flying Bum

cropped-pieds-ailecc81s1

Le p’tit dernier

On a beau avoir atteint un âge vénérable, ces choses-là peuvent survenir à tout moment. Picasso a bien eu son dernier à quatre-vingt-quatre ans! J’avoue que personne dans mon entourage n’est vraiment tombé en bas de sa chaise en l’apprenant. Ma maison a toujours été considérée un peu comme un mélange de SPCA et de refuge Meurling. Ça traîne dans la famille, plusieurs portent cette tare, on est quelques-uns à s’être faits appeler Saint-François-d’Assises, surtout du côté de ma mère. Le plus célèbre à mes yeux étant mon oncle Raymond qui vénérait les animaux comme des créatures du bon Dieu au même titre que ses frères, ses soeurs et ses enfants. Il leur parlait comme il parlait aux humains et ma foi, les animaux comprenaient ce qu’il leur disait. Sa basse-cour s’étendait sur toute sa propriété, sans clôture, et outre les nombreuses espèces qui la composaient, il y avait beaucoup trop de coqs pour la quantité de poules qui se trouvaient là. Il ne pouvait tout simplement se résigner à tuer un animal pour des raisons purement mathématiques même si les pauvres poules n’avaient plus de plumes sur les flancs à force de se faire grimper dessus par les coqs. Et quand les gens lui demandaient comment il faisait pour ne jamais se faire tuer des animaux par les machines qui passaient dans le chemin, il répondait calmement et le plus candidement du monde : “J’y’eux dis de pas y aller.”

Et c’est comme ça qu’en plus d’avoir ramassé, soigné et nourri quantité hallucinante de bêtes abandonnées, d’avoir hébergé tant de monde mal pris, d’amants éconduits ou d’esprits temporairement hors d’usage, que j’ai aussi eu et élevé mes garçons “en y’eux disant” calmement de ne pas se garrocher dans n’importe quel chemin sans se méfier des machines, de garder un oeil ouvert sur tous les gros méchants loups, de toujours essayer d’être des bons garçons et c’est exactement ça qu’ils sont devenus maintenant. Mais comme le disait Yogi Berra, c’est jamais fini tant que c’est pas fini. La nature est puissante.

Ma douce, elle, avait élevé sa fille toute seule jusqu’aux treize ans de la petite, alors que je suis apparu dans sa vie et que je suis venu lui donner un coup de main. J’ai gagné une fille en chemin et nous sommes même maintenant devenus d’heureux grand-parents. À deux, nous avons à ce jour cinq petits-enfants. Chaque fois que ma douce m’a dit à la blague que ce serait bien d’en avoir un p’tit dernier à nous deux, je lui répondais toujours avec un petit sourire en coin : “Dois-je te rappeler que tu es doublement ligaturée?”. Et je me sentais bien à l’abri de l’expansion familiale inopinée, jusque là.

Elle travaille dans un milieu, la restauration rapide pour ne pas le nommer, où on embauche une bonne quantité d’étudiants, des adolescents et des adolescentes sur des horaires souples pour leur permettre de poursuivre des études. Paquet d’ados et horaires flexibles, pas toujours des choses facile à gérer. La nouvelle réalité des jeunes est bien différente de celle que l’on a connue. Plusieurs veulent une job mais beaucoup d’entre eux ne sont pas vraiment motivés au travail. Le roulement de personnel est impressionnant, l’assiduité considérée comme une valeur des jours anciens, l’obligation de résultat vue comme une cruauté condamnable, la bonne humeur au travail une utopie. Gérer un groupe d’adolescents en milieu de travail semble tenir de la haute voltige. Mais un garçon se détachait du lot. Appelons-le Frédéric. Je n’entendais que de bonnes choses à propos de ce garçon. Toujours souriant, bien mis et à l’heure pour son travail. Il accomplissait toutes les tâches qu’on lui confiait avec sérieux et aplomb et pouvait même faire preuve d’initiative. Il acceptait toujours d’aider lorsqu’un autre jeune faisait faux bond à la patronne, acceptait sans rechigner de faire les heures que les autres ne voulaient pas faire tout en gardant le sourire et en étant d’agréable compagnie en tout temps. Il était également un étudiant sérieux, impliqué à fond dans ses études et ne cumulait que des succès. Les sciences de la santé l’attiraient et il complétait une technique en soins pré-hospitaliers bien que sa cote lui aurait permis de choisir toutes les orientations qu’il aurait souhaitées. Il consacrait également beaucoup de son temps à faire du bénévolat pour l’Ambulance Saint-Jean, ce qui lui donnait des crédits pour accélérer sa technique d’ambulancier.

