La voix intérieure

La lecture, honnêtement, qui s’adonne encore à cette activité archaïque de nos jours? Pourquoi se casser les nénettes, chercher continuellement ses lunettes, essayer de se concentrer sur tous ces mots imprimés si petits, se rappeler leur signification? Lire c’est tellement déjà vu, cela fait tellement 20ème siècle. Lors du plus récent sondage Léger-Super Léger, il a été constaté qu’actuellement au Québec il se trouve davantage d’hurluberlus qui écrivent des textes de plus de mille mots qu’il y a de personnes assez désoeuvrées pour les lire, ou assez lettrées pour être encore capables de le faire. Les pourcentages précis ne sont pas indiqués à ce savant sondage. Qui calcule encore avec zèle de nos jours? Entre 11 et 87% des sondages manquent de précision, dit-on. Mais cela est un tout autre débat.

Alors à quoi bon écrire tous ces romans, tenir tous ces blogues, publier toutes ces oeuvres? La mort lente attend-elle tous les scribes et tous ces amants de la plume et du beau mot? Retrouverons-nous tous ces écrivains désabusés en train de siroter un factice café beige à la journée longue dans tous les Tim Horton de la terre, à errer comme des zombies dans les centres d’achats tous les jours que le bon Dieu ramène? Non que non, dormez sur vos deux oreilles, le Flying Bum ne saurait rester indifférent et inactif face à pareil drame.

Vous devez absolument trouver en vous la force de lire ce texte jusqu’à la fin cependant, il en va du futur de la littérature.

Il est désormais grand temps de mettre à jour vos méthodes de lecture, de pénétrer allègrement dans le vingt-et-unième siècle avec cette toute nouvelle application qui fera renaître le lecteur en vous (en quelque sorte). Je ne suis pas peu fier de vous introduire (!) moyennant une somme, somme toute modique, la Wouaweb® du Flying Bum, une impressionnante collection de voix numérisées pour surfer sur les internettes ou lire les imprimés dans laquelle chacun trouvera sa chacune. Laissez la Wouaweb® du Flying Bum faire le sale boulot à votre place, tout ce dont vous aurez désormais besoin ce sont deux oreilles, une seule pourrait faire la job, un coup mal pris. Finis les doigts noircis par l’encre, les bursites et les tunnels carpiens à tenir ces énormes best-sellers dans le métro, ces tablettes qui se déchargent en plein dénouement des savantes intrigues, tous ces arbres fondus en polluante pâte, les ridiculement petits écrans de cellulaire.

Facile à télécharger, la Wouaweb® du Flying Bum vient avec quatre voix de base qui s’adapteront à toutes les oreilles et à tous les styles de lecture envisageables.

  1. Le pinson castrat – Cette Wouaweb® est une voix aigue mais musicale à souhait qui se prêtera fort bien à vos lectures lyriques, les transcriptions des grands opéras, de vos comédies musicales favorites. Relaxez vos yeux pendant que cette Wouaweb® sera votre narratrice à la voix d’or, féminine et chantante qui vous entraînera dans la rêverie avec vos héroïnes et vos héros favoris. Votre oreille sera vite enchantée par ce timbre mélodieux et après un certain temps, vous serez totalement habitué et confortable à l’idée que l’oeuvre de Steinbeck semble sortir tout droit de la littérature gaie. Idéal pour savourer les classiques, la poésie subtile ou pour mettre un petit rayon de soleil dans vos lectures habituellement sombres et glauques.
  2. Le matou – quand se pointe une chatte en chaleur (aussi appelée le râleur). Utile là ou vous aviez l’habitude de lire les fils de presse d’événements sportifs en direct, les publications humoristiques ou trash, les drames, les discours haineux et autres blogues de bitchage. Cette Wouaweb® de fond de corps à vidange vient avec un assortiment d’effets spéciaux, de jurons de toutes sortes (sexe, religion, etc) et du langage aux accents tous plus mal dégrossis les uns que les autres. Choisissez parmi une sélection comprenant Palmarolle-Abitibi, Taverne-Dagenais-1966, Co-sanguins-de parc-de-maisons-mobiles et bien d’autres. S’adapte également au GPS de votre voiture pour une promenade en voiture inoubliable.
  3. Le Yakketi-Yak – Pour lire les longs potins, les interminables rapports de toutes sortes, les articles techniques endormants et interminables, le Devoir, cette Wouaweb® s’impose. Soyez bien assis, la vitesse d’éxécution de cette petite voix irritante vous fera presque tomber en bas de votre chaise. Débitant son texte à la vitesse grand V , cette Wouaweb® ne se préoccupe même pas de bien faire la différence entre les voyelles et les consonnes et se fout éperdument de faire la pause aux virgules et aux points. C’est Coeur de Pirate sur le 220V. Une expérience étourdissante et essouflante à souhait. Assurément un succès à prévoir pour cette voix qui saura plaire aux lecteurs pressés qui aiment lire un texte de 15 minutes en moins de 3 minutes. Voyez l’enfer se défiler sous vos yeux dans le temps de le dire en essayant le Yakketi-Yak avec l’Assommoir d’Émile Zola, sensations fortes assurées.
  4. Le brummel – Mesdames et mesdemoiselles, lisez vos Harlequins favoris ou vos sites romantiques favoris avec cette Wouaweb® chaude et sulfureuse et vous ne reconnaîtrez plus votre bonheur de lire vos romans à l’eau de rose. Si vous avez besoin d’une pause pour aller réchauffer votre tisane framboises-citron, le mode pause vous offrira un long intermède de soupirs langoureux et de grandes respirations sensuelles jusqu’à ce que vous soyez prête à reprendre la lecture. Cette Wouaweb® donnera une touche des plus intéressante à la lecture de rapports de recherche scientifique arides ou à des textes religieux, essayez-là sans tarder! Disponible en timbres mâle, femelle ou androgynes.

Finies les lamentations à l’effet que les textes sont trop longs à lire avec la Wouaweb® du Flying Bum. Merci, Flying Bum. En prime, si vous appelez dans les dix prochaines minutes, vous aurez droit sans frais supplémentaire à notre hallucinant mode aléatoire où chaque Wouaweb® s’enchaîne tour à tour à chaque nouvelle phrase. Des heures de plaisir en vue.

Une petite Wouaweb® me dit que vous en serez ébaubis et le mot est faible certes, mais beau.

 

Flying Bum

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Six conseils marketing pour dompter le Mwéci-mwéci occidental

Il vous est probablement déjà arrivé lors d’une bucolique promenade en chaloupe d’avoir été extirpé sauvagement de votre quiétude aquatique par cet hurluberlu en hors-bord de l’enfer à moitié saoul avec sa ravissante poupoune à bateau, qui levait des vagues de 4 pieds dans un vacarme assourdissant juste pour vous faire chier et faire rigoler la poupoune presque nue? Si une petite voix dans votre tête vous chuchotait tout bas: “Moé-si j’en veux un bateau de même, moé-si!”. Ou, en ligne à la caisse chez Costco un gros Maurice devant vous qui vous bloque la vue sur le reste de la planète avec un téléviseur HD-BlablaCosmiquePlasmatiqueOrgasmique d’environ la taille d’un terrain de football, mais en plus mince, et que votre première réaction, au fin fond de vous-même a été de tourner les talons en vous disant: “Moé-si, moé-si, je vais m’en chercher une de même, moé-si! Quelle rangée, stie?”. Alors vous êtes indéniablement un Mwéci-mwéci occidental typique. Mais vous n’êtes pas seul, heureusement, et avec un peu d’astuce ceci ouvre pour vous un éventail de possibilités insoupçonnées.

Le sujet d’aujourd’hui ne consiste pas à guérir le mwéci-mwéci occidental en vous mais de prendre conscience de toutes les possibilités qui s’offrent à vous de cette seule prise de conscience et des techniques à utiliser pour offrir à tous les autres mwéci-mwécis occidentaux inconscients des techniques pour améliorer leur existence, soi-disant, alors qu’en réalité vous les ferez tous contribuer à améliorer la vôtre, les faire payer pour le magnifique condo en bord d’océan dont vous rêviez depuis toujours et ce, sous le chaud soleil des tropiques. Et je ne parle pas ici d’un stupide carré de béton en time-sharing, oh que non.