Il devait assumer lui-même son train de vie, ses études. Avec son petit boulot et les prêts et bourses, ces trois années d’études constituaient déjà un énorme défi pour lui, il devait accéder à un vrai métier rapidement. Seul dans la vie, à toutes fins pratiques, il avait été retiré de son milieu familial à sept ans et vivait depuis en famille d’accueil.

Il était maintenant un des plus anciens employés étudiants du restaurant et il avait atteint depuis peu sa majorité. Cet instant particulier de la vie d’un jeune homme, ou d’une jeune fille, est généralement un moment festif et longuement espéré. Mais quand, comme Frédéric et bien d’autres, on vit en famille d’accueil, ce peut être là un passage bien difficile. Selon la qualité de l’implication de la famille d’accueil qui peut varier du bon milieu familial de remplacement, aimant et impliqué, jusqu’à l’entreprise à but lucratif, sous-traitants de l’état dans l’élevage d’enfants mineurs abandonnés et motivés par le gain essentiellement. Dans ce cas-ci, pour Frédéric et tous ceux qui étaient passés là avant lui, on mangeait notre gâteau de fête de 18 ans avec le motton au fond de la gorge devant les plus jeunes qui portent la face longue pour la circonstance, trois gros sacs à vidange contenant toutes nos choses accotés sur le bord de la porte, bonne fête, mon homme, mais surtout bonne chance. Ici, un lit égale un chèque, désolé. À dix-huit ans, notre bon gouvernement fou de ses enfants comme le dit la publicité, retrouve la raison et cesse de payer. Très mal préparés à la vie autonome, leurs petites allocations d’état fondues dans l’ordinaire et la cupidité de la maison d’accueil, beaucoup prennent la rue sans vraiment savoir où aller.

Sans famille pour le soutenir, Frédéric avait pu se trouver un toit chez un frère de maison d’accueil qui avait atteint sa majorité quelques mois avant lui et qui s’était installé en appartement dans une triste conciergerie du vieux Repentigny. Cinq mois se sont ainsi écoulés, Frédéric payant sa part des frais directement à son co-locataire, rubis sur l’ongle. Puis, vint le soir de notre première rencontre. Ça faisait quelques jours déjà que ma douce me parlait de son Frédéric. Il n’était plus l’ombre de lui-même, la mine détruite, il avait l’air accablé d’un stress profond. Il se présentait au travail encore bien mis et à l’heure mais il semblait traverser une période sombre, son humeur n’était plus du tout ce qu’elle était, ma douce était très inquiète pour lui, tout ceci ne lui ressemblait pas. Garçon discret de peu de mots, elle avait de la difficulté à saisir ce qui clochait dans la vie de son meilleur employé. Questionné, ses études allaient encore bien, il ne semblait pas en peine d’amour et ce n’était vraiment pas le genre de personne à avoir des problèmes avec l’alcool ou la drogue.

Dans l’après-midi précédant la soirée de notre rencontre, le chat est sorti du sac. Le chat avait cependant pris la forme d’une propriétaire de bloc-appartement hystérique qui s’était présentée au restaurant en hurlant. Elle réclamait de Frédéric la totalité des cinq mois de loyer en retard, son co-locataire avait disparu nuitamment la veille avec toutes ses pénates sans laisser d’adresse. Frédéric lui avait remis sa part en argent liquide tous les mois en toute confiance mais apparemment, son frère de famille d’accueil avait fait la fête tout l’hiver aux frais de Frédéric et de la bonne femme en furie. Elle promettait de jeter toutes les affaires de Frédéric en bas du balcon le lendemain matin si l’argent ne se faisait pas voir sur-le-champ.

Frédéric incapable d’affronter la femme hors d’elle s’était réfugié dans la cuisine en pleurs et ma douce tentait de calmer la bête de son côté. Même si la femme criait de bon droit, ma douce choisît immédiatement son camp sans la moindre hésitation et invita à peine poliment la madame à ravaler son passif et s’en retourner brailler ses pertes dans son bloc. On irait chercher les affaires du jeune dans la soirée.