La relation symbiotique qui unit le commun des mortels avec son mwéci-mwéci occidental intérieur est grandement méconnue de la science moderne, mais pas du département de marketing cependant. Depuis la nuit des temps, en échange d’une subsistance de base et de la place qu’ils occupent en vous, ces charmantes créatures vous avertiront dès que vous serez en réel manque de quelque chose fût-il de nourriture, de sommeil, d’un bon abri, de confort ou d’amour. (J’en ai peut-être oublié un ou deux, je ne suis pas Maslow quand même.) Si on néglige le mwéci-mwéci occidental, il devient vite grincheux et revanchard et pourrait vous rendre la vie misérable, creuser de profonds trous en vous. Vous sentirez alors l’irrépressible besoin de remplir ces trous surtout si vous êtes au centre d’achats ou chez un concessionnaire automobile.

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Pour en revenir à notre plan, appuyons-nous sur les données probantes comme dirait mon frère, soit le lot de connaissances accumulées par ce foutu département de marketing. On a découvert un ensemble de stimulis très particuliers qui feront plier les genoux au mwéci-mwéci occidental et sauront lui faire crier chut mais surtout qui feront sortir les devises trébuchantes de leur poche ou leur feront actionner les cartes en plastique comme s’il n’y avait plus de lendemain pour se procurer mille et une choses dont ils n’ont même pas besoin, ou qu’ils ne savaient pas encore à quel point ils en avaient vraiment besoin, des cochonneries variées que ça ne vaut même pas la peine de ne pas acheter, que ça leur prend sur-le-champ, tous en choeur: Mwéci! Mwéci!

Peu importe vraiment le produit, trouvez-en un (essayez chez les chinois, dites-leur que je vous envoie) et lancez-vous sans tarder.

  1. Basez votre publicité sur la notion de “pas assez” (comme: pas assez vite?, pas assez maigre?, pas assez belle?, ou pas assez propre?). Ceci touche directement la corde hyper-sensible des valeurs sociales superficielles si chères au mwéci-mwéci occidental.
  2. Utilisez des images qui chavirent le coeur sensible du mwéci-mwéci occidental, comme des chiots en cage qui fixent tous la lentille de leurs grands yeux misérables, des enfants poussiéreux et affamés (avec des mouches dessus préférablement), les deux-trois derniers caribous de Val d’Or qui quêtent des poignées de foin dans le parking du MacDonald, des ours polaires maigres et sales avec un glacier qui fond en arrière-plan, ou des personnes âgées qui pleurent, vues à travers des fenêtres embuées.
  3. Montrez un tata hors de lui qui s’agite frénétiquement et qui gâche tout ce qu’il entreprend sans votre produit. Une pauvre vieille même pas capable d’embarquer dans son bain. Ceci met en évidence les bénéfices positifs que votre produit laisse miroiter en plein visage du mwéci-mwéci occidental comme un oasis au Sahara.
  4. Utilisez la technique des photographies avant-après de personnages qui ont l’air de filer un mauvais coton, préalablement obèses, chauves, mal en point, super poilus ou d’une laideur repoussante sans vie amoureuse ou familiale aucune et qui sont maintenant parfaits comme dans le catalogue Sears (et leur famille les aime et les laisse rentrer dans la maison à nouveau).
  5. Mettez toute la pression nécessaire pour que les gens appellent MAINTENANT ou DANS LES 10 PROCHAINES MINUTES avec un gros numéro de téléphone facile comme 789-6789 qui clignote en gros en couleurs voyantes et offrez au besoin un SUPER BONUS (un article à une piastre ou les frais de manutention, par exemple). Un désagréable son de cloche ou une sirène stridente ne sauraient trop nuire. Tout ceci crée un sentiment d’urgence dont les mwéci-mwécis occidentaux se gavent littéralement.
  6. Achetez des gros blocs de temps d’antenne et bombardez le même message encore et encore jusqu’à écoeurer totalement le pauvre mwéci-mwéci. Le mwéci-mwéci occidental ne résiste pas longtemps aux maux de coeur. Le mwéci-mwéci occidental typique n’a pas de médecin de famille ou d’assurance privée, il cherchera à soulager sa nausée avec son cellulaire et sa carte de crédit, c’est la seule option pour lui.

En utilisant ces 6 conseils pratiques, faciles et infaillibles vous établirez une stratégie marketing mwéci-mwéci extrêmement efficace. Vous serez confortablement installés dans votre condo en bord de mer sous les tropiques dans le temps de le dire à dicter à votre secrétaire une belle lettre de remerciement à mon attention ou vous partirez sur votre rutilant hors-bord flambette voguer allègrement, les moteurs à pleins gaz, sur l’océan vermeil du succès.

Et si vous croisez un tata en chaloupe, ne ratez pas une si belle occasion de faire rigoler votre poupoune à bateau presque nue et du même coup faire la preuve qu’il y a une justice ici-bas.

(NDLR: Cette technique est une pure construction de l’esprit. Étudiants en marketing prière de l’ignorer.)

 

Flying Bum

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Mémoires sucrées

Non, ne vous méprenez pas, je n’ai pas bêtement confié à Google Translate le soin de me traduire Sweet Memories et cela aurait donné ce Mémoires sucrées comme titreMon intention était vraiment d’associer quelques souvenirs d’enfance avec des sucreries bien connues, du moins connues des vieilles couilles de ma génération. Et le graphiste en moi ne pouvait s’empêcher de ramener au passage ces vieilles images d’un passé pourtant pas si lointain pour le bonheur de vos yeux ébaubis.

La bonne vieille gomme Bazooka

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Pour mes fidèles lecteurs, dans mon récit Va pour Loretka!, vous vous rappellerez l’histoire de la petite caméra qu’on avait fait venir par la poste, mon frère Marc et moi, en accumulant des emballages de gomme Bazooka. La petite caméra a connu une triste fin après que Loretka qui nous l’avait volée me l’avait finalement redonnée. Si ça ne vous dit rien, cliquez sur le titre en vert et bonne lecture.

La saveur originale rose-cerise était la meilleure gomme balloune de tous les temps à mon avis mais on l’a aussi vendue bleue avec une saveur de raisin. Bazooka Joe qui a donné son nom à la gomme est un personnage créé spécialement pour le produit et il était également et surtout la vedette de petites bandes dessinées qui enveloppaient chaque morceau de gomme. Peu d’entre nous, cependant, se rappellent s’être décroché la mâchoire devant l’humour épuré de Joe. Pour se la décrocher, on devait se bourrer la gueule d’un maximum de gomme.

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On doit remonter quelque part entre 1952 et 1954 lorsque Woody Gelman et Ben Solomon, les directeurs du développement de produits à la compagnie de confiseries Topps ont approché le bédéiste Wesley Morse pour créer Bazooka Joe et sa gang. Le nom du personnage a été déterminé par un sondage auprès d’enfants américains.

Un fait méconnu et souventes fois dissimulé par l’histoire, Morse qui créa la bande dessinée promotionnelle dessinait également à l’époque des bandes pornographiques qu’on publiait sous le titre de “Tijuana Bibles” ou on les appelait simplement des “Eight-pagers” par discrétion. Ces publications qui étaient généralement commercialisées sous le comptoir ont été très populaires entre les deux guerres et sont considérées aujourd’hui comme les précurseurs des “Underground Comix” des années 60 et 70.

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Bazooka Joe a été traduit dans à peu près toutes les langues mais l’édition canadienne des aventures de Joe et sa gang est la seule au monde qui était livrée en version bilingue. Bazooka Joe est assurément le personnage le plus connu, reconnu et reconnaissable du 20ème siècle grâce en bonne partie à la distribution mondiale du produit. Un des rares personnages associés à une friandise à avoir connu une telle notoriété.

Avec les ventes de gomme balloune en baisse constante, les propriétaires de la marque ont annoncé en novembre 2012 que les péripéties de Bazooka Joe n’apparaîtront plus sur les emballages de la célèbre gomme. Les nouveaux emballages incluront des énigmes, des devinettes ainsi que des instructions et des codes nécessaires pour télécharger des jeux ou autres fichiers sur internet. La compagnie affirme toutefois que le personnage reviendra sporadiquement sur certains produits. Triste fin, Joe, sic transit gloria mundi.