Sa vie venait de tomber dans une craque profonde, il se voyait coucher à la rue le soir même, impossible d’aller récupérer ses affaires, obligé d’abandonner ses études à trois petites sessions de la fin, aussi bien crever. Et c’est là qu’elle m’a appelé et que j’ai appris toute l’histoire de Frédéric récitée d’un seul et long souffle qui n’en finissait plus. J’ai sauté dans l’auto et avec le conjoint de l’autre gérante, on a fait deux ou trois voyages de ses affaires devant la propriétaire courroucée et ma douce l’a ramené à la maison après son quart de travail.

L’accouchement le plus rapide que je n’ai jamais vu. La mère et l’enfant se portent bien.

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis. La grande famille n’a pas secrété d’anticorps, au contraire. J’admire leur coeur, leur grandeur d’âme et le respect des choix que nous faisons. En ce qui concerne Frédéric, j’admire sa résilience, ses qualités qui rendent notre mission facile et je respecte l’enveloppe de silence qu’il a posée sur sa vie passée. J’essaie de mon mieux, en dosant méticuleusement, de parler avec lui des choses qu’un père raconte généralement à ses enfants, toutes choses qu’il n’a jamais vraiment entendues et dans ces moments-là ses oreilles sont souvent grandes ouvertes, sinon, je ravise et on passe à un autre appel. Il ne lui reste plus maintenant qu’une session avant d’atteindre son but ultime, son rêve d’être un ambulancier et de sauver des vies. Je crois bien qu’il sait que quand nous fêterons la fin de ses études, ce sera un moment festif et qu’il n’y aura pas de sacs à vidange pleins de linge sur le bord de la porte. Nul ne sait de quoi demain sera fait ni pour soi ni pour les autres, mais on peut toujours créer le bien et espérer le meilleur.

Le p’tit dernier a déjà demandé à ma douce si un jour on voudrait être les grands-parents de ses enfants. On va prendre ça comme un beau merci.

Bonne année toute en santé et si par malheur vous aviez trop de bonheur, donnez-en un peu alentour, il en manque.

Flying Bum

cropped-pieds-ailecc81s1

Trop de pression

Eh oui, te voilà avec toute ta bonne foi

Et tes beaux conseils à la Peter Pan

T’as même pas de cicatrices dans’face

Et tu ne peux même pas supporter la pression

Traduction libre, Pressure, Billy Joel

Est-ce rien que moi ou il semble que la pression devient insoutenable par moments? Nous sommes tous en proie à une lente mais inéluctable augmentation de la pression, une main divine (diabolique?) semble faire un petit tour de manivelle de temps en temps sur l’étau de l’exigence et tente de nous écraser sous une pression de plus en plus forte.

Est-ce essentiellement lié à l’exigence sans cesse grandissante de performance dont nous sommes victimes, la course folle aux fins de mois angoissantes, ou à l’ensemble de la déjection bovine qui sévit partout alentour de nous? (Je n’ai rien trouvé de mieux pour traduire la bullshit, désolé). On nous enseigne à faire avec et à utiliser le surplus de stress comme un élément de motivation et nous mangeons littéralement de la pression à la grosse cuillère pour déjeuner avec nos oeufs crevés comme si de rien était. Mais ça finit toujours par nous rattraper un moment donné et soudainement on sent comme une sorte de grosse hernie mentale qui se développe, la totale avec des boursouffles qui poppent d’un peu partout où on aurait de loin préféré qu’elles restent cachées bien tranquilles. Ça peut devenir laid des boursouffles d’angoisse qui se mettent à popper de partout. Et les psys sont rendus complètement hors de prix.

Voici donc une liste de suggestions pour vous permettre d’être pro-actifs dans l’art de se calmer le gros nerf soi-même et d’ainsi éviter d’éclabousser votre entourage avec la glue immonde et nauséabonde qu’éjecterait l’explosion soudaine de vos boursoufflures d’angoisse. David Letterman a rendu célèbre le Top 10, trop de pression pour moi. Alors voici . . .