Les Life Savers de mon oncle Aurèle

Tous les dimanches de ma petite enfance ou presque quand nous habitions Bourlamaque, mon oncle Aurèle, ma tante Colombe et ma cousine Jocelyne venaient souper à la maison avec nous. De l’automne jusqu’aux beaux jours du printemps, oncle Aurèle apportait un rouleau de Life Savers pour chacun des enfants, les petits comme les plus vieux. Les grands favoris étaient assurément les 5 couleurs. Ceux à l’orange et aux cerises suivaient de près. Que de merveilleux souvenirs, les chicanes à savoir qui aurait quelle saveur, les échanges longuement négociés bonbon par bonbon et lorsque les plus grands sortaient le dimanche, la joie de les entendre bougonner à leur retour quand nous avions caché leurs Life Savers qu’ils réclamaient encore à grands cris comme des bébés-la-la, bien qu’ils étaient maintenant presque des adultes! Ou de voir la déception sur leurs visages lorsqu’ils réalisaient que nous leur avions laissé les moins bonnes saveurs. Tant pis pour eux autres, ils avaient beau rester à la maison!

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Assez ironiquement, les Life Savers ont été inventés pour offrir une alternative estivale au traditionnel chocolat qui avait la fâcheuse manie de ne pas bien se conserver l’été dans les magasins qui n’étaient jadis pas climatisés. Ils étaient donc destinés à être consommés davantage l’été. Chez nous, c’est l’hiver que l’oncle Aurèle nous les apportait. Et le nec plus ultra, c’était de recevoir la grosse boîte en forme de livre qui contenait plein de rouleaux comme cadeau de Noël.

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C’est un monsieur du nom de Clarence Crane qui a inventé la célèbre friandise à Cleveland Ohio en 1912, monsieur Crane était le père de celui qui allait devenir le célèbre poète américain Hart Crane. Il n’avait aucune machinerie pour produire les bonbons de son invention et initialement il appointa un fabricant de pilules pour presser le bonbon à la forme convenue. Aussi tôt qu’en 1913, il vendit l’idée et les brevets au gouverneur de New York de l’époque, Edward Noble, pour 2,900.00$. C’est lui qui décida du format tubulaire typique de l’emballage qui se faisait à la main jusqu’à la fabrication d’une machine spéciale par le frère de Noble, Robert Peckman Noble, en 1919. À cette époque, on commercialisait une dizaine de saveurs. Ce n’est qu’en 1925 que le trou caractéristique est apparu au centre du bonbon. Les différentes saveurs se sont multipliées, d’autres disparaissent ou reviennent au gré des goûts changeants de la clientèle. Au fil des ans, la compagnie est passée dans plusieurs mains pour être finalement achetée en 2004 par Wrigley’s.

Jusqu’en 2002, la production des Life Savers se faisait au Michigan. La vieille maison mère où on a fabriqué le bonbon de 1920 à 1984 à Port Chester, New York, a été convertie en édifices à logement mais on y a préservé plusieurs éléments associés à son histoire. L’édifice est aujourd’hui classé au registre américain des sites historiques. À cause d’un avantage concurrentiel du prix du sucre notamment, la production des célèbres Life Savers a été relocalisée en 2002 . . . à Montréal!

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De ma collection personnelle, quelques emballages d’époque remasterisés de mes blanches mains (et des touches de mon Mac)

Vivement l’été!

Quand l’été arrivait enfin sur mon Abitibi natale, en dehors de la pure joie et des merveilles des métamorphoses de la nature et toute cette sorte de choses bien poétiques, un changement MAJEUR s’opérait dans nos vies. Ce n’étaient plus des Life Savers que mon oncle nous apportait le dimanche, mais bien des Popsicles!

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Un peu avant la création de Bazooka Joe, Woody Gelman et Ben Solomon avaient créé un autre personnage qui sera connu sous le nom de Popsicle Pete, personnage qui est apparu sur les emballages et dans les publicités de Popsicle pour des décennies.

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Mais la confiserie Topps qui employait ces deux cracks du marketing n’a pas inventé le Popsicle, friandise glacée que je n’ai besoin de décrire pour personne. La seule friandise pour laquelle on a besoin d’un coin de mur ou d’un bord de comptoir avant de pouvoir la savourer un morceau à la fois.

Les friandises glacées comme telles remontent aussi loin que la Rome ancienne lorsque les esclaves étaient envoyés sur les sommets glacés pour y redescendre avec des blocs de glace pour les besoins de leurs maîtres. Ils s’en concassaient en petits morceaux qu’ils mélangeaient avec des fruits broyés ou des sirops d’épice pour se désaltérer après leurs durs efforts. Marco Polo lui-même a goûté au sorbet sous les auspices de l’empereur chinois Kublai Khan. Dans l’histoire plus récente, le président américain Thomas Jefferson servait sorbets et coupes glacées à ses invités de prestige. Mais aucun de ces délices ne possédait ce petit quelque chose de très particulier, propre au Popsicle: une poignée de bois.

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C’est à Frank Epperson, un garçon de 11 ans, que l’on doit l’invention du Popsicle. Et comme c’est souvent le cas pour les grandes inventions, celle-ci fut un pur fruit du hasard ou des circonstances. Frank vivait à Oakland, en Californie, et en 1905 il oublia un mélange d’eau, de soda en poudre et de jus de fruit dehors avec un bâtonnet à café dedans, bâtonnet qui lui avait servi à mélanger son breuvage. Et parlez d’un hasard, cette nuit-là, les températures ont chuté sous le point de congélation en Californie! Quand Frank a retrouvé son verre le matin suivant, son breuvage était complètement gelé, le bâtonnet pris dedans. Il l’a alors simplement passé sous l’eau chaude pour en faire décoller le mélange et l’a goulument léché en le tenant par le bâton. Et voilà. Le petit Frank savait qu’il tenait là quelque chose de bien plus grand que ce qu’il avait au bout des doigts.

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Il a expérimenté différentes versions de son invention pour la plus grande joie de ses amis et une fois adulte, il a continué d’en fabriquer pour ses propres enfants. En 1923, il a finalement déposé un brevet pour son Popsicle. Jusque là, il appelait son invention un Eppsicle (glaçon de Epp) de son nom Epperson. Ses enfants ont insisté pour le nom de Pop’s sicle (le glaçon de papa) et le choix final s’est arrêté sur Popsicle. C’est à la faveur de la grande dépression que la version à deux bâtons est apparue. Epperson voulait que deux enfants puissent profiter de la gâterie au prix d’une seule qui jusque-là venait avec un seul bâton. Il fallait aimer les enfants tout de même.

Comme mon oncle Aurèle, qui était tout sauf chiche. En effet, nous avions droit à chacun un plein Popsicle à deux bâtons. Et bien qu’il nous invitait toujours à le casser en deux et d’en garder un morceau pour la semaine, rares sont les Popsicles qui traînaient encore au frigo lorsque nous gagnions nos lits le dimanche soir. À part peut-être ceux des grands qui rentraient tard et qui retombaient en enfance littéralement, des ti-culs de cinq ans chaque devant le gros congélateur de la cave, quand venait le temps de savourer nuitamment le Popsicle que mon oncle Aurèle avait laissé là pour eux.

Un beau grand tour de machine

Dans ma tendre enfance, les enfants ne se promenaient pas en voiture. La voiture était réservée aux transports sérieux. On ne niaisait pas avec ça. Les enfants allaient à l’école à pied, se promenaient en bicycle l’été, on usait nos bottines. Outre les cas de nécessité, de temps en temps on leur faisait faire des beaux tours de machine, comme une faveur, comme on offre un tour de manège au cirque, une “ride” de cheval ou de quelque autre chose du genre. Je peux compter sur les doigts de ma main les fois où j’ai fait un tour de machine avec mon père pour le plaisir de faire un tour de machine.

C’est encore et toujours mon oncle Aurèle qui venait nous chercher les beaux samedis après-midi d’été avec son gros taxi pour nous faire faire un beau grand tour. Il arrivait à l’heure de la vaisselle, tout de suite après souper et nous partions pour l’aventure. On avait été avertis de ne pas manger de dessert. C’est sûr qu’on passerait par la molle.