Mon top six :

  1. Arrêtez d’écouter tout le monde et sa soeur. Je vous offre rien de moins que la permission de faire votre petit bonhomme de chemin avec des gros bouchons d’indifférence enfoncés dans les oreilles. N’écoutez plus personne. Ceci inclut, de façon non-limitative, ceux qui émettent beaucoup trop de LOL sur les groupes de discussion en-ligne, les gourous de diètes en tout genres surtout ceux qui ont du pouding à vous vendre, ceux qui savent exactement comment vous devez élever vos enfants en 5 tomes de 29.99$, les coach de vie qui s’écoutent parler sans fin en 5 séances et 3 paiements faciles et les blasés qui braillent tout le temps, à tout propos, à qui veut bien les entendre et même aux autres. 50% de votre stress vient de s’envoler drette-là.
  2. Oubliez ça,  les échéances. Ne vous fixez aucun délai et n’établissez pas d’échéanciers pour les autres non plus. Ne faites que travailler bien calmement. Et si quelqu’un vous demande quand lui fournirez-vous telle ou telle chose, quand en aurez-vous fini avec telle ou telle tâche, mettez-vous à feindre de pleurer de façon incontrôlable, faites comme si vous étiez incapable de leur fournir une réponse. N’hésitez pas à émettre des sons troublants et incompréhensibles et d’abuser des papiers-mouchoirs. Faites ceci autant de fois que l’opportunité se présentera et dans le temps de le dire les gens deviendront beaucoup trop mal à l’aise pour vous demander quoi que ce soit et vous bénéficierez de longues périodes d’accalmie pour compléter en toute sérénité tout le travail qu’on vous a confié et ce, plus rapidement encore.
  3. Ne faites PAS d’exercice. Je ne peux assez insister sur ce point crucial. Toute activité physique de quelque nature que ce soit comporte, outre un coût prohibitif, un risque de blessure qui n’apporterait que davantage de stress sans compter d’atroces douleurs. De plus, l’activité physique intense mène à la sécrétion par notre cerveau de substances anaboliques et androgéniques avec des effets sublimants très semblables à ceux de la drogue. Si vous tenez absolument à sublimer votre stress, il est grand temps que vous vous intéressiez au cri primal. Commencez votre apprentissage au bureau en engueulant de façon impétueuse et imprévisible des objets inanimés (aucun risque d’interaction). Le fax est ma victime préférée.
  4. Ne regardez JAMAIS en direction des miroirs. Chaque fois que vous regardez en direction d’un miroir augmente d’autant vos chances d’y voir quelque chose qui ne fera pas votre affaire. La façon dont vos cheveux sont placés ou pas placés ou encore totalement disparus. Votre nez, ou il sera beaucoup trop gros, ou il sera tout simplement là, en plein milieu de votre face. Les grands cernes noirs ou gris-verts sous vos yeux qui semblent pocher de plus en plus ou les pattes d’oie qui semblent beaucoup plus grandes qu’hier, les rides qui semblent être apparus la nuit passée, autant de choses à ne pas voir par exprès. Alors apprenez l’art de vivre sans miroir et vous pourriez également considérer les avantages de vous pavaner partout avec quelqu’un de beaucoup plus vieux et plus laid que vous à votre côté. Appelez-moi pour une soumission gratuite sans aucune obligation de votre part, je suis disponible.
  5. Dormez énormément, partout et buvez beaucoup de liquide. La vie inconsciente regorge de splendeurs insoupçonnées. D’abord, c’est gratuit, ce n’est pas du tout difficile pour votre carcasse fatiguée et cela permet à votre cerveau de se nettoyer en éliminant toutes ces vilaines toxines que le creusage de méninges quotidien produit (j’ai appris cela ce matin même sur AyoyeDonc.com). Si le sommeil devient impraticable, parce que vous seriez en position debout par exemple, entraînez votre cerveau à se mettre dans un état totalement végétatif sur demande, ou regardez Les barmaids sur canal V, c’est la même chose. Et cessez de tout voir rouge, il vaut cent fois mieux tout boire le rouge.
  6. Faites exprès pour être stupide. Si la possibilité de commettre des erreurs vous effraie et vous impose un stress insoutenable, faites des erreurs de façon délibérée (en privé au début, si ça vous gêne). En vous habituant ainsi à n’être qu’un imparfait comme tout le monde, même si vous pensez que vous êtes parfait (et vous l’êtes), vous allez recalibrer vos attentes en matière de perfection et dominer ainsi votre crainte de commettre des erreurs. Et quand vous maîtriserez l’art d’être stupide à volonté, vous pourrez à votre tour tenir un blogue (comme celui-ci).