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Il n’y avait qu’une seule place qui vendait le divin festin d’été dans tout Val d’Or et encore, juste s’il faisait vraiment beau. Nous étions excités tout le long du trajet vers Jacola puis nous mourions d’impatience le temps que mon oncle aille commander nos beaux cornets tournés comme des crottes de chien et qu’ils nous les ramène enfin. On les mangeait assis directement sur le plancher du gros Chevrolet Impala, les deux pattes dehors pour ne pas dégoutter par en-dedans, et un long silence jouissif s’installait le temps qu’on se rende jusqu’au au crounch-crounch que faisait le cornet et qui annonçait la triste fin du régal.

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Puis on se résignait à se décrotter le bec, à rembarquer et à repartir. Mais mon oncle Aurèle savait nous faire plaisir. Il partait du côté du lac Lemoyne où il nous faisait virailler de longs moments, ou il nous montait jusqu’au pont de la rivière Thompson, venait nous montrer les ravages d’un vieux feu de forêt éteint et bien d’autres endroits encore qu’il nous laissait explorer du regard comme un long prétexte. Il laissait lentement descendre le soleil sur Val d’Or, la noirceur s’installer, toutes les lumières s’allumer sur la ville puis il allait se placer et amorçait la descente de toute la 3ème avenue, tout le long de presque Sullivan jusqu’à l’autre bout, à la pancarte Val d’Or en roches rondes, et nous n’avions pas assez d’yeux pour admirer la grande rue de magasins avec ses vitrines et ses néons allumés tout le long, tout le monde qui promenait son char tout propre, les gens qui marchaient sur les trottoirs, heureux dans la douceur du soir.

Dans mes yeux de ti-cul c’était beau comme la strip de Vegas, plus beau même. On ne connaissait rien de mieux de toutes façons. Et on rentrait à Lamaque heureux. Mais on en aurait bien mangé un autre. Facilement.

On va revenir une autre fois, disait mon oncle Aurèle.

Sa voix annonçait le bonheur.

Flying Bum

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À mon oncle Aurèle qui vit tous les jours dans mes pensées.

De la futilité de l’autoflagellation

Le présent texte pourrait sembler manquer de substance et la raison en serait toute simple. Parce que j’ai complètement oublié mon sujet, c’est tout. Mais c’est rien en même temps.

Je n’ai aucun souvenir de l’idée de sujet sur lequel j’allais vous écrire. Je vous le jure vrai comme je suis là, j’avais un sujet, un sujet assez excitant pour me précipiter à mon ordinateur et croyez-moi je m’excite rarement moi-même à mes éclairs d’inspiration. On perd tous quelque chose ici, mais quoi? Je me suis assis bien confortablement devant l’écran et dès que mes doigts ont touché une frappe, pouf!, parti le sujet. Parti avec les petits bébés pas baptisés. Merde, j’en étais presqu’excité. Une triste perplexité m’envahit maintenant. Mais le chaud désir d’écrire subsiste et je vais devoir faire avec, me finir à la main.

Ce phénomène se produit quelquefois aussi en plein processus d’écriture. Je serais en train d’écrire, disons, en maîtrisant mon sujet parfaitement lorsque sournoisement les mots prennent une tangente, une shear comme disent les chinois. Comme si la locomotive qui tire mes idées avait échappé un ou deux wagons en chemin. Une autre partie de ma tête essaie de les retracer en vain dans le décor bucolique de mes rêveries étourdies mais mon oeil accroche inlassablement sur les vaches.

Et quand je me rappelle où était précisément le fil de mes pensées, avant l’incident amnésique, et que mon esprit me rappelle que je ne suivais plus du tout ce fil, un petit démon me souffle à l’oreille que le nouveau chemin offre de bien meilleures perspectives.

Suivez-moi bien, ce ne saurait être le cas aujourd’hui puisque j’ai perdu le fil avant même d’avoir placé un seul mot dans le texte.

Quand je perds le fil de choses qui n’ont même pas encore existé, j’ai tendance à adopter des comportements erratiques, adhérer à des théories encore inconnues du commun des mortels. Par exemple, l’effet démontré de la force centrifuge sur la concentration des idées vers le lobe frontal, je spinne sur ma chaise un certain temps pour aider. Ou jusqu’à ce que mes pieds frappent un obstacle, c’est selon. Ou comme si le contact de mes fesses sur la chaise était relié d’une façon ou d’une autre au processus créatif, me lever de ma chaise et faire trois-quatre pas en essayant de ne pas y penser, de croire que les idées fuient parfois dans l’estomac et actionner sournoisement la manette de la chaise pour la faire chuter précipitamment en espérant que l’inertie les prenne par surprise, les fasse remonter dans le cerveau. Comme un macchabée referait surface du fond d’un lac quand les gaz internes auront eu le temps de gonfler le cadavre (j’ai appris ça dans CSI, c’est cool, avouez).

Je crois aux vertus de la gymnastique littéraire qui consiste à écrire pour écrire, en commando, et autres formes d’exercices ad libidum sans fondements réels ni raisons précises (autres que de faire le smart qui a quelque chose d’éminemment important à contribuer à l’humanité) parce que ça garde le moteur créatif en mode ronron en attendant que la vraie course commence. Les musiciens le font, jouer sans partition. Ils appellent ça jammer. Moi je fais cela quand je suis jammé moi-même.

Ces textes ne seront probablement pas de ceux qui précipiteront dans l’extase des millions de lecteurs, ni même des milliers, ni même une quantité inventoriée sur les doigts d’une seule main, peut-être la famille et encore par compassion, c’est souvent dans ces circonstances singulières qu’on découvre nos vrais amis. Et la faiblesse de ces mots décrit des grandes parties de moi-même, est cruciale à la pleine réalisation de mon expérience épistolaire.

Uniquement parce qu’une journée donnée on ne peut accomplir des choses aussi simples que de se rappeler de quoi on voulait parler au départ n’a pas vraiment toute l’importance qu’on pourrait accorder à la chose. Si le sujet était si puissant en partant, on sera toujours capable d’y revenir demain, ou une autre journée. Ou peut-être ne serai-je jamais capable d’y revenir ou peut-être vais-je décider carrément de l’oublier et de passer à un autre sujet, de trouver quelque chose de rigolo à faire et vous ne saurez jamais de quoi je voulais vous parler en partant. Il n’y a pas de quoi fouetter un chat dans tous les cas. Merde le sujet, merde la mémoire, merde le texte, merde le lecteur un coup parti, il a beau s’en écrire des best-sellers si ça le désennuie les nuances de gris.

La futilité de l’autoflagellation n’a jamais été aussi évidente. Pour moi, du moins.

Il ne devrait pas y avoir de lois contre les niaiseries qu’on aurait le droit ou pas le droit d’écrire et qui font de nous les humains que nous sommes, tout aussi niaiseux que nous déciderions de l’être délibérément, et surtout pas d’amende à payer si nous le faisions quand même envers et contre tous. Il y a toujours des insignifiants pour écrire des règles insignifiantes pour le plus grand bien de la collectivité, ou à son détriment, ou les deux (ou parce qu’un insignifiant s’est offusqué d’une niaiserie un jour et s’est mis à crier “Il devrait y avoir une loi contre ça”) et nous n’y pouvons plus rien collectivement ensuite, qu’importe où va notre vote.

Le remords, les doigts qu’on s’enfoncerait volontairement dans les yeux pour se faire brailler, là sont des choses que l’on peut contrôler à notre guise. Nous serons le dieu (petit d) de nos propres regrets, qu’on nous laisse niaiser en paix alors.

Chacun des brins d’herbe de mon parterre se fout éperdument de ce qu’on attend de lui dans les savantes prévisions imprimées derrière les sacs de fertilisant à gazon, il pousse à son gré (ou il tire si on se place dans la perspective d’un ver blanc qui observe de sous la surface). Chaque ver blanc sous la surface, lui, creuse ses tunnels non pas pour remporter le Pulitzer ou autre Métrostar mais bien pour se donner des options, pour le simple plaisir de se dégourdir les anneaux, se donner des places à aller si le museau d’une mouffette se pointe, ou pour faire de la place pour la visite qui s’en vient samedi, c’est selon.

On écrit, on crée, on apprend, on oublie, on se rappelle ou on ne se rappelle plus et on ré-essaiera demain, pas plus grave. Les réponses aux grandes questions de l’humanité ne reposent pas sur le fait de se rappeler ce que l’on voulait écrire au début ou de réaliser que nous ne sommes que des brins d’herbes ou des vers blancs (parce que c’eût été carrément une chose stupide à s’imaginer pour des êtres qui je vous le rappelle ont un pouce opposé) mais repose sur le fait qu’en dehors de l’homme contrit, qu’il écrive ou non, vous ne trouverez pas beaucoup de créatures vivantes sur cette terre qui pratiquent l’autoflagellation pour le seul plaisir de se fouetter elles-mêmes. Non?

Alors à propos du sujet de ma chronique d’aujourd’hui, je vous reviens dès que ça me revient.

 

Flying Bum

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Zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz

Une journée où je n’ai définitivement pas un gros agenda.

Je suis assis dans une grande chaise berçante, dehors, dans un driveway que je ne reconnais pas. À ma gauche tout juste à côté de moi, une voiture stationnée que je ne reconnais pas non plus. Sur moi, sur mon côté droit, dort un immense lapin blanc pas très propre. Au moins de la taille d’un enfant de deux-trois ans. Je le flatte nonchalamment en le berçant. Il dort profondément.

À travers les fenêtres de la voiture, je vois venir mon fils Emmanuel avec un petit dans ses bras. “Qu’est-ce que tu fais ici, tu ne travailles pas toi?”. Non, me répond-il, il y a comme une embrouille et je ne sais pas quoi faire avec le petit, je suis venu te le porter. Il s’approche et installe le petit tout emmitouflé dans ses langes sur mon côté gauche, à côté de l’immense lapin blanc pas très propre sans poser la moindre question à propos dudit lapin.

Je suis toujours ravi de voir arriver mes petits-enfants. Je tente maladroitement de dégager le visage du petit de ses langes qu’il respire un peu, que je voie sa belle petite face de bouette, sans réveiller l’immense lapin blanc pas très propre. En essayant de maintenir le rythme de mes bercements. J’y parviens. Mais je tombe sur le cul; le bébé dans les langes, c’est mon fils Emmanuel!

Shit!

Je relève la tête pour lui demander c’est quoi la joke mais il n’est plus là, disparu totalement, évanoui dans le décor de banlieue dantesque.

Des fois c’est bête de même les rêves.

Flying Bum

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Pour l’ambiance . . .

Enchaîne ça, mon homme

Facile avec la gueule. Mais un cerveau en mode pause ça se recrinque pas comme une chainsaw. Et le mien tombe souvent sur l’éco-mode par les temps qui courent. La saison qui ne veut plus se définir clairement (on es-tu en hiver ou on est encore en hiver?), l’insignifiance des mandats qui passent, un gros entre-deux avec un trait d’union de quinze pieds, j’ai même lu et commencé à croire qu’il pourrait être très dommageable de laisser notre cervelle à ON tout le temps. Les gens finiraient par noter la chose et s’attendre toujours aux plus brillantes prestations de notre part. Ça nous en met lourd sur les épaules.

Tout de même, j’aurais tendance à croire l’adage “Abusez-en ou perdez-en l’usage pour toujours”. Non, erreur. Le traducteur en moi improvise un peu trop. C’est simplement “Use it or lose it” comme l’érection (dixit Sigmund Freud).

Un blogue c’est bien quand c’est publié une fois de temps en temps, peu importe que ma cervelle dorme ou non. Personne ne lit vraiment ça, à quoi bon mettre la barre si haute alors? Voilà. Je dois mettre ma main à la crinque et repartir la grise matière au plus coupant.

Je le sais parce que:

  1. Parents-Secours m’a mis sur la liste des gens suspects dans la colonne des présumés zombies.
  2. À force de penser mou, le directeur artistique en moi va perdre son droit et son immense plaisir d’être pointilleux et intransigeant en tout temps.
  3. La société canadienne de l’Alzheimer me harcèle pour être son poster boy dans sa campagne des vieillards disparus qui errent partout dans les centres d’achat.
  4. L’hydro m’a coupé le courant il y a deux semaines et je viens juste d’allumer.
  5. La chatte s’est installée en résidence sur mon abdomen et j’ai maintenant une encavure permanente et un gros rond avec pu’d’poil qui pousse sur la bedaine.
  6. Les gens parlent de moi comme si je n’étais même pas dans la même pièce qu’eux.
  7. J’apparais maintenant dans le Guinness dans la section du presse-papier le plus lourd au monde.
  8. Je n’ai rien trouvé pour le point 8, même pas essayé un peu, ce qui fait un beau chiffre bien rond à la fin tout de même.
  9. Je sais qu’on est vendredi, je ne suis juste pas sûr dans quelle semaine (année?).
  10. Le syndicat des vidangeurs dépose grief après grief contre moi, me soupçonnant de les scaber et d’aller porter mes vidanges à la dompe moi-même.

Il faudrait que je commence par là, peut-être, mettre les vidanges au chemin. Malgré mon nerf sciatique qui menace de se réveiller à tout moment. Le syndicat des vidangeurs va bientôt payer l’extra pour m’envoyer ses griefs en courrier recommandé. Leur secrétaire m’a appelé. Sarah Masse, son nom (dad joke).

Je me suis réveillé avec ça ce matin, l’histoire des vidanges, toute ma vie a été l’affaire de mettre les vidanges à la rue et surtout me rappeler quelle journée le faire. Du plus loin que je me rappelle, il y avait des vidanges à mettre à la rue. Une fois, j’avais une poubelle en plastique craquée de partout à mettre aux vidanges, la ville a jamais voulu la ramasser. Ils n’ont pas le droit de lancer une poubelle dans le camion de vidanges, vide ou pleine, question existentielle angoissante pour eux, la poule ou l’oeuf des déchets, toute une engueulade avec les vidangeurs, hors de question, interdit syndical. Une poubelle ça ne va pas aux vidanges (…) La semaine suivante j’ai enveloppé la poubelle dans du plastique vert et ils l’ont ramassée comme si de rien n’était. Ce qu’on ne sait pas ça ne fait pas mal. Ce que l’on ne voit pas n’existe pas.

Les vidanges c’est l’affaire de toute une vie pour tout le monde probablement. Mes dernières paroles seront quelque chose comme: “Je ne peux pas mourir aujourd’hui, on est lundi, les vidanges passent juste demain, je DOIS sortir les vidanges.” J’en connais qui cédulent leur départ en vacances le lendemain des vidanges pour ne rien laisser derrière eux.

En Abitibi, j’ai connu la fin d’une longue tradition, le temps qu’on allait porter nos vidanges nous-mêmes à la dompe. Là où on devait davantage se méfier des ours que des rats. On ne triait rien dans ce temps-là mais il me semble qu’on en jetait moins en contre-partie. Aujourd’hui avec la révolution industrielle, l’invention du plastique et de la couche jetable, plus rien n’est fait pour durer. En fait, toute notre stratégie économique repose sur l’idée de pouvoir tout jeter ce que l’on achète le plus vite possible, courir en racheter comme des poules pas de tête. Et le système est empirique, les cochonneries exponentielles. L’industrie des vidanges est un cancer agressif qui se répand partout. Quand je m’arrête à y penser, je me dis que si j’avais pu pressentir la chose dans mes jeunes années, j’aurais pu voir venir, je serais probablement déjà un riche retraité de l’industrie de la vidange. Je serais fort probablement loin de mon poids santé, le dos bien poilu mais plus un seul poil sur le caillou, vivant richement dans un beau parc de maisons mobiles de la Floride avec une belle vieille jeunesse rénovée, épouse-trophée blondasse, faisant des “wheelies” avec mon kart de golf pour épater le voisin. Les vieux à la salle communautaire du parc à roulottes me demanderaient: “Cou’donc, t’as fait ton argent où, toé Flying chose?”. Mais dans les vidanges, mes amis, il fallait juste y penser. Et ils me répondraient du tac au tac: “Mais tu sens quand même super bon pour un gars qui a fait fortune dans les vidanges!” ou encore: “Et ta femme, belle de même, je suis sûr que tu l’as pas ramassé à la dompe, elle!” Et ils riraient si fort de leurs propres blagues plates que leurs dentiers tomberaient direct dans leur grand bock de twist-shandy et ils échapperaient un petit pipi de joie dans leurs beaux pantalons safari beiges.