Sur ce, bonne chance, je vous souhaite de réduire à néant cette insupportable pression qui accable votre vie, de slacker la vis un peu. Pratiquez quotidiennement ces quelques petits trucs et découvrez toute la joie de la vie dépressurisée.

Finalement, rappelez-vous bien ce dernier, philosophique et non moins précieux conseil : le moins vous agiterez inutilement la cannette de vos vies, le moins de temps vous passerez dans un escabeau à essuyer du Pepsi collé au plafond.

Et le temps c’est de l’argent, spécialement quand votre psy fait exprès pour être niaiseux.

Le Flying Bum

cropped-pieds-ailecc81s1

Les mouches du temps

“Time flies like an arrow” qui devient “Les mouches du temps aiment une flèche” sous la folle machine à traduire de Google, cette très médiocre traduction robotisée me fait toujours autant rigoler. Mais dernièrement j’avoue que je ne ris plus, je suis inquiet, je ne suis plus sûr de rien. Le temps avance-t-il encore dans la grisaille de novembre?

J’en doute, honnêtement. Le premier, je trouvais déjà ça long. Il me semble que ça ne finit plus de finir. Oui mais pourquoi?  Oui mais parce que.

Les journées sont longues au bureau à ne faire à peu près rien et quand on s’occupe à ne rien faire, on ne sait jamais vraiment quand on a fini et ça vient long. Les choses ne bougent plus, les projets stagnent, c’est dans la normalité des cycles particuliers de mes affaires. Et quand je sors du bureau, la noirceur est déjà là. Et le Canadien tourne en rond tout le temps, tout le temps. Si je ferme les yeux et la télé, je vous jure que j’entends chanter des criquets, malgré le froid.

Alors j’ai organisé une petite expérience scientifique pour essayer de me convaincre (et vous chers lecteurs) que le temps avance encore et toujours. Pour me rassurer que ma vie ne sera plus désormais qu’un éternel novembre, un jour de la marmotte froid avec à peu près pas de soleil.

Et je ne voulais rien laisser au hasard, à la libre interprétation de tout le monde et de sa soeur. Alors j’ai utilisé une méthode empirique. En termes scientifiques, empirique signifie qui ne s’appuie que sur l’expérience et pas nécessairement en déployant une batterie d’instruments scientifiques scrupuleusement calibrés, choses que je n’avais pas sous la main de toutes façons. En utilisant cette approche, il n’est plus question uniquement de ma vague et très personnelle impression que le temps stagne, plus question de matériel strictement anecdotique, ce qui est rarement considéré comme une donnée valable pour les scientifiques sérieux. Alors voici quelques clichés marquant les jalons de mon expérience empirique.

demo_empirique.jpg

Même s’il m’a fallu me rabattre sur un bien étrange laboratoire et un bien curieux attirail pour parvenir à le démontrer, me voici heureux de conclure devant vos yeux ébaubis que le temps passe encore et toujours, effectivement, et ça me rassure un peu.

En même temps, ça me ramène une autre source d’angoisse, pire peut-être. Demain arrivera donc le 1er décembre et je n’aurai plus d’excuses à donner à ma douce pour remettre à plus tard l’éternel déploiement des foutues gugusses de Noël.

J’ai bien peur de devoir échapper un petit pipi de joie.

Flying Bum

cropped-pieds-ailecc81s1

Écritures

La machine à écrire, son cliquetis et ses accessoires, l’effaceur, le stencil et le carbone, nous paraissaient relever d’une époque lointaine, impensable. Pourtant quand on se revoyait quelques années plus tôt, en train de téléphoner dans la cabine du café, de taper une lettre sur l’Olivetti, il fallait bien reconnaître que l’absence de portable et de mail ne tenait aucune place dans le bonheur ou la souffrance de la vie.

Les Années, Annie Ernaux

Oui, j’écris un blogue, mais encore?