C’eût été bien agréable tout cela, le cerveau userait moins vite au soleil.

Je dois vraiment donner un bon coup de crinque à ce cerveau endormi maintenant, ça presse. J’ai besoin du traitement-choc. Du vieux rock à se petter la tête sur les speakers, une pinte ou deux de café fort. Je vérifie si la cafetière est encore là où je l’ai vue la dernière fois. Et s’il me reste encore du lait qui sort de la catégorie matières bio-toxiques.

Il y a des chances qu’une odeur de chauffé vienne à vos narines quand mes neurones vont finalement repartir, c’est normal, soyez sans crainte.

Restez proche du téléphone, je vais peut-être avoir besoin d’emprunter vos cables à booster.

 

Flying Bum

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On était jaunes, on était flous.

Il s’appelait Èvé et il prenait son pied.

Èvé

D’autres fois, oserais-je avouer, ce n’est pas un pied qu’il agitait lubriquement dans la main au bout de son nez. Je laisse ça à votre imagination. Je le dessinais et le redessinais partout, dans toutes sortes d’humeurs. Tout un caractère, ce Èvé. Il avait probablement la testostérone de mes quinze ans. Un chic type quand même. Les anglais utilisent le terme “character” pour désigner ces petits personnages hirsutes nés de la plume des caricaturistes et des bédéistes. J’ai créé celui-là il y a bien des années, à une époque où j’aurais probablement eu beaucoup mieux à faire que de barbouiller des absurdités. J’avais d’ailleurs beaucoup mieux à faire ce jour-là que de tomber sur lui et de repartir à rêvasser au lieu de finir le ménage dans mes vieilles boîtes. Là où je l’ai retrouvé toujours prisonnier dans un vieux cahier d’esquisses. J’étais content de le revoir comme un vieux pote.

Le bonhomme a probablement plus de 40 ans maintenant, doit s’en aller vers ses 50 ans même. Mais il a bien vieilli somme toute, les petits bonhommes vieillissent toujours assez bien généralement, on ne peut en dire autant du type à l’autre bout de la plume. Il lui manque bien des morceaux, à Èvé pas à moi bien sûr. Il est loin d’être parfait mais c’est ce qui fait son charme, sa personnalité unique. Et de la personnalité c’est tout ce dont Èvé avait besoin sinon il aurait eu une bien triste existence compte tenu de ses pauvres attributs. Sans personnalité, il aurait fini sa carrière en triste caractère sans caractère. Il aurait pu aussi courir le risque d’être confondu avec un vulgaire pied levé à bout de bras de nez (non pas que j’aie quoi que ce soit contre les pieds levés à bout de bras de nez, j’ai lunché avec l’un d’eux pas plus tard qu’hier, un chic type)

Èvé était définitivement différent d’un conventionnel pied levé à bout de bras de nez, la confusion ne saurait être qu’inexplicable.

Èvé n’était pas le genre à se retrouver dans de sombres histoires ou de partir à l’aventure. Où aurait-il pu accrocher un sac à dos de toutes façons. Ou ses fusils de cow-boy. Je ne l’ai jamais poussé dans la bande non plus. Dessinée, on s’entend. Outre d’avoir vécu muet, avec bien peu de membres et à peu près aucune mobilité, il a eu bien peu de péripéties, heureusement pour lui d’ailleurs. Que des humeurs, des airs, des regards, du caractère. Comme la grande majorité d’entre nous, son caractère s’exprimait essentiellement par le biais de ses expressions et il aimait bien que je m’amuse avec elles. La plupart des caractères vous laisseront vous amuser tranquille à leurs dépens et vous le laisseront simplement savoir si d’aventure vos élucubrations les mettaient dans la gêne.

Les caractères comme Èvé, ou d’autres super héros qui se prennent davantage au sérieux que lui, attachent une importance maladive à leurs habits. La mode semble être une préoccupation de tous les instants pour eux. Ils ne vous laisseront pas les laisser aller comme ça, complètement nus, quand même. Leur pudeur a droit à tous nos égards. Les caractères imposent généralement leur garde-robe.

Èvé s’était entiché de l’absurde idée de se promener avec une paire de bobettes comme couvre-chef. Quelle idée stupide, tout de même. N’en avait-il pas suffisamment sur les bras (?) avec son anatomie absurde sans en rajouter avec un caleçon sur la tête? En bout de ligne, son caprice n’était pas abusif, ni hors de mes capacités de dessinateur. Il voulait se couvrir pudiquement la tête, je lui devais bien cela. J’ai finalement acquiescé.

Après tout, même les plus absurdes ont droit à leur dignité.

 

Flying Bum

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En passant, le mot caractère nous vient du grec ancien, il désignait une marque ou un mot qu’on gravait sur une pièce de monnaie pour la différencier des autres. Avec le temps et l’usage, le mot a commencé à designer ce qui nous différencie les uns des autres comme se promener avec des bobettes sur la tête ou non.

 

Fécondité et chaussons sales

(Salmigondis printanier)

D’entrée de jeu, qui serait prêt à payer vingt-cinq piastres pour une omelette et des patates bouillies servies dans une assiette en carton avec deux-trois pets-de-soeurs ou un grand-père dans le sirop en bonus? Pourtant, cette arnaque est devenue le signe annonciateur du printemps dans notre beau pays du Québec. Tant qu’on arrose le tout copieusement de sirop d’érable, le cochon payeur va payer encore et s’en amuser même. C’est fort le sucre, imaginez une pleine cabane!

Heureusement, avec l’âge les goûts se replacent et l’appel du sucre vient à faiblir. Je me tiens maintenant à une bonne distance de ces nouvelles cafétérias à sucre, hauts-lieux de l’exploitation capitaliste éhontée. C’est habituellement de retour de Cuba la toujours révolutionnaire terre d’accueil du touriste québécois que le dur sevrage des cubatas et des mojitos et la peau qui pleume sont devenus pour moi maintenant le signe indéniable que le printemps s’en vient.

Connaissez-vous Éostre?

Dans De temporium ratione, célèbre ouvrage que vous avez probablement tous lu, c’est Bède le Vénérable, un moine bénédictin du VIIIè siècle qui a donné son nom à cette déesse anglo-saxonne. Le culte d’Éostre se pratiquait à l’équinoxe du printemps, le jour où le soleil se lève exactement à l’est, east en anglais. East, Est, Éostre, Easter, vous me voyez venir? C’est d’Éostre que nous vient l’idée que le printemps est la saison toute indiquée pour cette chose qu’on appelle la fécondité. De tout temps, la déesse a été définie comme synonyme de l’éternel recommencement de la vie, idée renforcée par des images d’elle entourée de choses symboliques comme des oeufs et des lapins. Son nom est également la racine du mot oestrogène, nom donné à l’hormone féminine.

On dit que l’histoire des oeufs, eux, remonterait à beaucoup plus longtemps, han. Il s’agirait en fait des oeufs d’un aigle légendaire né de la mythologie grecque et qui fût baptisé Phénix. Les oeufs du Phénix représenteraient la vie éternelle, cadeau que le gros volatile obtint en refusant catégoriquement de se nourrir à l’arbre interdit dans le jardin d’Éden. Tu parles d’un bonus juste pour ne pas aimer le goût des pommes, d’autant que l’aigle est un carnassier. On dit qu’à tous les 500 ans, l’oiseau se construit un nid fait d’herbes et d’épices scrupuleusement sélectionnées, il s’évache langoureusement sur son nid et contre toute attente après un certain temps, il fout le feu dedans et se laisse brûler vivant avec le nid (chose que j’ai souventes fois attentées mais avec un nid de Ramen bien cuit, et rien qu’en songe heureusement). Quand le feu s’éteint finalement, un oeuf pondu par le Phénix est retrouvé au creux des cendres. L’oeuf éclôt et le Phénix en émerge, ressuscité. Ce qui a valu également leur nom aux Coyotes de Phénix qui ressuscitent perpétuellement de toutes leurs faillites successives, mais on me dit que la chose reste à confirmer.

La manière anglaise

Le printemps est célébré dans la presque totalité des pays et les formes de célébration varient avec les cultures. Par exemple annuellement, à Stonehenge dans le Royaume-Uni, des druides et des païens se réunissent dans une forme de congrès où l’on performe des rituels de fécondité. On peut y observer des choses pas toujours très propres qui impliquent des transes (transes de l’esprit, pas des trans-genres, genre), des incantations chantées pas toujours sur la bonne note, des concoctions faites avec le sang d’un taureau sacrifié épaissi de douze types de grains moulus en une pâte qu’on étend sur les parties parfois même intimes de plusieurs jeunes filles incarnant des “déesses”. Le tout est suivi de multiples et longues séances de fornication qui durent jusqu’à l’aube. Est-ce juste moi ou je sens ici un potentiel énorme de nouvelle télé-réalité?

La manière roumaine

En Roumanie, il existe une tradition printanière appelée le Mărţişor, événement qui remonte à plus de 8000 ans et qui ne consiste pas uniquement à mettre d’étranges accents sur un mot inconnu. On y confectionne aussi de petits objets à partir de fil blanc et de fil rouge entremêlés (un talisman) et ces petits objets sont offerts par les hommes aux femmes, par les jeunes damoiseaux aux belles demoiselles. Les mâles les accrochent à leur élue pour leur souligner un intérêt quelconque aux choses de la fécondité et de la copulation. Somme toute, un équivalent ancien des pratiques modernes de la rose rouge et du chocolat.

Plus près de chez nous

Assez particulière mais non moins intéressante célébration qui nous vient de tout près d’ici, en Nouvelle-Angleterre plus précisément. À l’équinoxe du printemps, les anciens marins avaient l’habitude de brûler tous ensemble dans un grand bûcher toutes les grosses chaussettes malodorantes qu’ils avaient été forcés de porter en mer tout l’hiver. Les historiens ne mentionnent rien à propos de brûler du même coup les bobettes mais cela est probablement attribuable à la simple pudeur de l’époque. On peut soupçonner que ce rituel est né de l’anxiété des épouses excitées de revoir leurs époux sans avoir à retenir leurs haut-le-coeur tout le long des retrouvailles. Les chaussons sales devaient être tous consumés jusqu’aux cendres dans un grand feu de camp communautaire. Une célébration étrange certes mais qui vaut aux descendances de ces familles leur existence même et, je le présume, leur infinie gratitude. Mais peu se font un devoir de rappeler ces rites ancestraux aux générations nouvelles ou de s’en vanter. Merci, Flying Bum, pour l’oeuvre de conservation.

Alors doux printemps quand reviendras-tu, faire pousser les feuilles, faire pousser les feuilles que je torche mon . . . doux printemps quand reviendras-tu?

N’allez surtout pas mettre le feu à vos nids douillets pour sentir la vie reprendre en vous. Puissent vos oeufs éclore tous gaiment dans une joyeuse fécondité, que le sang de taureau épaissi aux douze grains ne transfère pas trop d’arrière-goût désagréable aux parties intimes de vos douces à qui je souhaite sincèrement que vos bobettes et vos chaussons sales se consument jusqu’à la poussière dans les feux de la joie printanière.

Voilà, bon printemps.

Flying Bum

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Un autre genre de vieux show son sale.

Petite salope

Combien de fois se laisse-t-on mystifier par nos premières impressions? Une vache qui finalement est plutôt chouette. Une grande dame aux allures rigolotes qui n’est en fin de compte qu’une petite salope et toute cette sorte de choses qu’on confond sans réfléchir ou que l’histoire nous a fait gober cuillère après cuillère au point d’y croire. C’est comme la peur, derrière elle se cache toujours quelque chose qui veut nous protéger contre pire que la peur elle-même. L’instinct, peut-être. Depuis l’aube de l’humanité notre corps est programmé pour craindre le serpent et l’araignée. Cette peur instinctive n’est là pour rien d’autre que de nous protéger contre la mort que pourraient provoquer leurs venins. Et cette peur est passée dans nos gênes pour mieux nous en protéger.

Bien d’autres choses encore sont susceptibles de provoquer notre mort mais s’il fallait que toutes les possibles façons de trépasser soient passées dans nos gênes on passerait le plus clair de nos vies à chier dans nos culottes. Sans compter toutes les choses qui ne sont que des créatures de notre imagination mais qui ne nous effraient pas moins pour autant. Les monstres, par exemple. Pour certains comme les enfants ou pour les grandescascades personnes qui passent une mauvaise nuit, ils sont terrés sous le lit prêts à bondir, se prêter aux pires violences, se livrer sur nous à toutes les bassesses, suffit de laisser pendre un pied hors du lit. Ils se tapissent souvent dans l’ombre mais plusieurs opèrent au grand jour, d’autres bonhommes ne sortent jamais avant sept heures. Les miens se tenaient dans un cagibi au bout du toit pentu du deuxième étage où se situait ma chambre, derrière un petit muret qu’on y avait construit. Ceux de mon fils Julien se cachaient dans le regard vide des automates pourtant conçus pour faire rire les enfants. Celui de mon fils Emmanuel prenait vie nuitamment au fond d’un garde-robe sous la forme d’un chauffe-eau, et curieusement le monstre prenait le logo collé sur le réservoir comme visage pour venir le faire suer de terreur. Il ne suffisait que de fermer la porte pour dompter la bête, jusqu’au lendemain soir.

Parfois, dans une foule ou une fête, ils ne se dissimulaient plus. Les monstres m’entouraient. Ils poussaient la grossièreté jusqu’à me caresser la panse et me disaient qu’un jour on devrait régler nos comptes.

-Pierre Yergeau, les monstres, blogue de l’auteur.

Pourquoi notre esprit crée-t-il ces créatures imaginaires? Pour nous protéger contre quoi? Rien de nouveau sous le soleil, au bout de toutes nos craintes, se cache toujours la mort. Mais la peur de la mort peut aussi nous paralyser et nous priver de moyens au lieu de nous en protéger.

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Les plus cruels guerriers ont historiquement misé sur la peur de la mort pour gagner un avantage supplémentaire sur leurs adversaires. Les masques samouraïs en sont un bel exemple. En portant les casques les plus horrifiants, ils comptaient paralyser l’ennemi pour mieux le frapper. D’autres laissaient des traces de leur cruauté bien en évidence sur le front pour effrayer les prochains, répandre la crainte et la terreur partout.

Depuis des temps immémoriaux la mort a été représentée en tant que figure anthropomorphe ou comme personnage fictif dans de nombreuses mythologies et cultures populaires, une personnification en tant qu’entité vivante. Elle est souvent représentée sous forme d’un squelette présentant à l’occasion quelques rares lambeaux de peau sur certains os.

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Dans le folklore occidental moderne, la Mort est généralement représentée comme un squelette portant une robe, une toge noire avec capuche, et éventuellement avec une grande faux. La mort est alors connue sous le nom de « la Grande Faucheuse » ou tout simplement « la Faucheuse ». Généralement de taille humaine, elle peut prendre de toutes autres proportions. De la taille d’un taureau plus grand que nature comme le minotaure jusqu’à la taille de dinosaure des dragons brûlant tout sur leur passage. Et toutes ces images sont là pour nous induire cette peur de la mort, peur qui nous en protégera en autant que faire se peut ou nous rappeler son imminence, qu’on puisse la fuir si la fuite peut encore sauver nos fesses. On illustre, du même coup, la grandeur et la puissance de la mort.

Je veux bien pour la puissance de la fatalité qui nous attend tous, son aspect implacable. Va pour la grandeur de la peur qu’elle provoque. Soit également pour tout le respect qu’on lui doit. Mais pour la grandeur dans le sens de sa taille, j’inscris ma dissidence à l’histoire, la mort n’a plus sa taille des grands jours. Peu d’entre nous connaîtront une grande mort épique de jadis ni n’auront l’opportunité de combattre la grande faucheuse au corps à corps.

La mort contemporaine n’est plus qu’une petite chiure de mouche, une microscopique petite chiure de mouche, finie son heure de gloire.