Ne suis-je pas graphiste? Lorsque l’ordinateur a envahi les ateliers de graphisme, les pupitres des typographes, les tables lumineuses des pelliculeurs, soudainement nous sommes tous devenus des infographistes. Et ceci est une calamité à mon sens. Les comptables, d’autre part, les demi-lunettes rivées sur leurs PC ne sont pourtant pas devenus des infocomptables, à ce que j’en sache, pas davantage que n’existent des insignifiances comme des infobibliothécaires ou des infopompiers.

Alors, je n’écris pas un blogue. J’écris, point. Pour faire joli et contemporain, on pourrait dire que je tiens un cybercarnet, cela fait beaucoup plus français. Mais encore, le carnet existait bien avant mon ordinateur, qu’y a-t-il de si cybernétique dans un carnet? Plusieurs d’entre nous ont lu les Carnets du Major Thompson, les plus vieux ont suivi les étranges et mystérieux Carnets du Major Plum Pouding à la télévision, les plus intellos auront lu Les carnets du sous-sol de Dostoïevski et combien d’autres carnets encore. Alors oui, j’écris, tout simplement. Et depuis longtemps.

Dans ma toute petite enfance, deux de mes cousines qui fréquentaient le cours commercial, deux superbes filles dans les yeux d’un ti-cul de cinq, six ans, deux soeurs qu’on avait baptisées gentiment les pépées, venaient régulièrement à la maison. Elles venaient pour y pratiquer leur méthode sur la dactylo dans le bureau de mon père au sous-sol, elles n’en avaient pas à la maison. Nous ne devions les déranger sous aucun prétexte. Il n’y avait pas de fille dans notre maison, outre notre mère. Je me cachais et j’observais ces deux divinités concentrées sur leur ouvrage et le cliquetis de la machine devenait pour moi comme une musique de déesses.

Sur le chemin dans les bois parmi les arbres verts, se trouve une vieille cabane faite de terre et de bois où habite un garçon de la campagne appelé Johnny B. Goode qui n’a jamais appris à lire ou à écrire très bien encore, mais il peut jouer de la guitare aussi juste qu’une cloche carillonnant.

traduction libre, chanson de Chuck Berry

Et je rêvais du jour où, comme les pépées, je ferais en inventant des mots, la même musique qu’elles. Dans ma petite tête d’enfant, tous les grands écrivains étaient des gens déjà morts. La musique, les chanteurs et leurs chansons, c’était tout le contraire, même morts, ils sont encore vivants, leur son résonne toujours. Il me restait donc à écrire comme on chante.

mardimardi

De ma première machine à écrire, une vieille Remington achetée dans un bazar de sous-sol d’église, mon premier véritable texte poétique, à quatorze ans, en neuf mots. Outre de pouvoir bien saisir lors de quel jour de la semaine cette prose a été commise, de comprendre aussi que le garde-manger de l’auteur était probablement vide comme son estomac, existe un plus grand vide encore entre les deux groupes de mots, comme un long silence, un remarquable témoin de la nécessité d’avoir quelque chose à dire avant de pouvoir noircir du papier. La musique de ma Remington ne suffirait pas. Bien qu’il ne faudrait pas sous-estimer le poids du sens de ces neuf simple mots.

Mes mots déséquilibrés sont le luxe de mon silence. J’écris par pirouettes acrobatiques et aériennes – j’écris à cause de mon profond vouloir parler. Quoique écrire ne me donne jamais que la grande mesure du silence.

Agua viva, Clarice Lispector

Une histoire qu’on m’a racontée un jour et dont j’ignore complètement l’origine ni même si elle est vraie, la voici tout de même. Un jour, un haut-fonctionnaire désirant évaluer les soins dispensés aux patients de l’aile psychiatrique d’un hôpital, eût une idée. Il instruisit un anthropologue de son plan et l’homme fut admis à l’urgence à l’insu de tout le personnel de l’hôpital. Il devait se faire l’observateur à l’interne se faisant passer pour une personne en proie à une maladie mentale. Son séjour avait été prévu pour une dizaine de jours, le temps de vivre un ensemble de situations, de faire le tour du personnel soignant. À mesure que l’expérience avançait, l’anthropologue s’isolait occasionnellement, le plus à l’abri des regards que sa situation lui permettait de le faire afin de sortir un cahier et un crayon et il notait les détails de son hospitalisation, ses observations. Lorsqu’on l’y prenait, on l’invitait calmement à ranger ses choses et à rejoindre le groupe des patients dans les activités de routine. Jamais on n’a jugé bon, utile ou nécessaire de lire ce que l’homme écrivait dans son cahier mais jamais non plus ne lui a-t-on retiré son cahier. À la fin de l’expérience, on a pu lire au dossier du faux patient : Le patient X a apparemment développé une symptomatique comportementale d’écriture.

J’ai toujours vu l’écriture comme un geste inévitable. Pourtant, je ne connais pas d’activité plus sotte pour la pensée humaine que de se mettre le coeur à la gêne de la sorte, la cervelle aux quatre vents. Pour écrire dix beaux mots où deux banalités auraient suffi. Traiter son propre coeur comme un chien qu’on enchaîne et fausser jusqu’aux pleurs qu’on a dans les yeux. De le faire complètement seul, hormis le fantôme étrange perché sur mon épaule qui m’accable tout le temps que claquète mon clavier. Se demander qui aurait avantage ou un peu de plaisir à lire ceci, à dévierger la blanche case commentaires, relier d’un court trait les points entre deux univers. On n’écrit toujours que pour soi sans jamais se demander à quoi bon, jusqu’au jour où un lecteur, une lectrice ne vienne nous affirmer au contraire que ce n’est que pour elle qu’on l’a fait cette fois-là. On n’écrit pas uniquement pour ça, mais on écrit quand même beaucoup pour ça, sinon faut être un peu fou quand même. Ou avoir développé une symptomatique comportementale d’écriture.

Ça doit être ça que j’ai.

Flying Bum

cropped-pieds-ailecc81s1

Le prix de l’insoumission

Institut National de Réingénierie de la Pensée*, Joutel, Québec, janvier 2027.

Le quatrième mandat auto-proclamé par Trump en 2024 et le nouveau gouvernement du Québec, coalition de l’extrême gauche avec l’extrême droite qui dirige maintenant le Québec depuis l’élection de 2022 auraient dû m’alerter. J’aurais dû prévoir tout ceci il y a bien des années. Quand le bouffon de Bourassa, marionnette insignifiante de l’establishment anglophone qui régnait alors en roi et maître sur le Québec, promulgua sa fameuse loi 22 en 74.

Jeune tête chaude vaguement sympathisant du FLQ, militant de l’indépendance, mes héros s’appelaient le Che, Fidel, Pierre Bourgault, René Lévesque et aussi secrètement Pierre Vallières, Paul Rose, j’étais de toutes les luttes pour sauver le français et j’allais même jusqu’à imprimer gracieusement des affiches pour Reggie Chartrand et ses chevaliers de l’indépendance. Tout ça c’est de la faute à Bourrassa. De sa loi maudite contre laquelle la manifestation avait été organisée. L’enseignement de l’histoire maintenant banni avait fait de moi un jeune et innocent militant, j’avais investi mes petites économies d’étudiant pour apporter ma contribution toute spéciale pour la grande manif.

leszétats

Une quinzaine de dollars pour le grand morceau de vinyle bleu aux couleurs du fleur-de-lysée, une autre dizaine de dollars pour la peinture aérosol, les cordes. Et une touche d’humour, “les zétats aux étaliens”. À cette époque la cause était noble, le Québec devait se libérer du joug de l’establishment anglophone qui voyait le peuple “canadien-français” comme des insoumis incapables d’accepter la conquête, une race inférieure, conquise, à assimiler. Ils contrôlaient l’état en lui parlant avec la langue de l’argent essentiellement.

Le Québec aux québécois était clâmé haut et fort avec enthousiasme à toutes les manifestations par toutes les bonnes gens, à toutes les Saint-Jean du parc Lafontaine ou du Vieux-Montréal où la police du pouvoir des riches tabassait tous les poilus séparatistes comme moi. Et à la lumière du mouvement St-Léonard français, “les zétats aux étaliens” était une blague de bon aloi, c’était avant la Proclamation du Sérieux National de 2024 qui interdit à quiconque de faire de l’humour avec la politique sous peine d’être envoyé à l’Institut de Joutel*.