Un grand samouraï, deux cohortes de Huns sanguinaires et trois drakkars de vikings barbares ne sont pas de taille pour combattre une seule de ces chiures de mouche. La mort moderne peut venir de loin et voyager incognito dans la bave des maringouins, les dents d’une punaise de lit, carrément se creuser un chemin dans nos chairs ou sous nos ongles, se faire cadeau de grec venant avec le baiser de la douce ou le sperme d’un amant, passer par le sushi ou dans le Pepsi, investir nos trous de nez ou nos moins nobles trous, en toutes petites cochonneries de toutes sortes venir brouiller la pensée de nos anticorps et les lancer en guerre ouverte contre les mauvaises cibles, se faire armée de microscopiques créatures anthropophages et nous dévorer par en-dedans en un temps record, se faire petite crotte de gras risible qui s’agglutine inexorablement à ses semblables pour en venir à boucher fatalement nos tuyauteries de sang. Ou comme un cheval de Troie de dimension ridicule se tapir, non pas sous nos lits, mais se dissimuler hypocritement dans un recoin perdu d’un scan ou d’une radiographie examinés à la va-vite comme c’est maintenant la norme, une anomalie pas tellement plus grosse qu’un demi grain de riz, une mort qui se prépare sans aucun souci à l’assaut final et sournois d’un organe vital ou deux.

La mort n’est plus qu’une salope. Une petite salope.

Flying Bum

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Une sainte horreur du vide

Selon les données compilées par Statistiques Canada pour l’année 2016, 14.1 millions de personnes vivant au Canada sont des personnes seules ou des ménages sans enfants et le Québec trône en haut complètement du palmarès avec 33.3% de célibataires. Bref, entre le jour de l’an et Pâques et considérant les statistiques locales de la vie à deux, il y a là comme un grand vide. D’autant que la Saint-Valentin n’est pas encore à ce que je sache un congé férié.

Pas mal partout où l’hiver existe et n’en finit pas de finir, quand se pointe février, l’insignifiance de la vie devient d’une évidence troublante. Février est comme un long mardi plate qui durerait 28 jours, 29 les années bissextiles (hourra, mpfffff). Plus rien à fêter, écoeurés de l’hiver déjà, le vide total. Mais la nature a une sainte horreur du vide, c’est bien connu. Dame Nature peut aplanir les trous en soufflant des saletés dedans ou en créant de jolies petites flaques en pleuvant dessus ou elle peut les garnir avec une variété de belles mauvaises herbes de toutes sortes de couleurs. Mais le cerveau humain, désoeuvré et oisif, quasi dépressif, ne se montre pas toujours sous son meilleur jour en pareille circonstance.

Crêpe-moi donc le chignon, Marion

(pièce en un seul acte)

La pièce se déroule début février en Bretagne, au 17ème siècle, à Pleudihen-sur-Rance plus précisément. Le décor, une maisonnette bretonne typique. Par une fenêtre, un décor peint illustre à grands traits la belle campagne bretonne. Les personnages, mère qui n’a jamais de nom, Marion exécrable fillette de six ans pas très belle, son frère Didier d’un an son cadet, tête à claques sans génie d’aucune sorte.

Acte 1

Le rideau s’ouvre sur une cuisine bretonne typique. Marion et Didier courent en tout sens comme des poules pas de tête se frappant violemment la nuque avec des cuillères de bois, la mère est au poêle priant Saint-Brieuc et Saint-Tugdual dans son fort intérieur que l’hiver finisse enfin qu’ils puissent aller se perdre en toile de fond, qu’on les y peigne par-dessus le paysage barbouillé à la va-vite et qu’on en parle plus.

Marion

Naaaaaaaaaaaaaaaaaaan, ze veux pas manger des zoeufs, ze veux pas manger des zoeufs. (excédée, moue du Saint-Ciboire)

Didier

Moi z’en veux, moi z’en veux!

Bruiteur

Ploc.

(cuillère de bois tenue par Marion atteignant la nuque de Didier)

Mère

Mais Marion chérie, la belle petite poulette grise les a pondus juste pour vous les beaux cocos (en se déchirant le cul jusqu’au sang, diantre).

Marion

Naaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan, z’en veux pas, z’en veux pas.

Bruiteur

Ploc.

(cuillère de bois tenue par Didier atteignant la nuque de Marion)

Didier

Moi z’en veux, moi z’en veux!

Marion

Naaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan, z’en veux pas (Ze vais te les mettre au cul tes zoeufs moi).

Bruiteur

Ploc et Ploc.

(coups de cuillère de bois presque synchro des deux enfants l’un sur le caillou de l’autre)

Mère

(Je vais pas jeter ces beaux oeufs frais cassés, c’est pas vrai)

Et si je vous faisais de jolies crêpes?

(j’ai justement du blé sur le bord de moisir).

Marion

Ouiiiiiiiiiiiiiiiiii, ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii, des crêêêêpssssses, beaucoup de crêêêêpssssses avec plein de sirop (comme si je n’étais pas assez survoltée de même).

Didier

Naaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan, pas encore des putains de crêêêêpssssses, pu capable des putains de crêêêêpssssses, ze veux aller déjeûner chez MacDo.

Bruiteur

Ploc.

(cuillère de bois tenue par Marion atteignant la nuque de Didier)

Mère

Si la fortune nous souriasse j’en eus été fort aise mais le MacDo est hors de prix, petit Didier, tu mangeras des bonnes crêêêêpssssses de maman, comme Marion.

Didier

Mais mamon, j’ai un gros écu noir tout à moi là-haut sur l’armoire moi mamon. J’irai chez MacDo pendant que vous deux vous mangerez vos crêêêêpssssses (salopes).

Bruiteur

Splouc.

(pâte à crêêêêpssssses atteignant le fond du poêlon)

Mère

Ton écu devra profiter si tu veux te payer du MacDo (idiot). Tu mangeras des crêêêêpsssses pour aujourd’hui.

Didier

Naaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan, putains de crêêêêpssssses, pu capable, ze veux aller déjeûner chez MacDo, MacDo, MacDo, MacDo, MacDo . . . (en decrescendo).

Effets spéciaux

(mère hors d’elle tournant la putain de crêêêêpssssse si fort qu’elle s’envole en tournoyant et s’en va atterrir directement sur l’écu de Didier sur le haut de l’armoire, au ralenti sur le decrescendo des MacDo, MacDo, MacDo . . . – s’inspirer de “2001, Odyssée de l’Espace”)

Didier

Waaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa! Waaaaaaaaaaaaa! Mon écuuuuuuuuuu!

Bruiteur

(vous savez quoi)

Mère

(Yeux souriants à la manière d’une cinglée à l’asile qui vient tout juste de trouver la paix) Eh, bé, mon p’tit Didier, si ta crêêêêpssssse ne moisit pas avant l’été là-haut, ton écu resté dessous profitera jusqu’à te mettre riche et tu iras te bourrer de MacDo tant que tu voudras (crétin).

(grand rire débile)

Marion poussant de sa cuillère en bois se coince une crêêêêpssssse complète au fond de la gorge, tente de la faire passer à grandes lampées de sirop puis s’effondre dans la poche de blé sur le point de moisir.

Rideau

Ainsi naquit le dicton, « Si point ne veut de blé charbonneux, mange des crêpes à la Chandeleure ». Et la légende qui raconte que de déposer une crêpe sur un écu à la Chandeleure vous attirera la bonne fortune tant soit-il que la foutue crêpe ne moisisse pas avant l’été. Mais encore, comme toute la Bretagne s’ennuyait pour mourir en ce début février et que le génie humain cherchait désepérément à combler le grand vide existentiel de l’hiver qui n’en finit plus de finir, ils en firent une fête qu’ils appelèrent tout bêtement la Chandeleure parce que ça tombait justement le jour de la Chandeleure, fête célébrée le 2 février depuis l’an 470 lorsque décrétée fête chrétienne par le pape Gélase. Ça leur ferait tous de quoi rigoler un peu entre le jour de l’an et Pâques et quel breton sauterait une si belle occasion de bouffer des bonnes crêêêêpssses?

Sûrement pas plus idiot que de faire tout un carnaval à regarder sortir une marmotte-météo de son trou avec un chapeau haut-de-forme sur la tête.

Choisissez mais pour moi ce sera joyeux 2 février tout court.

Flying Bum

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