Lorsque j’ai revu ma bannière au bulletin télévisé, à la manifestation de Québec en 2017, j’ai failli m’évanouir. Quel espèce de romantique fou avait bien pu conserver mon oeuvre pendant toutes ces années? Quelle idée stupide lui avait-il pris de la ressortir et de l’accrocher au vu et au su de tous?

La presse braillait haut et fort sous la plume de Hassein Ben-Ameur (Journal Métro, 27 novembre 2017) :

«Le Québec aux Québécois.» La banderole hissée sur les remparts du Vieux-Québec samedi ne laissait aucune place à l’interprétation. Il fallait bien lire ceci: le Québec aux Québécois blancs, français, hétéros, «de souche». Nous sommes au-delà du discours nationaliste et de la pensée réactionnaire et identitaire de base. Sur les premiers murs du Québec et sur les fondements de son histoire, nous avons regardé s’exhiber les signes patents d’un fascisme d’un autre temps, absolu, hégémonique et laid. Très laid. Ça vous rappelle les pires abominations de l’histoire humaine? Ça vous fait peur? Ça vous dégoûte, vous révolte, vous décourage? Tout ça à la fois? Vous avez raison.

Ishhhhh, tant qu’à écrire, man, vas-y à fond.

Étais-je devenu un mécréant de la pire espèce, avais-je vraiment peint cette bannière avec toute la mauvaise foi qu’on prêtait maintenant à son message somme toute assez banal? Étais-je donc un fasciste laid, très laid? Qui n’a pas déjà chanté Le Québec aux québécois au moins une fois dans sa vie avec des motivations nobles, le rêve d’un pays indépendant où on parle le français? On ne parle pas encore ici de manger des femmes voilées sur la broche pour voir si ça goûte fort les épices.

Quand j’ai vu la police d’état descendre la bannière et partir avec, je savais que mes heures étaient comptées. On voit nettement l’esquisse du Flying Bum dans le coin en bas, les initiales F.B., j’ai blogué assez longtemps sur les internettes, ils vont me retracer, ce n’est qu’une question de temps, pensais-je alors.

De la fenêtre de ma cellule glaciale, je ne suis plus qu’un vieil homme captif et blessé qui regarde à l’horizon la vaste étendue boréale encore vierge que la neige de janvier balaie. Une rumeur circule entre les murs que les Anishnabe de l’établissement Joulac appuyés par les troupes de Pikogan seraient en route pour prendre l’Institut d’assaut et venir nous libérer. J’attends, feignant la soumission, qu’on vienne me chercher pour aller en classe, continuer la réingénierie de mes pensées. J’investis toutes les heures de solitude qu’on me laisse à me remémorer tous les morceaux de ma vie passée dans le vague espoir que la puce sous-cutanée que les médecins de l’état m’ont installée, enregistre mes pensées avant que la réingénierie ne les efface de mon cerveau biologique, pour la gloire de mes enfants, leurs enfants à leur suite. Mais, honnêtement, je commence à en perdre des grands bouts. Que le diable m’emporte.

Flying Bum

cropped-pieds-ailecc81s1

*Fondée en 1965, Joutel a été une ville-champignon qui a poussé au nord du 49ème parallèle en Abitibi, isolée dans la toundra entre Amos, Matagami et la Baie James. Elle a connu au cours de son histoire l’ouverture et la fermeture de quatre mines : la mine de Poirier, Joutel Copper Mine, la mine Agnico et les mines Selbaie. Au cours des années 80 et 90, la petite localité va atteindre 1200 habitants. Mais comme bien des villes minières, l’épuisement des ressources viendra forcer la fermeture de la ville le 1er septembre 1998. Toutes les constructions et les infra-structures furent démantelées et il n’y avait plus qu’une tour de retransmission par micro-ondes pour signaler le site. En 2024, le gouvernement Massé-Nadeau-Dubois décida de réhabiliter le site en y faisant construire l’Institut National de Réingénierie de la Pensée et les facilités pour y accueillir tout le personnel nécessaire à son bon fonctionnement. Après des débuts modestes, on y compte aujourd’hui au-delà de 2,500 usagers en bonne voie de récupérer la capacité de vivre dans la nouvelle pensée correcte, extrême gauche-droitiste coalitionniste et multiculturaliste.